‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climats (volume 2)Chapitre 14 sur 30 · ORDRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE TROISIÈME

EXANTHÈMES OU FIEVRES ERUPTIVES.

( EXANTHEMATA )

Les maladies de cet ordre attaquent presque tous les individus, soit à une époque , soit à une

^ Tract, on the Imagination ^ us a Cause and as a Cure oj* Disorders of the Body-,

Etymologie. B^uv6iCi) , Efloresco.

ou MALADIES FÉBRILES. , 34^

autre ; elles sont contagieuses , débutent par des symptômes fébriles, et se terminent par une éruption cutanée.

De la Variole. (Variolæ)^.

La variole est une maladie très-contagieuse , que l’on croit avoir été amenée d’Arabie en Europe , et qui est caractérisée par l’existence d’une fièvre , à laquelle succèdent un nombre plus ou moins grand de boutons inflammatoires , qui fournissent un pus propre à propager l’affection d’un individu chez un autre.

On a essayé en vain d’inoculer aux quadrupèdes la variole et la rougeole.

La variole attaque des individus de tout âge , mais les enfans des deux sexes sont plus exposés â ses atteintes que les adultes ; elle peut se développer dans toutes les saisons ; mais elle règne particulièrement au printemps et en été.

On distingue la variole en discrete et en confluente I dans la première , les boutons sont séparés les uns des autres ; et , dans la seconde , ils semblent se confondre. Souvent on peut distinguer , avant l’éruption , la variole discrète de la confluente , en raison de la bénignité du début , de la marche inflammatoire pure de la fièvre , du retard de l’éruption , et de l’absence des symptômes d’ataxie.

Les deux variétés de la maladie sont égale-

Etymologie. F' arîo f à cause du changement de couleur qui is manifeste à la peau.

346 PYREXIES ,

ment le résultat de la respiration d’un air chargé des émanations qui s’échappent du corps de ceux qui en sont attaqués ; ou de l’introduction dans l’économie , par inoculation , d’une petite quantité de virus variolique. îl est très-probable que ces deux modes de contagion n’influent en rien sur la nature de l’affection qui se développe par la suite , laquelle dépend beaucoup plutôt de l’état présent de l’individu ou de quelque autre circonstance coïncidente.

Beaucoup de célèbres médecins croient que la sphère de contagion de la variole est fort bornée , et que rarement , ou meme jamais , l’atmosphère ne peut contenir le germe de l’infection à une certaine distance du foyer, ainsi que l’ont pensé quelques personnes. Le docteur Haygarth , dans un essai sur la destruction de la petite , vérole dans la Grande-Bretagne , assure que beaucoup de faits démontrent d’une manière positive qu’à une certaine distance du malade , comme à quinze cents pieds, et même à quinze pieds seulement, l’air ne parait point infecté. 11 a trouvé , dit-il dans sa correspondance à ce sujet, fort peu d’exemples de communication de la variole par les vêtemens , et plusieurs cas qui prouvent le contraire. Très-souvent, d’ailleurs, ajoute- t-il, les gens de l’art, en quittant une chambre ou l’air semble chargé des miasmes de ' cette contagion, s’approchent impunément des personnes qui pourraient en ressentir les atteintes : c’est ainsi qu’on ne voit jamais les inocuiateurs de profession communiquer la variole

ou MALADIES FEBRILES. 347

naturellement. Le même observateur croit, avec quelques autres médecins , que le virus reste cache dans T économie avant de manifester sa présence , de cinq à seize , dix-sept , et même vingt-trois jours , lorsqu’il y a eu inoculation , et un peu plus long-temps , lorsque la maladie arrive naturellement.

