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INTOXICATION PAR LES BOISSONS SPIRITUEUSES

auprès d’une femme d’assez mauvaise apparence de santé et atteinte d’une pleurésie aiguë, je constatai, indépendamment de cette maladie, tous les signes d’une intoxication alcoolique, à savoir : cauchemars, insomnie, réveils en sursaut et en sueurs, analgésie des extrémités, pituites, etc., et, en raison de cet état, je crus devoir insister sur la gravité du pronostic. Toutefois, étant alors jeune médecin, j’interrogeai mes confrères, tout d’abord, et ensuite le mari, sur les habitudes de la malade, et tous m’affirmèrent que je me trompais. Je ne persistais pas moins dans mon diagnostic, assis sur des signes certains, lorsque l’un de mes confrères raconta que la malade occupait à Paris un magasin de couleurs, dans lequel se trouvaient des alcools de toute sorte, et qu elle passait non seulement tout le jour, mais encore la nuit, dans ce milieu, attendu que la pièce dans laquelle elle couchait n’était séparée du magasin que par une cloison incomplète.

Plusieurs cas analogues, dont quelques-uns avec paralysie périphérique des extrémités, observés chez des marchands de couleurs ou des fabricants de parfums, m’ont porté à croire que l’intoxication contractée de cette façon peut être aussi sérieuse ou même plus grave que celle d’un simple buveur.

Signalons, pour être complet et à titre d’exception, l’absorption de l’alcool par la peau, à la suite d'un pansement de plaie par compresses imbibées d'alcool.

Les causes prédisposantes de l’éthylisme ont leur source dans la législation propre aux alcools, dans certaines circonstances individuelles et enfin dans l’hérédité.

La législation, à cet égard, varie avec les différentes nations, mais il est facile de reconnaître que les pays de parlementarisme, ceux surtout qui ont adopté le suffrage universel, sont les plus mal partagés. — La chose se comprend : le législateur soumis à la réélection craint de mécontenter ses électeurs, et, comme les réunions électorales ont le plus souvent lieu au cabaret, il tient à ne pas mécontenter le cabaretier.

Bien plus, il cherche à lui être agréable, et delà est née en France la loi néfaste de 1880, qui a accordé pleine et entière liberté aux débits de boissons, de telle sorte que, aujourd’hui, la plupart des individus avant boutique sur rue se sont mis à débiter du vin, des eaux-de-vie et des apéritifs. Aussi, depuis la proclamation de cette loi, la consommation des alcools a considérablement progressé dans notre malheureux pays.

Une autre cause delà fréquence de l’alcoolisme chez nous, c’est ce que l'on nomme le privilège des bouilleurs de cru , c’est-à-dire la liberté à tout un chacun de faire fermenter et de distiller les produits de sa récolte.

Cette liberté, en apparence très naturelle, n’est pas moins des

plus pernicieuse, en ce sens qu’elle favorise à un haut degré les excès alcooliques, sans parler de la fraude du fisc. C’est à elle, en grande partie, que nous devons la dépopulation de l'une de nos plus belles provinces, la Normandie ; aussi serait-il nécessaire d’abolir entièrement ce privilège; mais la difficulté, comme pour la limitation des débits, réside toujours dans la politique.

Les circonstances individuelles qui favorisent le développement de l’alcoolisme sont l’àge, le sexe, la profession, les préjugés, etc.

Les enfants et les femmes sont particulièrement sensibles à l’action de l’alcool; nous en avons la preuve dans de nombreux exemples d’enfants soumis à notre observation, et dont l’accroissement, en dehors de tout autre accident, se trouvait généralement arrêté.

La puberté, la grossesse, la ménopause prédisposent, quelquefois du moins, à abuserdes boissons spiritueuses; ces boissons, en outre, sont inégalement supportées non seulement par les différents individus, mais encore par la même personne selon les diverses phases de son existence.

Certaines professions, et particulièrement celles qui exposent à la chaleur et aussi celles qui exigent des efforts prolongés, disposent plus que d’autres à faire usage de boissons spiritueuses, en raison du préjugé absurde qui consiste à croire que ces boissons donnent de la force, tandis qu’il est démontré que l’alcool, pris en excès, diminue plutôt qu’il n’augmente la puissance musculaire. Dès la plus haute antiquité, les athlètes nous en ont donné la preuve; aujourd’hui même les cyclistes, et toutes les personnes qui tiennent à faire une réserve de forces, ont soin de demeurer sobres.

L’hérédité, élément des plus fâcheux à cause de sa fatalité, est le besoin qu'apportent en naissant un trop grand nombre de descendants de buveurs de se livrer à des excès d’alcool. Parvenus à l’Age de l’adolescence, ces malheureux sont amenés instinctivement à s’adonner à la boisson, et se laissent aller peu à peu au vice de l’ivrognerie (1).

L’Age dans lequel se fait sentir ce besoin est variable; mais, en général, il se révèle à l’époque des grands mouvements physiologiques, au moment de la puberté, ou encore plus tard à l’occasion d’une maladie, chez la femme au cours d’une grossesse, à l’époque de la ménopause .

Ainsi certains jeunes gens n’attendent pas la sortie du lycée pour faire usage de liqueurs fermentées ou distillées et manifestent, dès ce moment, pour ces boissons, une appétence spéciale qui ne peut être l’effet de l’exemple, puisqu’ils sont séparés de leurs parents. C’est donc à tort que l’on attribue uniquement à l'exemple les tendances alcooliques des enfants nés de parents buveurs, car la moindre observa-

(1) E. Lancereaux, De l’alcoolisme et de ses conséquences. Paris, 1878, p. 28,

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