‹ Nouveau traité de médecine et de thérapeutiqueChapitre 15 sur 128 · T II A I T E M E NT · texte numérisé non relu

T II A I T E M E NT

niques, doit porter dans l'esprit du lecteur la conviction ferme que si on ne guérit pas la pneumonie par la digitale, par l'alcool, par la saignée, par la quinine, par les antiseptiques, ni parles révulsifs, on peut, par chacun de ces moyens, séparés ou associés, mettre les pneumoniques dans les meilleures conditions pour que leur guérison ait le temps de se produire.

L'assistance que le médecin se tient prêt à donner, au jour le jour, opportunément, à tout pneumonique, il la doit d'emblée aux malades chez lesquels la pneumonie se présente, dès l'abord, avec les caractères symptomatiques des affections pernicieuses. Nous visons, pour le moment, celles des pneumonies qui se dénoncent irrégalières, graves et infectantes, dès le début, par l'aspect typhique et l'état ataxo-adynamique sous lesquels se montrent les malades. En pareil cas, la pneumonie, tout en se faisant connaître par sa symptomatologie pulmonaire, se dénonce d'emblée maladie totius substantiœ, tant se marquent l'hyperthermie, la rapidité du pouls, l'asthénie, le subdélire, le soubresaut des tendons, la tendance h l'asphyxie, la menace de collapsus, la sécheresse de la langue. Pour être plus volontiers l'apanage de certains alcooliques, de certains brightiques, de certains diabétiques, de certains surmenés, de certains malades relevant d'une attaque de grippe, ces pneumonies graves s'observent, parfois, sur des organismes non apparemment tarés, comme si l'hypervirulence du pneumocoque donnait seule à la maladie son caractère infectant?

Chez pareils pneumoniques, d'emblée gravement atteints, les indications thérapeutiques, pour être pressantes, ne sauraient, en somme, être autres que celles déjà saisies et formulées quand il s'agissait d'assister tels ou tels pneumoniques mis en péril par quelque insuffisance viscérale : tels les vieillards, cardiopathes, polyscléreux, etc.

Puisque Y asthénie et Y hyper thermie, avec tout ce qu'elles traînent après elles de désordres et d'accidents, dominent la scène pathologique, les indications thérapeutiques formelles sont justiciables de la médication tonique, stimulante et anti-infectieuse par excellence qu'incarne la méthode de Récamier-Brand, méthode préférable à toutes autres, puisque, contrairement aux moyens antithermiques et anti-infectieux empruntés à la Pharmaceutique, elle n'apporte avec elle aucun coefficient de toxicité.

L'alcool, le vin, le café, les injections de strychnine, d'éther, les potions au quinquina viendront militer contre les tendances au collapsus et à l'adynamie : les injections de caféine répondront aux indications spéciales que réclame l'asthénie cardiaque et générale. C'est à pareils états graves qu'on doit s'attaquer par les bains froids, plus délicats à manier, il faut bien le reconnaître, chez les pneumoniques que chez les dothiénentériques.

Indiqué chez le pneumonique hyperthermique ou tachycardiaque,

ataxo-adynamique non sexagénaire, non angio-scléreux, non brightique, dont le cœur est bon, le bain sera donné, tontes les deux ou trois heures, de dix minutes de durée, à 24° à 28° d'abord, puis à 22°» puis à 20°, répété, prolongé ou raccourci, réchaufTé ou rafraîchi suivant la manière dont le malade aura réagi. Il va de soi qu'en cas de difficulté ou d'impossibilité de donner les bains tièdes, frais ou froids, on devrait remplir mêmes indications par les lavements frais associés aux enveloppements mouillés, partiels ou généraux, ou encore associés aux lotions froides.

C'est dans cet ordre d'idées qu'on se trouvera bien encore de recourir aux injections hypodermiques de sérum artificiel, dont on variera la fréquence et la masse suivant l'état de la tension vasculaire et de la diurèse. On fera les injections largàmanu, si, à titre déplétif d'une part, et à titre désintoxiquant d'autre part, on a jugé à propos, par des ventouses scarifiées, ou par l'ouverture de la veine, de faire, au préalable, une ou plusieurs prises de sang.

Balnéation, ou, d'une façon plus compréhensive, hydrostimulalion, et sérothérapie artificielle sont méthodes thérapeutiques également applicables aux pneumoniques mis en péril; des deux méthodes, on peut attendre le stimulus nécessaire pour remettre en tension systèmes nerveux et vasculaire, comme pour aboutir à une diurèse elï'ective.

