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L.-H. TIIOÏNOT. — CHOLÉRA ASIATIQUE

L'épidémie généralisée de IX32 ne fui pas La soûle atteinte qu'éprouva la France pendant La grande épidémie européenne qui régna de 1830 à 1837, mais elle fui, el de beaucoup, la plus importante : les deux épisodes de 1834 et 1H.'!7 ne méritent qu'un mot. En décembre 1834 le choléra apparaissait à quelques jours d'intervalle à Agde el Marseille, villes en relation avec les ports du littoral d'Espagne et d'Algérie où régnait alors le choléra. Sept départements seulement furent atteints, et la maladie marcha du sud aunord. En mai 1837, Marseille fut atteint par suite de ses relations avec l'Italie, où régnait l'épidémie. Le choléra ne se propagea qu'à deux départements.

B. Épidémie de 1847-1850. — Dans la grande épidémie européenne de 1847- 18501e choléra entra en France par Dunkerque(15 octobre 1848), « après que l'Allemagne de l'Ouest, les ports de la mer du Nord et ceux de la côte orientale de l'Angleterre eurent été atteints » (Briquet). D'après un document cité par Briquet, il semble que le choléra ait éclaté à Dunkerque immédiatement après l'arrivée d'un balandrier, qui venait de charger son bateau de charbon de terre, pris sur un bateau venu de Newcaslle (Angleterre) où le choléra sévissait fortement. D'autre part, en juin 1849, le choléra éclata à Lunel (Hérault) sans que les conditions de cette explosion aient pu être précisées. Paris fut atteint en mars 1849 par le choléra venant du Nord, et les deux courants épidémiques, l'un venu du Nord, l'autre du Midi, se rejoignirent en couvrant de leurs ravages 54 départements. Le document officiel cité plus haut donne le chiffre de 100061 victimes pour toute l'épidémie. A Paris, le chiffre des décès s'éleva à 19 184, ce qui, pour une population de 1 053 986 habitants (recensement de 1842), donne 180 décès pour 10000. L'épidémie régna à Paris de mars à octobre 1849.

C. Dans l'épidémie européenne de 1851-1855, la France fut touchée en 1853-1854. L'Aisne fut d'abord atteinte (octobre 1853), Paris fut pris en 1854 : « L'épidémie envahit 70 déparlements et 5 364 communes ; elle y fit 143 478 victimes, 40 000 de plus qu'en 1832, 43 080 de plus qu'en 1849 (I) >».

Paris eut 7 626 décès, soit, pour une population de 1053000 habitants, 72 décès pour 10 000.

D. L'épidémie partie d'Alexandrie en 1865 envahit la France par Marseille (juin 1865) « qui devient le foyer qui rayonne sur Avignon, Toulon, Arles. Paris. De Paris, l'épidémie s'étend aux départements voisins : Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Seine-Inférieure ; de Marseille aux dôpartementsdes BouchesduBhône, de l'Hérault, de Vaucluse. Sur 14661 décès, les cinq départements du Midi en comptent 4441 (Marseille 1 949, Toulon 3106). L'automne de I 866 vit éclater, dans les mêmes lieux, une nouvelle explosion épidémique qui égal a en intensité, et surpassa en durée, l'apparition de 1865 » (Laveran).

A Paris, en 1865, il y eut, du 24 juillet au 11 janvier 1866, 5751 décès,

début II y avait eu quatre cas le 26 mars ; le 27 six malades furent transportés à l'IIÔlel-Dieu;lc 28 on complaît 22 malades; le 31 il y en avait déjà 300. « Du 31 mars au 1" avril l'épidémie se répandit dans toute la ville, et surtout dans la plupart des quartiers situés sur les bords de la Seine...; dès le 2 avril le nombre des morts allait à plus de 100 par jour; le 3 il était de 200; le 5 de 300; toutes les vingt-quatre heures il augmentait dans une proportion effroyable. Le 9 plus de 1 200 personnes lurent atteintes, et 814 périrent. Enfin, dix-huit jours après 1 d" " »

(11 avril) on comptait L2 à 13000 malades et 7000 morts, car, dans te terrible débul de l'épidémie, enélrefr&ppè c'était trop souventéire mort quelques heures après. » (1) Documents statistiques, etc. , du ministère du Commerce.

soit 30 p. 10000; cl en 1800, du 3 juillet au 29 novembre, il y eut décès, soit encore 30 p. 10000.

E. L'épidémie qui, en se réveillant à Kiew en 1869, devait faire une nouvelle incursion en Europe, loucha de nouveau la France en 1873.

Le choléra y fit son entrée par le Havre au commencement d'août 1873 ; Rouen fut bientôt atteint (août) et à la même époque le choléra s'étendit à Fécamp, à Caenet à d'autres localités du Calvados. Paris fut pris dans les premiers jours de septembre et du 4 septembre au 30 novembre on y compta Soi décès, ce qui, pour une population de 1851 182 habitants (recensement de 1872), donne 6,3 décès pour 10000 habitants.

