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ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE

doit passer par un hôte intermédiaire encore inconnu tous les essais d'infestation des petits animaux aquatiques ayant échoue jusqu ici. Nous verrons plus loin que c'est l'eau qui ramène le parasite clans le corps de l'Homme, mais nous ignorons encore les intermédiaires entre le nuiracidium et la forme sexuée.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGENIE. - Ce qui semb e du moins à peu près certain, c'est que le parasite, ingéré sans doute avec l'eau à l'état larvaire, pénètre dans l'organisme par 1 intestin. Un a supposé que la larve pénètre directement dans les veines intestinales d'où par les hémorroïdales supérieures, elle pourrait gagner les plexus veineux du petit bassin. Mais il est permis également de supposer que l'infestation se fait, comme pour toutes les Douves, par l'intermédiaire du canal cholédoque et du canal hépatique. Parvenu dans le foie, le parasite arrive rapidement à l'état adulte et, des canaux biliaires, passe dans les branches de la veine porte du sang desquelles il se nourrit. Arrivées dans le tronc principal de la veine porte, les Bilharzies s'accouplent et, comme elles sont devenues hématozoaires et que les œufs ne peuvent plus être entraînés directement au dehors, elles se mettent à la recherche d'un organe ou les œufs après la ponte, auront le plus de chance de sortir rapidement au dehors. Le maie, tenant sa femelle étroitement embrassée, remonte alors le courant sanguin, et, laissant de côté la veine splénique, s'engage, par une sorte d'attraction adaptative, dans la petite mésaraïque, d'où, par de nombreuses anastomoses et en particulier par les veines hémorroïdales supérieures, il peut gagner les plexus veineux du petit bassin.

Grâce à ses ventouses, il peut remonter assez facilement le courant sanguin, mais, dès qu'il arrive dans les veines de petit calibre qu'il obstrue de plus en plus, il se trouverait entraîné par la pression du sang qui s'accumule en avant, si les nombreux piquants à pointe dirigée en arrière dont sont armées les papilles de son tégument ne s'enfonçaient dans la paroi veineuse et ne le maintenaient en place. C'est ce qui nous explique du reste l'irritation des petites veines et Yendophlébite oblitérante qui en est la conséquence (1). Le mâle remonte ainsi le plus loin possible et, dès que le calibre des vaisseaux est devenu trop petit pour lui livrer passage, la femelle quitte le canal gynécophore et, étant beaucoup plus grêle, pénètre beaucoup plus avant jusque dans les veines de la sous-muqueuse. Dès qu'elle a pondu, la femelle se retire et la paroi rétractile du capillaire enserre les œufs dont la pointe déchire la paroi.

Une fois dans les tissus, les œufs se comportent comme des corps étrangers durs et piquants et cheminent sans doute grâce aux mouvements et contractions qui se produisent dans l'organe. Ils irritent

(\) M. J.etum.e, Bilharziose intestinale [Arch. de parasilologie, IX, p. 329 à 139, pl. 1 et II, 1905).

J. GUIART. — BILHAHZIOSE.

au passage les lissus, produisent une hyperplasie conjonctive, gagnent la muqueuse où ils viennent s'accumuler, jusqu'à ce que finalement ils tombent dans la lumière de l'organe. La muqueuse, elle

Fig. 24. — Bilharziose intestinale : lésions du rectum, d'après Leiulle.

aussi, s'hypertrophie et devient trois ou quatre fois plus épaisse qu'à l'état normal ; l'hyperplasie frappe à la fois le tissu conjonctivo-vasculaire et les glandes quand il en existe. Dans ce dernier cas il existe de véritables adénomes. Ceux-ci s'observent surtout au niveau du rectum (fig 24) et se présentent sous l'aspect de saillies verru-

SYMPTOMATOLOGIE.

queuses rouge vif, ne dépassant guère la grosseur d'un pois et parfois pédiculées. Ce sont là des tumeurs bénignes, non infectantes, n'ayant rien à voir, comme on l'a prétendu (1), avec le cancer. Toutefois, comme tous les adénomes, il est bien évident qu'ils peuvent ultérieurement dégénérer en carcinomes. Lorsque ces adénomes se développent à la partie inférieure du rectum, on peut facilement les confondre avec des hémorroïdes.

Les organes les plus fréquemment atteints sont la vessie, le rectum, les vésicules séminales, les uretères, le vagin. A l'autopsie on constate que la paroi de ces organes est hypertrophiée, dure, fibreuse, blanchâtre ; elle crie sous le scalpel; en plus des adénomes, on peut observer de petites ulcérations produites par la sortie en masse des œufs.

Pour rechercher le parasite adulte sur le cadavre, on ouvre longitudinalement la veine porte, et avec une cuiller on recueille le sang qui est versé dans une cuvette de porcelaine, sur le fond blanc de laquelle on distinguera très facilement les parasites. Il est probable que ceux-ci, chassés par le refroidissement cadavérique, gagnent les gros troncs veineux et viennent ainsi s'accumuler dans la veine porte, refaisant ainsi en sens inverse la migration provoquée par les nécessités de la ponte.

SYMPTOMATOLOGIE. — Bien que vivant dans le sang et se nourrissant de sang, la Bilharzie serait par elle-même un parasite absolument inoffensif. La cause de la bilharziose, la terrible maladie dont nous allons maintenant étudier les symptômes, réside simplement dans l'expulsion des œufs du parasite.

