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RÉSUMÉ DES EFFETS PRODUITS PAR LES BOISSONS

lent diffèrent peu de ceux que nous venons de signaler ; toutefois la face est plus pâle, l’analgésie plus prononcée et plus étendue que dans l’intoxication par le vin ; les rêves sont terrifiants, le foie est d’ordinaire augmenté de volume par suite d’un degré plus ou moins avancé de stéatose (1); d’abondants dépôts graisseux se rencontrent enfin à la surface du. cœur, au pourtour des viscères abdominaux, dans les épiploons et les mésentères (2).

Ce sont les troubles de la sensibilité qui permettent de séparer les désordres provenant des excès de boissons avec essences de ceux que produisent le vin et les alcools. Loin d’être diminuée ou abolie, la sensibilité à la douleur est exagérée, le moindre pincement fait pousser des cris au malade et l’excitation de la plante des pieds, très douloureuse, donne lieu à une exaltation considérable des réflexes. A ces désordres s’ajoutent assez souvent des paralysies plus spécialement localisées aux extréimtés des membres et des convulsions hystéro-épileptiques.

La terminaison fatale de ces intoxications est commune : elle a quelquefois lieu pendant l’ivresse, plus souvent à la suite d’un délire aigu, ou encore dans le cours d’une maladie fébrile. L’individu dont les organes sont modifiés par l’usage prolongé des boissons spiritueuses supporte difficilement les maladies qui, comme la pneumonie, l’érysipèle, la variole, provoquent une élévation continue de température. Le système nerveux et le cœur ne tardent pas à faiblir, et le malade alcoolique succombe, là où une personne sobre aurait pu continuer à vivre.

Mais l’alcoolisme n’est pas seulement dangereux en raison des graves complications qu’il détermine dans le cours ou dans la convalescence des maladies aiguës ; il l’est encore par la large part qu’il prend dans la genèse de la maladie qui est la principale cause de mort dans notre climat, la tuberculose. Les enfants nés de parents alcooliques sont prédisposés, en raison de leur débilité, à contracter cette maladie, et tout particulièrement la méningite tuberculeuse, mais, en outre, le plus grand nombre des individus adonnés aux liqueurs fortes finissent, en général, par mourir tuberculeux.

Les faits sont tellement nombreux à ce sujet qu’ils en sont effrayants, et la preuve qu’il ne s’agit pas là d’une simple coïncidence, ce sont les caractères particuliers que revêt la tuberculose dans les cas de ce genre, où elle se distingue principalement par la dissémination et la généralisation des granulations miliaires, tout au moins dans les poumons et les membranes séreuses.

Aidé de la tuberculose, l’alcoolisme est depuis longtemps l une des principales causes de dépopulation. La réunion de ces deux maladies,

(1) Voy. E. Lancereaux, Atlas d’anat. pathologique. Paris, 1871, pl. XII, fig. 4.

(2) E. Lancereaux, Leçons de clin. méd. faites à la Pitié et à l’Hôtel-Dieu. Paris, 1879-1893.

beaucoup plus que le fer el le feu, a contribué à réduire de plus en plus le nombre des indigènes de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud. C’est elle encore qui a fait disparaître une grande partie de la population indigène des îles de l’Océanie, notamment des îles Marquises, Sandwich, Taïti, etc., et qui commence à exercer ses ravages parmi les noirs de l’Afrique. Il suffit, au reste, d'observer ce qui se passe chez nous pour reconnaître que l’alcoolisme est une cause de dépopulation. Beaucoup de statisticiens et d’économistes s’alarment, à juste titre, de la décroissance de la population dans l'une des provinces les plus favorisées de la France, et chacun donne à sa façon l’explication de ce fait. Tel y voit le résultat d’un calcul, tel autre un effet de la mortalité excessive des nouveau-nés (1). Cependant, si l’on y regarde de près, on reconnaît que la Normandie, contrée où l’on distille une grande quantité d’eau-de-vie, est une de celles où l'alcoolisme exerce les plus grands ravages.

Là règne le préjugé qu’il est nécessaire d’administrer du vin et des liqueurs aux jeunes enfants, pour les fortifier. Cette fâcheuse habitude de nourrir les enfants autrement qu’avec du lait, venant se joindre aux excès alcooliques si communs en Normandie, est sans aucun doute une des principales sources de la dépopulation de cette riche province. 11 importe donc de savoir que les peuples, comme les individus, ne vivent longtemps qu’à la condition d’être sobres et vertueux, et que, dès l’instant où ils deviennent intempérants et vicieux, ils sont destinés à périr. La preuve s’en trouve à chaque page de l’histoire : les Grecs et les Romains n’étaient-ils pas, à leurpériode de décadence, adonnés à toute sorte d’excès, et en particulier aux excès de boisson. La viabilité d’un peuple dépend d’un certain nombre de conditions, et quand la funeste habitude des boissons spiritueuses vient à s’y introduire, c’est le pronostic d’une décadence plus ou moins prochaine.

L’accroissement du chiffre des aliénés, du nombre des suicides, des délits et des crimes, tels sont, dans l'ordre moral, les résultats de l’alcoolisme. Si l’on consulte les statistiques relatives au suicide en Suède, en Angleterre, en Amérique, etc., on constate que cette maladie s’est accrue dans des proportions notables au fur et à mesure que s’est répandu l’usage des boissons alcooliques. Les recherches intéressantes de Lunier nous ont montré qu’en France les cas de folie de cause alcoolique sont presque partout en raison directe de la consommation des alcools d’industrie. Effectivement, de 1831 à 1873 la consommation de l’alcool par individu s'est élevée de llil,0(J à 2üt,84, et la proportion des cas de folie par excès de

(1) Consultez : Notta, Recherches statistiques sur la progression croissante de la mortalité en Normandie ( Union médicale , 1868, sér. 3, t. V, p. 801).

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