L.-H. TII01N0T. — CHOLÉRA ASIATIQUE
Vendolhélium des glomèrules de Malpighi est desquamé; les noyaux du bouquet glomérulaire sont augmentés de nombre, et un exsudai albumineux s'amasse entre la capsule et le bouquet vasculairc.
Les capillaires du labyrinthe sont énormément distendus, et les lacunes Lntertubulaires sont occupées par un exsudât albumineux (œdème aigu du rein). Les «aisseaux artériels et veineux inlerlobulaires et les gros troncs veineux, qui forment les arcades vasculaires de la substance intermédiaire, sont vivement congestionnés.
Dans les pyramides, on trouve un grand nombre de tubes, gros ou moyens, desquames eldontla lumière est remplie d'un moule albumineux. Les vaisseaux droits sont extrêmement hyperémiés, et l'irruption du sang dans la cavité des tubes collecteurs n'est pas rai-e.
La vessie esl vide et rétractée; elle contient parfois un peu de mucus ou une cuillerée d'urine trouble ; sa muqueuse est parfois vivement congestionnée.
70 tfa[e Un certain nombre d'auteurs n'y signalent aucune altération (Straus, etc.) ; d'autres, au contraire, avancent qu'à la période algide la rate est ordinairement petite, pâle, ridée à sa surface, et sèche à la coupe (Griesinger, Laveran, etc.). Par exception on y note des infarctus.
8° Foie et vésicule biliaire. — Pâle et anémié, le foie présente des taches grisâtres, jaune sale, disséminées à sa surface et dans son épaisseur (Straus).
Au microscope on voit des travées cellulaires, qui ont perdu leur ordonnance radiée, écartées par les capillaires gorgés de globules sanguins.
Les cellules hépatiques sont déformées, et ont subi pour quelques-unes l'infiltration granulo-graisseuse. Les noyaux sont parfois augmentes de volume, géants même et vésiculeux; ils sont aussi souvent multiples. Hanot et Gilbert ont décrit une lésion cellulaire qu'ils nomment tuméfaction transparente : le protoplasma cellulaire a un aspect vitreux, et cesse de fixer les couleurs, tandis que le noyau tuméfié est colorable (1).
La vésicule biliaire ne renferme qu'une petite quantité, de bile épaisse, vert foncé; elle est rarement vide. Les gros canaux biliaires n'offrent aucune lésion ; le cholédoque est toujours libre.
9° Appareil respiratoire. - La muqueuse laryngée est en gênerai pâle. La muqueuse trachéale esl plus souvent injectée, et celle des bronches est rouge livide dans la moitié des cas. Dans quelques cas (choléra asphyxique) on rencontre à la surface inlerne de la trachée et des bronches un enduit crémeux rétrécissant notablement le cal.bre
de ces conduits (J. Besnier).
Les plèvres sont recouvertes d'un enduit visqueux, albumino.de, comparable à ce qu'on voit sur le péritoine ; les ecchymoses sous-pleurales sont fréquentes.
(1) Hanot et Gilbert, Arch. de physiol., 1886.
SYMPTOMES -ET LÉSIONS
Les poumons sont, sauf à la base, pâles, desséchés, exsangues : à la coupe on voit sourdre seulement quelques gouttes d'un sang noir. L'emphysème vésiculaire est presque de règle, quand l'attaque a duré plus de trente à trente-six heures.
La base des poumons est en général congestionnée ; on peut y rencontrer des noyaux apoplectiques, des infarctus cunéiformes et des noyaux d'atéleclasie qui, parfois même, se disséminent aux deux poumons (Rommelaëre).
10° Appareil circulatoire . — La surface externe du péricarde est quelquefois remarquablement desséchée; sa cavité est souvent recouverte d'un enduit visqueux analogue à celui qu'on trouve dans le péritoine, la plèvre, etc. Les ecchymoses sous-péricarcliques sont presque constantes, simple piqueté ou plaques ecchymotiques assez larges.
Le cœur gauche est petit, rétracté, dur, presque vide, au contraire du cœur droit distendu par un sang noir, souvent incoagulé plusieurs heures après la mort.
Les ecchymoses sous-endocardiques sont plus rares que les ecchymoses sous-péricardiques.
L'état des fibres cardiaques a soulevé des discussions.
Briquet et Mignot avaient signalé autrefois la friabilité des parois du cœur, leur décoloration (feuille-morte). Les mêmes lésions avaient été trouvées au Val-de-Grâce par Tholozan.
Simmonds (1) déclare que le myocarde est peu lésé à la période algide, et Bcthe admet dans les cas rapides un état trouble du muscle (2).
Le système artériel est en général vide de sang. Les gros troncs veineux, au contraire, et Vartère pulmonaire sont gorgés d'un sang noir.
Le sang des cholériques présente au plus haut degré les caractères d'un sang asphyxique et infectieux : noir, épais, poisseux, il a pu être comparé à de la confiture de groseille mal cuite. La coagulation se fait mal ou pas. Les autres altérations ont trouvé leur place dans la description clinique.
11° Système nerveux central. —Encéphale. — Les lésions consistent surtout en une injection vasculaire très accusée : les sinus de la dure-mère sont chargés d'un sang noir ; l'arachnoïde et la pie-mère sont finement injectées, avec quelquefois des suffisions sanguines dans les mailles de la pie-mère.
