DÉFINITION
d'hui encore avec grand profil, le typhus exanthémalique, tel <p\e nous le concevons aujourd'hui, n'apparaît dans la littérature qu'à une date relativement récente.
Le terme typhus,' fièvre nerveuse, s'appliquait à la plupart des fièvres continues et comprenait aussi bien la fièvre typhoïde dont Louis nous a fait connaître les lésions intestinales.
Après la publication des travaux de Louis, on crut pouvoir admettre que les lésions intestinales existaient dans le typhus etl'on en conclut à l'identité des deux maladies, identité que Gaultier de Claubry (1) s'efforça de démontrer dans un mémoire couronné en 1835 par l'Académie de médecine.
Mais dès 1836 un élève de Louis, Lombard (de Genève) (2), après un voyage à Dublin, constate que les lésions delà dothiénentérie ne s'observent pas dans le typhus fever d'Irlande. Un autre élève de Louis, Gerhard (3), en 1837, étudie le typhus à Philadelphie et montre quelles différences le séparent de la fièvre typhoïde non moins au point de vue anatomique qu'à ceux de la symptomatologie, du pronostic et de l'étiologie.
Jenner (A) et Murchison (5) en Angleterre, Flint(6) en Amérique, Griesinger (7) en Allemagne consacrent cette distinction. Elle met plus de temps à s'imposer aux médecins de France qui ont eu moins d'occasions d'observer le typhus. Landouzy (8) après l'épidémie de Reims, Forget (9) après celle de Strasbourg en 1854, les médecins de la campagne de Crimée, en 1855-1856 (10), montrent bien la différence radicale qui existe entre le typhus et la fièvre typhoïde.
Aux principaux éléments dont nous disposions pour séparer ces maladies, la bactériologie est venue apporter une confirmation importante. Elle nous permet, en effet, de retrouver dans la fièvre typhoïde et clans le typhus récurrent, autre maladie jadis confondue avec le
(1) Gaultier de Claudry, De l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde (Mém. de l'Académie de médecine, VII).
(2) Lombard, Observations suggested by a comparison of the post morlem «ppearances of typhus fever in Dublin, Paris and Geneva (Dublin journal of med. science, X, 1836).
(3) Gerhard and Pennok, On the typhus fever which occured at Philadelphie int 1836 (American journal of med. science, XIX, XX, 1837).
(i) Je>ner, Typhus and typhoïd (Edinburçfh monthly journal of med. science. IX et X, 1849-50).
(5) Murchison, On the classification and nomenclature of continued fevers (Edinburyh med. journal, octobre 1858).
(0) Flint, Clinical reports on continued fevers. Buffalo, 1852.
(T) Griesinger, Infections Krankhciten, in Virchow's, Ilandbuch fur Pathologie and Thérapie, et Traité des maladies infectieuses, 2° édition.
(8Ï Landouzy, Sur l'épidémie de typhus carcéral qui a régné à Reims en 1S39-10 {Arch. çfén. de médecine, 1812).
(9) Forget, Preuves cliniques de la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde (Gaz. méd . de Paris, 1854).
(10) Jacquot, Le typhus dans l'armée d'Orient. Paris, 1856. Discussion sur le typhus observé clans l'armée pendant la guerre d'Orient. Constantinople, 1856.
8 ARNOLD NETTER. — TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.
typhus, des microorganismes particuliers. Elle n'a pas encore fait connaître l'agent spécifique du typhus exanthématiquc.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Les principaux foyers actuels du typhus en Europe sont les îles Britanniques et la Russie.
Dans les îles Britanniques, le typhus devient de moins en moins fréquent. Jadis l'Irlande était décimée par le typhus et l'Angleterre et l'Ecosse étaient fréquemment envahies, avec cette particularité que le typhus commençait presque toujours dans les localités ayant le plus de relations avec l'Irlande et dans les quartiers habités parles Irlandais. Lesstalistiques montrent la diminution graduelledesdécès. En Irlande on en enregistre 266 en 1891, landis qu'il y en avait 505 en 1885 et 931 en 1880. En Ecosse le chiffre des décès annuels tombe de 1129 en 1871 à 77 en 1890. En Angleterre, de 4281 en 186& à 155 en 1890.
Nous ne saurions indiquer par des chiffres le nombre des décès par typhus en Russie. Nous savons qu'il y est endémique dans un grand nombre de provinces, qu'il a fait surtout beaucoup de victimes en 1891 à la suite de la famine.
Nous ne possédons pas de documents établissant la proportion des cas de typhus dans les principautés balkaniques . Le typhus a été souvent signalé à Conslanlinople et le Dr Typaldos a relaté l'histoire d'une épidémie sérieuse à Athènes en 1868.
Le typhus est rare dans le Danemark et la Suède et la Norvège n'ont pas vu d'épidémies importantes dans les dernières années.
Le Journal sanitaire autrichien nous donne les chiffres de 465, 448 et 706 décès par typhus pour les années 1890, 1891 et 1892. La plupart des cas ont été relevés en Bohême, Moravie, Silésie et Galiciè.
On sait l'importance de l'épidémie de typhus en Silésie prussienne en 1847 et 1848. Depuis il y a eu des épidémies importantes en 1855r 1867, 1873 ; les épidémies se sont étendues sur une partie plus ou moins vaste de V Allemagne et en 1854-55 l'Allemagne du Sud ellemême n'a pas été épargnée. Le typhus en Prusse diminue régulièrement aussi et il n'y a eu que 174 cas traités dans les hôpitaux en 1885 au lieu de 1193 en 1880 et 2720 en 1878 (l).Pour 1886, 1887, 1888 le total des cas dans tous les hôpitaux de l'Allemagne a été de 693 2 . Il s'est abaissé à 167 pour les années 1884-1891, à 352 (1892-1894) et n'a été que de 84 de 1895 à 1897. Le typhus sévit principalement dansles provinces avoisinant la Pologne (Prusse, Posen et Silésie) ; on a cependant signalé un chiffre relativement élevé de cas à Magdebourget à Erfurt.
Le typhus n'a guère été vu en Belgique depuis l'épidémie de 1847-48,
' i Mantzei,, Die Verbrcitung des Flèçktyphus in Preussen. Thèse Berlin. L887. 2 llvriis, Die Heilanstalten des Deutschen Reichs nnch den Erfalmingen det Jahrc, 1886, 1887,1888 [Medisinal slatistische Miltheilungeh aus dem Kaisérlichem Ge^undheits.imlc, 1X92, l. II).