‹ Nouveau traité de médecine et de thérapeitique.../ [electronic resource]Chapitre 55 sur 121 · L.-H. THOINOT · texte numérisé non relu

L.-H. THOINOT

— CHOLÉRA ASIATIQUE

Ces faits exceptionnels ne peuvent, prévaloir contre la règle générale édifiée par Koch, et vérifiée maintes lois depuis lors. D'ailleurs leur explication paraît simple : pendant l'atome, et dans les instants qui suivent immédiatement la mort, le bacille virgule, comme les autres bacilles intestinaux, peut envahir les organes abdominaux (de là la plus grande fréquence de ses localisations anormales au foie et aux voies biliaires abouchées directement dan* l'intestin) et peut môme se généraliser. Cette loi de l'envahissement agonique et post morlem de l'organisme par les germes intestinaux est bien connue ; M. Wurtz l'a en particulier nettement démontrée pour le colibacille. Et si elle peut se faire dans une maladie, 'c'est bien dans le choléra, puisque la période algide n'est qu'une longue agonie ! M. Lesage a pleinement accepté cette explication poulies cas où lui-même signale la présence du vibrion hors de l'intestin.

Ces études biologiques nous permettent de poser la loi pathogénique générale des phénomènes cholériques : le choléra esl une maladie loxi-microbienne à la façon de la diphtérie, du tétanos, etc. ; localisé dans le seul intestin grêle, le bacille y fabrique un énergique poison qui, déversé dans le sang, agit sur toute l'économie. Les deux systèmes les plus spécialement impressionnés paraissent être le rein et Y axe nerveux central.

C'est à Nicati et Rielsch qu'est due la première démonstration de l'existence de toxines dans les cultures du vibrion cholérique : en 1884, ces auteurs déterminèrent chez des animaux, par injection dans les veines de vieilles cultures filtrées, des phénomènes toxiques (vomissements, diarrhée, paralysies) suivis de mort. L'étude des toxines du vibrion cholérique a suscité depuis de nombreux travaux (Pétri, Hueppe et Scholl, Gruber et Wiener, Gamaléia, Werbroock, Ransom, Pfeiffer, Metchnikoff, Roux et Taurelli-Salimbeni ( t).

Ces trois derniers auteurs, pour obtenir une toxine active, exaltent la virulence d'un vibrion cholérique par passages successifs dans le péritoine de cobayes (inoculations directes et cultures en sacs de collodion alternées).

Avec une culture en sac vieille de trois à quatre jours, ces auteurs ensemencent le milieu peptonéde Metchnikoff (Voy. Diagnostic). Au bout de quelques heures, le liquide est réparti en boîtes de Pétri. Quatre jours après, on filtre. Ainsi est obtenu un liquide alcalin, odorant, tuant le cobaye à la dose d'un tiers de centimètre cube par 100 grammes d'animal après avoir déterminé diarrhée, algidilé, cyanose et congestion viscérale généralisée.

et pectoral) le bacille virgule et d'autres microbes connus comme habitants normaux de l'intestin. Cette association du bacille virgule avec le colibacille, etc., dans les organes des cholériques posl morlem, a été aussi notée par Lesage. (1) Ann. de Vlnst. Pasteur, 1896.

TRAITEMENT

Le lapin, la souris, les pigeons et les poules se montrent beaucoup plus résistants à ce poison que les cobayes.

MM. Metchnikoff, Roux et Taurelli-Salimbcni ont démontré que, contrairement à l'opinion soutenue par Pfeiffer, la toxine cholérique n'était pas adhérente aux corps mômes des vibrions : il s'agit d'une toxine soluble cl diffusible.

Il en est de la toxine cholérique comme de tous les autres poisons solubles sécrétés par les autres microbes : sa nature chimique nous est absolument inconnue.

•2° Réaction. — Ici nous voyons intervenir et des infections localisées — gangrènes, pneumonie, ictère, suppurations — ■ et des phénomènes généraux qui donnent à cette période un cachet bien distinct de l'attaque.

Les infections localisées sont fonction de germes d'infections secondaires pénétrant, à la faveur de l'algidité, par la voie intestinale, la peau, les voies respiratoires, etc. Quant aux phénomènes généraux, qui font la réaction lyphoïdique, s'il est difficile de leur accoler une étiquette pathogénique précise, on peut dire qu'en nous montrant que ces phénomènes interviennent surtout clans les cas où le rein reste imperméable, la clinique nous fait voir là une intoxication par les produils toxiques divers (endogènes ou exogènes) accumulés dans l'économie au cours de l'attaque (1).

