TRAITÉ DE MÉDECINE. XI
rante-cinqà cinquante ans, se trouvent dans l’impossibilité de travailler pour subvenir à leurs besoins d’existence, par suite des profondes modifications imprimées à leur système musculaire et à tous leurs tissus, modifications semblables, ainsi que nous l'avons démontré histologiquement, à celles que détermine la vieillesse (1).
L’alcool, qui exerce, en réalité, une action manifeste sur les infiniment petits, modifie également toute cellule vivante, animale ou végétale, par la propriété qu’il possède d’enlever au protoplasme de ces éléments, quelle que soit leur nature, une partie de l’eau nécessaire à leur fonctionnement.
Cette perte n’étant pas compensée par les oxydations que peut subir cet agent dans l’organisme et leur action sur la chaleur animale, il en résulte un abaissement de la température centrale, la diminution de l’exhalation carbonique et le ralentissement de la nutrition. Ainsi s’expliquent, vraisemblablement, la soif qui suit l’ingestion de l’alcool, la surcharge adipeuse des organes des buveurs et la dégénérescence prématurée des tissus qui en fait des vieillards avant l’âge.
Considérant l’éthylique comme un homme en cours d’expérience, il nous a paru depuis longtemps que l’observation clinique était le meilleur moyen d’arriver à la connaissance exacte des phénomènes de l’alcoolisme, cela contrairement à un grand nombre d’auteurs qui, à tort selon nous, n’accordent de confiance qu’aux recherches faites sur l’animal ; c’est pourquoi nous insistons fort peu sur ce genre de recherches.
Or, la clinique nous ayant appris que l’éthylisme, dans nos climats, est un fléau non moins redoutable que le choléra dans l’Inde, le paludisme dans les pays marécageux, etc., et qu’il porte les plus graves atteintes, non seulement à l’individu, mais encore à la famille et à la société, il nous paraît utile d’en faire une étude détaillée, et, comme ses effets varient suivant la dose d’alcool ingérée, les habitudes contractées ou transmises, nous croyons devoir étudier séparément les deux formes principales de cette intoxication, à savoir :
1° L’éthylisme aigu ;
2° L’éthylisme chronique ;
nous réservant de parler, plus loin, de l’absinthisme et de l’alcoolisme héréditaire.