Suivant le point du système veineux où vont pondre les parasites, la maladie peut se présenter sous deux aspects bien distincts : ou bien elle attaque l'appareil génito-urinaire et dans ce cas l'hématurie est un des premiers symptômes {hématurie d'Egypte); ou bien elle se manifeste du côté du gros intestin et l'attention du malade est éveillée par la fréquence ou la persistance du sang dans les selles {pseudo-dysenterie bilharzienne).

1° Hématurie. — Après une période d'incubation variable de un à quatre mois, on observe des phénomènes de cystite. Le. malade émet à la fin de la miction un peu de sang mêlé à des flocons muco-purulents. La quantité de sang peut être plus ou moins

(!) Sonsino, La Bilharzia hsemalohia. (Arch. générales de médecine, p. 652, 1876). — Zancarol, Des altérations occasionnées par le Bisloma hxma.lobiu.rn dans les voies urinaires et le gros intestin (Soc. méd. des hop. de Paris, 1882). — Bblleli, Du rôle des parasites dans le développement de certaines tumeurs : fibro-adénome du rectum produit par les œufs de Distomum hxmalohium (Progrès médical, II, p. 54, 1885). — Harrison, Spécimens of Bilharzia afl'ecting the urinary orj;ans (Lancel, 1889). — Ai.bahhan etL. Bernard, Tumeur épithéliale duea Bilharzia (Arch. de médecine expérimentale, nov. 1807). — Kartums, Un cas d'épithélioma du pied et de la jambe contenant des œufs de Bilharzia (Yirchow's Arc.liiv, CL1I. p. 474, 1898).

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considérable; parfois moine des cailloLs sonl expulsés. L'examen microscopique de celle urine permet de l'aire facilement le diagnostic, comme nous le verrons plus loin.

En même temps on observe des douleurs intermittentes, des sortes de névralgies erratiques se manifestant du colé de la fosse iliaque, des organes génitaux ou de la cuisse. Souvent la miction devient elle-même douloureuse, surtout vers la fin. >H Une complication fréquente de la bilharziose vésicale esl la lilhiase, qui peut frapper jusqu'à 80 p. 100 des individus hémaluriques. Celte complication s'explique très facilement par la présence des œufs comme point de départ du calcul. On peut du reste retrouver des œufs en examinant au microscope des fragments du calcul traités par la glycérine acidifiée.

On peut observer également des fistules urinaires, périnéales ou scro taies.

Chez les hémaluriques on observe généralement aussi une expulsion des œufs par la prostate el les vésicules séminales. Le sperme renferme alors des œufs et l'on peut observer de temps à autre des éjaculalions sanglantes.

Enfin, chez la femme, Chevreau et De Chazal (1) ont observé de la vaginite et un écoulement sanguinolent et félide; le toucher digital douloureux permet' de constater l'existence d'adénomes, pédiculés ou non, pouvant atteindre le volume d'une noisette.

On notera que dans la bilharziose urinaire il peut se produire une infection ascendante pouvant provoquer des accidents d'hydronéphrose et de pyélonéphrite d'une extrême gravité et pouvant amener la mort.

L'examen du sang a permis de constater une éosiuophilie de 12 p. 100.

2° Pseudo-dysenterie. — Quand les œufs sont expulsés au niveau de la muqueuse rectale, on voit survenir des symptômes dysentériques caractérisés par des selles nombreuses accompagnées de ténesme et renfermant du mucus mêlé de sang. Le toucher rectal permet de percevoir l'existence de petits adénomes que l'on pourra- confondre aisément avec des hémorroïdes. Toutefois il suffira, pour établir le diagnostic, de faire un examen microscopique de matières fécales, qui décèlera la présence des œufs.

PRONOSTIC. — La bilharziose est une affection essentiellement chronique, pouvant persister dix ans, quinze ans et davantage chez des individus venus habiter l'Europe et soustraits par conséquent à toutes les causes d'infection.

Dans les pays où la maladie est abondante, comme l'Egypte, la mort peut survenir au bout de quelques années en cas d'infection

(I ) Chevreau cl un Chazal, Étude sur la Bilharzia hsematobia ;i L'île de Maurice [JUill. de lu Soc. méd. de Vile ds Maurice, 4 juin 1800).

DIAGNOSTIC

ascendante de l'appareil génito-urinaire. Mais dans les cas ordinaires le malade peul vivre parfaitement durant de longues années, môme en dépit de vives souffrances. Quoi qu'il en soit, le pronostic n'en reste pas moins sérieux.

DIAGNOSTIC. — Se fait très facilement par la constatation des œufs dans les déjections du malade.

Chez les hématuriques, l'urine recueillie dans un verre à expérience est brune; par le repos, elle se sépare en deux couches : l'une supérieure qui est claire; l'autre inférieure, trouble, renfermant

Fig. 25. — Œufs de Bilharzia observos dans un caillot urinaire, d'après Lortet.

des caillots et des flocons muco-purulents. Si on recueille ces caillots par filtration et qu'on les examine sous le microscope, entre lame et lamelle, on constate qu'ils sont formés de masses fibrineuses emprisonnant des globules sanguins et un très grand nombre d'œufsde Bilharzie, généralement pourvus d'unéperon polaire(fig. 25). Leur couleur blanche tranchant très vivement sur la couleur rosée ■des caillots permet de les distinguer très facilement.

Dans les cas de dysenterie bilharzienne, l'examen microscopique des matières fécales permettra de déceler facilement l'existence de véritables paquets d'œul's. On a constaté, sans d'ailleurs pouvoir l'expliquer, que les œufs rencontrés dans les selles sont fréquemment pourvus d'un éperon latéral (fig. 22, B), alors que c'est l'exception pour les œufs observés dans l'urine.

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