BRONCHITE CAPILLAIRE
deux sortes de symptômes, d'origine mécanique ou toxique, existent combinés et associés dans un même cas. Néanmoins, comme ils possèdent une certaine indépendance, je crois utile de décrire deux formes distinctes de bronchite capillaire : une forme eatarrhale et une forme toxique.
Forme eatarrhale. — L'affection débute ordinairement par un simple rhume. C'est d'abord une trachéo-bronchite bénigne, sans phénomènes généraux. Au bout de quelques jours, alors que l'on devrait observer la détente qui caractérise la période de maturité, on constate au contraire que la respiration devient plus fréquente, plus gênée. En outre des gros râles des premiers jours, bruyants mais peu nombreux, on perçoit, par places, de petites bouffées de raies muqueux, fins, sous-crépitants, aux deux temps de la respiration, qui trahissent l'invasion des fines bronches. La fièvre s'allume, mais peut rester modérée, au-dessous de 39°. L'affection peut rétrocéder, les mucosités disparaissent et cette bronchite capillaire bénigne se termine par une guérison complète. C'est là une forme eatarrhale bénigne qui s'observe très souvent.
Dans d'autres cas, surtout chez les enfants, les exsudats deviennent si nombreux qu'ils encombrent le poumon et donnent lieu aux phénomènes dramatiques du catarrhe suffocant. On voit l'enfant assis sur le lit, les mains crispées sur les draps, la tète relevée, réagissant contre l'asphyxie par ses muscles inspirateurs accessoires. Le visage trahit une extrême angoisse. Il est cyanose. Les narines sont dilatées et battantes.
A l'auscultation, on trouve par places une pluie de râles fins, en d'autres points un silence respiratoire relatif tenant à une obstruction complète d'un territoire bronchique. On assiste aux progrès rapides d'une asphyxie, contre laquelle le sujet lutte d'abord énergiquement, jusqu'au moment où les forces le trahissent et où il tombe dans le coma. La rapidité extrême, l'inégalité du pouls, les pauses plus ou moins longues de la respiration annoncent une fin prochaine.
Telle est la forme eatarrhale grave, asphyxie de cause mécanique, sorte d'inondation bronchique: les phénomènes généraux, la fièvre sont ici très modérés. C'est à cette forme que doit être réservé le terme de catarrhe suffocant.
Forme toxique. — La forme toxique apparaît dans des conditions variées. Souvent elle succède à la forme précédente, et l'on assiste à une modification, une aggravation plus ou moins rapide d'une bronchite eatarrhale. Dans d'autres cas, elle éclate d'emblée, ou succède à une phase trachéo-bronchique très brève. C'est ce que l'on observe en particulier chez les enfants au cours de la rougeole ou de la coqueluche, chez les adultes plus rarement dans certaines épidémies de grippe.
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Parfois, l'attention n'est pa< dès l'abord éveillée par des I roubles respiratoires, mais bien par des phénomènes généraux. On \oil par exemple, dans la convalescence d'une rougeole, la lièvre remontersubitement à 39°, 40°, accompagnée d'un malaise, d'une prostration extrême.
La respiration n'est plus ici au— i bruyante el rapide que dans la forme catarrhale. Elle devient incomplète, irrégulière. Le rythme, accéléré jusqu'à 60 et plus par moments, se ralentit à d'autres, reproduisant parfois le type de Cheyne-Stokes. La toux est faible, sèche el peu fréquente. Les signes d'auscultation sont modérés. On trouve, çà el
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Fig. 1
— Bronchite capillaire, forme toxique.
Fig. 2. — Bronchite capillaire.
l'orme toxique.
là, quelques zones de râles sibilants ou sous-crépitants, avec un souffle constant des bronches, dû à une légère adénopathie concomitante.
Le cœur prend le rythme fœtal.
Le faciès a rapidement changé. Le teint est pâle, mat; la figure, amaigrie, est marbrée de taches rouges et violettes. Les yeux se sont excavés. Un cercle violacé les entoure. Les cornées sont ternes, la tension oculaire est diminuée. Les pupilles sont ordinairement rétrécies; le myosis est souvent extrême. C'est en somme le faciès des intoxications graves.
11 existe souvent un délire léger ; parfois même apparaissent des accidents de méningisme.
Ace syndrome toxique, ajoutons les manifestations cutanées qui s'observent assez souvent (1). Elles sont polymorphes, purpuriques, érythémateuses, papuleuses, siègent surtout au pli du coude, àl'avantbras, à la face interne des cuisses, procèdent par poussées successives. La signification de ces exanthèmes avait déjà été entrevue par Trousseau qui, faisant allusion à la parenté pathologique des érup-
(1) Hutinel, Note sur quelques érythèmes infectieux [Arch. yen. de méd,, 1892).
BRO>XHITE CAPILLAIRE.
tions cutanée- des lièvres éruptives et des intoxications opium, balsamiques, mercure, elc. . écrit : « Dans un cas comme dans l'autre, c'est toujours une matière morbifique mise en contact avec le sang qui, cheminant avec lui, se présente aux divers émonctoires, et produit une irritation qui se traduit par des éruptions. » Les termes ont changé, ridée reste la même : la matière morbifique s'appelle aujourd'hui toxine.
La courbe de température permet d'apprécier l'évolution morbide. Elle reste plusieurs jours très élevée, atteignant parfois 41° et même 42°, avec des rémissions matinales de 1 à 2 degrés. Puis elle
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— Bronchite capillaire, l'orme toxique.
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— Bronchite capillaire, forme toxique.
descend progressivement à mesure que s'amendent les divers symptômes. Dans les cas mortels, Lliyperthermie persiste jusqu'à la fin. La période ultime est annoncée par le ralentissement et l'irrégularité des mouvements respiratoires. Les battements du cœur deviennent sourds et désordonnés.
