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SYPHILIS PULMONAIRE DU FOETUS ET DU NOUVEAU-NÉ

Syphilose circonscrite. — La gomme vraie, nettement limitée et semblable à celle de l'adulte, a été observée d'une manière indéniable chez l'enfant (Lancereaux, Chiari, etc.), mais elle doit pourtant être considérée comme rare.

Syphilose diffuse. — Le terme de bronchopneumonie peut être appliqué aux différentes formes de la syphilose pulmonaire

(1) Depaul, Altérations spécifiques du poumon dans la syphilis congénitale (Ann. des mal. de la peau, 1850, et Gaz. méd. de Paris, 1851). — Balzer et Grandhomme, Revue mens, des mal. de Venf'., 1886, p. 485. — E. Gaucher et Dubousquet, Syphilis héréditaire tardive avec pleurésie syphilitique [Revue de médecine, 1884). — Linguiti, Interno un caso di sifilide ereditaria tardiva del polmone (Giorn. ital. délie mal. vener., XXVI, 1).

diffuse du nouveau-né. Cette bronchopneumonie se rapproche beaucoup de celle des maladies infectieuses dans ses formes subaiguë el chronique. Elle en diffère parla rapidité de l'organisation scléreuse, par les altérations profondes des vaisseaux, «'I par ce l'ail surtout que l'infection générale est toujours le facteur unique ou prédominant du processus. Les microbes venus de l'extérieur, si importants dans les bronchopneumonies des maladies infectieuses, n'ont ici qu'un rôle relativement insignifiant. Aussi existe-t-il, entre la syphilose pulmonaire et ces bronchopneumonies, une diirérence importante : c'est que la bronchite a'apparalt plus ici comme un élément primitif et pathogénique du processus qui semblerait presque dépendre d'elle. Dans la syphilis, comme dans la tuberculose, l'inflammation spécifique conserve comme centre la bronche parce que celle-ci commande la direction de tout le système vasculaire sanguin et lymphatique du poumon: elle est le centre du principal espace interstitiel du poumon.

Il y a peu de chose à dire de l'histoire clinique de cette syphilose; (die est à peu près nulle. Le fœtus qui en est atteint est souvent mort-né. S'il est expulsé vivant, souvent c'est avant terme, ou bien, s'il est à terme, il est non viable. La syphilose pulmonaire assez nettement accentuée est incompatible avec la vie. Le fœtus, atteint également dans les autre- viscères, n'a pas assez de force pour respirer, et le plus souvent il succombe peu d'heures après l'accouchement. Quelquefois on a pu constater des signes d'induration obscurs (Hochsinger) avec dyspnée et cyanose. On peut aussi constater les signes généraux de la syphilis, grosse rate, gros foie, cachexie. Les enfants qui survivent un peu ne dépassent pas le deuxième ou le troisième mois (Hochsinger). Dans 124 cas de syphilis héréditaire, Hochsinger a trouvé à l'autopsie 56 fois des lésions pulmonaires. Après le troisième mois, la syphilis pulmonaire est très rare.

Les diverses altérations anatomiques que l'on constate d'emblée du côté du placenta, du cordon et des principaux viscères, expliquent suffisamment la mort le plus souvent. Mais quelquefois les divers organes sont sains en apparence. L'examen microscopique (1) peut seul faire reconnaître les altérations vasculaires étendues qui ont causé la mort du fœtus et qui témoignent de la réalité de l'infection syphilitique. Il en est ainsi pour le poumon comme pour les autres viscères, et nous l'avons vu très altéré dans des cas où, à l'œil nu, il nous avait paru normal (2).

Les lésions peuvent atteindre toutes les parties constituantes du

(l) Muller, Chiari, Haslund, Forster ont publié des autopsies de fœtus dans lesquelles les poumons n'étaient atteints à l'œil nu que dans un nombre de cas relativement peu élevé. La recherche du tréponème sur les coupes du poumon est nécessaire pour qu'on puisse se prononcer sur ce sujet. 2) Balzbb et Ghandhomme. Loc. cit.

poumon, vaisseaux, bronches, parenchyme : elles peuvent être observées à divers degrés. Dans notre travail avec Grandhomme. basé sur dix observations, nous avons distingué :

1° Les cas de splénisation, ou de spléno-pneumonie, dans lesquels le fœtus succombe simplement avec de la congestion pulmonaire, quelquefois même avec des poumons sains en apparence. Le microscope montre de la pneumonie épithéliale avec de la congestion des vaisseaux, de la stase leucocytique. des petites hémorragies: les parois des bronches et des vaisseaux présentent déjà une infiltration par les cellules embryonnaires.

2 Au second degré, le tissu pulmonaire est déjà induré, il y a bronchopneumonie à noyaux disséminés ou agglomérés en bande verticale à la partie postérieure des poumons; au microscope, infiltration cellulaire autour des vaisseaux et des bronches, pneumonie épithéliale, sclérose commençante des espaces conjonctifs interstitiels.

3 Un peu plus accentuée, la lésion devient Yhépatisation blanche, la pneumonia alba de Virchow. Les lobules infiltrés sont saillants, durs, distincts, dune couleur grisâtre ou rose-saumon.

