L.-H. TH01NOT
CHOLÉRA ASIATIQUE
que le choléra existait neLlemcnt depuis quelque temps à l'étal non latent, mais caché, clans ledit département (1). »
De France le choléra passa en Algérie, comme dans les épidémies précédentes. Il l'ut importé en Italie par les ouvriers italiens fuyant Marseille et Toulon au nombre de plus de 8 000. Le Piémont l'ut d'abord atteint, puis le reste de l'Italie: Gênes, Naples, Venise, la Sicile, etc. Il y eut eu Italie plus de 35000 décès.
En Espagne le choléra se montra en août I KH i- dans la province d'Alicante, mais la véritable épidémie fut en 188:'», où de juin à décembre l'Espagne entière fut couverte, et compta plus de 80 000 décès. Le choléra parut encore sur les rivages de l'Adriatique (Croatie), à la fin de I88!i, et en 1880 sur plusieurs points du littoral austro-hongrois, de lTstrie et delà Dalmatie.
Ajoutonsenfin que, de Gênes, le choléra fut importé par le Perseo à Buenos- Ayrcs et envahit la République Argentine, l'Uruguay et le Chili.
En résumé, « le choléra qui atteignit la France en 1884 persista pendant les années suivantes, de 1884 à 1887, en Espagne, en Italie, en Autriche-Hongrie, et fit une pointe jusque sur la frontière de Roumanie, en Bulgarie et dans la Bosnie et l'Herzégovine ; il menaça aussi la Turquie, déplus d'un côté, mais cependant il n'apparut sur aucun point des possessions de l'empire ottoman». (Proust.)
Le 11 mai 1890 le choléra apparut à Puebla de Rugat, bourgade de la province de Valence, près des frontières d'Alicante.
Les fugitifs le semèrent aux environs, et le choléra se répandit dans la province de Valence — qui demeura la plus frappée — et dans le reste de l'Espagne.
Les localités atteintes restèrent d'ailleurs peu nombreuses et le nombre des victimes au total peu élevé (près de 4000 d'après la statistique officielle). La genèse de celte épidémie a été fort discutée et reste en tout cas obscure. Le Dr Bide tient pour l'importation ; d'autres ont admis la reviviscence sur place des germes laissés par l'épidémie de 4885.
b°Épidémiede 4892. — En 1892,1e 4 avril, éclataitàla maison départementale de Nanterre (2) un cas de choléra, bienlôl suivi de plusieurs autres. Diverses communes du département de la Seine furent envahies en peu de temps, et Paris futatteint à son tour. Le choléra se répandit enfin, sans grande intensité d'ailleurs, sur un certain nombre de points du territoire français : nous aurons l'occasion de revenir ailleurs sur cette épidémie.
En même temps le choléra parti d'Hurdwar, ce lieu de pèlerinage qui joue un rôle si important dans le choléra de l'Inde, atteignait Hérat et marchait vers Mesched. De Mesched il se répandit en Perse où il fit d'énormes ravages. De Mesched encore, suivant un chemin bien des fois parcouru dans les grandes épidémies du commencement du siècle, il atteignait Bakou, sur les bords de la Caspienne, le 19 juin. « De Bakou, il envahit avec une extraordinaire rapidité les provinces de la Grande-Russie, arrive à Nijni-Novgorod et à Moscou, monte au nord jusqu'à Saint-Pétersbourg et peut-être à l'ouest, par les trains d'émigrants, pénèlre d'un bond jusqu'à Hambourg (3). »
11) L. Tmoinot, Le choléra de 1 884 : origine, marche, éliologie générale. Paris, 1886.
(2) La maison départementale de Nanterre est à la fois un asile de vieillards, un dépôt de mendicité, et une maison de correction. .
(3) Phoust, Comité consalt. d'hyg., t. XXII, p. 658. Il est probable mais non démontré, que le choléra de Hambourg a été introduit par les énugrants russes, et
Le nombre des victimes de ce choléra de 1892, en Russie, où il frappa soixante et une provinces, monte à près de 200000.
Hambourg fut le plus gros foyer allemand : du milieu d'août à la fin d octobre on compta 7600 et quelques décès (I). La Belgique encore fut atteinte, 12b communes, 953 décès officiels : le gros foyer fui Anvers, qui avait le choléra dès le mois d'août 1892. L'Autriche-Hongrie enfin fut légèrement trappee.
En résumé, la marche de l'épidémie de 1892 peut être synthétisée en deux mots : deux courants cholériques partis, l'un des bords de la Caspienne et doué de la haute puissance d'extension du choléra indien, l'autre des bords de la Seine et doué d'une faible expansion, se sont rencontrés en Belgique. L'un a franchi en deux mois les milliers de kilomètres qui séparent la Perse de l'Europe centrale ; l'autre a marché vers le premier, mettant plus de quatre mois à parcourir les quelques centaines de kilomètres qu'il devait franchir
pour OPÉRER SA JONCTION.
La fin de l'année 1892 ne; marqua pas la fin du choléra : en 1893, en 1894 l'épidémie resta fixée en Europe et ne se termina que vers la fin de 189b. En France, en 1893 le choléra a reparu en Bretagne et dans le Midi où ses foyers ont été nombreux. A l'étranger, presque tous les pays ont payé tribut : Russie, Turquie, Autriche-Hongrie, Italie, Espagne, Allemagne, Hollande, Belgique, Roumanie, Bulgarie, etc.
En 1894 nous trouvons encore du choléra en France (Finistère, Bouches-du- Rhône). A l'étranger la Russie, la Turquie ne cessent pas de compter de très nombreuses victimes ; le choléra se voit encore en Belgique, où la province de Liège paye un lourd tribut ; en Allemagne ; en Pologne ; en Autriche (Galicie) ; et Lisbonne est le théâtre d'une manifestation aussi étendue que bénigne. En 1895 l'épidémie européenne s'atténue peu à peu pour disparaître vers la fin de cette année.
IV. Le choléra en France de 1832 à nos jours. — A. Epidémies de 4832, 4834,4837.— Le 15 mars 1832, le choléra venantd' Angleterre débarquait à Calais ; onze jours après (26 mars) il était à Paris. On vit alors « l'épidémie rayonner en tous sens autour de ce nouveau centre de propagation. L'extension se fit d'abord circulairement dans tous les départements qui entourent celui de la Seine, puis le choléra se porta à la fois dans toutes les directions, s'arrêtantà l'est à l'Alsace, aucenlre à la Corrèze, n'envahissant que tardivement, à l'ouest, la Sarthe, la Mayenne, les Côtes-du-Nord, l'Ille-et-Vilaine ».
Cette épidémie fit en France, d'après un document (2) auquel nous ferons de fréquents emprunts, 102789 victimes, chiffre sans cloute fort au-dessous de la vérité.
A Paris il y eut 18402 décès pour une population de 785 860 habitants (recensement de 1831), soit 234 décès pour 10000 habitants (3). L'épidémie n'y dura que septmois (26 mars à septembre 1832).
la topographie des premiers cas plaide en ce sens. Quant à l'hypothèse d'une importation du Havre, elle a été écartée nettement par l'enquête officielle.
(1) Proust, loc. cit.
(2) Documents statistiques et administratifs [concernant l'épidémie cholérique de 185! comparée aux précédentes épidémies cholériques. Publication du ministère du Commerce, etc., Paris, 1862.
(3) Rapport sur la marche et les effets du choléra morbus dans Paris et les communes rurales du département de la Seine. Paris, Imprimerie royale, 1834. La citation suivante, extraite de ce document, montrera ce que fut cette épidémie a son