H. MÉRY ET L. BABOÏSNEIX. — ŒDÈME AIGU DU POUMON
donc de l'œdème passif par la soudaineté et la gravité des accidents, d'où le nom d'apoplexie séreuse qu'on lui a fréquemment donné, et par son origine nettement fluxionnaire et non inflammatoire; en effet, la sérosité épanchée dans les alvéoles ne contient pas de fibrine (Renaut, von Basch). C'est de cette variété si importante d'œdème pulmonaire [syn. hémo-œdème, œdème congeslif, fluxionnaire (Huchard)] que nous nous occuperons surtout au cours de cet article.
HISTORIQUE. — Laennec a décrit le premier, en 1819, l'œdème du poumon. Il s'est occupé particulièrement de l'œdème chronique des affections cardiaques, insistant sur la rareté de la forme primitive ; mais il signale, en passant, l'œdème aigu qu'il appelle œdème idiopathique. Il note expressément que « la plus grande partie de la sérosité est contenue dans les vésicules pulmonaires ».
Andral, en 1837, décrit un œdème aigu actif qu'il compare pour sa brusquerie à l'œdème de la glotte. Il distingue une forme aiguë et une forme suraiguë, à début brusque et à évolution foudroyante.
Legendre (1837) le signale au cours de la scarlatine. Rilliet et Barthez (1853), Hardy et Béhier (1855) admettent également une forme aiguë de l'œdème pulmonaire.
Souin de la Savinière (1873) (1) étudie l'œdème pulmonaire dans les maladies infectieuses, dans la pneumonie.
Bernheim (1877) (2) insiste sur l'œdème pulmonaire aigu des rhumatisants, sur ces formes foudroyantes emportant le malade en quelques minutes.
Lund (de Christiania) (1879), de la Harpe (1881) (3) rapportent des cas d'œdème aigu.
Lebreton (1884) décrit, parmi les accidents pulmonaires du rhumatisme, une forme répondant à l'œdème aigu du poumon.
Il faut citer surtout, parmi les travaux récents, les différentes communications de Huchard (4), celles de Dieulafoy (œdème aigu chez les brightiques), les rapports de Teissier et Masius au Congrès de Lyon (1900), les monographies de Morély (5), Fouineau et Eppinger, qui ont définitivement contribué à donner à l'œdème aigu du poumon une place spéciale en nosologie.
Bouveret (6), Vinay (7) étudient l'œdème aigu chez les brightiques, en particulier au cours de la grossesse.
En ce qui concerne la pathogénie, rappelons les travaux de
(1) Soum de la Savinière, Thèse de Paris, 1873.
(2) Bernheim, Leçons de clinique médicale, 1877.
(3) De la Harpe, Revue médicale de la Suisse romande, 15 juin 1881.
(4) Huchard, Sur l'œdème aigu du poumon dans les affections de l'aorte (Bull, de UAcad. de mèd., 1890, 1893, 1895, 1897).
(5) Morély, L'œdème aigu du poumon, Revue générale (Gaz. des hôp., 1897, p. 1101).
(6) Bouveret, Revue de mèd., mars 1890.
(7) Vinay, Lyonméd., 1896.
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Frœntzel, Welsch, Sahli, von Basch et Grossmann, Bouchard, Josué et ceux, déjà cités, de Dieulafoy et Huchard.
Benaut (de Lyon) (l) étudie l'anatomie pathologique.
L'historique de l'œdème aigu du poumon, consécutif à la thoracentèse et aux ponctions évacuatrices pratiquées sur l'abdomen, commence à Pinault (de Châteauroux), qui observa, en 1853, le premier cas d'expectoration albumineuse après la thoracentèse. Il rattacha cet accident à la congestion subite qui suit l'évacuation du liquide.
Legroux et Woillez, au contraire (1863), proposèrent la théorie de la perforation traumatique du poumon.
Béhier, en 1872, parla même de perforation spontanée. Terril- Ion (2) hésite entre la perforation spontanée et l'œdème alvéolaire. C'est à cette dernière théorie, soutenue d'abord par Pinault et Hérard, que se rallièrent ensuite tous les auteurs.
ÉTIOLOGIE. — Quelles sont les causes de l'œdème aigu du poumon ?
Les deux plus importantes paraissent être les affections des reins et de V aorte. Leur rôle relatif a été fort discuté. Certains auteurs, guidés par leurs recherches personnelles, ont voulu donner la part prépondérante à l'un des deux groupes : Dieulafoy aux affections des reins, Huchard aux affections de l'aorte. La vérité est que rien ne justifie l'adoption d'une théorie exclusive, d'autant plus qu'à côté de ces deux causes principales de l'œdème pulmonaire aigu, il en est bien d'autres que nous allons passer en revue.
Les œdèmes, au cours des affections brightioues, ont été surtout étudiés par Dieulafoy, qui, à côté des formes subaiguës, a bien décrit les cas d'œdème suraigu (3). Le plus souvent, l'œdème survient chez des brightiques scléreux, c'est-à-dire peu exposés, en général, aux grandes suffusions œdémateuses (Teissier). Il peut se produire d'emblée et causer la mort avant l'apparition des autres hydropisies (Bartels).
On peut rapprocher des œdèmes du mal de Bright les cas d'œdème du poumon observés chez des arthritiques (goutteux héréditaires, lithiasiques rénaux ou hépatiques).
L'œdème pulmonaire aigu au cours des affections de l'aorte a été étudié par Huchard (4). Il l'a surtout observé chez des malades atteints d'aortite aiguë ou chronique avec ou sans coronarite (5).
(1) Voy. aussi Renaut et Mollard, Traitement de l'œdème du poumon, in Traité de thérapeutique appliquée de A. Robin.
(2) Terrillon, Thèse de Paris, 1872.
(3) Dieulafoy, Cliniques, t. I, p. 23.
(4) Huchard, Mémoire de 1890.
(5) L'œdème aigu du poumon peut encore s'observer dans certaines affections cardiaques : lésions mitrales (Vinay, Sahli, Huchard); anévrysmes de la pointe (Parisot et Spillmann, Jacquet); blessures du cœur (Falk), etc.