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L. VAILLAlUJ. — DVSENTERIË

CONDITIONS ÉTIOLOGIQOES. — CONTAGION. — On ne possède pas encore de donnée précise sur les modes de l'infection dans les circonstances naturelles. Cependant les connaissances acquises sur les kystes d'amibes, leur résistance, la rapidité avec laquelle ils se produisent dans les matières intestinales permettent de concevoir comment l'agent pathogène issu d'un malade peut survivre dans les milieux extérieurs et servir éventuellement à l'entretien et à la propagation de l'affection.

Mais le parasite peut-il se rencontrer en dehors du malade? quels sont ses habitats? où et comment le puisc-L-on ? D'après Musgravc cl Clegg (1), on trouverait fréquemment dans les eaux de Manille, dans le sol, à la surface des végétaux, des fruits et des matières organiques, des amibes qui, d'après les expériences faites sur les singes, seraient douées des mômes propriétés pathogènes que les amibes extraites des selles dysentériques. Pour Musgrave ce serait donc par l'intermédiaire do l'eau, des légumes et des fruits mangés crus que se produirait l'amibiase intestinale, c'est-à-dire l'infection dysentérique. Des mesures préventives basées sur cette notion et l'isolement des malades auraient permis de réduire considérablement la morbidité dysentérique des troupes à Manille. Si les faits avancés par les médecins américains sont confirmés, bien des clartés en résulteront pour l'étiologie et la prophylaxie de cette grave maladie.

Mais, d'ores et déjà, un l'ait doit être mis en lumière : c'est l'aptitude de la maladie à se transmettre par contagion. Celte transmissibilitése trouve démontrée chez l'animal par l'observation de Jurgeus rapportée précédemment. Elle est également vraie pour l'homme et Dopler (2) en a cité des faits très probants : deux soldais d'infanterie coloniale qui n'avaient jamais quitté la France contractent la dysenterie amibienne, à Paris, par la cohabitation avec des camarades de chambrée présentant une rechute de celle même dysenterie dont ils avaient été atteints l'un en Cochinchine, l'autre à Madagascar. Cette conlagiosilé ne semble guère s elre imposée dans les régions d'endémiciié, sans doute parce que les médecins observent en des foyers où la maladie est naturellement très répandue. Quand elle a élé relevée (Kelsch et Kiener en ont mentionné des exemples : épidémies nautiques), le départ ne pouvait encore être fait entre les formes étiologiques de la dysenterie en cause, cl l'on ignore s'il s'agissail alors de dysenterie amibienne ou bien de dysenterie bacillaire que l'on sait facilement transtnissible. ha distinction est aujourd'hui facile, et il est vraisemblable que la notion introduite par Dopler deviendra l'amorce d'observations précises sur un sujet qui mérite de fixer l'attention.

(1) MUSOIIAYE et Gi.eoo, loc. cil. .

(2) DopTun, Transmis 4bililc <lo la dys. amib.onne en rrunce (Soc. m*d. </<■* hôpitaux, octobre 190 i).

ANATOMlli PATHOLOGIQUE.

La contagiosité do la dysenterie amibienne n'apparaît, pas aussi marquée que celle de la l'orme bacillaire; elle n'est pas moins de nature à motiver des mesures de prophylaxie trop souvent omises et bien justifiées par la gravité du mal. On ne saurait douter que les déjections, seul véhicule des amibes pathogènes, soient l'intermédiaire de celle contagion dont les modes restent à établir.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — La dysenterie expérimentale du chat fournil d'utiles renseignements. D'après Jurgens (1), qui en a donné une bonne élude, l'infection parasitaire se fait manifestement parles tubes de Lieberkuhn. Dans les parties de la muqueuse quiparaissentsaines, certaines glandes renferment déjà quelques amibes ; les cellules glandulaires sont en hypersécrétion muqueuse et ne présentent encore aucune altération appréciable. Mais, à mesure que le nombre des parasites augmente, les épithéliums perdent leur colorabililé et se détachent de la paroi. Les tubes gravement atteints sont distendus, déformés par l'accumulation des amibes; les cellules ont disparu, ou bien, à demi nécrosées, elles encombrent la lumière du canal, tandis que les parasites sont appliqués sur la membrane basale. Après un arrêt momentané vers la couche inférieure des glandes, au niveau de la muscularis macosœ, les amibes s'enfoncent par pénétration active dans les tissus sous-jacents. L'invasion des follicules clos se fait par la surface muqueuse ; ils se remplissent alors d'un liquide laiteux extraordinairemenl riche en amibes et bientôt se rompent à la manière d'un abcès, donnant lieu à des ulcères à bords surplombants.

