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L.-H. THOINOT

CHOLÉRA ASIATIQUE

' 4° Anurie. — C'est un des symptômes capitaux du choléra algide,et c'en est l'un des plus constants. « Il y a quelques maladcsqui affirment avoir uriné après l'apparition des vomissements, de la diarrhée, des crampes, et môme pendant toute la période de refroidissement; cependant ce point n'a pas été éclairci encore d'une manière certaine (i) ». A vrai dire il ne s'agit pas, même dans les cas les plus typiques, d'anurie absolue, mais de suppression presque entière : « On peut parvenir encore à recueillir quelques goulles d'urine, soit qu'on atLende, soit qu'on provoque une légère excrétion, soit qu'on aille chercher ce liquide avec la sonde dans la vessie. » (Lorain.) Celte suppression des urines dure pendant toute la période algide jusqu'à la mort, ou jusqu'à l'amélioration, qui se juge par la réapparition des urines (Voy. ci-dessous).

5° Voix. — Respiration. — La voix des cholériques s'enroue, s'affaiblit dès le début de l'attaque; à la période algide, c'est, dansla majorité des cas, V aphonie complète (2).

La dyspnée est un des traits caractéristiques de la période algide ; elle mesure la gravité du cas. Portée à sa plus haute puissance, elle consiste en une soif d'air inexprimable, une vive angoisse respiratoire, une barre épigastrique qui étouffe le malade : il lui semble avoir un poids énorme sur la poitrine. En même temps le rythme respiratoire s'altère. « La respiration est entrecoupée par de profonds soupirs ; l'inspiration est prolongée, relativement à l'expiration, et il n'est pas rare de voir le mouvement respiratoire s'arrêter au summum de l'inspiration comme par un effort, et l'expiration se faire brusquement en s'accompagnant d'un gémissement plaintif. »

La fréquence des mouvements respiratoires peut être aussi grandement augmentée, et dans les formes spas/nodiques à grands efforts inspirafoires, on peut voir jusqu'à 40 et 45 respirations à la minute.

Les résultats de l'examen physique de la poitrine contrastent singulièrement avec ces troubles fonctionnels si profonds : la poitrine sonne bien; le murmure vésiculaire est normal.

Les recherches de Rayer, Davy, et surtout celles de Doyère, ont montré que l'air expiré par les cholériques était remarquablement pauvre en acide carbonique. Davy (1831) estimait que la quantité de CO2 était réduite des deux tiers; Doyère a vu CO2 tomber de 0,0440 (chiffre normal moyen) à 0,0081, 0,0077 et 0,0023 ! L'imperfection de l'hématose entre donc pour une part dans la dyspnée cholérique, mais le type de celte dyspnée rappelle de près ce qu'on voit dans lesgrandes

U) Paiikes, On urine. Londres, 1860.

2 Pendant l'épidémie cholérique de Wurzbourg, en 1893, G. k. Matterslock a examiné nu laryngoscope quelques cholériques algides aphones. Il a vu ^que, pendant les efforts de phonation, les cordes vocales au lieu i de J»M»Be J normal, se rapprochaient incomplètement et resta.cnt dans le relâchement. (Cité par Vallin, in Irad. fr. de Gmbsingbr.)

SYMPTOMES ET LÉSIONS

loxhémies, et l'excitation bulbaire parle poison cholérique joue sans aucun doute le rôle principal.

Ajoutons enfin que V haleine des cholériques algides est froide.

6° Système nerveux et sens. — L'affaissement des malades va croissant jusqu'au coma dans les cas mortels; l'intelligence, d'abord nette, devient paresseuse, et le malade finit, au degré ultime du stade algide, par tomber dans la torpeur complète, physique et morale.

Dans les cas graves et rapides, au lieu de cet affaissement progressif on peut assister à une agitation vive, avec anxiété, plaintes et gémissements.

Les convulsions sont très rares ; elles ont été signalées cependant aux approches de la mort par Hamernyck, Meyer, Frerichs, Ross, Th. Anger et Legros.

Le pouvoir réflexe s'éteint : de l'eau projetée sur le visage ne détermine plus de clignement des yeux; le chatouillement de la gorge ne donne plus lieu aux mouvements ordinaires, etc. Les pupilles mobiles sont d'un bon augure; les pupilles contractées ou dilatées, mais immobiles, indiquent au contraire, au dire de Coste, la mort prochaine (1).

7° Absorption. — Nutrition. — Sécrétion. — V absorption par la muqueuse digestive, la peau, le tissu cellulaire sous-cutané disparaît à la période algide.

a. Absorption par la muqueuse digestive. — « Les boissons traversent l'intestin sans être modifiées... Le malade n'est plus qu'une sorte de filtre ou d'entonnoir traversé par le liquide. » (Lorain.) Même résultat pour les aliments qu'on retrouve intacLs dans l'estomac, à l'autopsie, ou qui sont évacués parles vomissements.

Les médicaments restent sans effet, car ils nesontpas absorbés (2). Le fait a été établi nettement par Vernois (1854), Duchaussoy (3), Hûbbenet, Wagner (4), etc. L'opium, le sulfate de quinine, labelladone, la strychnine, tous médicaments actifs, à effets bien connus, ne produisent rien, môme à dose élevée, presque toxique. L'iodure de potassium et le ferrocyanure de potassium ingérés ne peuvent être décelés dans l'urine (5).

h. Absorption cutanée et sous-cutanée. — Des frictions belladonées à la dose de 4 grammes sous l'aisselle ne dilatent pas la pupille. Bouchut, déposant par incisiondansle tissu sous-cutané 5, 10, 15 cen-

(1) Coste, A Cad. de mâd., 1885. — Galliard, qui a cherché à vérifier les propositions de Coste en 1892, les a trouvées très souvent en défaut. Il a pu se convaincre aussi que l'étal du réflexe rotulien n'avait pas plus d'importance.

(2j L'absorption des substances injectées directement dans la circulation se fait au contraire normalement.

(3) Duchaussoy, Essai pratique sur l'absorption des médicaments dans le choléra. Paris, lSa-i.

(^Waonbb, Schmidt's Jahrbûcher, t. LXXX1II.

(5) Il y aurait, suivant Vigla, exception â faire pour l'alcool qui paraît absorbé.

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