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L.-H. THOINOT

— CHOLÉRA ASIATIQUE

L'eau de Seine puiséeen amont de Paris alimente vingt-neuf communes de la banlieue Sud. L'eau de Marne alimente vingl-deuxcommunes delà banlieue Est. L'Oise fournit à deux communes de la banlieue Nord. Enfin Bobigny, la Courneuve, Drancy, Stains, n'ont aucune autre alimentation que les puits publics ou particuliers.

Ces préliminaires topographiques indispensables étant posés, le rôle de l'eau s'est affirmé dans l'épidémie de la banlieue parisienne par les considérations suivantes :

A. Touteslescommunes alimentées par la Seine aval (première et deuxième zones) ont été atteintes sans exception :leur atteinte proportionnelle est donc exprimée par 100 p. 100.

Des communes alimentées par la Seine amont, 13 seulement sur 29 ont été prises, soit 45 p. 100. Des communes desservies parla Marne, 12 sur 22 ont été touchées, soit 54 p. 100. Quant aux quelques communes desservies par l'Oise ou les puits, on peut dire que le choléra n'y a, à vraidire, pas existé.

Ces proportions, si distinctes, marquent déjà le rôle de l'eau.

B. Tous les grands centres d'infection cholérique se sont localisés dans la banlieue aval. La banlieue Seine amont et la banlieue Marne (nous ne parlons plus des communes desservies par l'Oise ou les puits) ne comptent que des parties indemnes ou à peine touchées.

Dans le groupe Seine aval deuxième zone, 36,4 p. 10000 habitants, et dans le groupe Seine aval première zone, 15,6 p. 10000 habitants sont morts du choléra. Le calcul nous donne pour la zone Marne 5,1 décès cholériques p. 10 000 habitants, ct2,7 pour la zone Seine amont.

L'épidémie cholérique a donc été plus intense là où l'eau distribuée était plus souillée : la zone Seine aval a été plus atteinte que les zones Seine amont et Marne, et, dans cette zone aval, c'est l'eau de la deuxième zone, eau plus polluée que celle de la première zone, qui a donné la plus forte proportion de décès.

Ajoutons enfin que les deux plus gros foyers de l'épidémie de la banlieue parisienne ont été les deux communes tributaires alors de l'eau de Seine aval deuxième zone, sans aucun mélange d'autre eau : Saint-Ouen (54,6 décès cholériques p. 10000) et Aubervilliers (53,90 décès cholériques p. 10 000).

C. L'analyse de l'épidémie dans les divers foyers apporte encore des arguments à la doctrine hydrique.

Saint-Denis ne reçoit pas que l'eau de la Seine aval deuxième zone, mais encore de l'eau de l'Oise, et de l'excellente eau de puits artésiens. Saint- Denis grâce à cette alimentation dont une partie était bonne, a eu une moins forte atteinte générale (20,4 décès cholériques p. 10 000) que Saint-Ouen et Aubervilliers ne buvant que l'eau de Seine aval deuxième zone. Maison outre le choléra s'y est localisé aux consommateurs de l'eau de Seine, dès le début d'une façon absolue, d'une façon moins absolue, mais très remarquable encore, au cours de l'épidémie.

Aubervilliers était resté indemne pendant deux mois, protège absolument, malgré ses déplorables conditions hygiéniques, par l'usage de l'eau de Marne. Celte eau devenant insuffisante par suite de la sécheresse, et ausS1 par suite de réutilisation forcée d'une des conduites, la Compagnie donne de 1 eau de Seine aval : le choléra éclate à Aubervilliers avec l'intensité que nous avons dite.

b. Preuves d'ordre biologique. — Divers auteurs ont éludié la vie du bacille cholérique dans l'eau. Sans parler de l'eau distillée qui n*a rien à voir dans la pratique, disons que dans l'eau non stérilisée Slraus

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Fig. 12. — Carie des environs de Paris pendant le choléra de 1S92. O Communes indemnes.

Foyer d'intensité moyenne ou faible.

Gros foyers cholériques.

Zone desservie par l'eau de Seine aval, V zone (machine de Saint-Denis).

Zone desservie par l'eaudeSeineaval, l™ zone (machines de Suresnes, pont de Sèvres, pont de Neuilly),

Zone desservie par l'eau de Marne.

Zone desservie par l'eau de Seine prise en amont de Paris (eau prise à Choisy-le-Hoi, Alforlville. Port-à- VAnelais).

et Dubarry ont vu le bacille cholérique vivre trente jours (eau de l'Ourcq i et trente-neuf jours (Vanne) et que dans l'eau stérilisée (eau de Berlin: Hochstcller a vu le vibiion vivre jusqu'à trois cent quatrevingt-douze jours.

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Les recherches les plus probantes sont celles qui ont trait à la découverte du bacille cholérique dans l'eau des localités infectées.

La première fut faite par Koch à Calcutta : il trouva à plusieurs reprises, dansl'eau d'un de ces tanks(l) qu'il nous a si bien fait connaître, placé au milieu d'un groupe d'habitations envahies parle choléra, du bacille virgule en abondance.

Lors de l'épidémie de Hambourg, ces sortes de recherches se sont multipliées. L'Institut de Berlin a décelé les bacilles du choléra dans les eaux de l'Elbe, de la Saale, etc., à l'occasion des épidémies d'hiver de Hambourg- Altona-Nietleben-sur-Saalc.

