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L.-H. TH01N0T. — CHOLÉRA ASIATIQUE

dans les derniers siècles, çà cl là, sur quelques points très restreints, les unes n'ont rien à voir avec l'affection cholérique ; les autres — et Sydcnham en a donné une description achevée (1) — ont trait au choléra sporadique, sans extension, sans contagion, c'est-à-dire dénué des caractères du grand choléra, du choléra asiatique (2).

B. Le choléra épidémique existait dans /' Inde avant le xix° siècle.— C'est l'opinion exprimée par les auteurs les plus accrédités (3). Au diredeTaylor, les écrits sanscrits indiquent nettement sous le nomde Melsoneidan le vrai 'choléra épidémique (Proust). Divers écrivains du xvic siècle (Cristoval d'Acosta, Garcia d'Orla, etc.) mentionnent cette maladie sous un nom ou un autre. Il est en tout cas certain que vers la fin du xvme siècle le choléra était épidémique dans l'Inde, où il exerçait d'une façon continue les plus grands ravages. La plus connue de ses manifestations est la grande épidémie du pèlerinage d'Hurdwar, en 1783, qui éclata avec une telle violence qu'elle fit plus de 20000 victimes. D'autres épidémies sontsignaléesen 1787, en 1790, 1793, etc., et forment avec l'épidémie de 1817 une chaîne ininterrompue (4). ... , • , . , / C I e choléra épidémique paraît avoir également existe avant le xix» siècle dansd' autres parties de l'Asie. - « En Chine, le mot Ho-luan s'applique à des épidémies terribles qui ont été le choléra. Les descriptions probantes sont de l'époque correspondante à Hippocrale, Socrate Périclès, Confucius. » (Proust.) Il est possible aussi que d'autres contrées d'Extrême-Orient aient connu le choléra avant le xixc siècle, mais les documents certains manquent sur ce point.

L'Hindoustan est donc le véritable berceau du choléra asiatique. On peut se poser la question, insoluble d'ailleurs, de savoir si le choléra de Sydenham, etc., l'ancien choléra-morbus européen, n'était pas de nature intime identique au choléra qui au xixe siècle a passé tant de fois de l'Hindoustan sur l'Europe. Il est en tout cas

m « D'anrès Sydenham, le choléra apparaît tous les ans en Angleterre au com- (1)« D après byae ^ ^ ^ rappantl0n des

^r^^^r.? TncloL, Du choléra dans l'Inde depuis .e xv. siec.e jusqu'à la fin du -n, siècle (G„ ^vSLè^è des épidémies indiennes de , ^^^^^k^^^&i^ clans le Haut-Indoustan (Lebaigue de » , f HfiflTn épidémie dans a province de Madras (Paysley); même époque,

Madras-,1783 cp dem c u ^ u-oupes anglaises en marche

rt^^^^'^^^^ dans ia provire de,Madr:u

's'a isoi'epidénï dans la province de Cey.an (Johnson); 1814, ep.dem.e au centre de l'Inde péninsulaire (Crtnshank).

hors de doute qu'en venanl de l'Inde le choléra a pris une l'ace nouvelle : il a acquis des propriétés d'expansion, de contagion, de généralisation inconnues jusque-là, et cela suffit pour marquer en pratique, sinon en philosophie médicale, une différence radicale entre les deux choléras.

II. Le choléra dans l'Hindoustan au xix° siècle. — La Conférence de Constantinople a conclu de ses enquêtes qu'il n'existe dans l'Inde qu'un petit nombre de foyers marquants de choléra, et les

Fig. 9. — Décès par choiera à Culculla, de 1865 à 1889.

1865 5078 décès.

1874 1245 décès.

décès.

* En 1869 le régime des eaux l'ut changé à Calcutta.

a classés, suivant le plus ou moins de fréquence de la maladie, en trois catégories :

1° Le choléra règne de préférence comme maladie endémique, avec une tendance à devenir épidémique à certaines époques, dans le Bengale en général. Il sévit dans les stations de Cawnpoor et de Allahabad, mais surtout dans la ville de Calculta. Il se montre aussi à Arcot, près de Madras, et à Bombay.