La cavité arachnoïdienne esL, comme les autres séreuses, tapissée par un enduit visqueux.
La substance nerveuse môme est, sauf un piqueté hyperémique bien marqué, assez peu atteinte.
(1) Simmonds, Deulsch. mcd. Wochenschr., 1893.
(2) Bethe, Le choléra ù Stettin (Deulsch. med. Wochenschr., 1803).
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Moelle. — Les altérations sont les mômes, et consistent surtout en une congestion méningée intense.
1 90 Organes génitaux de la femme. - La lésion dominante est la congestion et l'hémorragie même : 1 10 fois sur 170 femmes, ni enceintes ni récemment accouchées, autopsiées i» toutes périodes du choiera, Devcke en 1892 a noté un épanchement sanguin dans la cavité utérine et l'infiltration sanguine des parois (1). E. Fraenkel (2) qui d'après 516 autopsies en 1892, confirme les résultats de Deycke, dit que les hémorragies utérines sont le partage des femmes qui ont eu leurs
règles récemment. .
La muqueuse vaginale est, elle aussi, congestionnée, souvent
"S^sonf hyperémiés, et peuvent aussi contenir des foyers san-uins d'un volume parfois relativement considérable.
Réaction - I. Symptômes. - La réaction est la phase qui suif rafJque eTqui conduire malade soit au rétablissement définitif, soit à la mort Les phénomènes cliniques n'ont plus ici l'un.form te la monotonie, pourrait-on dire, de la période d'attaque e rien n est pluTdimcile que d'en schématiser et le cadre et esdétai s on s en aperçoit aisément à la lecture des descriptions concevoir de la façon suivante l'évolution clinique de la phase de
"loLTcholérique arrive d'emblée et sans accident à la guérison : „'0ct là la réaction régulière des auteurs;
Ï Le cioïé que, pour arriver à la guérison, traverse une phase semée d'aeddents, 'e'frop souvent succombe à ces accidents, dont les uns sont if essence générale, et les autres locahscs.
Nous décrirons donc :
A. La réaction régulière ;
B Les accidents généraux de la réaction ;
fébrile n'est pas sonvent TOTtes les fonctions atteintes
. niliMr Pfc sc réchauffe ; les vomissements s arrêtent , raîfcvorace et impérieux; la soif se cal^; deviennent de plus en plus
(1) Devcke, Deutsch. med. Wochenschr.
(2) E. Fraenkel, Ibid.
SYMPTOMES ET LÉSIONS. «-18 1
Abattements du cœur perdent do leur fréquence redeviennent énergiques et réguliers; les deux bruits cessent d'être confondus, et reprennent leur distance normale. Le pouls se renforce, se ralenlU et devient dicrole
La température revient partout à la normale ou dépasse a peine cet te normale. Le corps se réchauffe. La cyanose disparaît avec le retour graduel de la chaleur. La peau se couvre d'une sueur chaude et abondante.
La sécrétion du lait reparaît lorsqu'elle s'était tarie chez les nourrices. L établissement ou le rétablissement des fondions utérines suit le retour des autres fonctions.
L'élude des urines mérite une mention spéciale. Leur réapparition est le signe capital de la réaction : la crise urinaire juge lattaque cholérique. Parkes estime que la fonction reparaît généralement entre la dix-huitième et la cent quarante-quatrième heure, le plus, souvent de la quarante-huitième à la soixante-douzième heure à dater du début. Ces chiffres concordent avec ceux de Buhl (1). Treize observations de Lorain donnent les dates suivantes : troisième jour, 5 cas; deuxième jour, 2 cas; quatrième jour, 1 cas; sixième jour, 4 cas ; septième jour, 1 cas ; huitième jour, 1 cas.
La première urine émise a des caractères tout particuliers : elle est rare, trouble, de poids spécifique faible (1007 à 1010), généralement très albumineuse, ordinairement pauvre en urée et en chlorure de sodium ; elle contient un sédiment formé par l'épithéhum vésical, des cylindres épithéliaux et hyalins, des globules de pus, etc. ; elle renferme des pigments biliaires.
La deuxième urine, émise quelques heures après, est plus copieuse, et bientôt la polyurie s'établit avec les autres caractères que nous allons passer en revue.
La quantité d'urine croît graduellement et le maximum de la polyurie se place, pour Lorain, du quatrième au dix-neuvième jour, et surtout du quatrième au neuvième ; l'urine redescend ensuite progressivement à son taux normal. La quantité d'urine éliminée en vingt-quatre heures peut s'élever jusqu'à 8 litres. La durée moyenne de la polyurie est de quinze jours ; Lorain l'a vue se prolonger jusqu'au trentième jour, et a cité, d'autre part, lecas d'un malade qui n'eut qu'un seul jour de polyurie, avec 5600 grammes.
La densilé suit naturellement une marche inverse de la polyurie. La polyurie cholérique n'est pas une simple fillration : elle est un énergique agent d'élimination. Émise en petite quantité par l'urine des premières vingt-quatre heures, Y urée augmente progressivement de taux, dépasse largement la normale et se maintient longtemps à ce taux élevé (Lorain).
Un malade de Lorain rendit en huit jours 1 l'o5 grammes d'urée, alors qu'un homme sain aurait, dans le même temps, excrété à peine 300 grammes; en
,\) Buhl, Uenle's und PfenlJer's Zeitschr. fur rationn. Medic, 1X55.