Lubarsh, dans l'eau de cale d'un navire qui avait remonté le fleuve de Hambourg à Brizenburg, a décelé le vibrion cholérique et celte eau était de l'eau de l'Elbe, etc.

En résumé, la formule que Marey proclamait à l'Académie de médecine en 1884 est aujourd'hui encore l'expression exacte delà vérité : Parmi toutes les influences qui peuvent transmettre le choléra, il en est une qui, par son intensité, domine toutes les autres : c'est la souillure {spécifique) des eaux livrées à l'alimentation publique.

Ouant au mécanisme de l'infection cholérique par l'eau, il est des plus simple: une eau chargée par un procédé quelconque de germes cholérigènes les inocule directement dans le tube digestif de l'homme qui vient à la consommer.

3° Les aliments. — Il ne semble pas douteux en théorie que les aliments souillés par le germe cholérique ne puissent être des véhicules ducholéra.Le/az7coupéd'eau,souilléspécifiquement,ourecueillidans

des vases lavés avec une eau contaminée, a sans aucun doute ici le rôle qu'il a dans la propagation de la fièvre typhoïde. Les aliments consommés à l'état cru, tels que salades, fraises, etc., s ils ont ele arrosés d'eau souillée par le germe cholérique, s'ils ont été contamines d'une façon quelconque par ce germe, doivent le transporter facilement à la bouche de qui vient à les ingérer, etc. Il faut dire cependant que les faits précis d'observation ayant trait au rôle des aliments ne sont guère nombreux (2).

(1) Près de chaque groupe de maisons hindoues, à Calcutta, ^Jf^^T. plus ou moins profonde et plus ou moins remplie d eau suiva. £ ' ' cette eau sert aux usages domestiques, aux bains et reçoit au ^^^g^.

(2) Voici un fait intéressant cité par Kossbl, et tendant a dcmontrei la ion du choléra par le beurre (Deutsche med. Wochensc ,r is -)•

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Ces trois cas de choléra vrai sont res es socs» Tessi n et* e* ™ é n'avaient eu aucune autre relation suspecte. La tartine de beurre '"c"m^ venait d'un magasin de la rue Rutschbahn à Hambourg, et c est précisément

ÉTIOLOGIE. «— 141

Les recherches biologiques onl donné quelques résultais intéressûiits *

Uffelmann (I) a vu que dans le lait de vache le bacille vivait un à deux jours, alors môme que pendant ce temps le lait devenait lort acide; dans les premières heures même du séjour, il y a multiplication si la température est de 18° à 22° (2).

Heim (3) avait trouvé que le bacille du choléra disparaît rapidement dans le beurre de qualité médiocre, mais se conserve de trente-deux à quarante-neuf jours dans le bon beurre. Laser (4) conclut de ses recherches que les vibrions peuvent se conserver assez longtemps dans le beurre (une semaine environ) pour que cette substance soit capable de servir de véhicule.

Les recherches sur la bière ont démontré que le bacille cholérique y disparaissait assez rapidement (Weyl-Pick); et il est établi aussi que le vin est un milieu peu approprié. Pick déclare même qu'une eau chargée de vibrions cholériques peut être bue impunément si elle est restée cinq minutes mêlée d'un tiers devin.

En résumé certains aliments tels que le lait, le beurre, les crudités, peuvent, suivant la conception théorique, servir de véhicules à la contagion, et les recherches biologiques sont favorables à cette hypothèse.

D'autres, au contraire, le vin, la bière, paraissent mal appropriés au rôle de véhicule. L'infection cholérique, dans cette catégorie d'agents, se conçoit aisément : les germes arrivent directement au tube digestif.

Les recherches de Simmonds (de Hambourg) ont soulevé la question du rôle des mouches. Cet auteur ayant vu des mouches s'abattre sur les intestins d'un cadavre de cholérique au cours d'une autopsie, les enferma pendant quarante-cinq minutes dans un large flacon où il introduisit ensuite de la gélatine liquéfiée : après quarante-huit heures les plaques étaient couvertes de colonies cholériques. Simmonds en conclut que les mouches peuvent aller déposer sur les aliments les vibrions recueillis par elles (5). Flûgge accepte cette vue. M. Sawtchenko (6) a faitaussi d'intéressantes expériences sur des mouches nourries avec des bouillons cholériques, et dont les excréments formaient une culture pure de bacilles.

4» Les effets : vêtements et linges, etc. — a. Le rôle des effets est un fait d'observation indéniable. Les exemples les plus probants sont

moment où le choléra éclatait à Tessin que cette rue a commencé a fournir des cas.

(1) Uffelmann, Berlin, klin. Wochenschr., 1S92.

(2) Hesse prétend que le lait cru est défavorable a la vie du bacille qui y disparaît en moins de douze heures à 15» ou 20°; le lait bouilli (moins d'une heure et demie) est, au contraire, un milieu très favorable.

(3) Heim, Arb. a. d. k. GesundheUsamle, V.

(4) II. Lasku, Zeilschr. /'. Hygiène, X, p. 513, 1891.

(5) Simmonds, Deulsch. med. Wochenschr.. 1892.

(6) Sawtchenko, Vralch, 1892.

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