‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 50 sur 132 · CLARION, LE COMTE · texte numérisé non relu

CLARION, LE COMTE

LE COMTE, ;i l'huissier.

Sorlez. (\ Clarion qui s'incline.) Eh bien, Clarion, me laissezvous l'honneur de vous reconnaître le premier?... Ne vous rappelez-vous plus notre lutte universitaire à Heiilelberg? Tous deux les premiers. Ex asquo! Notre bon professeur nous salua de ce vers de Virgile :

Nimset Eurijahis primi.

CLÂRIOH.

Cet hémistiche est gravé là, monseigneur. (A part.) Il n'a pas oublié ses auteurs; il ne m'oubliera pa«.

LE COMTE

Je vous ai fait attendre; mais si vous saviez ce que c'est rpie les tracas et les ennuis de la politique.

CLARION

Les diplomates font courir le bruit que c'est un art bien difficile.

LE COMTE

Le plus difficile de tous... Vous êtes heureux, vous, vous ne songez qu'aux plaisirs.

CLARION

Oui... aux plaisirs des antres.

Vous avez toujours eu du goût pour le théâtre... Votre espnt fertile en ressources... votre gaieté insouciante, lïmprèVu de vos expédients, votre élocution facile... tout vous destinait à cette carrière ; aussi, quoique nous nous soyons perdus de vue, en nous élançant dans la vie...

CLARION

Par des chemins bien différents.

LE COUTE

Je n'ai pas été surpris d'apprendre que vous vous étiez fait comédien et directeur de spectacles... C'était votre vocation.

CLARION

Et moi, en apprenant, monseigneur, que vous étiez un jeune et grave ministre, je me suis souvenu de voire surnom du collège, Christian, huitième sage de la Grèce.

LE COMTE

Oh ! Depuis ce temps, le nombre est revenu à sept.

CLARION

Vous étiez né pour être ministre : c'était aussi votre vocation.

LE COMTE

•Non. Le nouveau souverain de la Suède a daigné faire à ma jeunesse l'honneur de la croire habile et m'a confié la direction des affaires. C'est une lourde tâche: il faut contracter des alliances, faire des traités de commerce, établir des relations, restaurer nos finances et donner un prestige de force et de grandeur à l'avènement de la .ovale maison de Holstein; dix-huit heures de travail quotidien ne suffisent pas a mon œuvre. Le plaisir, la douce paresse, la rêverie I amour, (ont cela n'existe plus pour moi. Tout mon temps'

je le donne au bonheur de mon pays, si bien qu'il ne me reste pas une minute pour tâcher d'être heureux moi-même.

CLARION

En vérité?

LE COMTE

J'envie votre existence. Le théâtre offre tant de séductions... d'enchantements... Je m'en suis beaucoup occupé pendant mon séjour à Paris.

CLARION

Ah!

LE COMTE

Oui... Il y eut un moment où j'ai failli...

cl\rion.

Devenir directeur.

LE COMTE

Pas précisément, mais donner ma démission, renoncer à la vie politique, parce qu'on m'arrachait à des rêve?... à... parce qu'on me rappelait à Stockholm.

CLARION

Je devine : une passion pour quelque belle actrice parisienne.

LE COMTE

Ma blessure est fermée, ne la rouvrons pas.

CLARION

Une blessure de coulisses !

Laissons cela, revenons à la politique. Ah! c'est un heureux hasard qui vous amène ici avec votre Iroupe de corne

Ils

(liens français; voire première représentation, sans que vous vous en doutiez, sera jouée à mon bénéfice.

CLARION

Un ministre ruiné!...

M COMTE

Ne m'interrompez pas. Le succès de- ma politique est lié au succès de votre théâtre. Les chefs d'œuvre de votre scène porteront leurs fruits en Suède, je vous le promets, et, en outre, le bon goût et les lettres y gagneront.

LARION,

Monsieur le comte, on l'a dit depuis longtemps, les Suédois sont les Français du Nord.

LE COMTE

Oui, et vous trouverez en moi un compatriote, un Parisien de Stockholm.

CLARION

Un Parisien est deux fois Français.

LE COMTE, riant.

Venons au fait. Vous ne. savez pas pourquoi je vous ai mandé auprès de moi?

CLARIOW.

<-'c ne peut être que pour une bonne nouvelle.

LE COMT1 .

Qnel est le jour fixé pour l'ouverture de votre théâtre?

CLARION

Oh! bientôt, après-demain.

LE COMTE

I '«si Irop lard... Il faul débuter ce soir...

COMÉDIEHS ET DIPLOMATES. H9

CLARION

Ce sou?

LE COMTE

Oui... Non sur le théâtre de la ville... mais sur relui de la cour.

CLARION

M lis, monseigneur, mes acteurs qui comptent sur leur liberté.

LE COMTE

Ne :ont-ils pas les esclaves de leur devoir?

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