Les opinions sont très-partagées sur le fait de l’infection variolique du fœtus encore contenu dans l’utérus. Il paraît cependant évident que la maladie peut souvent passer ainsi de la mère à l’enfant. Dans quelques cas même , le corps de celui-ci est couvert de pustules au moment de la naissance , et le pus qui en provient communique la variole par inoculation. Dans d’autres circonstances , à l’instant de l’accouchement , on n’aperçoit aucun signe d’éruption ; mais celleci , de même que les autres symptômes , se développe si promptement après , qu’on ne peut se refuser à adopter une infection antérieure à cette époque.

Dans la variole, on compte quatre périodes bien distinctes, celle de la fièvre d’invasion, celle de l’éruption, celle de la suppuration, et celle de la dessiccation et de la chute des croûtes , à laquelle on donne communément le nom de fièvre.secondaire.

Quand la maladie vient naturellement et qu’elle est discrète , l’éruption est ordinairement précédée de rougeur des yeux , d’angine , de céphalalgie , de douleurs dorsales et lombaires , de pesanteur et de malaise , avec des alternatives de chaleur et de frissons, de la soif, des nau-

348 PYREXIES,

sees, et de l’accélération dans les moavemens du

pouls.

Tantôt ces symptômes sont très-intenses, tantôt ils sont modérés et légers. Chez les jeunes enfans, immédiatement avant l’éruption, on obr serve fréquemment des tressaillemens et des convulsions , ce qui peut épouvanter les personnes peu accoutumées à, ces accidens.

Vers le troisième ou le quatrième jour, l’éruption commence par de petites taches rouges, analogues à des piqûres de puces , qui se montrent sur la face , le cou et la poitrine ; elles augmentent en nombre et en étendue pendant les trois ou quatre jours suivans , après lesquels elles se répandent sur le reste du corps.

Si ces pustules ne sont pas très-multipliées , la fièvre disparaît le plus ordinairement , ou au moins se modère singulièrement. Quelquefois aussi de petits points érysipélateux occupent en partie les intervalles des taches varioliques, mais ils s’effacent généralement dès que les pustules se montrent , c’est-à-dire, vers le cinquième ou le sixième jour. Alors, au sommet de chaque tache , on remarque une petite vésicule remplie d’un fluide à peu près limpide.

Quand les boutons sont parfaitement isolés et séparés les uns des autres , la suppuration peut être complète au huitième ou neuvième- jour , et alors les vésicules sont gonflées par une matière épaisse et jaune : il faut quelques jours de plus pour achever le travail de. la suppuration , lorsqu’il y a confluence.

ou MALADIES FÉBRILES» 349

Quand la face est couverte d’une grande quantité de pustules , elle devient très-enflée à cette époque , et les paupières se ferment : mais avant que cela arrive cependant , il survient ordinairement de l’enrouement et de la difficulté dans les mouvemens de la déglutition , en même temps qu’il s’écoule une salive visqueuse en abondance.

Vers le onzième jour, le gonflement de la face devient communément moindre , ainsi que l’affection de l’arrière-bouche : mais les mains et les pieds enflent à leur tour; après quoi les pustules se crèvent et donnent issue à la matière qu’elles contiennent; puis elles se dessèchent, forment des croûtes , et tombent en laissant sur la peau , aux endroits qu’elles occupaient, des taches d’un rouge brun , qui persistent pendant quelque temps. Dans le cas où les pustules sont larges et se dessèchent lentement , elles peuvent laisser à leur suite des trous plus ou moins profonds , ce qui n’arrive point lorsqu’elles sont petites , peu nombreuses , et qu’elles suppurent promptement. Alors aussi elles ne causent que peu de trouble dans l’économie.

Dans la variole confluente , la fièvre primitive est bien plus violente que dans celle qui est discrète ; elle est alors caractérisée par une grande anxiété , une soif ardente , une chaleur vive , des nausées ou des vomissemens, de la fréquence et de la tension dans le pouls , et souvent par du coma ou du délire. Chez les enfans , il peut survenir des convulsions qui amènent la mort ,

35o PYREXIES ,

OU qui donnent à la maladie une teinte marquée de malignité.

