LANCEREAUX
— KILAlilOSE
châtre, laiteux, coagulable, qui contient de l'albumine, de la fibrine et des graisses à l'élat d'extrême division.
L'ascile chyleuse, moins fréquemment parasitaire, est constituée par répanchemenl, dans la cavité périlonéale, d'un liquide semblable à une émulsion d'amandes, et qui a sa source H^$P^Si|^ïsg^- dans les vaisseaux chylifères ou ..fr:>':.,' ^:lVy^ ^ ' lymphatiques (l). Des épanche-
. . v ~, menls pleuraux s'ajoutent par-
~ fois à ceux du péritoine auxquels
(' VjjPr^"*'7 ^ ils ressemblent. Tous ces épan-
^fj chements peuvent renfermer des
i^a^ll^;^ ■ embryons de filaires, et l'on sait
que c'est dans le liquide d'une ,/yJfsT jpL hydrocèle chyleuse, opérée par
v%>? Demarquay, que Davaine les a
^ /i I >v ' trouvés pour la première fois ("2j .
7 Viscères. — Les viscères, à
ÇjS)Y part les testicules et les reins,
\ ^.j ^SSj échappent généralement à la
^' ha'*' filariose. L'hématochylurie, sur-
venant au cours de cette maladie, indique d'une façon suffij^ifi SÎ^|SÊ\ santé l'existence d'une lésion
~%J xSSr^"7, rénale ou urelérique. Le
iê>?T i*M?$> rjr Audain (de Haïli) (3)> daus
^^^B* un Iravail intéressant, décrit une % variété uretérique de la filariose, W avec ou sans filaire, caractérisée •'T [Jff^ par des douleurs subites, vio- Fig. io. - Système lymphatique abdo- lentes et paroxystiques qui, parminal dilaté (musée Dupuytren). tant des reins, irradient dans la
région épigastrique, l'abdomen, les aines, les cuisses, eL déterminent une agitation extrême chez le
(!) L'analyse de ce liquide, pratiquée par W. Marcel, offrait la composition suivante après enlèvement de la fibrine :
Eau.. 94V3
Albumine 17,2fi
Substances analogues à la caséine 2iS!)
Matières grasses 29,93
Chlorure de sodium 0,51
Bile, sucre, acide phosphorique, chaux, substances indtS-
terminées "i-"3
(2) Voy. Gaz. méd., 1863, p. 665.
(3) Léon Audain, Les formes cliniques delà filariose génitale. Haïti, 1894.
ANATOMI1Î PATHOLOGIQUE.
malade, auquel elles arrachent parfois des cris. En même temps, il survient des vomissements, une diminution dans la quantité des urines et une altération notable des traits du visage, de telle sorte que ces accidents ont une grande analogie avec ceux de la colique néphrétique. Le même auteur s'applique à établir, en outre, l'existence d'une variété orchitique dont le tableau clinique diffère peu de celui de l'orchileblennorragiqueavec ou sans manifestations fébriles. Sang. — - Le sang se fait remarquer d'une façon plus spéciale par
Fig. 20. — Embryons de filaires extraits du sang d'un de nos malades el globules
sanguins.
la présence des embryons de filaire (fig. "20). Ceux-ci ont la forme d'un petit serpent; ils s'agitent vivement sans avancer, parmi les corpuscules sanguins placés sous le champ du microscope ; leur corps transparent, cylindrique, est très long (Omm,44) relativement à leur épaisseur (0mm,003) ; leurs extrémités céphaliques sont oblongues ou légèrement effilées et présentent parfois un point brillant qui est, selon toute vraisemblance, l'orifice buccal ; malgré la difficulté de distinguer un rudiment d'oesophage, l'extrémité postérieure ou caudale, de plus en plus mince, se termine en pointe. Les mouvements de ce parasite se ralentissent hors des vaisseaux et disparaissent peu à peu.
368 E. LANCEREAUX. — FILARIOSE.
Nous avons pu les observer pendant vingt-quatre heures dans des préparations auxquelles avait été ajoutée une faible quantité de glycérine. Il y a nécessité à chercher ces vers à l'état frais, car au bout d'un certain temps ils cessent d'être visibles dans i'urine comme dans le liquide ascitique et dans le sang.
Les fdaires rencontrées dans le sang sont ordinairement nombreuses, puisqu'on en trouve jusqu'à 30 et 40 dans une seule goutte. Mackensie les a comptées dans 10 millimètres cubes du sang d'un malade soumis à son observation, et, évaluant la masse du sang à un quinzième du poids du corps, est arrivé à supposer que ce sang pouvait renfermer dans la nuit 36 à 40 millions de fdaires. Il semble bien que le liquide sanguin subisse, en pareil cas, des modifications importantes, et, comme nous n'avons pas trouvé de changements appréciables dans l'état des globules, chez le malade soumis à notre observation, il importerait de chercher de préférence ces modifications dans la composition du sérum.
