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KYSTES HYDATIQUES DU POUMON

H. MÉRY et L. BABONNEIX

Professeur agrégé à la Faculté Ancien chef de clinique à la Faculté

de médecine de Paris, de médecine de Paris.

Médecin des hôpitaux.

Signalés, pour la première fois, par Laennec, les kystes hydatiques du poumon ont été, depuis cette époque, étudiés par beaucoup d'auteurs, au premier rang desquels il faut placer Da vaine, le professeur Dieulafoy, et Dévé. Nous leur rattacherons les kystes hydatiques de \a plèvre, habituellement secondaires (1).

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les seules particularités à signaler sont les suivantes : le kyste occupe presque toujours la base du poumon droit (Davaine ; il est parfois associé à d'autres kystes hydatiques du cœur, de la rate, du péritoine, et surtout du foie. Le plus souvent, il est uniloculaire, le kyste alvéolaire (2) (Rénon) étant extrêmement rare. Son enveloppe est très mince, ce qui explique la facilité avec laquelle il se rompt (Dieulafoy).

ÉTIOLOGIE. — Les kystes hydatiques du poumon viennent, comme fréquence, immédiatement après les kystes hydatiques du foie (Davaine, Thomas). Ils sont donc loin d'être exceptionnels, surtout

(J) Bibliographie générale. — Elle est très complètement exposée dans les articles de Dieulafoy, Cliniques médicales de l'Hôtel-Dieu, Paris, 1903, 16e leçon, et Manuel de pathologie interne, t. I. — Depuis cette époque, il faut surtout signaler les travaux suivants : Dévé, Ensemencement intratrachéal de sable échinococcique. Échinococcose secondaire du poumon d'origine bronchique [Comptes rendus de la Société de biologie, 16 juillet 190i, t. LVII, p. 136). — Rôle du chien d'abattoir dans l'étiologie de l'échinococcose (lbid., 28 juillet 1906, t. LXI. p. 155).

— Échinococcose primitive expérimentale {lbid., 12 oct. 1907, t. LXtlI, p. 303). — Échinococcose primitive expérimentale, kystes hydatiques de la plèvre (lbid., 4 avril 1908, t. XLIV, p. 58"). — Échinococcose primitive expérimentale. Pneumothorax hydatique (lbid., 11 avril 1908, t. LXI Y, p. 660). — Échinococcose primitive expérimentale, pleurésie hydatique (lbid., 2 mai 1908, t. LXIV, p. 706).

— Échinococcose primitive expérimentale chez l'écureuil {lbid., 24 oct. 1908). — Le pneumokyste hydatique du poumon Bévue de chir., avril 1907, p. 547). — Kystes hydatiques du poumon simulant une pleurésie (en collaboration avec Ollivier et Cerné) [Soc. de méd. de Bouen, II nov. 1907). — Gri net et Piquand, in La Pratique médico-chirurgicale.

(2) D'après Dévé, les kystes multiloculaires de Rénon ressorlissent à une échinococcose secondaire de la plèvre.

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dans certains pays Australie, Islande, République Argentine). En France, on les rencontrerait plus fréquemment dan» l'Est que dan» l'Ouest. En Algérie, ils affectent presque exclusivement la population européenne (Lemaire). Ils offrent une prédilection marquée pour l'âge adulte : nous en avons, toutefois, observé, aux Enfants- Malades, un très beau cas, opéré avec succès par Brun. Josias, Labbé, Giry ont rapporté quelques faits analogues (1). L'influence du sexe est négligeable. Le rôle du traumatisme ne paraît pas aussi important que pour les kystes hydatiques du foie. Dévé fait remarquer avec raison que le kyste hydatique constitue la maladie professionnelle des bouchers, des charcutiers, des fermiers, des bergers, et, d'une façon générale, de tous les gens qui sont exposés à manipuler les viscères et les muscles d'animaux morts d'échinococcose. D'autre part, les personnes qui vivent avec des chiens sont plus fréquemment atteintes que les autres, et parce que l'intestin du chien contient fréquemment le taenia échinocoque, et aussi (Dévé) parce que les chiens qui fréquentent les endroits où l'on abat des animaux de boucherie se nourrissent des « boules d'eau » (2) qu'on leur abandonne, et courent ainsi, à tout instant, comme nous l'expliquerons plus loin, les plus grandes chances de contamination. Ces faits, mieux peutêtre que la prédisposition héréditaire invoquée par Gilbert et Lereboullet, permettent d'expliquer le caractère familial de la maladie, qui, en ce qui concerne le poumon, a été signalé par Thomas, Vegas et Cranwell. Kappelons enfin que les kystes hydatiques du poumon ne sont pas exceptionnels chez les animaux domestiques. PATHOGÉNIE. — Jadis, tous les kystes hydatiques étaient rattachés à l'introduction, dans l'organisme, des œufs du taenia échinocoque, et aux transformations ultérieures subies par l'embryon qu'ils contiennent. Les recherches de Naunyn, Leuckardt et Dévé ont montré qu'à côté de ces kystes dits primitifs on pouvait en observer d'autres, dits secondaires, dus à la mise en liberté, spontanée ou provoquée, des éléments renfermés dans la cavité du kyste primitif : vésicules filles, vésicules proligères, têtes de taenia, les premières par accroissement simple, les secondes par désagrégation de leurs scolex, dont le parenchyme s'étale à leur surface interne, tandis que leur surface externe se cuticularise, les dernières par vésiculation. Un kyste hydatique peut donc, dans certaines conditions, naître d'un autre kyste hydatique.