TRAITEMENT. — Nous ne disposons encore, vis-à-vis du choléra, que de moyens empiriques : les moyens scientifiques — préventifs et curateurs — que nous promet l'avenir (vaccination et sérothérapie) sont encore à l'état d'ébauche. Nous leur consacrerons cependant, en raison de leur intérêt, quelques notes préliminaires.

Vaccination anticholérique. — A. Vaccination expérimentale. — On vaccine aisément les cobayes contre la périlonile vibrionienne, résultant de Y inoculation de culture vivante, par l'inoculation sous-cutanée ou iutrapcritonéale de cultures vivantes ou stérilisées.

Wassermann et Brieger (2) se servaient de cultures chauffées à 65° pendant deux heures ; les animaux traites par ces cultures supportaient plus tard une double dose de la culture virulente qui tuait infailliblement les animaux témoins.

Klemperer (3) injectait quatre jours de suite dans le péritoine, à la dose de 1 centigramme, des cultures chauiïéesà 40°, 5 ; le cinquième jour, lesanimaux supportaient la dose mortelle. L'injection d'emblée de 2cBr,S de culture chauffée à 70° préservait contre la dose mortelle de vibrions inoculée deux jours plus tard.

(1) Chez un individu qui avait succombé a des phénomènes cérébraux rappelant la méningite, sans lésion macroscopique d'ailleurs des centres nerveux ou de leurs enveloppes, Roger a isolé du fuie et du liquide céphalo-rachidien un microbe pathogène qu'il appela liucillus seplicus pulridus. Il lui rapporte les phénomènes cliniques observés. Ce n'est là, bien entendu, qu'un fait d'attente.

(2) Wassbrmamn et Bribgbh, Deulsch. med. Wochenschr., 1892.

(3) Klej^uheh, llerl. Idin. Wochenschr., 1892.

208 L.-H. THOINO.T. - CHOLÉRA. ASIATIQUE.

Wassermann (I), enfin, retirait de ses cultures en bouillon, concentrées à consistance sirupeuse parla chaleur à 70°-80°, un précipité par l'alcool donl 2 centigrammes et même 1 centigramme dans le péritoine tuait les cobayes, mais donl S milligrammes leur donnaient une maladie de vingt-quatre heures et une immunité allant jusqu'à quatre et huit fois la dose mortelle de vibrions vivants, mais ne dépassant guère cette dose.

Toutes ces tentatives de vaccination, si intéressantes soient-elles, ne sont que d'importance très secondaire, car :

1" La péritonite vibrionienne n'est pas le choléra Ici qu'il se voit chez l'homme qui s'inocule par les voies digestives. La meilleure preuve qu'il ne faut rien augurer des vaccinations de cet ordre, c'est que — contrairement à l'opinion de Gamaléia, Brieger, Kitasatô, Haffkine et Klempercr, etc. - Pfeiffer et Wassermann d'une part (2), Sobernhcim, d'autre part, assurent que Les cobayes, vaccinés contre la péritonite vibrionienne par n'importe quelle méthode, ne sont pas plus résistants que les cobayes intacts à l'épreuve du choléra conféré par voie digestive, suivant la méthode de Koch.

M Zabolotny a vu de son côté que les spermophiles vaccinés par voie souscutanée ou péritonéale succombent au choléra qu'il leur confère sans préparation par la voie buccale.

M. Metchnikoff, enfin, s'est assuré que la vaccination par voie sous-cutanée ne protégeait pas les jeunes lapins contre le choléra intestinal.

2° Les cobayes vaccinés contre le virus vivant intrapéritonéal sont aussi sensibles que les témoinsàla dosemortelle péritonéalede toxine vibrionienne.

3o Enfin, les cobayes supportent aisément la dose mortelle mtraperitonéale de vibrion cholérique quand on les a traités au préalable par des injections péritonéales, soit de microbes divers à doses minimes : Finkler, colibacille, proteus, prodigiosus, Eberth [Klein (3), Sobcrnheim (4fl ; soit de bouillon, sérum artificiel, nuclcine, tuberculine, urine, etc. (IssacII) (5) ; soit enûn d'infusion putride (stérilisée) de viande, de chlorhydrate de muscanne (Sanarelli, 189S).