SYMPT0MAT0L0GIE. — Inoculée à la peau ou dans le tissu cellulaire sous-cutané, la filaire du sang del'homme détermine, avant sa pénétration dans le sang, des désordres variables suivant les régions où elle se trouve déposée. Aux membres elle se manifeste par un épaississement du derme, et donne naissance à des lésions qui rappellent l'érysipèle, l'éléphantiasis, ou bien se traduisent par deslymphangites, et plus souvent par de simples dilatations lymphatiques avec ou sans écoulement de lymphe.
Le siège le plus ordinaire de ces lésions est, avec les membres, le scrotum qui s'épaissit et laisse voir à sa surface les lymphatiques dilatés, formant des traînées parallèles (1).
Les ganglions lymphatiques se prennent en général, un peu plus tard, dans les régions correspondant aux désordres initiaux, notamment dans les aines et les aisselles. Ils se tuméfient d'une façon presque toujours symétrique et forment des saillies irrégulières, se fondant peu à peu en une masse variqueuse qui n'atteint son volume maximum qu'au bout d'une ou plusieurs années.
Recouvertes d'une peau blanche, fine, souple, exemple d'adhérences ces masses ont la consistance du lipome et s'atlaissent sous là plus légère pression, au niveau du point comprimé, par le refoulement du contenu ganglionnaire dans les vaisseaux lymphatiques abdominaux ou thoraciques, comme font certaines tumeurs érecliles veineuses sous-cutanées, dont la réduction n'est jamais complète.
Ce même caractère faitencore ressembler ces lésions ganglionnaires à une hernie épipïoïque réductible; aussi il n'y a pas lieu d'être surpris si on les a confondues, du moins chez nous, avec l'une ou
(1) Voy. la figure 17, ou encore E. Lancîueaux, Traité d anatomie pathologique, t. II, p. 192, Rg. 61, 62, 63, 61.
SYMPTOMATOLOGIE.
l'autre de ces affections. La tuméfaction, d'ailleurs, ne reste pas toujours limitée aux glandes inguinales : elle gagne habituellement les ganglions abdominaux et prévertébraux.
A côté des ganglions inguinau-x viennent les ganglions axillaires. Un de nos malades, atteint de varices lymphatiques de l'avanl-bras, avait, en même temps, une augmentation de volume d'une des glandes axillaires.
La tunique vaginale, le péritoine et même les plèvres sont, dans certains cas, lesiège d'épanchements lactescents, faciles à reconnaître, en dehors des signes ordinaires, à l'aide d'une ponction et de l'examen microscopique.
La rate et le foie, aussi bien que les organes thoraciques et encéphaliques, restent généralement intacts ; mais il n'en est pas toujours ainsi des uretères et des testicules ; ces organes, envahis par les filaires, se tuméfient et deviennent douloureux; aussi la fonction urinaire est-elle fréquemment troublée. Les urines passent tout à coup de l'état de limpidité parfaite à l'état trouble, lactescent, et ressemblent à une émulsion de graisse avec des caillots fibrineux en suspension. Le nombre de cas où elles sont simplement laiteuses est assez rare, attendu qu'il s'ajoute presque toujours au dépôt chyleux une certaine quantité de sang qui, suivant sa plus ou moins grande abondance, donne à l'urine des colorations diverses : café au lait, chocolat, bleu foncé, rosée ou cerise. Ces colorations, toutefois, peuvent varier d'un jour à l'autre ou même aux différentes heures de la journée et jusque dans une même miction ; le liquide urinaire est du reste influencé et toujours plus altéré à la suite de fatigues et pendant l'époque des chaleurs.
Les urines des vingt-quatre heures, en quantité normale, ont une réaction acide, et renferment, dans les cas de chylurie, en même temps que des caillots fibrineux et de l'albumine, de la graisse dans la proportion de 5 à 25 p. 100 et même jusqu'à 46 p. 100 et au delà. Le microscope y découvre des éléments figurés : des hématies plus ou moins modifiées, des cellules lymphatiques en tout comparables à celles de la lymphe et aux globules blancs du sang, des corpuscules graisseux; ce sont ces éléments qui modifient la teinte de l'urine, en lui donnant un aspect rouge et laiteux. Des cristaux d'acide urique y ont encore été signalés; mais il y a lieu de se demander si ces cristaux n'étaient pas dus à la présence du distome hématobie ; on y rencontre enfin des filaires, quand surtout il existe de l'hématurie.
