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CANCER DU POUMON

PAR

P. MENETRIER

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, Médecin de l'hôpital Tenon.

DÉFINITION. — Comme cancer du poumon, nous comprenons toutes les néoplasies malignes de cet organe, c'est-à-dire toutes les néoplasies caractérisées par la prolifération indéfinie et infectante de l'un quelconque de ses éléments cellulaires constituants : cellules épithéliales alvéolaires, bronchiques, glandulaires; cellules conjonctives, cartilagineuses, endothéliales ou lymphatiques. C'est là le cancer primitif du poumon.

Nous devrons en outre étudier le cancer secondaire, qui est dû au développement dans le poumon d'éléments cancéreux provenant d'autres organes, et greffés secondairement dans son tissu.

HISTORIQUE. — Après les observations anciennes et douteuses de Van Swieten, de Morgagni, de Ledran, la première description systématique du cancer du poumon est due à Bayle (1), qui en fit une forme, la plus rare, de phtisie pulmonaire. Les signes qu'il en donne sont peu caractéristiques : gêne de la respiration, toux, expectoration abondante ; il signale toutefois l'apparition de tumeurs cancéreuses externes. Au reste, il ne distingue pas le cancer primitif du cancer secondaire, et, de ses observations, Tune est très vraisemblablement l'histoire d'un sarcome du poumon secondaire à une tumeur de l'avant-bras. Il insiste sur la coexistence de la tuberculose et du cancer, et combat déjà par cet exemple l'hypothèse d'un antagonisme entre ces deux sortes d'affections.

Laennec (2), qui utilise en partie les mêmes observations que Bayle, ne connaît dans le poumon qu'une seule forme de cancer, la forme encéphaloïde ; la matière cérébriforme pouvant se rencontrer aux stades de crudité, d'état et de ramollissement. Toutefois, au chapitre des mélanoses, il rapporte des exemples d'envahissement du poumon par cette sorte de cancer.

Stokes (3), avec un plus grand nombre d'observations, donne une description anatomique, assez semblable à celle de Laennec, mais

(1) Bayle, Recherches sur la phtisie pulmonaire. Paris, 1810.

(2) Laennec, Traité de l'auscultation médiate.

(3) Stokes, Recherches sur la pathologie et le diagnostic du cancer des poumons et du médiastin ^Dublin Journ. of mel. science, 1842; traduit par H. Roger dans Arch. yen. de méd., 1842).

en multipliant les formes et les variétés. Du reste, il confond toujours les cancers primitif et secondaire ; aussi a-t-il généralement trouvé « une disposition presque égale des dépôts cancéreux dans les deux poumons »'. Sa description clinique, surtout, est remarquable ; il signale comme symptômes de grande valeur « une douleur continue dans la poitrine ; un état variqueux des veines du cou, du thorax et de l'abdomen ; l'œdème de l'un des membres supérieurs; la formation rapide de tumeurs externes de nature cancéreuse; une expectoration semblable à de la gelée de groseille noire ».

Béhier(l) a également contribuée préciser les signes qui permettent un diagnostic exact du vivant du malade, notamment les troubles de la respiration, le cornage par compression des bronches et de la trachée et surtout les adénopathies sus-claviculaires, spécialement celles qui se développent à l'angle interne de la région.

Enfin Jaccoud (2), qui a montré la confusion possible de ces adénopathies avec celles de la tuberculose, nous a donné une description demeurée classique des formes typiques du cancer pulmonaire : le cancer en masse homogène qui se traduit par des signes de tumeur intrathoracique, signes physiques d'induration du parenchyme, signes fonctionnels dérivant de la compression des organes voisins; et la forme diffuse, où les noyaux cancéreux disséminés ne donnent pas de signes de tumeur et où prédominent les troubles fonctionnels et la dyspnée.

Après ces auteurs qui ont établi l'histoire fondamentale du cancer pulmonaire, il faut citer les travaux et observations de ces dernières années, qui par la multiplicité des examens anatomiques ont permis de mieux préciser les formes multiples et de décrire séparément les variétés typiques de l'affection.

Ce sont, pour le cancer épithélial, les observations de Malassez, Friedlaender, Ménétrier, Hautecœur, Bouygues, Leplat, Ebstein, Boix, Ehrich, KurtWolf, Ribbert, Ernst, Ramon et Boidin, Gougerot, Sabrazès et Muratet (3).

(1) Béhier, Cancer du poumon et du médias tin [Gaz. des hôp., 1867).

(2) Jaccoud, Clinique médicale de la Charité. Paris, 1867. — Clinique médicale de Lariboisière. Paris, 1872. — Traité de pathologie interne.

(3) Malassez, Arch. de physiol., 1876. — Friedlaender Cancroïd in einer Lungencaverne (Fortschritte der Med., 1885). — Ménétrier, Soc. anat., 1886, p. 1 10 et 613. — Hautecoeur, Soc. anat., 1886. — Bouygues, Soc. anat., 1888. — Leplat, Étude sur le cancer pleuro-pulmonaire. Th. de Paris, 1888. — Ebstein, Zum Lehre vom Krebs der Bronchien und der Lungen (Deutsche med. Woch., 1890). — Boix, Soc. anat., 1891. — Ehrich, Ueber das primare Bronchial und Lungencarcinom. Inaug. Diss. Marburg, 1891. — Kurt Wolf, Das primare Lungenkrebs {Fortschritte der Med., 1895). — Ribbert, Deutsche med. Woch., 1896. — Ernst (P.), Ein Verhornender Plattenepithelkrebs der Bronchus (Beitrag zur palh. Anat., 1896). — Gougehot, Cancer primitif du poumon (épithéliome pavimenteux bronchopulmonaire) à globes épidermiques (Soc. anat., 1902). — Sabrazès et Muratet, Cancer épithélial mucipare du poumon avec épanchement pleural séro-mucineux (Soc. de biol., 1906).

CAISXER ÉPITHÉLIAL. S»-663

Pour les tumeurs conjonctives, les observations de Poisson et Robin, Démange, Hayem et Graux, Schottelius, Hœrting et Hesse. Siegel, Hildebrand, Spillmann et Haushalter, Ferrand, Reymond, Milian et Bernard, Broc, Bensaude, Pater et Rivet (l).

Nous rappellerons enfin, comme travaux d'ensemble parus sur la question, les thèses, articles ou mémoires de Darolles, deReinhard, de Fuchs, de Pàssler, de Barié et de Marfan (2).

CLASSIFICATION. — Nous ne nous occuperons ici que des cancers du poumon et des bronches intrapulmonaires, rejetant à un chapitre ultérieur le cancer des plèvres.

Nous étudierons séparément les cancers primitifs et les cancers secondaires; séparément aussi les cancers épithéliaux et ceux qui se développent aux dépens des divers tissus de la série conjonctive.

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