CANCER SECONDAIRE DU POUMON
Tous les cancers peuvent, en se généralisant, envahir le poumon, qui, de tous les organes de l'économie, est celui dans lequel les métastases cancéreuses se rencontrent le plu- fréquemment. Ce qui se
conçoit facilement, en raison de la vascularité extrême du tissu pulmonaire, et du passage obligé de la masse du sang dans ses vaisseaux. Les métastases épithéliales sont de beaucoup les plus nombreuses ; d'après nos observations personnelles, elles se rencontreraient dans le quart des cas de cancers épithéliaux de tous organes; quant aux tumeurs conjonctives, dont la généralisation est moins fréquente, leur prédilection pour l'appareil pulmonaire est néanmoins des plus marquée (1).
L'époque à laquelle surviennent les métastases pulmonaires est extrêmement variable : tantôt leur développement est contemporain des premiers symptômes du néoplasme primitif, parfois même elles peuvent prédominer dans l'appareil symptomatique : plus souvent elles sont tardives, et se voient parfois plusieurs années après l'ablation chirurgicale d'une tumeur maligne d'un organe éloigné.
Les cancers peuvent envahir le poumon suivant des modalités nombreuses, mais toutes se résument dans la progression de cellules néoplasiques, épithéliales ou conjonctives, qui, parties du foyer primitif, vont se multiplier à l'infini dans les tissus, suivant une marche et des voies de pénétration de tout point semblables à celles des infections microbiennes. Ces modes d'infection du poumon sont :
1° La propagation directe par extension d'un néoplasme développé dans un organe voisin ; c'est le cas du cancer du sein, dont l'extension se fait au travers de la paroi jusqu'à la plèvre et, quand celle-ci est adhérente, jusqu'au poumon. Même mode d'extension pour les cancers du médiastin, du thymus, de l'œsophage.
2° La greffe bronchique, qui est rare et a été observée dans quelques cancers de l'œsophage dont les cellules proliférées ont été inhalées dans les bronches envahies par propagation directe, et se sont ensuite multipliées dans le tissu pulmonaire profond.
3° La propagation par les séreuses; un cancer de l*un des organes de la cavité péritonéale, de l'ovaire par exemple (2), y déverse des
iJi Muller, de l'étude de 623 cas de cancers divers, recueillis à l'Institut pathologique de Berne, de 1856 à 1891, tire les indications suivantes : Les cancers, au nombre de 521. ont présenté des métastases dans 63,7 p. 100 des cas ; les sarcomes, aunombre de 102, dans 47,2 p. 100. Des métastases cancéreuses, 12,2 p. 100 siégeaient dans le poumon ; et des métastases sarcomateuses, 39,9 p. 100 (Mullbr, Beitriige zur Kenntniss der Metastasenbildung malignen Tumoren. Inaug. Diss. Berne, 1892»
(2) Ménétrier, Kystes multiloculaires des ovaires. Généralisation {Bull, de la Soc. clin., 1885).