‹ Nouveau traité de médecine et de thérapeitique.../ [electronic resource]Chapitre 36 sur 121 · L.-H. T110INOT · texte numérisé non relu

L.-H. T110INOT

— CHOLÉRA ASIATIQUE

municalion directe possible avec les loinlains foyers du Midi, une femme reçoit de Marseille, pour un nourrisson qu'elle avait chez elle, un ballot de linge souillé ; elle le manipule, le lave à la rivière, prend le choléra ainsi que sa domestique, et contagionne son nourrisson el deux voisines ; en sept jours, dans ce hameau de douze habitants, le choléra cause cinq cas et quatre décès!

3° Importation par Veau. — Sans aucune importation cholérique directe ou indirecte, une localité est tout à coup envahie par le choléra : l'origine paraît mystérieuse, on parle presque de choléra spontané, mais l'enquête fait découvrir que la localité frappée boil une eau (source ou rivière) souillée, en amont, par des déjections de cholériques antérieurs, isolés ou agglomérés.

L'Oule, née au hameau delà Péguière, traverse successivementles communes de Montmorin, Bruis, Sainte-Marie (dans les llaules-Alpes), la Charce et la Molte-Chalançon (Drôme), puis se jette dans l'Eygues qui arrose Nyons, à près de 100 kilomètres de la source de l'Ouïe. Un ballot de linge cholérique venu de Marseille en 1884 est lavé dans l'Ouïe à la Péguière; le choléra descend la vallée de l'Oulc, ne frappant dans les communes de Montmorin el de Bruis que les hameaux riverains qui consomment son eau, atteint Sainte- Marie, la Charce, la Motle-Chalançon et arrive jusqu'à Nyons, où il ne frappe que deux maisons tributaires de l'eau de l'Eygues !

En 1884 le village de Bouleternère est infecté par un diarrhéique venu de Toulon. Bouleternère est arrosé par le canal de Corbère, et les déjections des cholériques sont jetées dans ce canal ; des linges souillés y sontaussi lavés. Le canal de Corbère arrose successivement Saint-Michel-de-Llottes, Corbère, Corbère-les-Cabanes, communique avec le canal de Thuir, et enfin aboutit, par l'intermédiaire du canal de Las Canals, à Perpignan, où il dessert une partie de la population. Le choléra descend de Bouleternère, suivant pas à pas le trajet du canal de Corbère, frappant toutes les agglomérations quiconsomment son eau (Corbère, Saint-Michel-de-Lloltes, Thuir, Corbère-les-Cabanes, Toulonges), respectant celles situées en dehors de ce trajet, et arrive à Perpignan, où il débute, et garde d'un bout à l'autre de l'épidémie son maximum d'intensité, dans la fraction de population tributaire de l'eau de Las Canals.

Dans les grandes agglomérations et dans les localités prises par contiguïté, les modes d'envahissement n'ont plus celle netteté : il est de règle que tous les modes analysés ci-dessus se trouvent plus ou moins réunis.

b. La diffusion du choléra dans une localité. — Schéma d'une épidémie locale. — La diffusion cholérique se fait dans une localité suivant deux modes : par une série de contagions directes et indirectes, d'une part; par l'eau, d'autre part. Le plus souvent ces deux modes s'associent : c'est là le cas des épidémies locales à grand rayon ; mais parfois ils restent distincts et se montrent l'un ou l'autre à l'étal par ; cela s'observe dans les épidémies restreintes, celles qui frappent une petite agglomération (hameau, village), ou une fraction isolée de population (établissement public, etc.).

ÉTIOLOGIE.

1° Diffusion par contagion directe el indirecte. — Importé dans une localilé par l'homme ou par des cfl'els, le choléra passe directement ou indirectement de sujet en sujet, à la manière de la variole, du typhus, etc. Les cas s'enchaînent d'une façon continue, et toute attaque cholérique a sa raison directe ou indirecte dans un cas antérieur connu. Pareils faits sont communs dans les épidémies de village, et ont été depuis longtemps mis en relief par tous les auteurs. L'épidémie de 1892, dans les villages des environs de Lorienl, a été faite tout entière sur ce modèle (1). Les asiles, prisons et autres établissements fermés nous en offrent encore des exemples. A l'asile de Bonneval, en 1892, l'épidémie fut tout entière propagée par le contact direct ou indirect. A la maison départementale de Nanterre, le début et la majeure partie de l'épidémie se passèrent dans une salle où vingt-six cas successifs relevèrent de la seule contagion, directe ou indirecte, etc.

2° Diffusion hydrique. — Le choléra diffuse ici à la façon de la fièvre typhoïde et les cas contemporains ou successifs n'ont qu'un lien entre eux : l'eau consommée. Le schéma de l'épidémie est simple : un premier cholérique ou diarrhéique est venu ; sans créer de cas directs, il a souillé une eau potable (source, rivière ou puits) et le choléra frappe ceux qui consomment cette eau, et ceux-là seuls. Ailleurs le germe cholérique est venu avec des effets ; ces effets ont été lavés dans une eau potable, et cette eau va créer l'épidémie. Enfin l'eau apporte seule le germe qu'elle a reçu en amont, et seule le diffuse.

Les exemples de la diffusion hydrique pure sont innombrables; nous nous bornerons au suivant, un des plus typiques que nous ayons rencontrés, et pour les détails si instructifs duquel nous renvoyons à notre Étude du choléra de 1 884 (p. 216-220) :

Le choléra fut importé à Prades (Pyrénées-Orientales) par un enfant P..., venu de Boulelernère. Il mourut à l'hôtel P..., el le quartier avoisinant fui

(1) A Locmiquclic, hameau de la commune de Riantec, l'épidémie a eu deux foyers, ayant chacun pour point de départ une importation de Lorient. Le premier foyer a compte li cas en filière, le second 17. Voici la description fie celui-ci :

Le 18 novembre, le nommé Dr... Joseph, pécheur, qui s'était rendu à Lorient, tombe malade à son retour (1). Le 19 novembre, une de ses parentes, G..., qui L'a visité, est prise (2). Le 20 novembre, St. .. Marie, qui a soigné Dr... (l),est atteinte (3); quelques jours après, sa fille tombe malade (4). Le 26 novembre, la jeune PI... Angelina, et G... Françoise, parentes de Dr... (1) et de G... (2), contractent la maladie (5, 6). Quelques jours après, le père de G... Françoise, (6) est atteint (7). Le 28 novembre, la jeune L... Julienne, qui a visité la fille G... (6), tombe malade (8). Le 29 novembre, ses deux sœurs sont atteintes (9, 10), ainsi qu'un petit garçon, Ste... Joseph (11), demeurant à côté de Dr... (1). Le l'1' décembre, Ste... Constant, 11 ans, frère de Ste. . . (llj, est frappé (12). Le père tombe malade ce jour (13). Le 2 décembre, Lem... Florentine, qui a visité Ste... Constant (12), contracte la maladie (14). Sa mère, Lem... Mélanic, femme Er..., tombe malade le 3 décembre (15). Dans la même maison, le 2 décembre, le jeune Er... Joseph, et Er... Florentine, qui ont visité Ste... Constant (12), sont frappés aussi (16, 17) (L. Thoinot et P. Po>pidor).

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