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H. MERY ET L. BABONNEIX. — ŒDEME AIGU DU POUMON

Cène sont pas là les seules causes de l'œdème pulmonaire. On l'observe dans nombre d'infections aiguës ou d'intoxications. Des infections, une des plus fréquemment en cause est le rhumatisme (Bail, Bernheim, Fernet, Lebreton, Mehoyas). Jaccoud en a cité un cas au cours de la fièvre typhoïde. On l'a signalé dans la rougeole, le choléra, la pneumonie, où il joue parfois le rôle de phénomène critique (Kornfeld). Dans cette dernière affection (Troisier, Merklen et Pouliot, Soutworth), de même que dans la scarlatine, où il a été vu par Le Gendre, il peut être en rapport avec une lésion rénale. Mais l'infection de choix, celle qui détermine le plus souvent l'œdème aigu du poumon, c'est la grippe, comme l'ont montré Teissier, Rendu et Fouineau. Pour ce dernier auteur, d'ailleurs, les infections ne se compliqueraient d'œdème aigu du poumon que si elles surviennent chez un sujet atteint d'insuffisance aortique. Caussade, Milhit et I. de Jong ont récemment rapporté plusieurs cas d'œdème pulmonaire fébrile survenu au cours dï/ifeclions pulmonaires diverses : tuberculose, bronchite, bronchopneumonie, pneumonie.

L'œdème aigu du poumon peut encore être la conséquence d'une intoxication. On l'a vu fréquemment survenir chez des sujets en état d'ivresse, surtout si, à Yalcoolisme, vient se combiner l'action d'un froid intense et prolongé. On l'a signalé à la suite de l'ingestion de certains médicaments : iodure de potassium (1), iodoforme, pilocarpine (Jaccoud), et, depuis que la médication hypodermique est si à la mode, de nombreux auteurs (Pozzi, Achard, Berge) ont rapporté des cas d'œdème aigu du poumon apparu, consécutivement aux injections de sérum artificiel, chez des sujets en état de rétention chlorurée. Les venins jouissent de propriétés analogues. Expérimentalement, les substances les plus diverses (solutions chlorurées, acide prussique, solutions iodo-iodurées) peuvent déterminer l'œdème aigu du poumon, mais celles qui paraissent les plus actives sont la muscarine, le salicylate de méthyle (Ghatin et Guinard), le nitrite d'amyle (Winckler), et, surtout, lWreVia /me (Bouchard et Claude, Josué).

Parfois, l'œdème aigu du poumon est en rapport avec une affection nerveuse: myélite [Fouineau (2), JaccoudJ, épilepsie (Alessi, Shanahan), hystérie (Hanot et Lévi, Mùller), tabès, traumatisme crânien. Un de nous a vu, chez le professeur Raymond, un cas d'œdème aigu du poumon au cours d'une polynévrite blennorragique. Nous avons déjà dit qu'il peut survenir à la suite de la thoracentèse (Pinault, Féréol) ou d'une ponction d'ascite. // n'y a donc pas d'œdème aigu primitif, et, dans tous les cas (3), une enquête

(1) Huchard a vu l'œdème pulmonaire apparaître, dans un cas d'ectasie aortique, à la suite de l'administration de 2 grammes d'iodure de potassium.

(2) Fouineau, Thèse de Paris, 1898.

(3) Dans quelques cas, la constatation d'oedèmes parcellaires du poumon a pu

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suffisamment minutieuse mettra en relief l'existence de causes infectieuses, toxiques, mécaniques ou nerveuses. De toutes ces causes, les plus importantes sont les affections rénales et aortiques. P. Brouardel a en effet montré qu'à l'autopsie d'individus morts subitement d'œdème aigu du poumon, sur la voie publique, on trouvait presque toujours des lésions rénales, et parfois de l'aortite, alors même que ces sujets ne paraissaient pas malades auparavant (1 ).

PATHOGÉNIE.— La pathogénie de l'œdème aigu est très complexe. L'œdème aigu est un œdème actif, un œdème artériel, par opposition à l'œdème passif, qui est un œdème veineux. Ici, le ralentissement du cours du sang n'est point dû à la difficulté qu'éprouvent les veines à se dégorger; c'est l'afflux du sang qui se fait en excès, favorisé par une vaso-dilatation active du système artériel. Pour expliquer cet afflux de sang, plusieurs théories.

Théories anciennes. — Certains font intervenir des actions purement mécaniques. Fraentzel, Cohnheim et Welsch admettent que, sous l'influence de causes mal déterminées, le ventricule gauche se paralyse et se dilate avec rapidité, le ventricule droit continuant à battre normalement; les capillaires pulmonaires, distendus par le sang qui continue à affluer du ventricule droit, laissent alors passer le sérum du sang dans les alvéoles, créant ainsi l'œdème aigu. Cette théorie se réclame d'une observation de Falck, où l'on put constater que le cœur droit continuait à battre, le ventricule gauche restant immobile. On peut encore invoquer en sa faveur ce fait que l'œdème ne se produit pas si l'augmentation de pression dans le système de l'artère pulmonaire est compensée par une insuffisance tricuspidienne, mais elle a été définitivement ruinée par les expériences de Sahli, et personne n'admet plus aujourd'hui, pour expliquer l'œdème aigu du poumon, la rupture de Céquilibre entre les pressions des deux ventricules.

Von Basch et Grossmann ont soutenu une autre théorie. La muscarine, injectée à un animal, détermine une crampe du ventricule gauche; ce spasme produit une élévation brusque de tension dans les veines pulmonaires, et, comme le ventricule droit continue à envoyer le sang qu'il contient dans les capillaires pulmonaires, ceux-ci laissent transsuder la sérosité albumineuse du sang dans les" alvéoles pulmonaires (2). Cette séduisante hypothèse a malheureusement contre elle les résultats décisifs des expériences faites par Lichtheim et Cohnheim, lesquels n'ont pu produire l'œdème pulmonaire par la ligature de l'aorte et de toutes les veines pulmonaires, malgré

révéler l'existence de pleurésies enkystées (Teissier) ou d'embolies pulmonaires (surtout graisseuses).

(1) On connaît quelques cas d'œdème aigu du poumon en médecine vétérinaire.

(2) Le même résultat peut être obtenu par le pincement de l'oreillette gauche (Grossmann).

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