L.-H. THOINOT. — CHOLÉRA ASIATIQUE
Danemark, la Suède, la Norvège, les rivages de la Baltique el de la mer du Nord, le littoral de l'Angleterre (I)» el entra en France parles départements duNord (département de l'Aisne, octobre 1853), gagnant Paris en novembre. En 1854 le choléra s'étendit sur l'Europe entière, du golfe de Bothnie au littoral du Maroc el de la mer Noire et de l'archipel Grec à l'Angleterre (Milroy). La Grande-Bretagne presque tout entière fut atteinte. En France, l'épidémie qui, en 1853, n'avait fait que toucher le Nord, envahit soixante-dix départements, el se développa surtout dans la vallée du Rhône.
De Marseille elle fut importée en Algérie et en Grèce. Le choléra suivit les troupes françaises en Crimée, où il dura jusqu'en 1856. De Crimée et de Constantinople, il passa sur les côles d'Italie, envahit l'Italie, le Tyrol, la Suisse, la Bavière, etc. ; l'Espagne n'échappa pas.
Enfin les émigranls européens transportèrent, en 1854, le choléra à Chicago et à New- York, d'où il s'étendit sur toute l'Amérique du Nord, du Canada aux Antilles. Pour la première fois enfin l'Amérique du Sud fut prise.
4° Épidémie de 1865-1874. — Le schéma général de celte épidémie est des plus simple et des plus intéressant :
« Venu de l'Inde, son foyer d'origine (ou premier foyer), le choléra arrive à la Mecque (deuxième foyer), puis gagne Alexandrie, qui va devenir un nouveau centre d'émission (troisième foyer). Toutes les villes, Lous les ports qui, comme Beyroulh, Marseille, Constanlinople, reçoivent desarrivagesd' Alexandrie, deviendront de nouveaux centres pouvant être considérés comme des foyers de quatrième ordre, et qui, à leur lour, seront le point de départ de nouvelles émissions. » (Proust.) L'épidémie, après un envahissement général de l'Europe, sommeilla quelque temps en Russie, puis, partant d'un de scs" foyers, fit de 1869 à 1874 une nouvelle incursion sur une partie de l'Europe.
Le choléra fut importé dans le Hedjaz par des navires chargés de pèlerins ; à la fin d'avril 1865 le choléra sévissait à la Mecque et à Médine.
Du 19 mai au 10 juin, dix bateaux à vapeur débarquèrent à Suez de 1 2000 à 15 000 pèlerins ; le Sidney, vapeur anglais qui avait perdu des hommes du choléra pendant la traversée, débarqua à lui seul 2000 pèlerins.
Le 21 mai quelques cas se déclaraient à Suez — parmi lesquels le capitaine du Sidney el sa femme. — Le choléra suivit les pèlerins de Suez à Alexandrie : le 2 juin éclata un premier cas dans cette ville; le 11 l'épidémie n'était plus niable : « En deux mois le choléra fit 4 000 victimes à Alexandrie, et en Egypte en moins de trois mois il donna la mort à plus de 6000 habitants. » (Prousl.)
La population terrifiée émigra en masse d'Alexandrie : « Européens et Levantins, au nombre de 30000 à 35000, se dirigent vers tous les ports delà Méditerranée. Le choléra va se développer à Constantinople, à Sniyrne, à Beyrouth, en Mésopotamie, sur la mer Noire, à Kustendjé, à Odessa, porté jusqu'à New-York et à la Guadeloupe par des bateaux à vapeur, et apparaissant dans le port au moment même où le navire y a débarqué. » (Prousl.)
La frégale ottomane Moukbiri-Sourour importe le choléra d'Alexandrie à Constanlinople (28 juin) ; et, de Constantinople, le choléra envahit le littoral de la mer Noire el les bords du Danube (Bulgarie, etc.). Du littoral de la mer Noire (Odessa), l'épidémie envahit la Russie par Borki, Kiew, Wilna, Saint- Pétersbourg.
(1) Lavuhan, Dici. encycl. des se. méd.
Le vapeur Archiduchesse Charlotte porla le choléra d'Alexandrie à Smyrne (23 juin). Par la voie maritime encore furent frappés Beyrouth, Chypre, Ancône, etc.
D'Alexandrie encore partit le Ier juin le Stella, qui porta le choléra à Marseille ; de Marseille le choléra envahit le midi de la France et bientôt Paris. L'Espagne fut atteinte par Marseille et Valence.
Des émigranls allemands apportèrent le choléra à Halifax, et de ce point le fléau gagna par les côtes New- York, et envahit l'Amérique du Nord. L'Amérique du Sud n'échappa pas.
L'Algérie fut enfin, comme dans les épidémies précédentes, envahie par les provenances de Marseille.
L'épidémie, venue d'Alexandrie en 1865, mit longtemps à s'éteindre en Europe ; le choléra persista en particulier d'une façon tenace en Russie et dans la Pologne où en 1867 il était atténué, mais non éteint.
En 1868 le choléra se réveilla dans deux villages du gouvernement de Kiew « et c'est dans ce même gouvernement qu'au mois de mai 1869 débuta l'épidémie qui devait envahir une grande partie de l'Europe » (Proust) (1).
De Kiew l'épidémie gagnait Moscou : en 1870 la Russie était envahie et les ports de la mer Noire; en 1871 la Pologne russe était prise ainsi que la Baltique et Hambourg, tandis que Constantinople était envahi parles provenances de la mer Noire.
En 1872 nouveau réveil à Kiew; en 1873 enfin la France est prise ; le choléra parait au Havre en août 1873, gagne Bouen en août, et Paris en septembre.
5° Épidémie de 1 884-1 8S7. — En 1883, du 19 au 20 juin, le choléra se montra à Damiette, en Égypte, et de là envahit l'Égypte où il causa officiellement plus de 28000 décès, chiffre sans doute bien inférieur à la réalité.
Le choléra d'Égypte en 1883 avait, suivant toute vraisemblance, son origine dans une importation de l'Inde ; c'est là un fait auquel l'enquête serrée de M. Mahé donne toute apparence de réalité.
« Le 13 juin 1884 un cas de choléra se montrait à Toulon ; bientôt la ville entière était envahie. Quatorze jours après, l'épidémie faisait sa première victime à Marseille, puis se répandait clans tout le midi de la France, projetant quelques irradiations au loin vers le nord et l'ouest : le dernier décès de l'épidémie avait lieu le 10 janvier 1885, dans un petit village de la Vendée, à l'île de Noirmoutiers (2). »
Le choléra français de 1884 peut être donné sans crainte comme une émanation du choléra égyptien de 1883. On a longtemps cherché la fissure d'introduction de l'épidémie en France. On peut dire aujourd'hui que Toulon ne fut qu'en apparence la première ville frappée sur le littoral méditerranéen. « Une enquête sévère démontra que des responsabilités graves avaient été encourues par des hauts fonctionnaires d'un déparlement voisin du Var, et
(1) Kiew, où le choléra reparait trois fois en un si court espace (1808-1869-1872) esL un lieu de pèlerinage, c'est-à-dire un lieu propre entre tous au renforcement et à la dissémination des germes cholériques, quelque chose d'analogue en miniature à ces lieux de pèlerinage (Hurdwar, etc.) que nous avons vu jouer un si grand rôle dans le choléra de l'Indouslan.
(2j Mahé, Recherches sur l'origine du choléra d'Égypte en 1 883 (Recueil des travaux du Comité consult. d'hyg., t. XIII, 188 i).