2° Le choléra apparaît comme maladie épidémique tous les ans ou presque tous les deux ans à Madras, Conjeveram, Pooree, Tripetty, Mahadeo, Trivellore et d'autres localités où ont lieu des agglomérations de pèlerins hindous.

ThaITÉ DE MBDECtHE

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3° Il se montre encore comme maladie épidémique, mais à des époques indélerminées dont les intervalles ne dépassent pas pour la plupart une période de quatre ou cinq ans, dans les provinces du nordouest de l'Hindôustan, ainsi que dans des parties des présidences de Madras, de Bombay et dans le Pégu (1).

En ajoutant à ces manifestations endémiques, endémo-épidémiques ou épidémiques régionales du choléra indien, les épidémies généralisées, envahissant la surface entière du pays, telles que les grandes irruptions de 1817, 1828, 1844 qui ont môme franchi les Umitesde l'Hindôustan, on aura l'aperçu d'ensemble de l'histoire du

choléra dans l'Inde.

L'un des lieux préférés de Vendémie cholérique, c'est la partie de l'Inde placée entre le Gange et le Brahmapoutre, et Calcutta l'ait partie de cette région. Les ravages du choléra à Calcutta ressortent nettement du diagramme ci-dessus, dont nous empruntons les éléments à M. Proust.

Les conditions climatériques ont une influence marquée sur la marche du choléra dans l'Inde. « Les saisons chaudes doivent être considérées comme très favorables au développement épidémique. Ainsi, au Bengale, le choléra revêt la forme épidémique pendant les grandes chaleurs, d'avril enaoût... Dans la présidence de Madras, où les saisons sont moins tranchées, c'est aussi dans la période la plus chaude de l'année que le choléra se montre épidémiquement avec le plus d'intensité. » (Proust.)

Les pèlerinages jouent dans le renforcement et la propagation du choléra dans l'Inde le rôle majeur que nous verrons jouer à tous les rassemblements humains dans les manifestations du choléra asiatique hors de l'Inde. Bappelonslefait célèbre d'Hurdvvar, en 1783, que nous avons cité plus haut. Hurdwarest encore tous les ans aujourd'hui, a l'époque de la foire, le siège d'une manifestation cholérique Mêmes faits à Jugurnath, Conjeveram, et dans toutes les autres localités qui sont le siège de foires et de pèlerinages (2).

Il est enfin une notion capitale que Fauvel a le premier mise en relief (3) et que M. Proust a résumée dans les termes suivants : « Le choléra existe constamment à l'état endémique dans certaines parties de l'Inde, notamment à Calcutta et à Bombay ; mais il en est de ces ports comme de ceux où règne la lièvre jaune,... les natifs en sont a peu près indemnes ; Us ont subi sil'on veut la vaccination cholérique, tandis que ceux qui gagnent la maladie et la propagent au dehors sont leséi rangers venant de l'intérieur des terres.» Et parmi cesétran-

m\ n'.nrJ., PnousT, La défense de l'Europe contre le choléra. Paris, 1892.

Z 1 eu" ne doivent pas être considérés comme des foyers d'endémie cholé cSra s'y éteinl après le départ des pèlerins et il n'y reparaît plus au'à l'occasion d'un nouveau pèlerinage. » (Proust.) q "î) F^vl, Acnd. des se, 1883, cl Comité conmlt. d'hyff., t. XII, 1888.

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gers, il faut citer en premier lieu les pèlerins venant s'embarquer pour la Mecque, nolion capitale que nous retrouverons plus lard.

Nous terminerons ces quelques lignes sur le choléra dans l'Inde en donnant le diagramme delà mortalité par choléra dans ce pays de 1878 à 1892.

III. Les épidémies de choléra asiatique en Europe au xix0 siècle. — De 18-23 à nos jours il y a eu en Europe six épi-

Fig. 10. — Mortalité par choléra dans les Indes anglaises, d'après les rapports annuels du Sanitary Commissioner wilk the Government of India.

1878 318.228 décès.