La durée moyenne de ces formes graves est de cinq jours. On observe, chez les enfants, des cas suraigus où l'évolution totale se fait en moins de deux jours.
Les courbes des figures 1 à 4, que j'ai recueillies dans le service du professeur Hutinel, indiquent les températures dans quatre cas d'infection bronchique suraiguë et mortelle, chez des enfants de six à douze mois, montrant bien quelle peut être la rapidité d'évolution des formes toxiques.
DIAGNOSTIC. — Le diagnostic de la bronchite capillaire est d'ordinaire assez facile. Les troubles respiratoires, les signes généraux sont assez accusés pour que l'affection soit difficilement méconnue.
La trachéo-bronchite simple peut parfois simuler la bronchite capillaire, si par exemple les quintes de toux ont déterminé un état
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spasmodique du larynx, avec oppression el accélération du rythme respiratoire. On doit alors tenir grand compte du Iracé thermique. L'auscultation, comme l'a montré Graves i . dissipe les doutes. C'esl non seulement sur la qualité des râles, mais surtoul sur leur nombre, qu'on doii se fonder. Des bruits variés el multiples perçus en une zone restreinte ne peuvenl rire attribués qu'aux fines bronches, dont plusieurs peuvenl se trouver à la fois dans l'aire d'auscultation. On arrive ainsi à se convaincre que l'inflammation a dépassé les grosses bronches, où les bruits, plus sonores, ilesl \ rai, sonl pare» m ire moins nombreux.
Il importe en outre de rechercher si le parenchyme pulmonaire n'esl pas envahi, si la bronchite n'esl pas devenue une bronchopneumonie. La palpation el la percussion, qui n'étaienl d'aucun secours pour une -impie bronchite, prennent alors une importance majeure el viennent compléter les résultats fournis par l'auscultation. L'exagération «les vibrations thôraciques, la submatité, le souffle prouvent qu'il ne s'agil plus d'une bronchite pure.
Ce que nous venons de signaler ne constitue, somme toute, que des difficultés d'interprétation. Il existe «les cas où la nature même du mal peut être méconnue. Nous avons vu combien sonl modérés les troubles respiratoires dans certaines formes toxiques : pour peu que survienne en outre un incident important, telque délire, convulsions, vomissements, le diagnostic pourra s'égarer, el l'on attribuera aux méninges, au tube digestif, etc., lesautres phénomènes observés chez le malade. C'est ainsi que parfois, surtoul chez les enfants, faute de renseignement précis sur le mode de début, faute d'un examen attentif de l'appareil respiratoire, on peut porter le diagnostic de méningite, de gastro-entérite, alors qu'il existe une bronchite capillaire. Cette erreur est particulièrement difficile à éviter chez les sujets affaiblis, dont les réactions fébriles sonl moins franches. Chez les athrepsiques, entre autres, il n'est pas rare de constater de l'hypo-j thermie au cours de bronchites capillaii es, ainsi que l'ont montré Parrot et Hutinel (2). En pareil cas, le diagnostic repose surtout sur l'auscultation. Il en est de même pour les vieillards chez qui la toux et la dyspnée sont modérées ; l'adynamie est précoce et le malade meurt après quelques jours de fièvre hectique.
Nous n'avons en vue, dans ce chapitre, que les bronchites capillaires simples, franches, celles qui résultent d'une infection bronchique descendante propagée régulièrement des gros troncs aux petits rameaux. Il existe en outre des bronchites partielles, nées sur place à l'occasion d'une lésion circonscrite du poumon, lésion tuberculeuse, syphilitique, cancéreuse, etc. Ces bronchites capillaires, qui seront étudiées ailleurs, sont le plus souvent subaiguës ou chroniques. Mais
(1) Graves, Clinic. lect. on the pract. of med., 1848. Trad. Jaccoud, 1863.
(2) Hutinel, Les températures basses centrales. Thèse d'agrég., Paris, 1880.
elles sont aussi capables d'une extension rapide et d'une évolution aiguë (Voy. Tuberculose pulmonaire) Aussi doit-on toujours, en formulant un diagnostic de bronchite capillaire, se préoccuper de i'étiologie et rechercher attentivement les divers stigmates qui peuvent révéler une cause spécifique. L'examen des crachats est à ce point de vue particulièrement instructif. Il est indispensable lorsqu'on soupçonne la tuberculose. On était jusqu'ici privé de ce moyen de contrôle chez l'enfant, puisque l'enfant n'expectore pas. II. Meunier (1) a montré le parti qu'on peut tirer de l'examen des crachats extraits de l'estomac. Ce procédé, très simple, peut rendre de grands services en pathologie infantile.
PRONOSTIC. — Le pronostic est toujours grave. L'invasion des fines bronches témoigne ou d'une extrême virulence microbienne, ou d'une faible défense organique. Ce sont là deux éléments dont il faut tenir également compte dans les prévisions.
Il faut d'abord apprécier l'état de résistance du sujet.
Il se trouve évidemment dans les plus mauvaises conditions si la bronchite survient au déclin d'une fièvre typhoïde, d'une coqueluche grave, d'une maladie quelconque qui a épuisé les réserves.
La constatation d'une tare organique locale, telle qu'emphysème pulmonaire, cardiopathie, vient encore assombrir le pronostic. On -'explique donc que, chez des vieillards débiles, artérioscléreux. emphysémateux, la bronchite capillaire soit presque toujours mortelle.
La virulence du microbe explique le caractère meurtrier de certaines bronchites capillaires épidémiques, telles qu'on en observait autrefois dans les hôpitaux d'enfants, telles encore qu'elles se sont montrées dans certaines épidémies de grippe. La notion d'épidémicité doit donc être utilisée pour le pronostic.