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PRO PARTE: MALADIE DU SOMMEIL

PAR

A. LAVERAN

Les Irypanosomes sont des Protozoaires de la famille des Flagellés; ils vivent dans le plasma et non dans les hématies comme les hématozoaires du paludisme.

Des épizooties très répandues en Asie, en Afrique et dans l'Amérique du Sud, qui sévissent principalement sur les Bovidés et les Équidés, sont produites par des trypanosomes ; ce sont : le Surra aux Indes, le Nagana ou maladie de la mouche tsélsé dans l'Afrique centrale, le Gakiekle dans l'Afrique du Sud, le Mal de caderas dans l'Amérique du Sud (1). Jusque dans ces dernières années on a pu croire qu'il n'y avait pas de trypanosome pathogène pour l'homme ; le contraire est aujourd'hui démontré.

HISTORIQUE. — L'existence de la maladie du sommeil chez les nègres de la côte occidentale d'Afrique a été signalée dès 1803 par Winterbottom (2).

En 1840 Clark a décrit cette curieuse maladie observée par lui à Sierra Leone (3); les travaux des médecins de la marine française ont beaucoup contribué à la faire connaître; parmi ces travaux il faut citer en première ligne ceux de Guérin (4), de Corre (5), de Nielly (6) et de Le Dantec (7).

L'agent pathogène de la maladie du sommeil a été l'objet de nombreuses recherches. A. de Figueiredo (8), Cagigal et Lepierre(9),

(1) A. Lavera* et F. Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases. Paris, 1904. (2i Winterbottom, An account ol' native Ad-icans in the neighbourhood of Sierra Leone, 1803. • ,

(3) Clark, London med\Gaz., septembre 1840, et Edmburgh monthly Joum. of

med. se, 1842.

(4) Gui'rin, Thèse Paris, 1869.

(5) Corre, Arch. de mèd. navale, 1877.

(6) Nielly, Éléments de pathologie exotique. 1881, p. 513.

(7) Le Dantec, Pathologie exotique, 1900, p. 759.

(8) A. de KiouEiriEDO, Dissert, inaugurale. Lisbonne, L891.

(9) Cagigal et Lepierrb, Médecine moderne, 2G janvier L898.

Marchoux (1), Beltencourt (2), Broden (3), Caslellani (4), ont attribué la maladie à différentes bactéries : bacilles, pneumocoque, streptocoques. La variété et la banalité des microbes isolés par ces auteurs pouvaient faire prévoir qu'il s'agissait de microbes d'infections secondaires.

Ouelques observateurs ont attribué la maladie du sommeil à une alimentation mauvaise ou insuffisante. On a incriminé dans la Casamance certains poissons péchés dans la vase. D'après Ziemann il s'agirait d'une intoxication par la racine de manioc mangée crue ou à peine cuite (5). Ces hypothèses sont en contradiction avec un grand nombre de faits.

P. Manson a attribué la maladie à une fîlaire, Filaria perslans, qui, à la vérité, se rencontre assez souvent chez les nègres atteints de maladie du sommeil, mais qui fait défaut dans beaucoup de cas, et qui s'observe dans des régions où celte endémie est inconnue (6j.

Les travaux qui ont eu pour conséquence de classer la maladie du sommeil parmi les trypanosomiases ne remontent qu'à quelques années.

Au mois de mai 1901, le Dr Forde recevait dans son service, à l'hôpital de Bathurst (Gambie), un Européen âgé de 42 ans, maître à bord d'un steamer du gouvernement, dans la rivière de Gambie; cet homme, qui comptait six années de service dans la rivière de Gambie, avait eu plusieurs atteintes de fièvre et était considéré comme un paludéen.

L'examen du sang ne révéla pas la présence de l'hématozoaire du paludisme, mais celle de vermicides sur la nature desquels Forde resta indécis.

Le 18 décembre 1901, le D1' Dutlon examinait avec le Dr Forde le malade dont l'état s'était aggravé et reconnaissait que les vermicules vus par Forde étaient des trypanosomes. Dutton a décrit ce trypanosomesousle nom de Trypan. gambiense (7).

Antérieurement, Nepveu avait signalé l'existence de trypanosomes dans le sang de plusieurs malades d'Algérie, mais les descriptions de Nepveu et les figures jointes à une de ses notes sont si peu précises que l'exactitude du diagnostic est très douteuse (8). Bien que,

(1) Mauchoux, Ann. d'hyg. et de méd. colon., 1809, p. 13.

