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L.-H. THOINOT. — CHOLÉRA ASIATIQUE

ligrammes de morphine chez les cholériques algides, les retrouve tels quels à l'autopsie. Isambert, en 1866, injectant du curare sous la peau, Gubler du sulfate de quinine, et Lailler de Y atropine, n'observent aucune absorption.

Poids. — Dès le début de l'attaque, cl à plus forte raison en pleine algidité, l'amaigrissement du cholérique paraît considérable : ces yeux enfoncés dans l'orbite, ce cercle péripalpébral, ce nez et ces mains amincis, ces doigts effilés, cette peau qui semble collée aux muscles, ce ventre rétracté enfin, tout parle en faveur d'une fonte rapide. Lorain a démontré cependant, par une série de pesées rigoureuses, qu'il n'y avait là qu'une apparence. Le poids des malades s'accroît en effet quelquefois pendant la période al gide, alors môme que la diarrhée est abondante, chez des cholériques potydipsiques buvant plus qu'il n'excrètent; ailleurs le poids des ingesta égale celui des excréta, et la variation de poids est nulle; ailleurs, enfin, les cholériques perdent plus qu'ils n'ingèrent et alors le poids diminue, mais, des trois variétés, cette dernière est la plus rare. C'est au moment où il élimine, où il est polyurique, c'est-à-dire en réaction, que le cholérique maigrit, et l'amaigrissement se fait « précisément à ce moment où la face a perdu cet aspect si spécial qui faisait, deux ou trois jours avant, prononcer le mot d'amaigrissement ». (Lorain.)

Sécrétions. — Otto en 1832, Gairdner en 1849, Wedl-Lehman ont constaté la diminution delà sécrétion biliaire. La sécrétion lacrymale, la sécrétion sébacée cessent pendantl'attaque. La sécrétion lactée fera l'objet d'un article spécial (Voy. Choléra chez les nourrices). La sécrétion de la lymphe paraît également tarie : Magendie a trouvé le canal thoracique vide sur le cadavre.

Briquet et Mignot, qui ont noté chez vingt-deux malades l'influence du choléra sur les règles, ont vu huit fois la menstruation persisterpendantl'algidité, et trois fois les règles sesuspendre pendant cette période pour reparaître au moment de la réaction. Oddo déclare, au contraire, n'avoir jamais vu l'écoulement menstruel persister pendant l'algidité.

II. Évolution. — L'attaque comporte, dans les cas ordinaires, la succession de :

1° Une phase phlegmorragique constituée par les symptômes digestifs et les crampes, et pendant laquelle sesquissent quelquesuns des symptômes algides (refroidissement, affaiblissement du pouls, oligurie) ;

2° Et une phase algide où les symptômes d'algidité se présentent au complet et s'affirment, dominant bientôt les symptômes digestifs, qui peuvent même disparaître au terme ultime des cas graves.

Quelques auteurs ont encore, après Gendrin, décrit un stade terminal de la phase algide qui ne se rencontre que dans les cas déses-

SYMPTOMES ET LÉSIONS

pérés : c'est le slade asphyxique où tous les symptômes algides sont portés au summum.

Il faut noter que, dans les cas rapides, les symptômes algides ne suivent plus les symptômes digestifs : ils apparaissent d'emblée avec eux, et tout le syndrome de l'attaque évolue d'ensemble.

B. Lésions. — 1° Le cadavre des cholériques succombant à la période algide offre, dans la majorité des cas, un aspect vraiment caractéristique : le nom de la maladie esl écrit sur le cadavre. « L'amaigrissement est considérable ; les poings sont crispés, les membres pliés, les muscles saillants (Niemeyer), les joues creuses, les yeux excavés entrouverts; la sclérotique présente des taches noirâtres.... Les téguments sont bleuâtres, parsemés de taches violacées ; celte teinte violacée tirant plus ou moins sur le noir est surtout apparente aux lèvres, aux paupières, à l'extrémité des doigts et des orteils sous les ongles ; l'épiderme est ridé à l'extrémité des* doigts, comme après un bain prolongé. » (Laveran.)

