INTOXICATION PAR LES PARFUMS
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Les parfums, en somme, produisent des accidents aigus et des accidents chroniques. Les accidents aigus consistent en des éblouissements, des tintouins, des vertiges ; ils vont rarement jusqu’à l’ivresse, ce qui pourtant n’est pas impossible. Les accidents chroniques se traduisent par des troubles de la sensibilité, de la motilité et de la mentalité.
Les troubles de la sensibilité objective s’accusent par de l’hyperalgésie à laquelle fait suite, dans quelques cas, de l’anesthésie plantaire; ceux de la sensibilité subjective consistent en des sensations de picotement et de fourmillement et en des points douloureux fréquents aux émergences des nerfs. Ces phénomènes ont leur localisation plus spéciale aux extrémités des membres, et de préférence aux membres inférieurs, d’où ils tendent à gagner peu à peu le tronc.
Les troubles moteurs se manifestent sous la forme de paralysies symétriques qui ont même siège et même évolution que celles de l’intoxication absinthique et sont toujours précédées ou du moins accompagnées de vives souffrances.
Les troubles psychiques se manifestent par des rêves, des cauchemars, de l’insomnie, et même par des hallucinations diverses. Les malades ont, comme les absinthiques, une grande impressionnabilité qui les porte à rire et à pleurer facilement ; ils ont des rougeurs et des sueurs fréquentes. Leur vue est souvent troublée ou affaiblie ; ils voient des mouches, des scintillements, des points lumineux.
Les fonctions digestives sont habituellement troublées: l’appétit est faible, les digestions sont difficiles et l’amaigrissement est commun. La respiration et la circulation demeurent normales. Tel est le tableau abrégé de l’action prolongée des parfums sur l’organisme ; pour le compléter, il suffira de se reporter à ce que nous avons dit de l’absinthisme.
L’évolution de l’intoxication par les parfums diffère, d’ailleurs, assez peu de celle de l’intoxication par les boissons à essences ; elle est subordonnée à l’abondance des vapeurs et au temps pendant lequel on y est soumis.
Les cas légers ne tardent pas à s’améliorer lorsque les malades changent de milieu ; les cas les plus sérieux nécessitent, non seulement le même changement, mais encore des soins spéciaux.
Le diagnostic repose sur la connaissance de la profession exercée par le malade et aussi sur l’absence habituelle de pituite matinale. Le pronostic est rarement sérieux.
Le traitement est celui de l’absinthisme, à savoir : l’hydrate de chloral à haute dose de façon à donner au malade un sommeil calme et réparateur et à modérer sa sensibilité, des amers dans le but de réveiller les fonctions digestives, une alimentation appropriée, une hydrothérapie bien faite et, dans les cas sérieux, le changement de profession.
V. — RESUME COMPARATIF DES EFFETS PRODUITS PAR LES POISSONS SPIRITUEUSES
LEURS CONSÉQUENCES FACHEUSES ; LUTTE NÉCESSAIRE CONTRE L’ALCOOLISME. — Les boissons fermentées et distillées, malgré un élément commun, l’alcool, ne déterminent pas moins dans l’organisme humain des effets différents qu’un clinicien expérimenté parvient facilement à reconnaître (1).
Le vin engendre des désordres des fonctions digestives et des troubles du système nerveux.
Les désordres digestifs portent sur l’estomac et le foie : les glandes de l’estomac sont saillantes, la membrane muqueuse est injectée et
Fig. 6. — Physionomie d’un foie (1/2 grandeur naturelle) atteint de cirrhose œnolique ; sa surface extérieure est semée de granulations à peu près régulières; il y avait chez le môme malade de la tuberculose pulmonaire.
parfois exulcérée, très souvent ardoisée et épaissie. Le foie est le siège constant d’une injection avec augmentation de volume qui persiste pendant un certain temps et finit souvent par une cirrhose tout à fait spéciale (Fig. 6).
Les troubles nerveux consistent en des sensations subjectives de picotement et de fourmillement, en un léger degré d’hyperalgésie bientôt suivi d’analgésie, de crampes et de tremblement, puis enfin d’insomnie, de cauchemars et de sueurs nocturnes.
Les phénomènes qui résultent de l’abus des eaux-de-vie affectent principalement les fonctions nerveuses. Les troubles qui en décou-
t (1) Cons. E. Lancereaux, ElTets comp. des boissons aie. chez l'homme (Acad, de méd., 5 mars J895).