L. VAILLAKD
— DYSliNTERIl'.
réduit à line diarrhée d'apparence banale. Les selles, peu nombreuses (1 à 6 par vingt-quatre heures), contiennent quelques flaires qui passent facilement inaperçues. Les douleurs abdominales ou rectales sont à peine accusées. L'affection dure quelques jours et sa nature reste la plupart du temps ignorée du malade comme du médecin ; ce n'en est pas moins de la dysenlerie et sous la forme qui se prôle le mieux à la propagation du mal parce qu'elle ne sollicite aucune mesure de prophylaxie.
Dans les formes ordinaires, des douleurs d'abord vagues se manifestent dans l'abdomen. Bientôt ces douleurs se précisent en se localisant plus particulièrement dans la fosse iliaque gauche; le rectum devient le siège d'une sensation de plénitude et de pesanteur qui sollicite des efforts de défécation. Après quelques heures ou quelques jours apparaissent les selles mélangées de mucus, peu copieuses, expulsées avec des efforts disproportionnés. Une chaleur vive, une sensation de cuisson ou de déchirure à l'anus accompagnent le passage des matières et persistent quelque temps après. Puis les douleurs abdominales prennent le caractère des tranchées dont les exacerbations devancent les besoins de défécation. Ceux-ci se rapprochent et chacun d'eux est précédé, accompagné, suivi de sensations douloureuses qui constituent les épreintes ou le ténesme. Les déjections perdent l'aspect fécaloïde et deviennent muqueuses ou mucosanglantes. A ce moment la période d'état est constituée. Les tranchées et le ténesme acquièrent toute leur intensité. La fréquence des selles s'accroît avec la confluence des lésions intestinales. Parfois surviennent du hoquet, des vomissements muqueux ou bilieux. Le ventre est ordinairement un peu rétracté, douloureux à la pression. Les urines sont diminuées; elles peuvent être albumineuses et il existe souvent de la dysurie. — Les déjections mucoso-sanglanlcs persistent pendant toute la période d'état; par moments elles font place à des évacuations liquides, séreuses, séro-bilieuses ou bien à des selles séro-sanglanles, pour reprendre ensuite leur caractère muqueux. La peau du pourtour de l'anus est douloureuse et rougie; la procidence du recLum n'est pas rare chez les enfants.
La fièvre peut faire complètement défaut ; quand elle existe, elle est toujours de moyenne intensité ("38°-39°) et de courte durée. Le pouls est habituellement fréquent, petit et quelquefois irrégulier. La langue est saburrale. Mais, sauf le sentiment de faiblesse ou rabattement que cause la douleur à chaque évacuation, le retentissement sur l'état général reste ordinairement modéré. Toutefois la peau est lerne et sèche ; la face esl pâle, abattue, d'aspect grippé ; les orbites s'excavent et il se produit une tendance au refroidissement périphérique. L'amaigrissement est parfois rapide et notable.
L'évolution esl habituellement courte. La période d élal peut durer de trois à dix jours après lesquels l'amendement s'annonce par
FORMES CLINIQUES. «—249
l'atténuation des coliques et du Lénesme. Les selles diminuent de fréquence, deviennent de moins en moins muqueuses, plus stercorales; on observe même un peu de diarrhée véritable, puis les déjections reprennent graduellement l'apparence et la consistance normales. La maladie est terminée. Mais l'appétit reste languissant, la digestion paresseuse ou difficile. Les forces se relèvent lentement; la convalescence est souvent plus longue que la maladie.
Dysenterie grave. — Tantôt la maladie s'annonce avec ce caractère dèssondébut; tantôt c'est au cours d'une dysenterie bénigne que surviennent les accidents qui en changent l'évolution. Primitive ou secondaire, la gravité s'accuse par des symptômes dont la diversité a conduit à décrire des formes multiples : algide, choléroïde, typhoïde, hémorragique. Généralement la gravité de la maladie est en rapport avec la nature des lésions intestinales et relève plus spécialement de la gangrène. Mais elle peut provenir d'ailleurs, car des sujets succombent sans que l'aspect de leurs selles ou l'autopsie aient permis de constater l'existence du spjiacèle; sans doute alors la malignité trouve sa cause dans l'intoxication profonde par la toxine dysentérique, ou les infections secondaires auxquelles les plaies de l'intestin ouvrent aisément la porte.
Forme gangreneuse. — La dysenterie gangreneuse appartient surtout aux contrées tropicales, mais se rencontre aussi, quoique avec moins de fréquence, dans les régions tempérées.
Le plus ordinairement elle s'annonce dès le début comme une maladie grave. Les selles sont incessantes, fortement mélangées de sang, ou franchement hémorragiques; les coliques et le ténesme présentent une grande intensité. La température peut être fébrile. Le faciès est pâle, altéré, grippé; les yeux sont caves. L'état général est mauvais; l'accablement et la prostration des forces dominent. La voix est affaiblie, le pouls lent cl petit; les extrémités présentent de la tendance au refroidissement. Parfois il se. produit du hoquet et des vomissements incessants.
Bientôt, quelquefois très rapidement, les selles prennent le caractère de la gangrène; c'est une sérosité roussàLre, brune ou noire, d'une horrible fétidité, dans laquelle nagent des débris ou des lambeaux d'intestin sphacélé. Les souffrances du début s'atténuent, le lénesme s'apaise et il n'est pas rare de constater une absence complète de douleurs; le malade se croit mieux, mais l'aggravation parallèle de l'état général donne à ce calme trompeur la signification la plus fûcheusc.
La faiblesse est extrême, allant jusqu'à l'anéantissement complet des forces. Le faciès devient hippocratique. Le cœur s'affaiblit; le pouls est fuyant, misérable, à peine perceptible; des lipothymies surviennent à l'occasion des garde-robes. La fièvre qui pouvait exister primitivemenldisparaîl; les parties périphériques se cyanosent,
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