(2) A. Bettencourt, Doehça do Somrao. Lisbonne, 1901.

(3) Bixoden, Rapport de KuBonN, A ad. de méd. de Belgique, 26 octobre 1901. (1) Castellani, Brit. med. Journ., 14 mars 1903.

(5) Ziemann, Centralbl. fur Bakter., I, Orig., 1903. t. XXXII, p. 413.

(6) P. Manson, Tropical diseases, 3" édit., 1903, p. 335. — Low, Brit. med. Journ., 28 mars 1903, et Royal Soc., Reports of llie Sleep. Sickn Commiss., novembre 1903. — C. CiinisTY. Ihid., novembre 1903.

(7) Forde, The Journ. oftrop. medicine, lor septembre 1902. — J. E. Dutton, lbul., 1" décembre 1902, et Thompson y Sites lahoralories Report, 1902, t. IV, part. II, p. 155. — J. E. Dutton et J. H. Tonn, Brit. med. Journ , 1 février 1903.

(8) Nepveu, Soc. de biologie, 1891, Mémoires, p. 49, et Soc. de biologie, 24 décembre 1898.

112 A. LAVERAN. — ÏRYPANOSOMIASE HUMAINE.

dans ces dernières années, l'examen du sang ait été fait en Algérie chez un très grand nombre de malades, jamais les trypanosomes n'ont été retrouvés.

En 1894, le Dr Barron (de Liverpool) a relaté l'observation d'une femme âgée de 39 ans, atteinte d'un fibrome utérin, dans le sang de laquelle on trouvait un grand nombre de Protozoaires flagellés (1). Le diagnostic rétrospectif de trypanosomes serait bien hasardé dans ce cas ; la malade n'avait pas voyagé en Afrique, autant qu'on peut en juger par la courte note de Barron.

Depuis la publication de l'observation de Forde et Dutton, Trypan. gambiensea été retrouvé dans le sang de nombreux malades en Gambie, au Congo et dans l'Ouganda.

Dans une note qui se trouve à la fin de son premier mémoire, Dutton annonce que Trypan. gambiense a été retrouvé par lui dans le sang d'un enfant indigène de Gambie âgé de trois ans.

P. Manson a signalé deux cas de trypanosomiase chez des Européennes qui avaient contracté la maladie au Congo (2). Dans un de ces cas, l'existence des trypanosomes a été constatée par le D'Broden, directeur du laboratoire de Léopoldville (État du Congo) (3).

Brumpt' a constaté l'existence de Trypan. gambiense à Boumba (confluent du Bubi et du Congo) chez un commissaire de bateau atteint depuis plusieurs mois d'une fièvre irrégulière résistant à la quinine (4).

C. J. Baker a observé trois cas de trypanosomiase humaine a Entebbe, dans l'Ouganda. Les trypanosomes étaient nombreux dans un cas, rares dans les deux autres (5).

L'École de Liverpool a envoyé en Gambie, en 1902, une mission composée des D» J. E. Dutton et J. L. Todd pour rechercher quelle était la fréquence de la maladie dans cette région. La mission est arrivée à Bathurst au mois de septembre 1902; elle a constaté des cas de trypanosomiase humaine- depuis l'embouchure de la Gambie jusqu'à 250 milles à l'intérieur. Les cas observés ont été d'ailleurs peu nombreux ; sur 1 000 individus examinés, les trypanosomes n'ont été trouvés que chez six indigènes et chez un

quarteron. . .

Les cas observés chez des indigènes se répartissent comme il suit . une femme âgée de 35 ans, un garçon de 9 ans, une fille de 16 ans. un garçon de 12 ans, deux hommes de 35 et de 22 ans. Les trois premiers sujets appartenaient à un même village, le village de Lamin.

fil Transact of the Liverpool med. Institution, 6 décembre 1894. 2 l £L,The Journ. of trop, med., 1« novembre 1902 et 16 mars 1903. - P. Manson et C. W. Dan.els, Brit. med. Journal, 30 ma. 1903.

(3) BnooEN, Bull, de la Soc. d'études coloniales, Bruxelles, 1903 et 1901.

(4) Acad. de médecine, il mars 1903.

[5 C. J. Baker, Brit. med. Journal, 30 mai 1903, p. 1254.

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