SCENE VIII MADEMOISELLE KERBRIAHT, PAUL
PAUL
Ah! quel bonheur! Vous êtes seule, chère tante; je vous cherchais pour vous raconter ma bonne action...
MADEMOISELLE KERBRIANT.
D'abord, mon. chéri, je L'anête tout court... à ces derniers mots... Kcoute bien ceci... On ne doit pas dire : J'ai fait une bonne action. Parler ainsi c'est commettre une faute d'orgueil, et la vanité gâte les plus belles choses, même une bonne action; entends-tu?
PAUL, frappant du pied.
Bon! Je commence par une sottise.
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Oui, mais puisque lu l'avoues elle t'e^t pardonnée; péché avoué, péché absous... Maintenant, j'écoute le récit de ton action.
PAUL, regardant de tous cotes.
Personne autre ne m'écoule au moins...
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Très-bien! de mieux en mieux... Si c'est vraiment une bonne action que tu as laite avec la main droite, tu dois la cacher à la main gauche; Dieu suffit comme témoin.
Elle s'assied, Paul se met ù genoux devant elle. PAUL.
Vous savez, chère tante, que j'étais malade au mois de novembre dernier. Après ma convalescence, le médecin m'ordonna de faire tous les matins une promenade au ruisseau des tilleuls, du côlé de la pauvre vieille mère Barnaud... Vous la connaissez, celte bonne femme qui a une vache noire. . .
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Je ne la connais pas, mais c'est égal, dis toujours.
PAUL
Là, je devais boire une jatte de bon lait frais, par ordonnance du médecin, pour me rétablir... C'est bon le lait frais, quand il est chaud, n'est-ce pas, ma tante?
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Excellent... Continue.
PAUL
Ma bonne petite mère nie donnait Ions les matins trois gros sous pour payer ce lait... Alors, moi, je me suis dit : Mais je me porte tout à fait bien, je n'ai pas besoin de me rétablir;
ce serait un remède de gourmandise; le médecin peut se tromper, un médecin n'est pas le bon Dieu. INo buvons pas de lait et donnons les trois gros sous à la vieille veuve du sonneur, une autre pauvre femme qui mourait de faim dans cet hiver si mauvais. Je n'ai rien bu, j'ai fait l'aumône quatre mois à la veuve, et voyez comme je me porte bien ! Le médecin croit que c'est lui qui m'a guéri. Enfoncé le médecin!
MADEMOISELLE KERBr.IANT.
Etn brasse-moi; tu es charmant. Je suis très- contente de toi, mon enfant; mais je te dirai plus tard ce que je pense de ta bonne action et ce qu'elle mérite comme récompense... Voici ta sœur Blanche; retire-toi et n'écoule pas aux portes.
PAUL, très-tas à sa tante.
Je crois que mes deux sœurs n'ont pas concouru pour le prix.
MADEMOISELLE KERISMAiNT.
Alors, tu ne peux pas manquer de l'avoir.
PAUL
Oh! si j'étais seul!
Il sort.