Ces notions étant rappelées, comment concevoir la pathogénie des kystes hydatiques du poumon et de la plèvre?

Kystes hydatiques du poumon. — Ils se divisent, eux aussi, en primitifs et secondaires.

(1) Voy. à ce sujet : Morquio, Les kystes hydatiques du poumon chez l'enfant {Archives des maladies des enfants, n° 10. 1908^.

(2) Synonyme populaire de kyste hydatique.

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Les kystes primitifs reconnaissent, dans l'immense majorité des cas, une origine digestive. L'embryon hexacanthe, introduit dans l'organisme avec les aliments, passe successivement par la veine porte, le foie, les veines sus-hépatiques, la veine cave inférieure, le cœur droit, l'artère pulmonaire, avant de se fixer dans le poumon. D'après Chachereau, il pourrait encore emprunter le trajet suivant : veines hémorroïdales, honteuse, hypogastrique, et gagner directement la veine cave inférieure sans passer par le foie. Dévé, après avoir fait ingérer à un écureuil des anneaux de taenia, a obtenu le développement de nombreuses hydatides pulmonaires (1). Ce fait est intéressant à rapprocher de ceux concernant l'origine intestinale de la tuberculose pulmonaire.

Dougaud Bird a attribué jadis aux kystes hydatiques du poumon une origine aérienne, les œufs de tamia échinocoque arrivant au poumon avec l'air inspiré. La possibilité d'un pareil mécanisme avait été contestée par la majorité des auteurs. Or, Dévé a démontré que l'action des sucs digestifs n'est pas indispensable pour la mise en liberté de l'embryon hexacanthe. Il a pu également, dans un cas, obtenir un kyste hydatique du poumon, après inoculation intratrachéale d'œufs de taenia échinocoque, chez un lapin. L'origine respiratoire est donc prouvée. N'empêche qu'elle est exceptionnelle, la plupart des kystes hydatiques du poumon étant dus au passage, dans la circulation veineuse, d'un ou plusieurs embryons hexacanthes.

Quant à Iechinococcose secondaire du poumon, elle comporte diverses modalités (Dévé) : 1° échinococcose secondaire locale : le kyste se développe sur le trajet de rupture d'un kyste du foie à travers le poumon, ou dans la poche d'un kyste pulmonaire rompu dans les bronches; 2° échinococcose secondaire d'origine séreuse : elle constitue la localisation viscérale de l'échinococcose primitive de la plèvre ; 3° échinococcose secondaire embolique ou mélastatique, que le kyste primitif rompu siège dans le cœur droit (Arnault, Barklay, Ducastel, Klamar, Prackok) ou dans le foie (Rendu, Stone) ; Dévé a reproduit expérimentalement cette variété par inoculation «le -able hydatique dans la veine de l'oreille d'un lapin; 4° échinococcose secondaire d'origine bronchique : le sable hydatique, semé dans l'arbre bronchique, par la rupture, dans les bronches, d'un kyste du poumon, du foie ou de la rate, peut donner naissance à des kystes secondaires du poumon, comme le montrent l'observation clinique de Calvert et les faits expérimentaux de Dévé.

Kystes hydatiques de la plèvre. — Primitifs, ils sont exceptionnels. Dévé a pu les reproduire par l'expérimentation. Contrairement à l'opinion de Davaine, ils sont entourés d'une adventice. L'embryon hexacanthe arrive à la plèvre, non par la voie lympha-

L) Il n"y en avait dans aucun autre organe.

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tique transdiaphragmatique (Neisser), mais par la voie circulatoire Secondaires, ils sont consécutifs à la rupture, dans la plèvre, de kystes hvdatiques du poumon, du foie, de la raie, des rein- Dévé .

SYMPT0MAT0L0GIE. — Les kystes hvdatiques du poumon peuvent rester latents d'un bout à l'autre de leur évolution : c'est ainsi que Ton a parfois signalé, à l'autopsie de sujets morts d'une maladie quelconque, des kystes pulmonaires complètement calcifiés. C'est là l'exception. Le poumon étant infiniment moins tolérant que le foie, « il est exceptionnel que l'hydatide reste longtemps silencieuse, et même elle peut trahir sa présence, dès la période de formation, par des symptômes importants » (Dieulafoy).

Symptômes fonctionnels. — Le plus saillant est Y hémoptysie, sur laquelle ont particulièrement insisté Mirallié et Dieulafoy. Les hémoptysies, dans le kyste hydatique du poumon, peuvent être précoces ou tardives.