1883 218.860 décès.

1888 270. 40S décès.

démies de choléra asiatique : 1° l'épidémie qui vint de l'Inde s'éteindre à Astrakan; 2° l'épidémie de 1830 à 1837; 3° l'épidémie de 1847 à 1855; 4° l'épidémie de 1865 à 1874; 5° l'épidémie de 1884 à 1887 ; 6° l'épidémie de 1892, qui est restée fixée en Europe jusqu'en 1895.

1" Épidémie d'Astrakan (1823) (1). — Née à Jessore (Bengale) en juin 1817, elle vint se terminer en Europe à Astrakan (Russie) dans l'automne de 1823.

L'épidémie, partie du Bengale, s'est rapidement étendue à l'Inde péninsulaire et à tous les ports des côtes de Malabar cl de Coromandel.

Elle gagna de 1816 à 1820 lous les pays maritimes situés à l'est de l'Inde, la Chine, les Moluques, les Philippines, etc., et quelques-uns de ceux du sud de l'Inde : Maurice, la Réunion, le Cap.

En 1817 elle se dirigea vers l'est et atteignit successivement les villes des côtes arabiques et celles du golfe Persique, de mai en août 1821, après une expédition des troupes anglaises provenant des ports indiens infectés.

(1) Nous empruntons textuellement à Rriquet la relation sommaire des épidémies de 1823, 1830, et 1847 à 1850.

2° par années

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Elle atteignit ensuite la Perse, par Bcnder, Abouschir, port voisin .le ceux du golfe Persique, puis se divisa en deux courants. Le courant méridional atteignit la Turquie par le Diarbekir, en octobre 1822, puis les cotes de la Syrie, Alexandrie, Smyrne, en mai 1823. Le courant septentrional gagna a Russie par Tiflis, en mai 1823, et par Astrakan en septembre 4823, ou il

s'éteignit. ... , n i

ï° Épidémie de 1830-4837. - La seconde épidémie, venue du Benga e, r l'Afghanistan, en 1828, s'est terminée en Algérie après avoir dure dix

Assortie de l'Inde elle a débuté par le Thibet, à la fin de ! 828, puis elle a alleint successivement :

Le gouvernement russe d'Orembourg, en août 1829 ; la Perse par Mawer

et Mesched, en septembre 1829. ,

Arrivée à la frontière ouest de la Perse, cette épidémie s est, comme la première, divisée en deux courants.

Le courant septentrional envahit encore la Russie par Tifl.s, en juin 1830,

et par Astrakan, en août 4830. , »,

Le courant méridional atteignit de son côté la Turquie d Asie parla Irfecque on iuillet 1830, la Syrie en marsl831 , et parTrébrzonde en juin 1831. L Egypte par Alexandrie et le Caire en juillet 1831. La régence de Tnpoh en septembre 1831. La Turquie d'Europe par Constantinople et Andrmople, en juin ,

^^"u^se^entrional, continuant a envahir la Russie, -Jj***^ et Moscou en septembre 1830, Saint-Pétersbourg en juin 1831. Toute la Entière russe étant infectée, l'épidémie atteignit presque en même temps .

PoTogne par Iganie et Varsovie, en avril 1831. L'Autriche par Lemberg en niai 1831, et la Hongrie, en juillet 1831. La Moldave, Jassy, en ma! 831 et ? Valachie, Bucharest, en juillet 1831. La Prusse, par Dantzig en mai 1831, Hambourg en juillet 1831. La Finlande, Hels.ngfors, en août 1831. L Angle- 12 par Sunderland, en novembre 1831. La France par Calais, en mars .832.

pou Lm p'ed'ro" par un bâtiment infecté. L'Espagne par le port deVigo, en janvier 1833, aussitôt l'arrivée de la flotte infectée de dom Pedro La Havane en février 1833. Le Mexique, par Tampico, en mai 1833

T ; ! î Lunel en décembre 1835. Puis à Nîmes, à Beaucaire et à Toulon « $1 juHltnf 'S 1835. De nouveau, apparition du choléra en Algérie, 1

MZlZ:t^ Par Nice en juillet 183 B £~ ^«Jj- SionducholéraàGênes,PuiS àLivourne àFlo ence etàTun, M A Venise, en octobre 1835. A Mdan, en avril 1836. A Home, j

A Xaples, en novembre 1836. A Païenne, en juillet 1837. A Calane, en septembre 1S37 ; à Gênes, pour la troisième l'ois, en juillet 1837. A Marseille, pour la troisième fois, en juillet 1837.

