MARCHE. - DUREE. — TERMINAISONS
faire, on note en effet, le plus souvent, une aggravation parfois inquiétante des symptômes; c'est la phase précriliqae, dont l'observation n'avait pas échappé aux anciens cliniciens. La température subit une ascension plus marquée encore que les jours précédents : la face est cyanosée, l'anxiété est grande, la dyspnée plus marquée; l'agitation nerveuse et le délire donnent l'idée d'une atteinte plus profonde encore de l'organisme, et, si l'on n'est averti, il est un autre symptôme qui peut paraître alarmant et faire redouter l'affaiblissement menaçant du cœur : ce sont les modifications du pouls, qui devient rapide, inégal, irrégulier. Tous ces symptômes, malgré leur apparence de gravité, permettent d'ordinaire de prédire In crise imminente qui se produira la nuit même, le plus souvent.
Cette crise est constituée par un ensemble de symptômes très nombreux, très complexes ; à côté des phénomènes cliniques apparents, qui depuis longtemps avaient frappé l'attention des observateurs, l'investigation chimique, les recherches biologiques, l'hématologie ont fait connaître toute la série des phénomènes humoraux qui marquent la fin de la toxi-infection pneumococcique et l'établissement de l'immunité, dans l'organisme du malade.
Le symptôme le plus apparent de la crise, c'est la disparition brusque et complète des phénomènes fonctionnels et généraux. Le pneumonique s'en rend compte, et« l'euphorie qu'il ressent constitue sans conteste une des manifestations les plus curieuses » (Roger). Il éprouve une sensation de bien-être, il se sent reposé, l'agitation nerveuse a disparu, la gène respiratoire est presque nulle ; la langue, qui était rôtie, redevient humide; la peau, qui était chaude, est d'une moiteur agréable ; en même temps le pouls, encore un peu inégal, est moins rapide et plus ample. Le pneumonique a la sensation que la maladie est terminée et qu'il entre en convalescence.
A ce brusque changement survenu dans l'état général s'ajoute l'abaissement subit de la température. En une nuit, la température qui, la veille, était à 40° et souvent même avait subi cette exacerbation précritique que nous avons signalée, est tombée à la normale ; fréquemment, elle s'abaisse à 36°, à 35°, 5 ; et, dans ces cas, la chute de 4 ou 5 degrés, qui s'est ainsi produite en quelques heures, peut provoquer des réactions nerveuses, qui constituent ce que Ton a appelé une épicrise. Au lieu d'observer alors ce sentiment de bienêtre si particulier qui suit la défervescence, on constate un abattement, une fatigue générale parfois intenses ; chez quelques sujets, dont la maladie avait évolué de façon normale, sans le moindre trouble intellectuel, on a pu voir éclater à ce moment un accès de délire (Roger). Ces phénomènes épicritiques sont de courte durée et ne compromettent en rien la guérison définitive.
Parallèlement à ces modifications de l'état général et de la courbe thermique, on observe un hyperfonctionnement de tous les émonc-
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toires. La peau, congestionnée, élimine des sueurs abondantes; mais ce sont surtout les urines dont les caractères sont importants à préciser. Ils montrent en effel toute La complexité «les phénomènes critiques, et établissent que ceux-ci se prolongent souvent beaucoup plus que ne le laissait supposer la seule observation des symptômes cliniques.
La crise urinaire de la pneumonie est en effet une crise complexe : elle comprend l'ensemble des modifications qui surviennent au moment de la fin de la maladie, dans le volume des urines, dans r élimination des principaux matériaux salins, dans la toxicité.
La crise urinaire de la pneumonie est avant tout une crise hydrique et chlorurique. L'élimination des phosphates, des sulfates, de l'urée, se produit « avec une irrégularité qui lui enlève tout caractère critique » (Laubry). Au contraire, la terminaison de la pneumonie s'accompagne d'une débâcle urinaire et surtout chlorurique, le plus souvent très marquée. Le taux des urines, qui, durant le stade détat de la maladie, oscillait en général entre 500 grammes et 1000 grammes pour une ingestion moyenne de 2 000 grammes de liquide, s'élève brusquement à 1500 grammes, 2 000 grammes, 2 500 grammes. Cette polyurie critique, qui peut d'ailleurs n'être que relative, et ne se juger que comparativement aux émissions hydriques de la période détat, se prolonge en général pendant plusieurs jours, puis létaux urinaire normal se rétablit.
En même temps, à la rétention chlorurée de la période fébrile fait suite une décharge chlorurique. De lgr,50 à 2 grammes, chitfre moyen excrété par le pneumonique, le chlorure de sodium urinaire monte à un chiffre beaucoup plus élevé.
« Dans les crises les moins marquées, le taux des chlorures dépasse de 7 à 8 grammes le taux moyen de la rétention, c'est-à-dire monte de lsr,50 et 2 grammes à 10 grammes. Ce chiffre est atteint sans quil se fasse au préalable, dans le cours de la rétention, de décharges importantes, et sans qu'on puisse noter une diminution plus grande des chlorures correspondante l'exacerbation précritique de la fièvre, quelquefois en un jour, plus ordinairement en deux, le taux des chlorures s'élevant faiblement le premier jour aux environs de 5 grammes. A partir de ce point, qui constitue la moyenne du tracé critique, survient l'ascension continue ou légèrement interrompue, à des taux plus élevés de 2 à 5 grammes. Dans les crises intenses, le taux des chlorures, parvenu à la première étape de son ascension, accuse une différence de 10 à 15 grammes avec le taux de la rétention, pour atteindre quelquefois en vingt-quatre heures un chitfre double » (Laubry).
Un des principaux intérêts de l'étude de ces phénomènes urinai res de la pneumonie a été de mettre en évidence la durée relativement