B Vaccination humaine. - La vaccination humaine contre le choléra asiaLique à l'aide de vibrions de virulence atténuée a ete tentée pour la première fois par M. Ferran en 1885 (6). Cet auteur a essayé d'inoculer des vibrions cholériques dans le tissu cellulaire sous-cutané, pour vacciner l'homme contre le choléra. Celle injection de vibrions vivants sous la peau ne provoque jamais de symptômes cholériques, mais est suivie de réaction générale fièvre, courbature), du reste peu grave et passagère. Au moment de lipome cholériquedelaprovincedeValence,Ferranlnjectaaplusde20000 e -

sonnes des cultures vivantes du vibrion cholérique. Mais les résultats publiés par lui n'ont fourni aucune preuve de la possibilité de con-

(1) Wassermann, Zcilschr. fur Hygiène, 1893.

(2) In., Ibid., 1893.

(3) Klein, Brilish med. Journal, 1893.

(4) Sobernheim, Hyg. Rundschau, 1893.

(r>) Issaeff, Zcilsclir . fur Hygiène, 1892. , (6) Ferra*, L'inoculation préventive contre le .choiera morhus asiatique, de l'espagnol. Paris, 1893.

TRAITEMENT

fércr l'immunité contre le choléra avec ces injections sous-cutanées.

M. Haffkine (1), au lieu de vibrions vivants, injecte des cultures vibrioniennes tuées par la chaleur ou par les antiseptiques. Cette méthode, qui a pu être appliquée par l'auteur dans un nombre considérable de cas, ne semble pas avoir fourni des résultats favorables. « Une expérience faite à l'Institut Pasteur de Paris sur trois personnes prouve que deux d'entre elles, vaccinées par M. Haffkine, ne s'étaient point montrées indemnes contre la diarrhée cholériforme provoquée par l'ingestion de vibrions cholériques. La troisième personne, qui servait de témoin après l'ingestion de la même culture cholérique, sans avoir jamais été vaccinée se comporta de la même façon que les deux premières (2). »

Les tentatives faites en 1892 par Klemperer, en 1893 par Sawtchenko et Zabolotny ne sont pas encore de nature à entraîner la conviction.

MM. Sawtchenko et Zabolotny ingérèrent en un mois l'un 1758 grammes, l'autre 2138, de résidu sec de cultures stérilisées à 60°-70° et additionnées d'un vingtième d'acide phénique; puis, comme expérience d'épreuve, ils ingérèrent, après neutralisation du suc gastrique, un centigramme de culture vibrionienne virulente : ils n'éprouvèrent aucun malaise!

Sérothérapie. — Le choléra, maladie toxi-microbienne comme la diphtérie, le tétanos, paraît être parmi les affections appelées entre toutes à bénéficier de la belle méthode générale de Behring. Jusqu'ici la question esL restée sur le terrain expérimental ; la solution d'ailleurs paraît proche.

Lazarus,ven 1892 (3), montrait quele sérum sanguin des personnes guéries de choléra préservait les cobayes de la péritonite vibrionienne à dose d'un décimilligramme. Klemperer, Wassermann et Pfeiffer, Pfeiffer et Issaeff, Botkin, MeLchnikoff ont confirmé la découverte de Lazarus. Metchnikoff a étudié la propriété immunisante du sang chez vingt-deux cholériques vivants, atteints gravement pour la plupart : elle s'est manifestée vingt fois sur vingt-deux, soit dans 45 p. 100 des cas ; chez dix cholériques morts, il l'a obtenue cinq fois, soit 50 p. 100 ; enfin, sur vingt-quatre cholériques guéris, quatorze fois, soit 58 p. 100. D'après R. Pfeiffer et Issaeff, c'est de la quatrième à la septième semaine à dater du début que la propriété du sérum s'accuse au maximum ; plus lard, elle baisse pour disparaître à la fin du troisième mois. Wassermann l'a retrouvée encore très énergique au cinquième mois.

La propriété immunisante du sérum a d'ailleurs une limite d'activité cl de puissance. D'après R. Pfeiffer et Wassermann, une quantité aussi considérable qu'on le voudra de sérum ne préserve pas contre l'injection péritonéale d'une close de vibrions supérieure à une anse de culture pour 100 grammes du poids de l'animal.

Le sérum des cholériques est, de plus, incapable de proléger les cobayes, à quelque dose que ce soit, contre l'inoculation dans les voies digestives par la méthode de Koch (4).

(1) Haffkine, The Indian, med. Gazette, 1895.

(2) Metchnikoff, L'immunité clans les maladies infectieuses. Paris, mol.

(3) Lazarus, Berlin. Min. Wnchenschr.

[i) La propriété immunisante du sérum ne réside pas dans le sang des seuls Cholériques : l'homme sain la possède aussi, ainsi que Klemperer le premier l'a Traite de médecine, VI. — 14

Page 1