Toutefois, c'est dans le sang que s'observent le plus habituellement les larves de filaires, non pas à tous les instants du jour, comme on serait tenté de le croire, mais seulement le soir. A partir de ce moment, leur chiffre s'élève jusqu'à minuit ; après quoi il descend peu à peu, de telle sorte que, vers le matin, on n'en trouve plus. Un de nos
malades avait à peine quelques filaires dans son sang à partir de Traité de médecine. VI. — 24
370 E. LANCEREAUX. — FILARIOSE.
3 heures du malin en été, c'esl-à-dire à la pointe du jour, tandis que le soir il en présentait un grand nombre, si on prenait soin de diminuer autant que possible l'intensité de la lumière artificielle. Stephen Mackensie prétend qu'il lui a suffi d'intervertir les habitudes d'un malade atteint de filariose, de l'aire de la nuit le jour et inversement, pour changer l'ordre de la migration des parasites. Cependant, ayant enfermé un de mes malades le jour dans un endroit obscur, il m'a été impossible de trouver des filaires dans son sang.
La santé générale, malgré la présence dans le sang d'un grand nombre de filaires, est d'ordinaire conservée, et l'on est surpris de la bonne physionomie des malades qui se plaignent à peine, si ce n'est à la suite d'hématurie ou de lymphorragie. Dans ces dernières conditions, ils deviennent pâles, tristes, abattus, souffrent de palpitations et de troubles digestifs, perdent leurs forces et résistent peu à la fatigue.
La fièvre, souvent intense et paroxystique, du moins au début de 'affection, est chez nous rare et peu intense, si ce n'est lorsqu'il existe de l'hématochylurie ou encore des fluxions érysipélateuses, des phlegmasies de la peau ou des membranes séreuses. La nutrition défectueuse prédispose aux états phlegmasiques, qui sont difficilement supportés, comme en témoignent les tentatives faites par Nélaton, Trélat et d'autres chirurgiens.
ÉVOLUTION. — La filariose évolue, en deux phases successives, en raison des mœurs du parasite générateur.
Une première phase, caractérisée par la tuméfaction érysipélateuse, ou lymphangite du derme et du tissu sous-jacent, a pour siège habituel les régions scrotale ou des membres. C'est, en effet, dans ces régions que le parasite, parvenu à l'état adulte, effectue sa ponte et envoie des embryons et des œufs dans le système lymphatique et les o-anglions de la région correspondante.
La présence de la femelle de la filaire dans les régions scrotale ou inguinale finit donc par infecter de larves une grande partie du système lymphatique et toute la masse sanguine, et celte infection constitue la seconde phase de la maladie.
Le temps qui s'écoule entre le moment d'entrée de la hlaire dans l'organisme et la tuméfaction des ganglions inguinaux n'a pas été déterminé, pas plus que la durée de la période dïncubalion de l'hématochylurie. Un de nos malades a éprouvé sa première atteinte de chylurie dans les mers du Nord, deux ans après avoir quille les Antilles et cette affection, franchement intermittente, se renouvela au bout de plusieurs mois ou même d'une année, presque toujours à la suite d'une fatigue ou d'une tout autre cause.
La filariose est une affection de longue durée, car les malades qui en sont atteints meurent fréquemmenl à un âge avance, b. Lima
SEMIOLOGIE. O- 371
Araujo en a observé qui étaient chyluriques depuis quatorze el vingtdeux ans; une dame créole, morte à quatre-vingts ans, avait des urines chyleuses depuis cinquante ans.
La guérison, qui est la règle ordinaire de la filariose, survient la plupart du temps d'une façon spontanée, à la suite de l'émigration ou même sans émigration, par le fait sans doute de la mort de la filaire qui subit le sort d'un certain nombre de parasites, le cysticerque et la trichine par exemple, lesquels périssent habituellement au bout d'un séjour plus ou moins prolongé dans l'organisme humain. La terminaison fatale est le fait d'une complication phlegmasique, plus encore que de l'infection filarienne; aussi fait-elle suite le plus souvent à une poussée érysipélateuse, à une phlegmasie survenue accidentellement ou par le fait d'une opération chirurgicale, même légère, dans le voisinage des ganglions altérés.
SEMIOLOGIE. — Le diagnostic delà filariose, à peu près impossible autrefois, est devenu facile depuis que l'on connaît la filaire et les mœurs de ce parasite.
L'épaississement éléphantiasique du tissu cellulaire sous-cutané des membres ou du scrotum, la tuméfaction molle des ganglions inguinaux, avec ou sans dilatation lymphatique, l'hématochylurie sont autant de signes qui mettent sur la voie du diagnostic, el la présence de la filaire dans le liquide sanguin vient l'établir définitivement.
Un éléphantiasis des parties génitales et même des membres rend ainsi nécessaire la recherche des filaires dans le sang, à la condition que l'examen en soit fait la nuit.
