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L. VAILLARD. — DYSENTERIE

long voyage en Abyssinie, II. lUanc (I) csl parvenu à se préserverde Loule maladie en ayant soin de l'aire bouillir et de filtrer son eau de boisson; toutes les personnes de son entourage qui ne prenaient pas la môme précaution furent atteintes de fièvre et de dysenterie.

Il suffit souvent de distribuer de l'eau pure pour faire disparaître la dysenterie d'une localité où elle sévissait. « En Cochincliine, au cheflieu de l'arrondisscmentde Soclrang, l'administration a fait installer un filtre à cent bougies de porcelaine qui fonctionne depuis deux ans et auquel viennent s'approvisionner tous les Européens du poste et beaucoup d'Annamites. Pas un cas dedysenLerie, de diarrhée ou de choléra n'a été signalé dans cette localité, bien qu'elle fût autrefois une des plus insalubres de la Cochincliine (-2). » L'usage des filtres, déjà très répandu dans la colonie, a réduit dans une large proportion le nombre des cas de diarrhée et de dysenterie chez les Européens. 11 en est de même aux Indes néerlandaises.

Dans sa Relation médicale de la guerre du Dahomey, Barthélémy (3) a fourni une nouvelle preuve du rôle étiologique des eaux potables. Pendant la première moitié de la campagne, la dysenterie ne fut pas observée parmi les troupes. A ce moment elles opéraient surles bords del'Ouémé : l'eau très courante et très claire était toujours filtrée par des appareils Chamberland. Mais lorsque la colonne s'éloigna de l'Ouémé pour marcher sur Abomey, elle fut réduiLe pour son alimentation à l'eau vaseuse des mares. Le rapide encrassement des filtres ne permettait pas de distribuer de l'eau pure. Dès ce moment la dysenterie fit son apparition.

Slrong attribue également aux eaux de boisson le développement de la dysenterie bacillaire à Manille et clans les localités voisines. « C'est par cette voie, dit P. Manson (4), que les germes de la dysenterie, quels qu'ils soient, sont introduits dans l'organisme. Les progrès de la santé publique dans de grandes villes comme Madras et Calcutta après l'introduction d'une meilleure eau potable, la diminution delà mortalité dans la flotte anglaise par l'usage réglementaire de l'eau distillée partout où l'eau de boisson paraît douteuse constituent un argument puissant pour faire considérer la dysenteriecomme une maladie d'origine hydrique. »

C'est dire qu'en toutes ces régions le germe de la dysenterie trouve fréquemment son habitat dans les eaux qui séjournent ou circulent à la surface du sol. Comment et pourquoi s'y trouve-t-il? ce sont là des questions auxquelles on n'est pas encore en état de répondre. En nos pays tempérés, le rôle des eaux de consommation a été

(1) A. Laverais-, Traité des mal. et épid. des armées.

(2) Calmette, Arch. de mèd. navale, 1893.

(3) Barthélémy, Arch. de mèd. navale, 1893.

(4) P. Manson, Maladies des pays chauds. Traduction de MM. Guibaud et, llrcngucs.

plusieurs fois invoqué mais non démontré d'uno fa<;on certaine.

Contagion. — Le malade représente la principale source d'infeclion.

Le coulage réside uniquement dans les matières évacuées de l'intestin et s'y trouve en quantité considérable; c'est donc par les selles fraîches ou desséchées que s'effectuent les transmissions directes ou indirectes. A ce point de vue on doit accorder une importance particulière aux formes légères de la maladie, communes dans toutes les épidémieset si faciles à méconnaître ()). lien eslde même des dysentériques considérés comme guéris mais conservant encore une légère diarrhée, laquelle traduit la persistance de l'affection comme le prouvent souvent les rechutes plus ou moins prochaines. Nombreux sont les exemples d'épidémies développées dans des localités jusque-là indemnes après l'arrivée de pareils sujets. D'après 0. Lentz, on aurait même démontré, comme pour le choléra etla fièvre typhoïde, que le bacille dysentérique peut pénétrer et se développer dansl'intestin d'un sujet sain sansaltérèr sa santé apparente; ces porteurs ignorés de bacilles n'en sont que plus dangereux.

La contagion atteint surtout l'entourage immédiat du malade et frappe particulièrement les personnes qui vivent dans des conditions hygiéniques défectueuses. Selon Fouquel (2) qui observe en Bretagne, la souillure des mains est la cause la plus communedela contagion. Les personnes, généralement les femmes, qui donnenlles soins intimes aux malades ne sont guère habituées à la propreté des mains. Sans les essuyer, sans les laver elles continuent de manier le pain, lesaliments, les ustensiles de table; delà des facilités nombreuses pour la transmission de la maladie aux membres de la famille. Ce médecin fait remarquer que l'affection ne se propage pas dans les milieux où les personnes ont le souci de la propreté. « Même, dit-il, pendant les plus terribles épidémies, la dysenterie ne pénètre pas dans les châteaux ni dans les maisons bourgeoises situés en plein territoire envahi, ou bien, si elle y pénètre, elle ne dépasse jamais l'office et la domesticité, ne s'attaque ni aux maîlres ni à leurs enfants. » La cohabitation avec les malades, le fait de partager leur chambre et surtout leur lit constituent, d'après le même auteur, une cause fréquente de la transmission en Bretagne.

Le transport des objets souillés a parfois servi à la propagation de la dysenterie dans les localités rurales : les matières desséchées sur les linges de corps, les vêtements, les couverLures, la paille de couchage, etc., sont apte- à communiquer l'affection, sans doute après

(1) Il parait résulter des travaux récents que certaines diarrhées estivales de l'enfance sont produites par un bacille analogue, sinon identique, a celui de la dysenterie [Weaveu, Tunnideff, IIeinemann, Michafx, Summer diarrheea in infants [Journal of in f. diseuses, 1905. Analyse in Bail, de l'Inst. Pasteur, avril 1905)].

(2) Fouquet, Compte rendu des travaux du Conseil d'hyg. du Morbihan, 1X90.

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