Dans la dysenterie de l'homme, les altérations se localisent aiii,rros intestin ; elles consistent en une inflammation hémorragique avec nécrose de la muqueuse et ulcérations.

Le côlon apparaît le plus souvent réduit de volume. Ses parois épaissies et dures, surtout lorsque l'affection a quelque peu duré, peuvent mesurer 1 centimètre, loni,5. Suivant la période où la mort survient, sa surface interne présente une feinte hyperémique ou hémorragique, grise, ardoisée ou noirâtre, ou bien pâle et anémiée; ces différents aspects peuvent d'ailleurs coexister et se mélanger. Les lésions varient d'aspect d'un point à un autre et marquent l'évolution continue de la maladie : c'est un mélange de nécrose et d'ulcérations nouvellement formées, d'ulcères en voie d'évolution ou

(1) La muqueuse des divers segmente du côlon est tuméfiée, hémorragiée parsemée d'ulcérations arrondies, à bords épaissis et décollés; leur confluence a été telle en certains cas qu'il restait A peine un centimètre de muqueuse indemne. Les follicules clos soutirés saillants et contiennent un liquide laiteux où les mnibes abondent; leur rupture spontanée donne les abcès folliculaires décrits dans la dysenterie humaine. Les ganglions mésenfériques sont hypertrophiés. La nécrose de la muqueuse, discrète ou profuse, peut s étendre profondément jusqu'à la inuseuleuse. Mais, au lieu de procéder graduellement de la surface à la profondeur ' ""une dans la dysenterie bacillaire, elle frappe presque toujours d'emblée foule la hauteur des glandes, de l'orifice au cul-de-sac, et, après effraction de la muscularis muoosse, progresse jusqu'à la musculcuBe proprement dite.

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do réparation, et, si l'affection estdéjà ancienne, de cicatrices ou de brides fibreuses succédant aux perles de substance.

Les ulcères, tantôt clairsemés, tantôt confluents, varient delà dimension d'un pois à celle d'une pièce de 2 francs et plus. Leur aspect est caractéristique : ils sont profonds, irrégulièrement arrondis ou déchiquetés,à bords surplombants, souvent décollés et communiquant par des trajets sinueux avec des clapiers de la sous-muqueuse. Leur base peut reposer sur la celluleuse, la musculeuse et môme le péritoine; de là la fréquence relative des péritonites de voisinage el des perforations intestinales. Les follicules clos, suivant le stade de leur altération, apparaissent tuméfiés, abeédés, sur le point de s'ouvrir ou déjà rompus. Entre les ulcères, la muqueuse semble comme abrasée par la nécrose qui a frappé ses glandes. La sous-muqueuse est infiltrée, œdémateuse, non seulement au voisinage des ulcérations, mais dans presque toute son étendue.

Les amibes abondent dans les lésions. Kartulis, Kruse et Pasquale les décrivent uniquement dans la sous-muqueuse et les couches sousjacenles. Councilmann et Lafleurles trouvent non seulement dans les points ulcérés el à leur voisinage, mais aussi dans la muqueuse elle même, soit à l'intérieur des glandes de Lieberkuhn, soit dans le tissu inlerglandulaire. Celle dernière constatation superposable à celle de Jurgens dans la dysenterie du chat implique que dans l'un el l'autre cas l'envahissement des amibes a lieu par la muqueuse ellemême, par l'orifice des glandes pour progresser de là vers la profondeur.

ÉVOLUTION ET SYMPTOMES. — La dysenterie amibienne appartient surtout aux régions tropicales et prétropicales; c'est la qu'elle règne avec le plus de fréquence, d'une manière endémique, et les cas s'y produisent à toutes les périodes de 1 année. Mais elle existe aussi en dehors des zones les plus chaudes : Asie orientale (côles de Chine), nord de l'Afrique (Egypte, Algérie), Europe méridionale et orientale (Italie du Sud, Grèce, péninsule des Balkans, Russie du Sud), comme l'indique la survenance en ces dernières régions de l'abcès du foie qui lui est si intimement lie D'après Jurgens, on l'observe aussi dans l'Europe septentrionale et centrale (Allemagne), parfois môme sous la forme de cas groupes : en 1887 Hlava aurait rencontré 60 cas d'entérite amibienne, endémique et sporadique. La dysenterie amibienne n'en reste pas moins une forme exceptionnelle dans nos climats.

Les symptômes essentiels qui la traduisent sont ceux de la dysenterie bacillaire, mais elle se caractérise en outre par la tendance aux rechutes et à la chronicité, une marche souvent irréguhère que marquent des périodes d'accalmie et d'exacerbations, enfin pai rn ^UtudeàpLoquerrabcesdn f Elle peut débuter brusquement, évoluer d'une manière aiguë, et se terminer par la guénson

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