Les premières ont été observées par d'innombrables auteurs : Béclère (1903), Delgrange, Dieulafoy, Feuger et Hollister, Galliard, Husson, Landouzy (1883), Launay (1906), Laveran (1892), Marconnet(189l), Mercier, Watelet, Widal et Froin (1903), Morquio (1908). Elles sont donc très fréquentes : Trousseau remarquait déjà qu'elles sont notées dans presque tous les cas. Finsen admet qu'en Islande on peut à peu près conclure des crachements de sang à l'échinococcose pulmonaire ; Vegas et Cranwell déclarent de même que les hémoptysies constituent l'un des symptômes les plus important- de l'affection qui nous occupe.

L'hémoptysie, qui peut devancer tous les autres symptômes, alors même que le kyste hydatique est encore tout petit, présente différents aspects. Dans quelques cas, « elle est réduite au minimum ; ce sont des crachats sanglants, brunâtres, rougeâtres, de coloration groseille ou cassis : ces crachats sont rejetés par la toux; ils se répètent plusieurs fois par jour, pendant des semaines ou des mois, avec ou sans temps d'arrêt. Parfois, ce sont de véritables hémoptysies de sang pur et rutilant, qui reparaissent à intervalles plus ou moins rapprochés pendant des mois et des années. D'autres fois, les hémoptysies sont très répétées, très abondantes, et chacune d'elles est constituée par 100 ou 200 grammes de sang spumeux et rutilant, rappelant les grandes hémoptysies tuberculeuses » (Dieulafoy).

Parfois, chaque hémoptysie s'accompagne d'une poussée d'urticaire (Chachereau), laquelle indique que le kyste se fissure et laisse échapper une partie du liquide qu'il contient.

Quant aux hémoptysies tardives, elles précèdent de peu la rupture : elles sont d'ordinaire très abondantes, parfois même foudroyantes (Chachereau, Haberston, Marconnet).

Les autres signes fonctionnels ne méritent qu'une simple mention. La dyspnée, que Davaine et Hearn considéraient comme constante,

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manque en réalité dans bien des cas, au moins au début ; lorsqu'elle existe, son intensité est extrêmement variable. « Ces différences sont le fait du volume de la tumeur et aussi de son siège. Les kystes voisins du diaphragme causent, chez l'homme, une dyspnée plus vive, tandis que, chez la femme, en raison du type respiratoire de celle-ci. l'oppression est plus marquée lorsque la tumeur siège dans les parties supérieures. » Marfan.) Quant à la toux, sèche, quinteuse, suivie d'expectoration, elle peut exister seule pendant des semaines; plus tard, elle annonce l'hémoptysie. La douleur est le plus souvent modérée, simulant un point pleurétique ou une névralgie intercostale : dans quelques cas, elle est tenace, rebelle à toute médication, et présente des irradiations multiples, au cou, à l'épaule, à l'épigastre.

Signes physiques. — Ils sont assez variables : 1° ils manquent complètement dans les cas de kystes petits ou centraux ; 2° certains kystes forment tumeur : la voussure thoracique peut siéger à la partie inférieure de la poitrine, ou, au contraire, sous Tune des clavicules, suivant que le kyste occupe la base ouïe sommet du poumon.

Elle est silencieuse à l'auscultation; les vibrations y sont abolies; franchement mate à la percussion, elle est entourée sans transition d'une zone où la « sonorité est éclatante et tympanique » (Mirallié). La forme de la zone mate ne subit aucune modification, quelle que soit la position du malade ; elle parait parfois tracée au compas Béclère . Le frémissement hydatique n'a jamais été bien nettement constaté; 3° d'autres fois, « les kystes ne forment pas tumeur, mais ils arrivent, par la grande étendue qu'ils occupent, à simuler une pleurésie de la grande cavité pleurale; ils en présentent la plupart des signes et des symptômes : dilatation du thorax, malité absolue, abolition des vibrations, souffle à l'auscultation, déviation du cœur » (Dieulafoy) (1). Pour éviter l'erreur, qui estjournellement commise, on en était, jusqu'à ces dernières années, réduit à la ponction, méthode infidèle et dangereuse; nous possédons aujourd'hui, dans la radiographie, un moyen de diagnostic aussi efficace qu'inoffensif. C'est ainsi que, dans un cas de Béclère, concernant un kyste hydatique du sommet gauche, la radiographie montrait les limites parfaitement rondes et régulières du kyste. De même, Widal et Froin, dans un cas de kyste hydatique localisé à la base du poumon droit, trouvèrent en cette région, à la radiographie, une zone obscure en dôme, se confondant, en bas, avec l'ombre du foie. Thoinot, ayant recouru à la radiographie pour élucider le cas d'un individu qui, sans aucun signe d'affection respiratoire, présentait un type d'ostéopathie hypertrophiante pneumique, découvrit, au centre du

(1) Cette déviation du cœur se produit surtout dans les cas de kyste pulmonaire gauche et se fait vers la droite. Cependant, même dans ces cas, elle peut se faire vers la gauche, ce qui tient à la rotation du cœur autour de son axe. Le plus souvent, elle est passagère, disparaissant lorsque le kyste se vide (Mirallié).

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