En Algérie; parBône, en septembre 1837, et Constantiue, eu octobre 1837, où l'épidémie s'est terminée après avoir duré sept années.

3° Épidémie de ISiJ à 1850 el de 1851 à 4855. - La troisième épidémie, née dans la province de Daily en 1844, s'est terminée encore en Algérie en 1850 ; elle s'est réveillée en Silésie, en 1851, pour régner jusqu'en 1855 en Europe.

Elle a gagné Caboul en juillet 1844, le Candabar en mai 1845, Bockara en juillet 1845. Puis elle est entrée en Perse encore par Mawer et Mescbed, en février 1846. Elle atteignit Ispaban en août 1846, Bagdad et Bassorah en novembre et octobre 1846, la Mecque, en novembre 1846.

A l'ouest de la Perse, l'épidémie s'est, comme de coutume, divisée en deux courants.

Elle était à Erzeroum en août 1846. A Trébizonde, en septembre 1846. A Erivan (Russie), en septembre 1846. A Astrakan, en juillet 18A7 . A Kazan et à Moscou, enseptembre 1847. A Constantinople,en octobrel847. A Brousse, en avril 1848. A Odessa, en avril 1848. Dans les provinces Danubiennes, à Jassy et Galatz, en mars et en juin 1848. A Alep et à Smyrne, en avril 1848, à Salonique, en juillet 1848. En Egypte, au Caire et à Alexandrie, enjuillet 1848. A Skiatos, première île grecque, en septembre 1848.

A Saint-Pétersbourg, en juin 1848. A Riga, en juillet 1848. En Finlande, à Abo et à Helsingfors, en avril 1848. En Pologne, à Varsovie, en septembre 1848. En Prusse, par Kœnigsberg, en juillet 1848. A Breslau et Berlin, enjuillet 1848, A Magdebourg, en août 1848. En Autriche : à Lemberg (Galicie), en septembre 1848 ; à Vienne, en octobre 1848.

En Danemark, à Gliickstadt, en septembre 1848.

En Angleterre, à Londres et à Hull, en septembre 1848. A Édimbourg, octobre 1848.

En Hollande, à Amsterdam et à Rotterdam, en octobre 1848. En Belgique, à Anvers, à Luxembourg, en octobre 1848. A Bruxelles, en octobre 1848.

En France, par Dunkerque, en octobre 1848. A Paris, en mars 1849. A Marseille, en août 1849. A Lyon, en septembre 1849.

En Amérique, par New-York, en décembre 1848. A la Nouvelle-Orléans, en décembre 1848. Le long des rives du Mississipi, en janvier 1849.

A la Havane, en avril 1850. Dans les ports du golfe du Mexique, Chagres, Acapulco, en décembre 1850. A Mexico, en août 1850.

En Algérie, en octobre 1849. A Tunis, en octobre 1849. Au Maroc, en octobre 1850.

Dans les villes du Tyrol,lors de l'insurrection italienne et lors de l'entrée de l'armée autrichienne, en juin 1849. A Vérone et à Trévise, en juillet 1849. A Venise et à Brescia, enjuillet 1849. A Trieste, en août 1849.

De nouveau dans l'Algérie, vers la fin d'octobre 1850, où se termina la prèmière période de la troisième épidémie générale.

En 1851 se fit dans le nord de l'Europe un réveil, el l'épidémie parcourut de nouveau l'Europe pendant quatre ans.

« D'après Eisenmann, l'épidémie apparut d'abord en Silésie, à la fin de l'année 1851 , se développa en 1852 en Pologne et en Prusse, gagna en 1853 le

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