L.-H. THOINOT
CHOLÉRA ASIATIQUE
gique, et des plaques ecchymoliques d'étendue variable ». (Straus.
Dans le voisinage de la valvule on rencontre encore des escarres superficielles, et des ulcères à bords plats. Hamernyck a môme trouvé des perforations. Nous avons ailleurs parlé de la gangrène de l'intestin.
Le gros intestin est tantôt presque normal, cl tantôt présente, surtout au caecum et au rectum, de petites ulcérations analogues aux ulcérations dysentériques. Pirogoff a vu ces ulcérations recouvertes d'un exsudât pseudo-membraneux. Lagangrène peut même intervenir (Voy. ci-dessus).
Galliard a signalé, chez un sujet mort au neuvième jour, plusieurs ulcérations de V estomac, à l'ond noirâtre, siégeant surtout au niveau de la grande courbure et de la face antérieure.
Le péritoine a retrouvé son humidité normale; il peut exister, mais rarement (1 cas sur 34, Briquet et Mignot), des lésions de péritonite récente (péritonite par propagation?).
Les lésions du rein sont de même ordre, mais plus profondes, que celles de la période algide.
« Même désintégration de l'épithélium avec apparition de gouttelettes graisseuses au milieu de la poussière dans laquelle se résout le protoplasma ruiné; un certain nombre de noyaux disparaissent, ou du moins cessent d'être décelés par-les matières colorantes; d'autres continuent à se colorer, mais moins cnergiquement. Les tubes contournés sont ectasiés et encombrés de détritus granulo-graisseux ; les tubes collecteurs sont desquamés en partie et obstrués par des moules épilhéliaux dégénérés et des moules albumiueux. » (Straus.)
La muqueuse vésicale est souvent ecchymolique : Simmonds a noté quatre fois de la cystite, et une fois de la gangrène sur un large espace. Le catarrhe des bassinets et de Vùretère est fréquent.
Le foie est en général congestionné.
L'altération de la vésicule biliaire est fréquente. Sa muqueuse est souvent injectée, ecchymosée. Pirogoff (1849) y a noté des ulcérations, des perforations même, et Rokitansky un exsudai fibrineux formant quelquefois un revêtement complet. Simmonds a même vu la gangrène. Lacholécystilep.urulenteaélèobservèepav Briquet et Mignot dans trois cas, par Simmonds dans quatre cas, par Galliard, etc.
Vangiocholite suppurée des gros canaux a été notée par Galliard ; et une angiocholite intense, bien voisine de l'angiocholile suppurée, envahissant même les minces canaux, et remontant jusqu'à la face convexe du foie, a été vue par Girode.
La rate est ordinairement molle, souvent légèrement hypertrophiée. On y a noté des infarctus.
Le larynx est ordinairement sain; on y rencontre exceptionnellement des ulcéralions, de Yœdème de la muqueuse, et une infiltration séro-purulenle de la sous-muqueuse.
FORMES CLINIQUES
, En dehors de la pneumonie et de la broncho-pneumonie dont nous avons déjà parlé, on rencontre souvent dans les poumons de l'hyperémie, de l'hyposlase, de l'œdème ou même des infarctus. La gangrène pulmonaire a été signalée ci-dessus (1).
Simmonds a vu sur le tiers des cholériques succombant au stade de réaction les fibres mgocardiques faiblement granuleuses. Belhe et Steltin auraient constaté de la dégénérescence graisseuse étendue du cœur.
Le vagin présente des escarres chez le tiers des femmes enlevées par un choléra lent. Le même auteur a noté dans un cas, chez une femme morte au vingt-septième jour, un sphacèle éLendu qui faisait communiquer le vagin avec le rectum et la vessie.
Les lésions de Yencéphale trouvées à l'autopsie ne répondent guère, nous l'avons dit, au tableau des manifestations cérébrales, parfois si bruyant en clinique. De la fluxion et de la congestion des méninges, rarement plus, voilà tout ce que l'on trouve : Mouchet, dans un cas, a rencontré une hémorragie cérébrale qui s'était traduite, pendant la vie, par une hémiplégie au cours de la réaction.
FORMES CLINIQUES. — Le choléra se présente en clinique sous des aspects variés. Deux grandes divisions s'imposent tout d'abord. De même qu'il existe une fièvre typhoïde complète et une typhoïdetle, une variole et une varioloïde, de même, à côté du choléra constitué par l'ensemble symptomatique complexe que nous avons étudié, et qu'on peut taxer de choléra caractérisé, on trouve un choléra aborlif, ou fruste ou encore ébauché.
Nous étudierons d'abord ce dernier type et nous chercherons ensuite à fixer les variantes diverses du choléra caractérisé.
A. Choléra abortif. — Il comporte deux formes cliniques : la diarrhée cholérique et la cholérine.
1° Diarrhée cholérique. — C'est la forme minima de l'intoxication cholérique. Qu'on se reporte à notre description de la diarrhée qui précède parfois l'attaque, et qu'on imagine que les choses en restent là, on aura l'idée de cette diarrhée cholérique, qu'il est bien difficile de distinguer cliniquement de la diarrhée simple, mais qui, en épidémiologie,en matière de transmission du choléra, a uneimportance capitale. La déduction prophylactique s'impose : En temps d'épidémie, tenir toute diarrhée pour suspecte, et pratiquer la désinfection.
La durée est de cinq à sept jours en moyenne, quelquefois moins, mais quelquefois les choses se prolongent plusieurs semaines. La guérison est la règle.
2° La cholérine est un degré déjà plus intense d'intoxication. Après quelques jours de diarrhée d'apparence simple, ou brusquement, les
(1) Simmonds signale dans quatre cas des abcès et des infarctus ramollis du poumon, attribuables à la transfusion; dans un cas, le sujet, phlébotomisé au coude, présentait une phlébite suppurec remontant jusqu'à l'aisselle.
