L.-H. TIIOINOT. — CHOLÉRA ASIATIQUE
bientôt- atteint de choléra, mais les cas afTeclèrent une curieuse localisation. Ce quartier est alimenté par trois fontaines : fontaine des Chiens, fontaine Sainl-Côme, et une fontaine publique ; par deux puits publics — puits Salètes et puits Sabater — et par des puits particuliers. Les eus marquèrent exactement, sans une erreur, le territoire tributaire des fontaines Sainl-Côme et des Chiens; toutes les autres alimentations — et il s'agit d'un même quartier, où les maisons épargnées louchaient les maisons frappées — n'eurent pas un cas. Il s'était passé ceci : les déjections de l'enfant avaient été jetées dans un canal d'irrigation passant dans l'hôtel P..., canal qui, à quelques mètres de là, se subdivise en deux branches secondaires allant alimenter par infiltrations la fontaine des Chiens et la fontaine Saint-Côme.
3° Diffusion mixte. — Schéma d'une épidémie locale. — Dans les épidémies locales à grand rayon lous les modes de diffusion entrent enjeu, et concourent à la constitution de l'épidémie.
On ne saurait concevoir une grande épidémie, une épidémie généralisée, celle par exemple qui frappa Hambourg en 1892, sans l'intervention d'une cause générale, c'est-à-dire de Veau. L'eau crée la grande diffusion, l'épidémie en surface ; mais chacun des cholériques produits par la contagion hydrique peut devenir, et devient souvent, un centre de contagion directe ou indirecte.
Il est de règle que sur la dissémination générale tranchent des foyers où les cas se pressent : foyers de quartier, de rue, de maison, de famille, ou encore foyers formés au sein d'établissements publics divers. La genèse de ces foyers est aisément explicable.
Si le germe cholérique pénètre dans un asile d'aliénés, situé au sein d'une ville cholérisée, il n'y a pas lieu de s'étonner que, sur ce terrain éminemment propice (Voy. ci-dessus), se forme un foyer intense. Poulies mêmes raisons les prisons, les dépôts de mendicité, etc., forment également foyer. Les hôpitaux — dans les épidémies passées où l'isolement n'était pas, ou était mal pratiqué — ont été plus d'une fois des foyers cholériques intenses : la prédisposition des malades, mêlés aux cholériques, à contracter le choléra, l'exposition répétée du personnel médical, expliquent facilement ces foyers formés par une succession de cas intérieurs.
Les foyers de quartier, de rue, de maison, s'expliquent quelquefois par une cause locale particulière : tel est l'usage d'une eau plus particulièrement polluée (1). Ailleurs, la cause locale est la présence d'un égout, d'une fosse pleine de matières cholériques, et, quel que soit le mécanisme de cette cause, son effet n'est souvent pas niable. Mais la raison la plus commune de ces foyers de quartier, de rue, de maison, de famille, est la suivante : population misérable, c'est-à-dire vouée au choléra (Voy. ci-dessus), el population entassée, c'est-à-dire chez
(1) Cette cause locale se rencontre avec une fréquence particulière pour les maisons alimentées en eau de puits dans une agglomération qui reçod une eau différente.
ÉTIOLOGIK.
laquelle les effets de la contagion directe ou indirecte se multiplient et risquent le moins d'être perdus.
L'allure d'une épidémie développée exclusivement ou principalement sur le mode de la contagion directe ou indirecte diffère de l'allure de celle qui se fait par la diffusion hydrique, pure ou prédominante. Dans celle-ci les cas éclosent enfouie à la fois, se massent; tous ceux qui doivent payer tribut sont bientôt atteints, et l'épidémie marche vite vers son acmé, pour retomber rapidement ensuite. Cette évolution massive et rapide se traduit nettement sur un graphique. Dans l'épidémie en filière, au contraire, les cas naissent un à un, ou du moins en petit nombre à la fois, la diffusion se fait lentement, l'épidémie traîne en longueur, et le graphique traduit ces caractères, si nettement opposés à ceux de l'épidémie hydrique. Il ne faudrait pourtant pas croire que la lecture d'un graphique d'épidémie cholérique doive laisser deviner toujours la nature prédominante de la diffusion. Il est des épidémies de contact où la diffusion, favorisée par le terrain, se fait avec une rapidité égale à celle de la diffusion hydrique ; il est des épidémies hydriques où la diffusion se fait par cas isolés et lentement, à l'égal de ce qu'on voit d'ordinaire dans la diffusion de contact. L'épidémie de 1892 en a fourni des preuves. Elle nous a montré des épidémies de contact pur, telles que celles de Bonneval et de la salle n° 3 de la maison départementale de Nanterre, à cas massés, à début, évolution et terminaison brusques; et nous avons vu, d'autre part, les épidémies hydriques du département de la Seine évoluer, au moins pendant une longue période, sans rapidité et par cas distants.
c. Marche des épidémies locales. — Exacerbation : rôle des orages. — Durée. — Cessation. — Reviviscences. — Schématiser la marche d'une épidémie locale est chose impossible. Nous venons d'indiquer l'allure générale qu'imprimait tel ou tel mode de diffusion, mais d'autres facteurs encore interviennent au début (modes d'importation), au cours, et à la fin, dont il serait trop long d'énumérer la nature et l'action. Nous ne voulons dégager ici qu'un seul de ces facteurs : l'influence des orages et des pluies abondantes.
Ces phénomènes météorologiques interviennent d'ordinaire pour déterminer une exacerbation notable. Le fait est connu depuis longtemps : l'orage du 9 juin 1849 marqua à Paris le jour de l'acmé. Le choléra de 1865 ne prit à Marseille toute sa violence qu'après un grand orage. A Amiens, dans la même épidémie, le chiffre des décès s'était considérablement abaissé, et était tombé à 13 par jour; un orage survint et le taux des décès remonta à 30 par jour, chiffre énorme sur une population réduite à 30000 habitants. (Proust.)
L'explication de cette influence des pluies et des orages est simple : leur action n'est qu'un adjuvant de la diffusion hydrique.
« Il est constant, disions-nous à propos du choléra de 1884, que parfois un orage n'exerce aucune action, et si l'on vient à rechercher