Il en est de même dans l'hématochylurie endémique qui a pour origine deux parasites différents : la filaire hématique et le distome hémalobie.
Mais si chacun de ces parasites, par sa localisation clans les reins ou la vessie, parvient à produire de l'hématochylurie, un seul donne lieu à la tuméfaction ganglionnaire, à la dilatation des troncs lymphatiques et à des épanchements chyliformes : c'est la filaire. Aussi la coexistence de ces manifestations avec l'hématochylurie est-elle' un argument important en faveur de la filariose, et, dans un cas personnel, elle m'a suffi pour affirmer la présence de la filaire dans le sang avant la constatation du parasite.
L'examen microscopique du sang évitera de confondre les tumeurs parasita.res des ganglions lymphatiques avec les hernies, les lipomes et les tumeurs érectiles veineuses des aines, erreur plusieurs fois commise par de grands chirurgiens, pour l'avoir négligé. Cet examen est d ailleurs le seul moyen de diagnostiquer sûrement la chylurie de 1 hématurie endémique et de savoir si celle-ci est l'effet de la filaire ou du distome hémalobie. De même, l'examen histologique du liquide de 1 hydrocèle, «les épanchements chyleux du péritoine el des plèvres
;)72 E. LANCEREAUX. — FILARIOSE.
doil toujours être l'ail puisque la découverte de la Pilaire met hors de doute leur origine.
Le même procédé conduira à reconnaître les parasites des urines et à en déterminer l'espèce.
Le pronostic de la filariose est moins grave qu'on ne serait tenté de le croire en présence de- la quantité souvent considérable des filaires rencontrées dans le sang ; c'est que ces parasites modifient peu le liquide sanguin et n'altèrent pas les principaux organes, ceux dont le fonctionnement régulier est essentiel à l'existence. L'état embryonnaire des filaires et l'impossibilité où sont ces parasites de se développer entièrement dans l'organisme humain les rendent relativement peu dangereux; aussi les voit-on quelquefois périr, ou disparaître par élimination au bout d'un certain nombre d'années.
L'importance et la gravité du mal sont donc uniquement dans le nombre de filaires adultes que renferment les organes lymphatiques et dans la prédisposition de ces organes aux lésions inflammatoires. En déversant d'une façon incessante leurs embryons dans îe sang, les filaires adultes entretiennent la maladie filarienne, et partant c'est vers elles que le thérapeutiste doit surtout diriger son action.
La mort est assez rarement l'effet direct de la filariose, et, quand elle survient, c'est, le plus souvent, à la suite de lésions inflammatoires des ganglions, des vaisseaux lymphatiques ou du tissu cellulaire sous-cutané.
TRAITEMENT. — Le traitement de la filariose a été jusqu'ici des plus incertain, en raison, sans doute, de l'ignorance où nous étions de la nature même de celte affection. La connaissance que nous en avons aujourd'hui nous permet d'agir plus sûrement, puisque nous savons où se développe tout d'abord le parasite générateur. Or, comme les embryons ne parviennent pas à accomplir, chez l'homme, leur cycle évolutif, le problème thérapeutique à résoudre n'est pas tant de les combattre, si nombreux qu'ils soient, que de faire périr leurs générateurs. Ces derniers ayant leur habitat dans les vaisseaux lymphatiques, en amont des ganglions, des membres ou du scrotum, c'est vers ces régions qu'il importe de diriger les moyens thérapeutiques. . . .
L'idée de pratiquer dans les ganglions lymphatiques des injections de teinture d'iode ou de toute autre substance parasiticide pour arriver à détruire la filaire femelle, indépendamment du danger d'un phlegmon ou d'une infection purulente, ne répond pas à une indication véritable, puisqu'elle n'atteindrait pas le parasite.
L'extirpation des filaires adultes par une opération, comme 1 ont fait Lewis et Manson pour le scrotum éléphantiasique, est le moyen le plus rationnel, surtout depuis le perfectionnement des procédés opératoires, et, partant, il est de la plus grande importance de chercher à déterminer le siège de ce parasite, puisque, suivant un rapport
TRAITEMENT. 6—373
du D1' Audain, le traitement chirurgical est seul utile pour combatlre la filariose génitale.
D'ailleurs, aucun des agenls empiriques employés contre les manifestations pathologiques de cette affection, hématochylurie, épanchements chyliformes, dilatation lymphatique, etc., ne possède d'efficacité certaine, et la plupart des médications vantées tour à tour et mises en usage n'ont pas eu plus de succès réels.
Il est essentiel, toutefois, de ne pas négliger le traitement qui s'adresse à l'état général du malade, comme le changement de milieu, l'hydrothérapie, une bonne hygiène et une alimentation convenable, qui auront au moins pour effets de combattre la pâleur et l'anémie.
BILHARZIOSE
PAU