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accidcnlsdébutent la nuit, ordinairement par delà diarrhée. Les selles se succèdent rapidement, liquides, bilieuses ou presque décolorées. Les vomissements évacuent d'abord le contenu stomacal, puis deviennent liquides, amers, acides. Le malade est pris de douleurs et d'angoisses épigastriques, d'une sensation de faiblesse extrême, de vertiges, de bourdonnements, de céphalalgie. La soif est intense. L'algid.ité s'esquisse; le pouls faiblit, l'urine se fait rare, et des crampes se montrent dans les mollets.
L'affection peut se terminer par une attaque de choléra caractérisé, ou guérir telle quelle ; les récidives, au moindre écart de régime, sont à craindre.
B. Choléra caractérisé. — La rapidité plus ou moins grande de {'évolution; la gravité générale; la prédominance de tel ou tel symptôme ; ce qu'on appelle, faute encore de mieux, le génie épidémique ; la présence, chez le sujet atteint, d'un élat pathologique antérieur ou de tel ou tel état physiologique, sont autant de circonstances qui interviennent pour faire varier l'aspect clinique : de là les formes innombrables qu'on a décrites du choléra.
La division suivante nous paraît suffisante :
1° Grands types cliniques généraux du choléra caractérisé ;
2° Le choléra suivant les épidémies ;
3° Le choléra suivant les étals pathologiques ou physiologiques antérieurs à l'attaque.
1» Les grands types cliniques. — Les auteurs se sont ingénies a multiplier les formes pour faire cadrer la description pathologique avec les aspects cliniques multiformes. Les uns ont basé leur classification sur la prédominance d'un symptôme, et Chomel a pu ainsi décrire une forme nerveuse, une forme inflammatoire, une iorme nastro-inteslinale, une forme pulmonaire; les autres ont base leur division sur la rapidité d'évolution, et L. Galliard a ainsi admis, dans ces derniers temps, un choléra foudroyant, un choléra galopant, un
choléra lent ; etc., etc. . rm
Si nous voulions baser une division sur la prédominance d un symptôme clinique, nous adopterions volontiers la division capitale qu a proposée autrefois Romberg, et qui répond à deux types bien cliniques . dans Te choléra tantôt les symptômes digestifs dominent tout le emps la situation, les symptômes algides restent au second p an : c est la le !LtU« ^ntôt les évacuations et les vomissemen U -on modérés et le premier plan de la scène appartient à a cyanose, à Talgmité, à l'absence du pouls, à l'adynamie profonde : c'est le choiera
pourrait encore faire une place à part aux rares cas de choléra sec c'est-à-dire sans évacuations. Dès 1830 Jœnischen avait remarqué quC; clins individus présentent les principaux choléra, et succombent, mais sans avoir eu la diarrhée. En léahtc
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transsudation intestinale a lieu, mais, soit paralysie intestinale, soit toute autre cause, elle n'est pas évacuée. Ces cas sont toujours mortels, et sont l'apanage des individus âgés déprimés.
Ceci dit, nous nous en tiendrons à la division suffisamment simple et clinique de Griesinger en type léger, type grave, type foudroyant.
a. Type léger. — Les caractères dislinclifs majeurs sont les suivants : pouls radial toujours perceptible; sécrétion urinaire non complètement interrompue; cyanose et collapsus à peine marqués.
b. Type grave. — Ses caractères distinctifs sont l'inverse de ceux énumérés ci-dessus : pouls à peine sensible ou absent; anurie cliniquement absolue; algidile, aphonie, faciès cholérique portés au plus haut degré; la période d'algidité ne guérit que pour laisser trop souvent place à une réaction typhoïde.
c. Type foudroyant. — Les historiens du choléra indien de 1817 nous ont laissé de frappantes descriptions de cette forme. A Jessore, où des milliers de personnes périrent en quelques jours, « on voyait des hommes pleins de santé quelques heures auparavant tomber étourdis dans la rue et rendre le dernier soupir quelques instants après » (Laveran). A Allahabad des sentinelles tombèrent comme foudroyées.
Dans nos pays la forme foudroyante, qui est souvent celle des premiers cas d'une épidémie, est moins terrifiante. Aprèsdes prodromes à peine appréciables, ou d'emblée, surviennent des évacuations profuses par en haut et en bas, et sans délai s'établissent un collapsus profond, une algidité considérable, et la cyanose ; le pouls disparaît et les crampes sont intenses. La mort survient en trois à vingtquatre heures.
2° Le choléra suivantles épidémies. — Ilcstbien certain que, d'une épidémie à l'autre, la physionomie générale de l'attaque cholérique peut singulièrement se modifier. Dans telle épidémie prédominent les symptômes digestifs, dans telle autre les symptômes algides ; dans l'une la cyanose est peu marquée, dans l'autre elle est au premier plan, etc. Et il en est de même pour la période de réaction : Oddo, par exemple, a nettement montré que tels phénomènes de la réaction, qui n'existaient pas au choléra de 1884, prédominaient au choléra de 1885, etc.
3° Le choléra et les états morbides ou physiologiques. — A. Choléra et états morbides. — Deux cas peuvent se présenter : a) le choléra se greffe sur une maladie aiguë ou chronique ; b) un état morbide vient se greffer sur une attaque cholérique.
a. Nous avons dit ailleurs que le choléra choisissait de préférence ses victimes parmi les débilités et les malades, et qu'il n'avait aucun antagoniste parmi les états morbides aigus ou chroniques. Mais ce que nous voulons mettre en relief ici, c'est la marche qu'il i m prime aux processus sur lesquels il se greffe. On peut dire, d'une façon
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