La rigidité cadavérique se montre ici avec une rapidité singulière ; en quarante minutes (Briquet et Mignot), quarante-cinq minutes (Guttstadt), en deux heures- au plus, en tout cas, elle se constitue, et dure au delà de vingt-quatre heures.

Deux autres caractères importants sont les mouvements spontanés et l'augmentation de température post mortem .

Les mouvements spontanés sont fréquents et ont été étudiés par un grand nombre d'auteurs. Ils se réduisent parfois à quelques contractions fibrillaires. Brown-Séquard a noté, en 1849, un tremblement qu'il assimile à celui qu'on remarque chez les animaux tués subitement. Ailleurs, on observe des mouvements des doigts, des mains, des bras, plus rarement du tronc, mouvements tantôt circonscrits, tantôt au contraire très étendus et pouvant s'accomplir avec force (1). Ces mouvements apparaissent dès les premiers moments qui suivent la mort ; Brown-Séquard les a vus persister jusqu'à trois heures après le décès. Ils se voient de préférence chez les sujets vigoureux, ayant présenté pendant la vie des crampes intenses.

Briquet et Mignot ont, les premiers, tenté de démontrer scientifiquement, à l'aide du thermomètre, que la température des cholériques s'élevait après la mort. Lorain a repris ces recherches d'une façon plus précise, et montré que, dans la majorité des cas (8 fois sur 13), la température post mortem s'accroissait dans des limites comprises entre 3° au maximum et 0°,4 au minimum. La température redescend ensuite avec grande lenteur, ce qui se traduit par le phé-

(1) Chichton a vu des mouvements tels qu'on était obligé d'attacher les cadavres sur la table d'autopsie pour les empêcher de tomber. Laurence a vu un cadavre placé sur le dos se retourner d'un mouvement brusque sur le coté. (Cités par Briquet, qui rapporte encore une curieuse observation due à Bourgeois [d'Etampes], où une incision au bistouri, lors d'une opération césarienne posl morlem, détermina une contraction musculaire généralisée.)

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nomène bien connu du refroidissement très lent du cadavre.

Enfin la putréfaction très Unie à se produire complète un ensemble de signes vraiment bien particuliers.

2° Péritoine et tube digestif. — « A l'ouverture de la cavité abdominale, on est frappé de la sécheresse et deVélat poisseux, si souvent décrils,du/>eW/o//ie; les anses intestinales sont agglutinées entre elles par un enduit visqueux, filant, qui s'enlève facilement avec le scalpel. Examiné au microscope, cet enduit apparaît constitué par des cellules endothéliales desquamées, les unes isolées, les autres encore réunies, et formant des plaques. Celte desquamation se retrouve, moins accusée, sur les grandes séreuses, sur les plèvres et le péricarde (1). .»

3° Intestin grêle. — Chez les cholériques qui succombent enlevés en quelques heures, les lésions intestinales sont pour ainsidire nulles. Chez les autres,,l'intestin grêle est le siège de lésions caraclérislk/ues qui vont en augmentant d'intensité à mesure qu'on se rapproche de la valvule iléo-cœcale. Il est hgperémié dans toutes ses tuniques, et prend l.a coloration lilas ou hortensia, suivant l'expression deBroussais. Cette coloration est due à une injeclion vasculaire qui dessine les vaisseaux sous forme d'arborisations fines. La maladie s'est-elle prolongée davantage, la coloration devient rouge foncé avec piqueté hémorragique, surtout au voisinage de la valvule et au sommet des valvules connivenfes; parfois il se fait de véritables plaques ecchgmotiques.

Sur toute l'étendue de l'intestin grêle, mais surtout a la partie intérieure de l'iléon, les follicules clos, tuméfiés, forment des saillies bien connues sous le nom de psorentérie. Les plaques de Peyer sont, elles aussi, tuméfiées et saillantes, parfois notablement injectées, et entourées d'une zone d'hyperémie.

V épaisseur de l'intestin est augmentée par Yinfdlralwn œdémateuse des tuniques.

La surface de la muqueuse est recouverte d'un enduit blanc grisâtre, crémeux, qui ne disparaît que sous un lavage à grande eau.

La cavité de l'intestin est distendue par un liquide qui rappelle l'aspect des selles cholériques : il est aqueux, presque incolore, alcalin, sans odeur ou seulement fade, et tient en suspension des flocons blanchâtres cVaspecl riziforme.