C’est vers le troisième jour que se fait habituellement l’éruption dans ce cas; elle est fréquemment annoncée ou accompagnée par des efflorescences rosées, comme celles de la rougeole ; la fièvre éprouve bien quelque légère rémission , lors de la formation des pustules , mais ne disparaît point comme dans la variole discrète ; elle augmente , au contraire , après le cinquième ou le sixième jour , et reste très-intense pendant toute la durée de la maladie.

A mesure que l’éruption s’opère , la face , absolument couverte de pustules, se gonfle considérablement , les paupières se ferment , de manière que le malade ne jouit plus de la faculté de voir les objets ; il survient un écoulement de salive, qui, vers le onzième jour, est si visqueuse , qu’elle a beaucoup de peine à sortir de la bouche : ce ptyalisme , au reste , ne se rencontre guère que chez les adultes ; dans les enfans , il semble être remplacé par un flux diarrhéique .

Les vésicules du sommet des boutons paraissent plutôt que dans la variole discrète , mais elles sont déprimées , loin de former une saillie ; la suppuration ne se fait point d’une manière convenable ; la matière qu’elles renferment devient brune au lieu de conserver une teinte jaunâtre.

Vers le dixième ou le onzième jour, le gonflement de la face se dissipe , et les mains et

ou MALADIES FEBRILES. 35 £

les pieds se tuméfient ; alors aussi les pustules s’ouvrent ; et il en sort un fluide qui se dessèche en croûtes brunes ou noires , xlont la chute laisse voir dans la peau des enfoncemens profonds qui persisteront dans la suite des temps , et qui défigurent plus ou moins les traits du visage, sur lequel ils forment des espèces de coutures.

Souvent , dès le début , des symptômes de putridité se manifestent , ce que Ton reconnaît à des taches livides , situées entre les pustules , et à des hémorrhagies par furètre, l’anus ou quelque autre ouverture naturelle.

Souvent aussi , la fièvre , qui peut avoir diminué depuis l’instant de f éruption jusqu’à celui de la suppuration , se renouvelle ensuite avec plus d’intensité encore y cette fièAre secondaire signale le moment le plus dangereux.

Il est reconnu , et même parmi le peuple , que les épidémies de variole précèdent souvent immédiatement celles de rougeole , ou les suivent de près. Un autre fait curieux , c’est que, si un. malade atteint de variole est attaqué par la rougeole , celle-ci parcourt régulièrement ses périodes , et, pendant ce temps, la marche de l’autre maladie est arrêtée en général Ainsi quelquefois l^rougeole se déclare le second jour de l’éruption de la variole , et celle-ci est suspendue jusqu’à la desquamation de la rougeole , où elle reprend son cours accoutumé. Cependant , on a plusieurs exemples de l’existence simultanée de la rougeole et de la variole , qui ont

* Duncan's Medical Commentaries , vol. i.

352 PYREXIES ,

parcouru leurs périodes en même temps et sans

se nuire

La variole discrète est peu dangereuse , excepté quand elle attaque des femmes enceintes , ou lorsqu’elle se rapproche de la confluente : dans celle-ci , au contraire , le péril est toujours grand , en raison de la violence et de la durée de la fièvre, du nombre des boutons à la face , et de la tendance manifeste vers la putridité.

Cette dernière circonstance cause ordinairement la mort entre les huitième et onzième

jours , quoique parfois elle n’arrive qu’au quatorzième ou seizième. Il faut remarquer encore que la petite vérole confluente , qui h’est pas nécessairement mortelle , peut donner lieu à une foule d’affections morbides différentes.

Les deux variétés de la variole laissent après elle l’économie très-disposée aux phlegmasies , surtout à l’ophthalmie et à la pneumonie , et occasionnent fréquemment le développement du vice scrofuleux, qui, sans cette circonstance , aurait pu ne se point manifester.