La pneumonie peut affecter tout un lobe. Plus fréquemment elle est disposée en bande verticale sur le bord postérieur des poumons; elle forme des noyaux disséminés sous la plèvre ou en plein parenchyme. L'apparence lobulée de la pneumonie blanche est plus accentuée lorsque l'enfant a vécu Parrot . Intégrité apparente des ganglions bronchiques.

Le tissu sectionné présente une coloration blanchâtre, gris rosé ou rose-saumon Parrot : il est dur. compact, sec. ordinairement peu stionné. et quelquefois d'un aspect fibroïde en certains endroits. Ordinairement peu insufflable. il tombe au fond de l'eau. Le volume des noyaux isolés est très variable, depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'une noisette et au-dessus. Dans les cas avancés, les noyaux caséeux peuvent se ramollir Parrot. Kobner .

Le microscope montre des altérations caractéristiques de pneumonie scléreuse ; épaississement fibreux du tissu conjonctif interlobulaire. péribronchique. périvasculaire. péri-alvéolaire. en un mot de tout le tissu conjonctif interstitiel, qui est vascularisé, fibroïde ou infiltré de cellules ayant l'apparence de lymphocytes. Les altérations des alvéoles sont variables: dans certains cas assez fréquents domine, suivant Cornil. Tripier et Bériel. un état particulier des cellules épithéliales qui présentent une forme cubique état adénomateux de Bériel . Souvent, dans la pneumonie blanche, - pithéliales sont nombreuses dans les alvéoles, avec noyaux unique ou multiples, et dégénération graisseuse commençante. On trouve aussi des macrophages et des polynucléaires qui englobent les tréponèmes. Du côté des vaisseaux, les lésions sont plus ou moins marquées : ce qui domine, c'est la périartérite; les capil-

6i0 F. BALZER. — SYPHILIS DES POUMONS.

laires sont congestionnés el les vaisseaux lymphatiques remplis de cellules blanches. Les bronches ontleurs parois infiltrées de cellules

rondes; la péribronchite est la lésion dominante ; L'épithéïium des bronches parait intact. Assez souvent la plèvre es! épaissie H inf i 1trée de cellules.

Tantôt c'est la pneumonie épithéliale qui remporte, tantôt c'est la pneumonie interstitielle, mais les deuxlésions sont toujours associées.

Chez les nouveau-nés, les tréponèmes peuvent être constatés dans des poumons en apparence normaux. Dans les cas de bronchopneumonie, on les a trouvés dans tout le poumon, surtout autour des vaisseaux, des bronches, dans les alvéoles, dans le tissu interstitiel. Quelquefois le nombre des tréponèmes est considérable et en concordance avec l'intensité des lésions lobulaires (Bériel et Favre). Dans les alvéoles, on les décèle dans le protoplasma des cellules polynucléaires et surtout des macrophages. Levaditi a vu là les tréponèmes se fragmenter en granulations (1). Les tréponèmes peuvent aussi passer dansTintérieurdesvaisseauxet desbronches. Les espaces conjonctifs sont parfois farcis de tréponèmes, surtout autour des bronches.

Dans les gommes pulmonaires, rares chez les hérédo-syphilitiques, Schaudinn a vu les tréponèmes nombreux à la périphérie, très rares dans la partie centrale constituée par des cellules et des leucocytes polynucléaires dégénérés.

4° Broncho pneumonie avec dilatation des bronches. — La dilatation des bronches peut s'observer dans la variété précédente, et il convient d'ailleurs de la considérer comme un fait très fréquent dans l'histoire de la syphilose pulmonaire, de l'enfant comme de l'adulte. Dans un cas, nous l'avons observée avec des proportions monstrueuses. Elle occupait le lobe supérieur du poumon gauche, lequel avait cinq ou six fois son volume normal. A sa surface, on voyait de grosses vésicules ou poches kystiques, séparées les unes des autres par des cloisons épaisses; sur la coupe, nombreuses cavités ampullaires, contenant un liquide trouble. L'examen microscopique montra l'épaississement et la dilatation des bronches avec la destruction de leurs éléments contractiles.

La nature syphilitique de ces lésions énormes était démontrée par les altérations caractéristiques trouvées dans le reste du poumon, sain en apparence : infiltration de cellules embryonnaires dans les parois des alvéoles, dans celles des bronches déjà un peu dilatées, dans l'adventice des artères oblitérées quelquefois, dans les parois des veines, dans les espaces périlobulaires.

Le développement de semblables lésions peut entraîner, on le conçoit, des troubles dans le développement du poumon et dans la structure des parois bronchiques. Chez des sujets moins atteints qui

(lj Levaditi et Roche, La syphilis. Paris, 1909, p. 334.

peuvent parfois survivre, un tel état explique les troubles fonctionnels et la vulnérabilité du poumon et des voies aériennes.

En résumé, tous les éléments constitutifs du poumon sont atteints par l'inflammation syphilitique, mais il est manifeste que celle-ci, suivant l'expression de Marfan, se développe surtout autour des axes artério-bronchiques. Il n'est donc pas étonnant que la dilatation bronchique s'observe à un degré variable dans la plupart des cas de syphilose pulmonaire un peu avancée. Il est probable que chez les enfants qui survivent l'intervention des microbes introduits par la respiration ou la déglutition dans les voies aériennes modifie encore plus les lésions en les accentuant.

De même que Pârrot, nous avons observé chez l'enfant le peu d'importance de l'adénopathie trachéo-bronchique.

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