Histologie des lésions intestinales. - Deux lésions caractérisent le processus : desquamation êpilhèliale et infiltration nucléaire de la muqueuse

La desquamation du revêtement épithélial règne sur toute 1 étenduedel mteslin erclc Les villosités, les portions libres de muqueuse qui les séparent, et es orifices des glandes de Lieberkuhn sont totalement dépouillés. Les cellules

mSTHAUS Roux, NocAnn/rnu,™, Recherches anatomiques et expérimentales sur e cSa observé en .ss; en Êgyptc (Arc/., de physiol 1884 Nous eronsde nombreux emprunts à ce remarquable Mémoire, que nous olons ,c. une fois pou, toutes.

SYMPTOMES ET LÉSIONS

desquamées de l'intestin forment, en partie, l'enduit crémeux que l'autopsie montre adhérent à la paroi intestinale, et cet enduit, en se détachant par fragments, contribue à former les flocons blanchâtres du liquide riziforme intestinal.

Uinfillration nucléaire de la muqueuse apparaît dès le duodénum, mais elle s'accuse surtout au niveau de l'iléon : là, outre l'injection vasculairc qui fait apparaître les vaisseaux comme gorgés de globules rouges, on note une accumulation extrêmement serrée de cellules embryonnaires dans le tissu adénoïde de la muqueuse et des villosités; celte infiltration envahit les follicules isolés et les plaques de Peyer, « dont l'aspect microscopique diffère peu de celui qu'on constate dans les plaques molles de la fièvre typhoïde ».

4° Gros inleslin. — Il est le plus souvent normal, et sa coloration pâle, grisâtre, tranche nettement sur l'hyperémie de l'iléon : il semble que la valvule de Bauhin coupe en deux le processus intestinal (Griesinger). Il existe cependant parfois une injection marquée, surtout au côlon ascendant et au rectum; parfois encore les follicules isolés forment des saillies, d'ailleurs rarement notables.

5° Estomac. — Souvent distendu par du liquide etde l'air, très rarement rétracté, il n'offre à l'œil nu que des altérations peu importantes: la muqueuse pâle est recouverte d'un enduit gélatineux épais, avec quelquefois des îlots hyperémiés.

6° Reins. — Vessie. — Après l'intestin grêle, l'organe le plus touché par le choléra est le rem. Nulles dans les cas foudroyants, les lésions se prononcent à mesure que l'algidité se prolonge.

L'examen à l'œil nu donne peu de renseignements. Le rein est plutôt petit (Bartels-Straus) ; la substance corticale est pâle et les glomérules, ainsi que les vaisseaux interlobulaires, s'y dessinent parleur injection; lesarcadesvasculaires de la substance intermédiaire sont congestionnées et la pression fait sourdre du sonimeldes papilles un liquide louche. La muqueuse du bassinet est tantôt pâle, tantôt très injectée.

L'examen histologique montre de profondes lésions. Tout est pris: cellules sécrétantes des tubes contournés ; glomérules, anse detlenle, tubes collecteurs, vaisseaux corticaux et médullaires ; seuls les tubes droits de la substance corticale sont relativement épargnés.

Les cellules sécrétantes des lubuli contorli présentent ordinairement. la lésion connue sous le nom de tuméfaction trouble, c'est-à-dire qu'elles se gonflent et s'infiltrent de granulations protéiques; en même temps, leur protoplasma subit une fonte graduelle, qui le réduit en une poussière irrégulièrement granuleuse. Le noyau, refoulé vers la paroi jusqu'à la destruction de la cellule, reste jusqu'au bout colorable, peut-être cependant moins énergiquement que dans les reins normaux. Parfois, mais plus rarement, l'epîthélium de Heidenhain est frappé de nécrose de coagulation; enfin, plus rarement encore, il présente une lésion analogue à ce qu'on rencontre parfois dans le foie : la tuméfaction transparente. La dégénérescence granulo-graisseuse, admise par quelques auteurs, n'a pas été vue parStraus.

La branche montante de l'anse de Ilenle a son épithélium desquamé et réduit en détritus granuleux.

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