On doit regarder , comme un signe de bon au- ~ gure , le gonflement des mains et des pieds qui succède à celui de la face , et qui parcourt régulièrement ses périodes. La disparition subite de l’éruption, la diminution irrégulière du gonfle- ^ ment de la face ou des extrémités , la suppression du ptyalisme , la dépression des pustules , sont autant de circonstances qui dénotent un

* Medical and Physical journal. — Medical Commentaries , vol. m.

ou MALADIES FEBBILES. 353

péril imminent , surtout .quand il survient une grande prostration des forces, de la pâleur à la peau, de l’anxiété, de l’oppression, des syncopes, des convulsions , du coma ou du délire.

A l’ouverture des cadavres de ceux qui ont succombé à la variole confluente , on n’a jamais reconnu l’existence de boutons sur les viscères , ni dans les cavités intérieures , excepté dans celles où l’air a un libre accès , comme les narines, la bouche , la trachée-artère , les troncs des bronches , l’entrée du méat auditif. S’il y a prolapsus du rectum, la partie de l’intestin en contact avec l’air est souvent aussi couverte de pustules. Du re^te , on trouve à peu près les mêmes altérations organiques que dans le typhus , si la maladie a été très-grave. Lorsqu’il y a eu beaucoup de fièvre avec coma ou délire , les vaisseaux du cerveau sont distendus par du sang d’un noir foncé , et on observe des épanchemens de sérosité, principalement à la base du crâne. Dans ce cas, encore, les poumons ont souvent une teinte obscure , et semblent gorgés de fluides.

Quand une personne , qui n’a jamais eu la variole , est prise de fièvre , pour s’êtrè exposée à la contagion, il faut aussitôt avoir recours à la méthode antiphlogistic[ue , défendre toute espèce d’alimens tirés du règne animal, donner abondamment des boissons acidulées , tenir le ventre libre à l’aide de doux laxatifs , et surtout ne pas s’opposer â farrivée d’un air frais; car c'est , â n’en pas douter , le moyen le plus

3S4 PYREXIES,

propre à modérer là chaleur dans le cas qui nous occupe , et celui qu’on devra d’autant moins négliger d’employer que les symptômes paraîtront plus graves. On conçoit difficilement jusqu’à quel point la libre circulation d’un air frais modère la violence de la fièvre et des autres symptômes.

Dans la première et la seconde périodes de la variole , quand la maladie paraît intense , on peut en outre faire laver le corps , en tout ou en partie, avec de l’eau froide. Le nombre effectivement , et peut-être même la nature des pustules , dépendent spécialement de l’intensité et de la durée de la fièvre éruptive, en sorte qu’en diminuantcelie-ci, on doit influersurles autres circonstances d’une manière avantageuse ; en conséquence, il serait bien , dès qu’un individu présente les signes de la variole , de lui faire jeter sur le corps de l’eau froide toutes les quatre ou six heures , jusqu’au moment où l’éruption est faite. J’ai confirmé , par ma propre expérience , l’efficacité de ce moyen , sur lequel on trouve des détails ' dans le treizième volume du Journal de méde-

cine d’Edinburgh. En y ayant recours dès le principe de la fièvre d’invasion , on diminue le mal de tête, la douleur du dos, etc. ; on détermine une douce diaphorèse , et l’éruption se fait avec régularité et sans trouble. Dans le cas où la maladie a déjà fait des progrès , où le nombre des bdutons et la durée de la fièvre annoncent une variole confluente , le bain froid non-seulement modère les symptômes fébriles , mais encore di-

ou MALADIES FEBRILES. 355

minue la quantité des pustules , et rend ainsi le danger beaucoup moins grand.

La temperature de la chambre doit. être telle," que le malade éprouve plutôt un sentiment de froid léger qu’une chaleur trop forte ; et, à moins qu’il n’éprouve des frissons , nous ne devons rien craindre d’une pareille conduite.

