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R. WURTZ. — MALADIES ABDOMINALES

FORMES. — On a décrit un certain nombre de formes de la diarrhée de Cochinchine, suivant la prédominance ou l'apparition plus ou moins précoce des ulcérations bucco-linguales (Thin).

Forme gastrique et forme intestinale. — Manson a décrit une l'orme gastrique et une forme intestinale. Dans la première la dyspepsie prédomine; dans la seconde, il y a simplement de la diarrhée sans ulcérations buccales. La maladie peut évoluer plus ou moins rapidement. Thin a décrit une forme lenle survenant surtout chez les vieux rapatriés.

Entero-colite muco-membraneuse des pays chauds. - Il est encore une autre forme fréquente, décrite par Manson sous le nom de sprue avec constipation, et par Th.irb.ux sous le nom d'enlérocolile muco-membraneuse des pays chauds. Elle s'observe souvent sur les côtes orientale et occidentale d'Afrique, chez des individus n'ayant jamais eu de dysenterie ni de diarrhée de Cochinchine proprement dite. Celte forme est chronique, de longue durée, et caractérisée par de la constipation, par la présence de fausses membranes dans les selles, et par des ulcérations bucco-linguales. Ce sont ces aphtes qui la distinguent de l'entéro-colite muco-membraneuse des régions tempérées.

Cette entéro-colite peut débuter par du catarrhe gastrique, puis intestinal, accompagnés de fièvre, auxquels succèdent des alternatives de diarrhée et de conslipation. Il y a des débâcles avec rejet de matières muco-membraneuses. Les selles sont dures au début de la défécation, puis puriformes à la fin, formant une sorte de crème grisâtre recouvrant les bols fécaux.

Il y a en même temps des troubles gastriques : dyspepsie flatulente, pyrosis et ballonnement du ventre souvent accompagné dune douleur sous-costale siégeant dans l'hypocondre droit et due à la distension par les gaz du cœcum et du côlon ascendant. Celle douleur passe de droite à gauche. Elle oblige les malades à se tenir couchés en chien de fusil tant que les gaz ne sont pas éva-

cues

Le foie n'est jamais augmenté de volume. Il est au contraire atrophié. Les malades ont un teint plus ou moins terreux ;i s sont amaigris, et, ce qui fait rarement défaut, neurasthéniques Thiroux pense que les psychoses décrites sous le nom de soudamte ou de colonile, psychoses s'accompagnanL de perversion du sens moral el d'un étal agressif spécial, relèvent souvent de l'entéro-cohLe mucomembraneuse des pays chauds.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. - L'autopsie d un individu moi t d< diarrhée de Cochinchine ne révèle, en dehors de l'état d'émacnUon considérable du malade, que des lésions d'atrophie de la plupart des organes du tube digestif el de ses annexes.

Le foie est atrophié, pâle. La rate est normale ou ditmnttée de

DIARRHÉE CHRONIQUE DES l'AYS CHAUDS. «4-27? volume. L'intestin est aminci dans presque toute sa longueur. Les glandes intestinales sont atrophiées.

DIAGNOSTIC. — La diarrhée chronique des pays chauds est fréquemment prise pour de la dysenterie chronique.

Bertrand et Fontan faisaient de ces deux affections une seule et même maladie qu'ils appelaient Yenléro-colile des pays chauds. Dans la dysenterie chronique, les caractères des selles sont diflércnls, et il n'y a pas d'ulcérations buccales. Les ulcérations intestinales qui constituent la lésion spécifique provoquent dans la dysenterie chronique une douleur dans la fosse iliaque gauche, douleur que 1 on peut réveiller par la pression. Il y a, de plus, au cours de la maladie, des crises, des sortes de rechutes où les selles reprennent d une façon plus nette le cachet dysentérique. Le foie est normal, parfois diminué, tandis qu'il est atrophié dans la diarrhée de Cocliincliine (1).

On a parfois confondu la diarrhée de Cochinchine avec la syphilis, les aphtes simulant des plaques muqueuses ulcérées. Il faudra donc, dans les pays chauds, être très prudent au sujet du diagnostic de la syphilis, basé uniquement sur des accidents buccaux.

Les Malais chiqueurs de bétel sont sujets à des ulcérations de la bouche, facilement différenciables des aphtes tropicaux. Chez ces individus la salive et la muqueuse buccale sont colorées en rouge vif-

PRONOSTIC. — Le pronostic de la diarrhée de Cochinchine est variable. Si le malade est traité à temps, et s'il ne fait pas d'écarts de régime, ce pronostic est bénin. Il est mauvais chez les sujets Agés de plus de cinquante ans, surtout quand l'appétit disparaît et que l'urine devient alcaline. Le purpura, le muguet, comme dans toutes les cachexies, annoncent une fin prochaine. Il y a une fièvre légère dans les dernières périodes de la maladie ou au contraire de l'hypothermie.

TRAITEMENT. — Dans la diarrhée de Cochinchine, le traitement diététique est tout; la thérapeutique n'intervient que dans une faible mesure. Le régime lacté et le repos sont la base du traitement. On débutera par 2 litres de lait, tiède, donné toutes les heures ou toutes les deux heures à petites doses; on augmente progressivement par verres, jusqu'à 3 litres ou même davantage.

On ne donnera rien que du lait pendant six semaines, à partir du moment où les selles sont devenues solides. Puis on alimentera progressivement le malade en commençant par des œufs et des purées de légumes.

A la moindre rechute, on reprendra le régime lacté intégral. L'importance d'un traitement rapide, à l'occasion d'une rechute,

(1) Il peut y avoir chez le même sujet coexistence delà dysenterie chronique et de la diarrhée de Cochinchine. C'est la dùirrhiie dysentérique.

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esl capitale. Ç'esllà une notion donlle malade devra ôlre convaincu.

Parfois le régime lacté n'est pas toléré ; on peut donner alors du jus de viande (extrait de 5 ou G livres de viandes saignantes) avec un peu d'eau pour calmer la soif.

La cure de Salisbury consiste à donner trois ou quatre repas de viande rôtie par jour, sans autres aliments, avec environ 2 litres d'eau chaude, prise deux heures avant les repas.

L'eau chloroformée à la dose de 200 grammes par jour a donné de bons résultats. 11 en est de môme des purgatifs salins, ou de petites doses de calomel (0,05 cent.) trois fois par jour.

Pour éviter les rechutes, surtout chez les rapatriés, il faut éviter toutes les causes de refroidissement. Le port de la ceinture de flanelle est impérieusement indiqué.

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