F. L'épidémie de 1884 débuta, nous l'avons dit, à Toulon, le 13 juin 1884, et nous croyons pour notre part très fermement que ce choléra fut un choléra d'importation venu de l'Inde par l'Egypte, où il eut en 1883 une sévère manifestation : toutes les autres hypothèses formulées (réveil de germes sommeillant depuis la guerre de Crimée sur les pontons du port de Toulon, importation d'Extrême-Orient par la Sarlhe) doivent être résolument écartées.

Des individus fuyant Toulon portèrent le choléra à Marseille ; la mort de l'un d'eux fut, le 27 juin, le signal de l'explosion cholérique dans la ville. De Toulon et de Marseille procèdent directement ou indirectement tous les foyers du choléra français de 1884, à l'exception peut-être de Nantes (infectée par une importation d'Algérie [?]).

La répartition topographique du choléra de 1884 est des plus simple. Avec les Bouches-du-Rhône et le Var, les départements du littoral méditerranéen (Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales) forment le gros foyer de l'épidémie (1). Les départements de couverture du foyer consti tué par le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Var, c'est-à-dire Vaucluse, Basses-Alpes, Ardèche, forment eux-mêmes un foyer d'importance assurément moindre, mais encore notable (2). Quant aux autres départements du Midi compris entre les Hautes- Pyrénées, le Gers, le Lot, la Corrèze à l'ouest, la frontière italienne à l'est, le Cantal, la Lozère, le Rhône et l'Isère au nord, ils sont tous, sans exception, touchés, mais pour la plupart sans grande intensité.

En dehors de cette masse compacte des départements du sud-est de la France, il n'existe dans le reste du pays que des foyers irradiés, disséminés, et sans importance, à l'exception de Paris et de Nantes.

Paris fut atteint à dater du 4 novembre, mais il faut dire que, dans les quatre mois précédents, 40 décès attribués au choléra y avaient été déjà notés. L'épidémie fut courte : du 4 au 30 novembre il y eut 957 décès, ce qui, pour une population de 2230000 habitants, donne 4,4 décès cholériques pour 10000.

L'épidémie se prolongea en France jusqu'aux premiers jours de janvier et cessa après avoir atteint 30 départements et déterminé 7 829 décès.

En 1885, le choléra se réveilla dans la plupart de ses foyers méridionaux de 1884 : les Bouches-du-Rhône, le Var, l'Hérault, les Alpes-Maritimes furent surtout frappés; Marseille eut 1261 décès, Toulon 441, Nice 219.

Dans celle même année se forma en Bretagne (Finistère) un foyer erratique dont l'origine csl restée des plus douteuse. « Le premier cas fut observé à

(1) Var, 1 332 décès, dont 971 pour Toulon ; 13ouches-du Rhône, 2 336, dont 1 777 pour Marseille; Gard, 302, dont 113 pour Nîmes; Hérault, 411 ; Aude, 333; Pyrénées- Orientales, 63 1.

(2) Vaucluse, 245 décès; Basses-Alpes, 138; Ardèche, 327.

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Concameau le 20 septembre 1895; les autres ports furent successivement envahis. L'épidémie de Bretagne fut remarquable par la localisation du fléau dans certains points: il n'y eut presque de pris que les ports. » (Proust.) Celle épidémie se prolongea jusqu'en avril 1886. Elle fit en tout '.172 victimes ;

les gros foyers furent Audierne et le Guilvinec.

Quant au réveil épidémique de 185a dans le reste de la France, il fil 3300 victimes (1).

G. Épidémie de 1892. — Le 4 avril le choléra éclatail dans la maison départementale de Nanterre (Seine), et des cas vraiment contemporains des premiers cas de cette maison se montraient dans diverses communes du département de la Seine (Neuilly, Puleaux, Ile Saint-Denis, Courbevoie, Saint- Denis, etc.), communes toutes situées sur /a Seine en aval de Paris (2). Paris fui bientôt atteint, etl'épidémie se dissémina en France pendant l'année 1892, formant çà et là quelques foyers intenses, mais demeurant somme toute d'une bénignité générale et d'une faiblesse d'expansion des plus remarquable.

Paris fut atteint le 21 avril, et de celte date au 31 décembre on compta 906 décès, ce qui, pour une population de 2424705 habitants, donne la proportion de 3,6 pour 10000, la plus faible qui se soit jamais vue dans les diverses épidémies cholériques qui, de 1832 à nos jours, ont frappé Paris, ainsi que le montre le graphique ci-joint.

