L.-H. TIIOINOT. — CHOLÉRA ASIATIQUE
gélatine; mais vienl-on à semer en stries, sur la plaque même où ce vibrion reste inaclif, un microbe favorisant,, on voit le vibrion cholérique manifester son activité, et pousser dans le voisinage du microbe adjuvant, l'entourant de ses colonies comme d'une rangée de satellites. A côté des microbes favorables il on existe aussi de défavorables et empêchants, dont on met l'action en évidence par une expérience faisant la contre-partie de la précédente.
Parmi les microbes favorisants se trouvent des sarcines, et des formes de levures (toruia) rencontrées dans l'estomac humain, ainsi qu'un bacille deméme provenance, appartenant au groupe coliforme.
Pour mettre en évidence expérimentalement l'influence de ces associations microbiennes sur le développement du choléra, M. Melchnikoiï choisit des animaux à flore microbienne intestinale pauvre, par exemple le jeune lapin âge de un à quatre jours, se nourrissant du lait de sa mère. Lorsqu'on l ut ingérer à ces animaux une culture de choléra, ils meurent de choléra intestinal, dans la proportion de 50 p. 100. Mais vient-on à les préparer en leur faisant ingérer, avant la culture cholérique, une culture de microbes favorisants (toruia, sarcine et bacille coliforme), ce n'est plus 50 p 100 de succès que l'on obtient, c'est 20 sur 22. Le tableau clinique rappelle de bien près le choléra humain : l'animal, il est vrai, n'a ni vomissements ni crampes, mais il a une diarrhée d'aspect objectif absolument caractéristique, et véritable culture pure du vibrion; il a de l'hypothermie progressive avec cyanose de la langue et du nez. Les lésions intestinales présentent une égale analogie : couleur hortensia de l'intestin grêle distendu par un liquide louche, très glaireux ; amas dans le caecum d'un liquide transparent ou louche avec flocons de mucus incolore, ou couleur citron, liquide réforme en un mot, etc, , , . , •
On observe quelquefois même la contamination spontanée de jeunes lapins appartenant à la même portée que ceux qui ont ingéré les cultures de choléra: la contamination se fait évidemment par l'intermédiaire des mamelles souillées par les microbes absorbés par quelques-uns des jeunes lapins.
Quelques expériences, moins nombreuses d'ailleurs, ont ete d autre part tentées par M. Metchnikoff sur les jeunes lapins avec un microbe empêchant, nncrobe qu'il désigne sous le nom de bacille liquéfiant du cobaye : les quelques lapins traités par l'ingestion de ce bacille résistaient au vibrion cholérique et à des associations microbiennes favorisantes.
La théorie de M. Metchnikoff sur l'immunité et la réceptivité cholériques se déduit de cet exposé: elle est affaire d'associations microbiennes Le vibrion cholérique ingéré reste inactif ou devient dangereux suivant qu d rencontre dans le tube digestif qui le contient une flore microbienne favorisante ou empéchante (1).
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ÉTIOLOGIE.
La conception de M. MelclinikoQ' est le plus suggestif des essais expérimentaux: tentés pour résoudre l'obscur problèmcde l'immunité et de la réceptivité cholériques, etpour expliquer ce fait dès longtemps imposé par l'observation : le germe cholérique n'esl pas loul ; il lui faut, pour faire du choléra, un terrain propice. Nul doute qu'elle ne contienne une grande partie de vérité et, en particulier, n'éclairet-elle pas d'un jour singulier les rapports, si bien établis par l'observation, entre le choléra et les troubles digestifs antérieurs? Mais contient-elle la vérité tout entière? Et, par exemple, ces conditions physiologiques et pathologiques si variées que nous avons vues faire des sujets un excellent terrain de culture pour le germe du choléra (misère, aliénation mentale, vieillesse, etc.) se résolvent-elles toutes en une question de flore intestinale propice ? Nous croyons le problème del'immunité et delà réceptivité cholériques plus large encore, et nous pensons qu'un coin du voile qui nous masque la vérité a seul été soulevé par les brillantes études de M. Melchnikoff.
V. Les localités devant le choléra. — Réceptivités et immunités locales. — Leurs lois. — À. Localités réceptives. — La réceptivité d'une agglomération au choléra se déduit facilement des notions déjà longuement exposées. Les deux facteurs principaux sont : la misère, la saleté et Y encombrement des habitants, d'une part; Yusage d'eaux conlaminables, d'autre part : en un mot, une localité est d'autant plus fatalement vouée au choléra qu'elle manque davantage aux lois de l'hygiène.
Marey a posé en loi, à propos de l'épidémie de 1884, que les gros centres de population offrent une proportion de morbidité et de mortalité cholériques beaucoup moindre que les petits villages et les hameaux. En 1884 un hameau, celui de la Couche, a 13 cas (dont 9 décès) sur 18 habitants, soit 722 p. 1000 de morbidité et 500 p. 1000 de mortalité. Le village de Gigean (Hérault) a, sur une population réduite à 500 habitants dès le troisième jour, 114 cas et 58 décès, soit 228 p. 1000 de morbidité, et 180 p. 1000; de mortalité! Aux Omergues la mortalité monte à 180 p. 1000. Que sont, à côté de ces terribles manifestations, celles des grandes villes dans la même épidémie, où seule Arles a atteint 40 p. 1000 de mortalité? Or c'est dans les petits centres de population que sont souvent réunies, à un degré qu'on ne voit jamais dans les grands, ces deux conditions qui font d'une localité un nid à choléra : population pauvre, sale, logeant dans des taudis ; eaux polluées, et surtout usage ordinaire de l'eau la plus contaminable de toutes : Yeau de puits.
B. Localités réfractaires au choléra. — Il suffit de prendre les conditions inverses de celles qui font la localité réceptive au choléra
avec les microorganismes du canal intestinal de l'homme ou des carnivores, avec des champignons, moisissures et microorganismes se développant sur les cornichons et les pommes, le rend virulent pour des animaux assez réfractaires au choléra. Traité db médecine. VI. — M