L. YAlLLAftD. — DYSENTERIE
été objecté que l'inoculation introduisait peut-être avec les protozoaires un agent méconnu de l'infection. Kruse cl Pfisquale, Harris, Marehoux, Jurgens cultivent toutes les bactéries existantes dans la matière inoculée et les injectent dans le rectum des chats; les résultats ont toujours été négatifs. On ne trouve pas d'ailleurs le bacille de Shiga dans la dysenterie amibienne et le sang des sujets qui en sont atteints n'agglutine pas les cultures de cette bactérie (Strong et Musgrave, Vaillard et Dopler).
/'. L'abcès du foie survient uniquement chez les sujets qui sont ou ont été affectés de dysenterie. Or VAinœba dysenteries se trouve communément dans le pus de cet abcès (Koch, Kartulis, Osier, Councilmann et Lafleur, Beck, Kruse et Pasquale, P. Manson, Boisson, Strong, etc.). P. Manson l'a rencontrée dans plus de la moitié des cas ; encore l'absence des amibes dans le pus ne prouve-t-elle pas leur absence dans l'abcès, car l'habitat normal du parasite n'est pas la masse purulente elle-même, mais bien le tissu en voie de mortification qui l'entoure. De plus les amibes y peuvent être seules, puisque le pus est très souvent stérile ; il est au moins singulier, selon la remarque de Manson, que l'amibe se rencontre précisément dans ces formes d'hépatite suppurée où les microbes pyogènes font défaut.
L'inoculation de ce pus à amibes dans le rectum des chats donne à ces animaux une dysenterie mortelle et leurs selles renferment en abondance les amibes spécifiques (Kruse et Pasquale, Boisson, Strong et Musgrave, etc.).
Dans les expériences de Marehoux (1) sur la dysenterie amibienne du Sénégal, des chats infectés avec les selles ont présenté simultanément les lésions de la dijsenlerie et des abcès du foie, solitaires ou multiples, riches en amibes. L'injection rectale d'une portion très petite de ces abcès produisait des dysenteries typiques.
En résumé: l'inoculation des amibes contenues dans le pus hépatique de l'homme donne la dysenterie au chat; — l'inoculation des amibes provenant des selles humaines détermine soit la dysenterie seule, soit la dysenterie avec abcès du foie; — le pus de cel abcès du foie expérimental est dysentérigène pourléchât. Le cycle est donc complet et bien démonstratif. Ainsi se trouve nettement établie l'action pathogène deVAmœba dysenleriœel aussi la justesse de cette conception qui relie étiologiquement la dysenterie et l'hépatite suppurée; celle-ci est la conséquence directe de celle-là, car c'est seulement après uneétape préalable dans les parois de l'intestin que le parasite peut pénétrer dans la circulation porte et arriver au foie.
Les derniers travaux parus sur le sujet ont pleinement confirmé les notions qui précèdent en apportant de nouveaux progrès à nos connaissances.
(I) MAncuoux, Société de biologie, 1890
ÉTI0L0G112
Schaudinn (1) différencie nettement l'amibe banale de l'intestin (Entamseba colï] de l'amibe qu'il rencontre chez les dysentériques venant d'Egypte, de Chine, de Siam, et à laquelle il donne le nom A'Enlamsebahistohjlica. Celle-ci est palhogène,spécifique delà dysenterie tropicale; celle-là n'est pathogène ni pour les animaux ni pour l'homme. L'une et l'autre se distinguent par leur morphologie propre, les modes de reproduction et d'enkyslement, les caractères des kystes ou formes de résistance. Schaudinn décrit avec précision ces kystes d'amibes et montre que la condition nécessaire pour communiquer la dysenterie aux chats par voie buccale, à l'aide de YEnlamœba hisloh/tica, est la présence de petits kystes dans la matière ingérée.
Partant des selles de dysenterie tropicale, Lesage (2) cultive sur gélose simple, en symbiose avec un bacille paracoli, une amibe qui présente tous les attributs décrits par Schaudinn à YEntamseba histohjtica cl obtient dans ces conditions la formation des kystes caractéristiques; au moyen de ces cultures injectées dans le rectum il détermine chez les chats une entérite avec selles muco-sanglantes qui dure de huit à quinze jours et se termine par la mort. Lesage établit en outre que ces cultures sont très vivaces ; la résistance de l'amibe mobile est de quatre à cinq mois, celle du kyste de six à huit mois au moins.
A Manille, Musgrave et Clegg (3) cultivent également l'amibe dysentérique sur milieu gélosé, en symbiose avec un bacille inoffensif, observent la formation des kystes et démonlrenf que l'ingestion de cultures contenant des amibes mobiles ou des kystes provoque chez les singes une dysenterie plus ou moins sévère avec selles muco-sanguinolenlesef lésions semblables à celles de la maladie humaine. Ces auteurs ont même fait ingérer à l'homme une culture amibienne ûgée de trois semaines : au douzième jour le patient était pris de diarrhée, et le vingtième jour apparaissaient le lénesme et les selles sanguinolentes.
De ces considérations résulte une notion désormais certaine : il existe une forme de dysenterie, endémique dans les pays chauds, due à l'action de YAmseba dijsenleriœ ou Enlamœba hislolylica de Schaudinn. Cette amibe, qu'elle provienne des selles ou des cultures, est inoculable au chat par voie rectale ou buccale et lui communique une dysenterie mortelle; inoculée expérimentalement à l'homme (ingestion d'une culture), elle provoque la dysenterie (Musgrave et
(1) Schaudinn, Arbêiten nus dem Kaiserlichen Getundheitsamle, 1903. Anolys. in Bull, de l'inst. Pasleur, t. 1, p. 2.!i.
(2) Lesage, Ac&d. des sciences, décembre 1904. — Ânn. de Vlnst. Pasleur janvier 1905.
3 Musurave el Cleoo, Amibes : cullure cl signification éliologique (Bureau of govern. labor.; Biologie lab., octobre 1904. — Analys. in Bull, de VIn.it. Pasleur févr. 1905).
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