Pareils pneumoniques sont justiciables aussi bien de la balnéation que de la sérothérapie, parce que l'une et l'autre sont, vis-à-vis des infectés, médications antithermiques, et cela parce que balnéation et sérothérapie sont stimulantes, dépuratrices, et, comme telles, antiinfectieuses et antitoxiques. Dire, des bains frais ou froids, qu'ils sont, chez les pneumoniques typhisants, parmi les meilleurs toniques et parmi les meilleurs diurétiques; dire, d'une façon elliptique, que le bain frais ou froid est diurétique, ce n'est que l'expression rigoureuse de la vérité, d'autant que la Clinique nous montre le bain frais être, pour les pneumoniques, d'autant meilleur antithermique et meilleur décongestif qu'il a, chez eux, refait tonus nerveux et tonus vasculaire ; et qu'il a, chez eux, rétabli la diurèse.

C'est à ce titre de tonique et de dépurateur que, chez le pneumonique hyperthermique et ataxo-adynamique, l'analogie apparaîtra entre les effets de la médication par les injections de sérum artificiel et ceux de la balnéation : avec cette considération, tout à l'avantage de la sérothérapie artificielle, que celle-ci, par son apport hydrique, ne procure pas seulement le stimulus dépurateur dont le pneumonique a besoin, mais lui apporte en plus de quoi se dépurer. Ce qui fait que, tout en considérant la sérothérapie artificielle et la balnéation comme des médications succédanées, nous associons volontiers les injections de sérum à la balnéation ; c'est que, par l'apport d'un liquide neuf, servant à la stimulation et à la dépuration cellulaires,

l'injection saline, chez le pneumonique mis en péril, aide, plus et mieux que la balnéation, aux efforts de la natara medicatrix (1).

Dans ces formes graves, on pourra également avoir recours au collargol (Crédé, Netter) ou à l^électrargol. Le collargol s'emploie en friction cutanée de 3 à 5 grammes de pommade à 15 p. 100, ou en injection intraveineuse de 5 centigrammes. La médication est répétée tous les deux jours, ou même tous les jours. L'électrargol s'injecte également dans les veines (10 centigrammes) ou plus simplement dans les masses musculaires de la fesse.

Peu d'infectés passent, d'ordinaire, aussi vite et aussi facilement de la maladie à la pleine convalescence que les pneumoniques : le plus souvent, celle-ci se fait franche, l'appétit réapparaissant dès la défervescence; aussi le médecin trouve-t-il peu d'indications particulières à remplir chez son malade, qui rapidement, grâce à la Diététique, retrouve toutes ses forces.

Il est, à cette règle, des exceptions représentées par ceux des malades que leur débilité naturelle, leur âge, un surmenage ou une maladie antérieurs avaient déjà fatigués. Chez pareils convalescents, la médication tonique et stimulante trouvera de quoi s'exercer (quinquina, extrait de valériane, strychnine, frictions générales, grands bains prudemment donnés, etc.). Le plus souvent, la médication réussira d'autant mieux et d'autant plus vite : qu'un changement de lieu sera ordonné ; que, suivant la saison, on prescrira l'habitat à la campagne, une cure d'air ensoleillée sur la Hiviera, ou une cure d'altitude.

Pareils convalescents devront être avertis qu'ils sont menacés de récidive, et que — par des précautions d'asepsie bucco-pharyngienne, dont jamais pneumoniques ne devraient se départir, il dépend d'eux de faire moindres et plus rares les chances d'une nouvelle pneumonie. A tous convalescents de pneumonie, il pourra, dans cet ordre d'idées, être avantageux de prescrire, entre autres antiseptiques pulmonaires, le carbonate de créosote. La médication sera de bonne prophylaxie ; elle évitera les infections (grippe, tuberculose) qu'on a vu, au surlendemain de la pneumonie, venir se greffer sur un appareil de moindre défense, etsur un terrain de moindre résistance.

(1) Voy. in Les Sérothérapies {Leçons de Thérapeutique et de Matière médicale. p. 440 et suivantes), le parallèle que l'un de nous a établi entre la sérothérapie artificielle et la méthode de Récamier-Brand, appliquées au traitement des maladies infectieuses.

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