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L.-H. THOINOT

— CHOLÉRA ASIATIQUE

ceux où la transmission par ces agents se l'ait a grande distance d'un foyer cholérique, dans une localité elle-même absolument indemne jusque-la. Le suivant, emprunté au choléra de 1881, ne laisse rien à désirer :

Le hameau de La Couche, dans la commune de Saini-Michel-des-Prunières (Hautes-Alpes, arrondissement d'Embrun), n'avait aucun cas de choléra, el était fort éloigné des foyers cholériques du Var et des Bouchos-du-Rhônc, lorsque la femme R... reçut de Toulon une malle qui appartenait à un parent. Celui-ci, ayantperdu sa fille du choiera, et voulant soustraire quelques-uns de ses effets à l'incinération, les avait mis dans une malle et les avait envoyés à La Couche, à la famille R... La femme R... ouvrit la malle, mania les effets, et fut atteinte de choléra foudroyant. Son mari succomha après elle, et le choléra atteignit treize habitants de ce petit hameau (l).

Les exemples de choléra, en temps d'épidémie, chez les blanchisseuses de profession ou occasionnelles ne se comptent plus. Nous citerons seulement lesintéressants exemples suivants, dus à Drasche (2):

En 1873, la blanchisserie de Wambacher recevait le linge désinfecté des hôpitaux civils de Vienne. Quatre-vingts hommes et vingt femmes y étaient employés : il y eut treize cas de choléra et sept morts parmi eux.

Une maison de Vienne esthabitée par des blanchisseuses au nombre décent cinquante environ; elle compta dans l'épidémie de 1873 quatorze cas dont huit morts : presque tous les sujets atteints s'occupaient de la manipulation des linges.

11 semble que les effets souillés par des cholériques soustraits à l'air gardent longtemps leur pouvoir infectant (3). Le fait cité par Simpson est bien connu (4) :

Une femme âgée de soixante-sept ans était morte de choléra en août 1831. Dix mois plus lard, deux nièces de celte femme étant venues visiter leur oncle, celui-ci ouvrit pour la première fois un tiroir qui renfermait, outre quelques petits bijoux qu'il offrit à ses nièces, le bonnet que sa femme avait porté au moment de sa mort. Cet homme fut pris de choléra, et mourut le lendemain.

6. Les recherches biologiques nous ont fourni quelques données expérimentales sur la vie du microbe dans les effets, confirmatives des enseignements de l'observation (5).

(1) Queirel, in L. Thoinot, loc. cit.

(2) Drasche, Wt'en. med. Wochenschr., 1SS3.

(3) Il paraît, d'autre part, établi qu'exposés à l'air les objets souillés perdent vile toute virulence. Le propriétaire de la blanchisserie Wambacher avait parfaitement remarqué, suivant Drasche, que les linges de cholériques manipulés dans son établissement étaient surtout dangereux au moment de l'arrivée.

(4) Simpson, Observation on asinlic Choiera. London, 1819. Ce fait fut observé a New-York par le Dr Brou n.

(5) Uffblmann, Berlin, klin. Wochenschr., 1892, etc.

ÉTIOLOGIE.

En résumé, les effets de loul genre souillés par les cholériques sont un véhicule efficace de la contagion. Leur pouvoir de transmission est d'autant plus durable et puissant qu'ils sont soustraits à l'air.

Quant au mécanisme de contagion dans ces cas, il peut s'expliquer de deux façons : celui qui manie les effets souillés en dégage une poussière microbienne qu'il inhale et introduit ainsi le germe dans ses voies digestives ; ou bien — et celte hypothèse est beaucoup plus plausible — le contact des effets souillés charge les mains de germes qui seront ensuite portés à la bouche, ou directement, ou médialement, par exemple avec les aliments touchés parles mains contaminées, etc. (1).

G. Modes usuels de la contagion cholérique individuelle. — Connaissant l'agent pathogène, ses véhicules et sa voie d'introduction dans l'organisme, il devient facile d'étudier et d'expliquer les modes usuels de la contagion cholérique individuelle.

Dans la pratique, l'individu se contagionne au contact du cholérique ou hors de ce contact.

a. Contagion au contact du cholérique. — Elle est allestée par mille exemples: c'est la contagion directe des anciens. Le mécanisme de l'infection est simple. Si l'individu entrant au contact du cholérique lui donne ses soins, il souille ses mains de matières pathogènes, et des mains souillées au tube digestif le trajet est court et facile par bien des voies, soit que les mains se portent directement à la bouche, soit qu'elles répandent le germe sur les aliments, etc. Sans donner des soins immédiats au cholérique, on peut encore manier ses effets, ses linges, ses objets de literie qui contiennent le germe pathogène, et le mode d'infection est encore ici d'explication facile. Enfin il n'est pas prouvé, mais il n'est pas inadmissible, que l'air d'une chambre où vitle cholérique puisse se charger des germes si facilement répandus sur le sol avec les déjections, ou projetés hors des linges, etc. , et véhiculer ces germes au tube digestif des personnes pénéLrant dans la chambre, sans donner des soins au malade ni manier ses effets.

b. Contagion hors du contact du cholérique. — Deux cas se présentent ici:

1° L'individu qui se contamine n'a pas, il est vrai, approché un cholérique, mais il a manié des objets souillés par lui : c'est la contagion indirecte et médiate des anciens. Cette contagion est très fréquente : elle se produit dans les foyers cholériques, ou en dehors d'eux, à distance. Dans les foyers cholériques, c'est le mode d'infection des blanchisseurs, etc., etc. A dislance, c'est le mode d'infection de ceux qui reçoivent un ballot d'effets émanés d'un foyer

(1) L'analogie permet de penser, avec la Conférence de Conslantinople et la Conférence de Vienne, que des marchandises importées de pays cholérisés, el en particulier les chiffons, doivent être des véhicules du contage cholérique.

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