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L. VAILLARD. — DYSENTERIE

mais revient bientôt à l'état indolent et lorpide qui constitue son caractère habituel. La muqueuse buccale et linguale est le siège de lésions diverses, hyperémie avec gonflement, érosions, aphtes, fissures qui lui donnent une vive sensibilité et rendent l'alimentation pénible. La langue se dépouille de son épilhélium, devient lisse, rouge et luisante, comme vernissée. Aux troubles gastriques et intestinaux s'ajoutent un affaiblissement graduel, une anémie et une émaciation progressive qui, si la maladie ne s'arrête pas, préparent une cachexie mortelle dont les traits sont identiques à ceux de la cachexie dysentérique. Les lésions esscnliellcs consistent en une atrophie remarquable de tout le tube digestif, de l'intestin grêle en particulier dont l'amincissement est parfois tel qu'il ressemble à une membrane de baudruche. La muqueuse, envahie par la sclérose, n'est plus qu'une mince bande de lissu fibro-cellulaire renfermant quelques vestiges de culs-de-sac glandulaires. Cette atrophie qui tend à transformer l'intestin grêle en une sorte de tube inerte explique la gravité d'une telle affection.

Celle maladie, d'abord décrite par les médecins anglais de l'Inde, et surtout connue en France depuis l'occupation de la Cochinchine, a été, dès l'origine, radicalement séparée delà dysenterie chronique ; elle se différenciait par l'absence des ulcérations inlestinales et la nature essenliellemenl afrophique de ses lésions, fait que confirmaient les recherches histologiques de Kelsch (1). Par la suite, divers •auteurs ont soutenu que dysenterie et diarrhée chroniques n'étaient au fond qu'une seule et même maladie; tels sont Mahé (2), surtout Bertrand et Fontan (3). D'après ces derniers, l'idenlilé est complèle entre les lésions de la diarrhée tropicale et celles de la dysenterie chronique; l'une el l'autre comportent à la fois l'atrophie de l'intestin grêle et les ulcérations du gros inteslin (70 p. 100 des cas). De ce fait et de la similitude des symptômes, ils considèrent les deux affections comme l'expression delà dysenterie, les différences tenant à la localisation initiale et au mode évolutif des lésions. Tanlôt la maladie frappe en premier lieu l'iléon, d'où le début par la diarrhée chronique; puis elle s'étend au gros inteslin en provoquant les poussées dysentériques el les ulcérations. Tanlôt elle intéresse d'abord le gros inlestin pour se propager ensuite à l'iléon; de là les symptômes dysentériques initiaux auxquels succède la diarrhée chronique. Mais arrive une période où le lube digestif est intéressé en totalité, alors lésions et symptômes prennent le même aspect chez les malades de toute catégorie.

Pour Kelsch et Kiener (4), la diarrhée tropicale et la dysenterie

(1) Kelsch, Arch. de physiol., 1813.

(i) Mahe, Dict. encycL, des se. méd., art. Diarrhée.

(3) Bertrand cl Fontan, Arch. de méd. nav.

(4) Kelsch et Kiener, loc. cit.

TRAITEMENT

sont spéciûquement disLincles ; en raison de leur coexislence dans la même contrée des tropiques, elles peuvent s'associer sur le môme sujet, ce qui l'ait croire à leur communauté d'origine.

A défaut de connaissance précise sur la cause réelle de la maladie (1), la question étiologique prêtera a discussion. Mais il convient de marquer que la répartition de la diarrhée chronique se concilie mal avec l'hypothèse de sa nature dysentérique. En quelques régions tropicales les deux maladies régnent de concert : Indes anglaises, Ceylan, Java, Malaisie, Cochinchine, littoral de la Chine. Mais il en est d'autres, et non des moins réputées par l'intensité de leur endémie dysentérique, où la diarrhée chronique fait défaut : Tonkin, Japon, côtes et centre de l'Afrique. En Amérique la diarrhée et la dysenterie figurent côte à côte dans la pathologie des Antilles, mais partout ailleurs la seconde règne seule. L'Algérie ne connaît pas la forme clinique connue sous le nom de diarrhée de Cocihnchine, et dans les climats tempérés où la dysenterie est commune elle ne s'observe jamais. La diarrhée chronique a donc ses foyers spéciaux., restreints à certaines régions de la zone tropicale. En serait-il ainsi si elle n'était qu'une simple modalité de la dysenterie ? Ajoutons que le sang des sujets atteints de diarrhée chronique n'agglutine pas le bacille dysentérique.

TRAITEMENT. — Les connaissances aujourd'hui acquises sur la nature des agents pathogènes en cause dans la dysenterie conduiront sans doute à une thérapeutique spécifique, du moins pour la dysenterie bacillaire. Il est déjà établi que le sérum des chevaux immunisés contre le bacille dysentérique possède des propriétés préventives cerlaines. Appliqué à la curation de la maladie de l'homme, ce sérum a diminué la mortalité d'un tiers entre les mains de Shiga, et de 2 à 3 p. 100 dans les essais de Kruse ; il nous a paru d'une efficacité réelle dans quelques faits personnels. Un avenir prochain ne manquera pas d'établir ce que la prophylaxie et le traitement de la dysenterie peuvent espérer de la sérothérapie (2).

Le traitement traditionnel de la dysenterie, purement empirique jusqu'à ce jour, ulilise à peu près indifféremment les mêmes moyens médicamenteux pour les deux formes de la maladie.

Dysenterie aiguë. — Dans la dysenterie de nos climats, comme dans les formes moyennes des pays chauds, l'administration répétée

(1) Manson considère la spruc comme l'expression de l'épuisement des organes glandulaires qui scrvenl à la digestion, épuisement consécutif à la stimulation exagérée de ces organes sous l'influence de certaines conditions météorologiques. Nous inclinons plus volontiers vers une origine parasitaire dont la nature reste à déterminer.

2 Korbntchbvskï a obtenu <U: bons effets par l'injection du sérum dans le traitement des dysentériques île l'armée russe en Mandchourie [Contribution à l'étude de la dys. en Mandchourie ( Vralch. 1904. Analysé in Bull, de l'inst. Pasteur, février 1005, p. 167}].

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