La banlieue fut fortement frappée : on y compta 891 décès d'avril à décembre 1892. En dehors de Paris et de sa banlieue, 17 déparlements seuls ont été sérieusement éprouvés, et parmi eux il faut noter l'Eure (101 décès), la Manche (139), le Morbihan (223), le Nord (152), le Pas-de-Calais (320), la Seine-Inférieure - avec le gros foyer du Havre- (983), Se.ne-et-Oise(270). Le bilan total du choléra de 1892 a été en France de 4500 deces environ. L'année 1892 ne mit pas fin à l'épidémie française. En 1893 la Bretagne (Morbihan, Finistère, Loire-Inférieure) et le Midi (Var, Bouches-du-Rhone Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales, Gard) payent un assez lourd tribut, et

(1) Statistique publiée par le ministère du Commerce (Becueii des travaux du

Comité consull. d'hyg., t. XV). . . , T„olN(Vr e(, H. Duninr.

(2, Cf. pour tous les détails sur le choléra pansien . L. . ho»ot ei ir Rapport ï M. le préfet de police sur le choléra *^A™l^^™^du Seine; et pour l'ensemble de l'épidémie de 1892 en France : Recucd des travau Comité consull. d'hyg. (Annexe au t. XXII).

Fig. 11. — Les épidémies de choléra à Paris de î 852 à 1892, mortalité calculée à 1 pour 10 000 habitants.

c'est encore la Bretagne, ainsi que Marseille, atteint pour la troisième fois depuis L892, .|iie nous retrouvons comme foyers du choléra en 1894.

V. Le pèlerinage de la Mecque et les épidémies de cho léra du Hedjaz. — Les épidémies cholériques du Hedjaz ont été nombreuses depuis 1831 : « Le choléra asiatique s'est montré en 1835, 1836, 1848, 18-19 et presque continuellement de 1857 à 1865 ; il a encore apparu en 1872, en 1877, en 1881, en 1882, en 1883,enl890, en 1891. » (Proust.) Le choléra n'est pas cependant endémique dans cette contrée, et c'est bien à tort qu'on a voulu assimiler le Hedjaz à l'Hindoustan : on peut établir en loi que toutes les fois que le choléra s est montré dans le Hedjaz il a été une conséquence du pèlerinage de la Mecque, et qu'il a toujours été précédé de V arrivée des pèlerins hindous. Les pèlerins hindous apportent le choléra au Hedjaz ; ils conlagionnent les pèlerins venus des autres parties de l'Islam, et au retour ceux-ci portent la maladie dans leurs foyers. Telle est, on le sait, l'histoire de la genèse du choléra égyptien de 1865 : l'Inde avait été le foyer principal, le Hedjaz futlefoyersecondaire,etde l'Egypte, foyer tertiaire, le choléra se dissémina en Europe. Toute épidémie au Hedjaz est une menace directe pour l'Europe : comme l'a dit E. Hart, la Mecque est la station de relais du choléra entre le Bengale et V Europe (1).

(1) Parmi les ports d'embarquement des pèlerins hindous gagnant la Mecque, il n'en est pas de plus dangereux que Bombay. « Bombay est l'aboutissant à l'ouest du vaste réseau de chemin de fer qui y déverse les pèlerins provenant de toutes les parties de la péninsule, du centre et des extrémités, de l'Himalaya, de l'Asie centrale, de l'Afghanistan, et de quelques points beaucoup plus rapprochés, comme Madras, Calcutta, Lahore, Peschawer. C'est à Bombay que les attendent et d'où vont partir les grands steamers à marche rapide, dont le nombre augmente tous les jours, et qui vont les amener en quelques jours dans la mer Rouge. » (Proust.) Or, à Bombay, le choléra est endémique, et nul n'y est plus désigné à ses atteintes que l'étranger venu des contrées indemnes de l'Hindoustan, le non-acclimaté, le pèlerin en un mot.

Les faits du Columhian et de X'Ilesperia font saisir sur le vif le transport du choléra de l'Inde à la Mecque vîâ Bombay.

« En 1881 le vapeur anglais Columhian quittait Bombay le 18 juillet avec 660 passagers ou pèlerins, à destination de Djeddah, et avec un chargement de riz pour Aden. Alors le choléra sévissait avec intensité à Bombay. Le 31 juillet le Columhian mouillait à Aden pour décharger son riz. Le déchargement commençait le jour même, ou le 1er août de grand matin, et le soir on constatait un premier cas de choléra sur l'un des déchargeurs. Le 2 août on signalait la mort, pendant la nuit, d'un autre coolie qui avait travaillé à bord du Columhian. Deux autres coolies furent encore atteints pendant qu'ils travaillaient à bord, et le Columhian quitta Aden y laissant le choléra. La palenle du Columhian au départ de Bombay était nelle : or il fut prouvé que, de Bombay à Aden, le Columhian avait perdu en treize jours au moins sept individus morts du choléra pour la plupart. Le Columhian arriva à Djeddah le 9 août : dans la dernière quinzaine d'août le choléra éclatait à la Mecque. »

Voici maintenant le fait de Y Hesperia, emprunté comme le précédent à un travail déjà cité de M. Mahé : « Vers le 12 ou 13 juillet 1882 partait de Bombay avec 500 pèlerins pour Djeddah, et des marchandises pour l'Angleterre, VHesperia, Vllespcria ayant perdu six passagers, quatre de maladie ordinaire, et deux d'un

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