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L.-H. T1IOINOT

CHOLÉRA ASIATIQUE

La peau se couvre enfin d'une sueur froide, visqueuse, collanle, et donne ainsi la sensation d'une peau de batracien. La sueur, en se desséchant, peut quelquefois laisser un dépôt pulvérulent d'urée. Ce phénomène a été étudié par Schottin, Hamernyck, Ilerapafh, Gricsinger et Drasche. Ce dernier auteur l'observa chez 12 cholériques sur 100, et les 12 sujets succombèrent.

3° Circulation. — Rapidité el affaiblissement qui peut aller jusqu'à la disparition, tels sont les caractères du pouls. Il dépasse ordinairement 100; on l'a vu dans des cas mortels aller jusqu'à 186 (Laveran). Il s'affaisse, devient pel il ,fili forme , ne donnant à la main qui l'explore que la sensation confuse d'une suite de vibrations à peine perceptibles, et traçant au sphygmographe une ligne presque horizontale, sur laquelle l'œil compte seulement quelques petits soulèvements. Il peut enfin disparaître : le doigt ne sent plus aucun soulèvement.

L'absence de pouls dislingue les cas graves des cas légers : on peut guérir encore avec un pouls nul, mais la circulation se rétablit avec difficulté.

Il est de règle que le pouls faiblisse et disparaisse d'abord aux radiales, puis aux artères numérales, et en dernier lieu aux crurales et aux carotides : celles-ci peuvent conserver jusqu'à la mort des pulsations faibles qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.

Le cœur perd de sa force, son impulsion faiblit, son choc devient de moins en moins distinct. En même tempsles bruits s'assourdissent, s'éloignent, et se confondent; le premier disparaît (Magendie), le second reste plus longtemps distinct : l'oreille, aux termes extrêmes du stade algide, ne perçoit plus qu'un bruit confus, profond, et quelquefois ce bruit unique est couvert par un souffle, qu'on attribue à la formation de caillots intracardiaques.

La stase veineuse et la vacuité du système artériel complètent le tableau des modifications de la circulation dans la période algide. Sous des influences diverses, dont les deux principales paraissent l' affaiblissement de la fibre cardiaque touchée par le poison cholérique et les modifications physiques du sang — qui, plus épais, éprouve de la résistance à circuler, — il se fait une stase dans le système veineux, stase accusée surtout dans les cavités droites du cœur et dans les gros troncs qui viennent y aboutir. La piqûre d'une veine abondamment remplie ne laisse écouler que quelques gouttes de sang noirâtre, et cetécoulement se tarit bientôt. Les expériences de Magendie ont montré que, sur le cholérique algide, les artères mises à nu étaient resserrées, petites, molles et de faible épaisseur, et qu'à la seclioneWes donnaient trèsraremenlun véritable jetdesang : quelques gouttes seulement s'écoulaient, souvent même la section restait blanche (1).

'1) Diciïcnbach n'a pas craint d'introduire un cathéter par l'artère axillaire chez un cholérique algide agonisant et de le pousser presque jusque dans le cœur

SYMPTOMES ET LÉSIONS

Les phénomènes cliniques cardiaques et artériels s'expliquent aisément : d'une part le cœur, moins chargé de sang, puisque ses cavités gauches tendent à la vacuité, se contracte plus fréquemment, et l'onde sanguine est, d'autre part, trop faible pour soulever les parois artérielles. Il est facile même d'expliquer une apparente contradiction relevée par Lorain et J. Besnier : il peut arriver que, le pouls étant nul ou presque nul, le cœur balle encore longtemps avec force ; le cœur, dans ce cas, se contracte à vide, continuant à exécuter des mouvements pour ainsi dire sans effet.

Le sang tiré de la veine pendant la vie, à la période algide, est noir, de consistance épaisse, poisseux, et rappelle une gelée de groseille mal prise. La séparation du sérum est très lente, peu abondante; parfois même elle ne se produit pas. Rayer avait autrefois fait la remarque que le sang veineux ne se colorait pas en rouge vermeil, comme le sang veineux normal, au contact de l'air et même par agitation avec l'oxygène. Hayem et Winter ont récemment, en analysant les gaz du sang, démontré plus rigoureusement la diminution considérable de la capacité respiratoire de ce liquide.

La masse totale du sang paraît diminuée à la période algide, d'où la comparaison faite par certains auteurs (Jœnichen [1830], Stromeyer [1832], Hamernyck [1850])de l'attaque cholérique avec une hémorragie considérable. M. Hayem estime la réduction de la masse sanguine aux quatre cinquièmes de la normale.

L'analyse chimique décèle la diminution considérable de l'eau, qui peut tomber à 10 et 13 p. 100 au-dessous de la normale, et l'augmentation des parties solides du sérum qui s'élèvent de 250 à 284 p. 100 au lieu de 240 ; la densité du sérum s'élève à 1036, 1044 et même 1058. L'albumine est augmentée et aussi les principes salins, excepté le chlorure de sodium dont une grande quantité est éliminée par les selles. L'urée est augmentée, moins cependant que dans la période suivante : Chalvet en trouvait 36r,60 par litre au lieu de 20 centigrammes au maximum à l'état normal. Pouchet, en 1884 (1), a décelé chez quatre cholériques algides une notable quantité de sels biliaires dans du sang veineux. Le sérum est parfois neutre, mais ordinairement acide. Les examens hémalimétriques montrent que le nombre des hématies varie de 6 200000 a 6500 000, soit une augmentation moyenne de 1500000 (Hayem). G. K. Okladnykl (2) trouve de 6 à 1 millions d'hématies. Les hématies diflluenles, visqueuses, se déforment et se réunissent en amas irréguliers. Le choléra s'accompagne en général d'une hyperleucocijlose (Virchow, Okladnykl, Biernacki) qui est précoce, atteint son maximum à la phase algide, pour diminuer à la période suivante, et qui se montre d'autant plus élevée que le cas est plus grave. Il s'agit d'une polynucléose neutrophile : les éosinophiles ont presque complètement disparu.

aucune goutte de sang ne s'écoula, et il n'en resta pas dans l'instrument. (Cité par Gribsinger.)

(1) Pouchet, Acad. des se, 1881.

(2) G. K. Okladnykl, Vratch, 1892.

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