‹ Nouveau traité de médecine et de thérapeutiqueChapitre 10 sur 52 · BIÈRES, CIDRES ET ALTRES BOISSONS FERMENTÉES · texte numérisé non relu

BIÈRES, CIDRES ET ALTRES BOISSONS FERMENTÉES

que l’abus de la bière provoque un embonpoint particulier, qui se rapproche quelque peu de celui de certains buveurs d'alcool. Cet embonpoint a pour caractères de se limiter plus spécialement à l’abdomen, de se manifester par des masses adipeuses qui envahissent surtout le mésentère, l’épiploon et les parois de l’abdomen dont la proéminence n'a pas échappé à l’attention populaire qui voit dans ce gonflement de la mauvaise graisse, non plus qu’à l’école de Salerne qui dit de la bière :

Provocat urinam , ventrum quoque mollit et inflat.

Certaines bières, prises en excès, et notamment celles qui sont fortement alcoolisées, parviennent encore à produire la stéatose de plusieurs organes, du foie en particulier.

Enfin des désordres plus sérieux ont été attribués à la bière, avant tout, d'après quelques médecins étrangers, la cirrhose hépatique. Cette affection, manifestement due aux excès de vin, se rencontre, en effet, dans des pays (l'Angleterre, l’Allemagne, la Russie) où l’usage du vin est peu répandu, du moins dans les classes inférieures de la société, tandis que celui de la bière y est très commun.

Ce fait me préoccupait, lorsque j’arrivais à reconnaître que la cirrhose du foie, chez le buveur de vin, était avant tout l'effet du plâtrage ou du soufrage destinés à la conservation de cette boisson. Sachant, aujourd’hui, qu'un assez grand nombre de bières, à Paris (1) et à l’étranger, sont soufrées ou bisulfitées (2), je m’explique facilement la genèse possible de la cirrhose par les excès de bière. Ce qui prouve, d’ailleurs, que les sulfates ou les bisulfates de potasse, dans la bière comme dans le vin, sont bien la cause de la cirrhose du foie, ce sont les caractères anatomiques de cette affection dans les contrées où l'on consomme la bière avec excès et dans celles où l’on fait abus du vin.

Un voyage à Londres m'a permis de m’assurer de l’identité de ces caractères par la comparaison des cirrhoses exposées dans les remarquables musées anatomo-pathologiques de cette capitale avec celles que j observais chaque jour dans les hôpitaux de Paris. Ainsi, pas de doute à cet égard : la bière peut engendrer la cirrhose, et cette cirrhose ne diffère pas de celle du vin (Voy. p. 212), ce qu'il est facile de comprendre, puisque, dans les deux cas, elle est le fait du plâtrage ou du soufrage employés pour la conservation de ces boissons.

La conclusion à tirer de ces faits est que le moyen de se préserver de ces accidents est d'éviter les excès et d’interdire l'addition, aux

(J) Voy. La Statistique de la Ville de Paris, art. Travaux du laboratoire municipal.

(2) A. Mascuvriez de Valenciennes , Sur une fabrication de la bière au moyen d’une colle renfermant du bisulfite de chaux (Bull, de l'Acad. de méd., série 3, t. XXXV, p. 742. Paris, 1896).

boissons fermentées, de substances nuisibles ayant pour but leur conservation. Le traitement ne diffère pas de celui de l'œnolisme.

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