On couchera les personnes atteintes de variole sur un matelas, plutôt que sur un lit de plume, ce dernier étant trop sujet a causer un degré de chaleur trop élevé , et on n’emploiera pour elles que fort peu de couvertures. S’il est possible, on les laissera dans une chambre occupée par elles seules , et on changera fréquemment le linge de corps et les draps du lit.

Yoilà à quoi se borne souvent tout le traitement ; mais quelquefois la fièvre et l’inflammation générales deviennent tellement intenses (spécialement chez les adultes d’une constitution pléthorique et robuste ) , que la peau est chaude et sèche , la fâce rouge , la conjonctive injectée , et qu’il se manifeste üne dyspnée considérable , une céphalalgie aigue , de la stupeur ou du délire ; en pareil cas, la saignée peut être indiquée, mais il ne faut la pratiquer qu’avec beaucoup de prudence , car elle peut être très-préjudiciable , si la maladie tend à se compliquer d’ataxie ou d’adynamie. On ne devrait peut-être tirer du sang en effet que dans les circonstances où aucua ^ autre remède ne serait capable de remplacer cette émission , et même alors il conviendrait peut-être de préférer une évacuation locale en

356 PYREXIES,

appliquant des sangsues ^ ou en faisant des scarifications aux regions temporales. Ce dernier moyen est d’une grande efficacité quand les yeux sont rouges et animés, ou qu’il y a coma.

On se comportera avec la meme prudence dans l’administration des purgatifs. Leur usage modéré peut diminuer l’excitation dans la variole discrète ; mais s’il y a complication d’une fièvre typhoïde , et qu’il n’existe pas simplement une fièvre inflammatoire , ils deviennent nuisibles , comme la plupart des autres antiphlogistiques. Dans le cas de constipation , afin de solliciter des évacuations alvines , on aura seulement recours aux plus doux laxatifs et aux lavemens émoiliens.

Souvent , au début de la fièvre , l’estomac éprouve une grande altération dans l’exercice de ses fonctions , et le malade est en proie à des nausées ou à des vomissemens répétés. On remédiera à cette disposition à l’aide d’un émétique , et de l’infusion de fleurs de camomille.

Il n’est point rare de voir survenir des convulsions chez les enfans un peu avant l’éruption ; cet accident, quoique effrayant, annonce pourtant une terminaison heureuse. La seule précau- ' lion, pour ainsi dire , qu’il y ait alors a prendre , est de permettre la libre arrivée d’un air frais. Mais si les convulsions se déclaraient tout au commencement de la maladie , et reparaissaient par accès répétés et violens , il y aurait un dan- . ger manifeste à redouter , et il faudrait les combattre parfopium , dont on proportionnerait la

ou MALADIES EEBBILES.

dose à l’âge de l’enfant. A un an , cinq gouttes de teinture d’opium suffisent ; à deux ans, il en faut huit, et ainsi de suite.

En pareille occurrence , les vésicatoires sont quelquefois employés ; mais rarement on en obtient un avantage marqué ; il s’écoule trop de temps avant qu’ils puissent agir.

Dans les cas où l’éruption se fait difficilement on conseille de plonger, pendant peu de temps, tout le corps dans un bain chaud ; mais peutêtre vaudrait-if mieux ne itiettre d’abord que les pieds et les jambes dans l’eau chaude , en recourant à un régime tonique , et n’user du bain que dans le cas où ce moyen échouerait.

S’il y a beaucoup d’irritation et de l’insomnie, l’opium, à petites doses, et Combiné avec une potion saline ou avec un ou deux grains de poudre antimoniale , est un médicament utile.

Les antimoniaux sont fort avantageux quand la fièvre augmente après l’éruption. On les administrera suivant le mode recommandé page 6 1 . Pour remplir la même intention , le nitre et le citrate de potasse , donné au moment de l’effervescence , sont très-bien indiqués.

Il convient également et d’éviter la chaleur , et d’exposer le corps au contact d’un air frais. Le régime antiphlogistique, dans toute sa rigueur, n’est plus, en effet, aussi nécessaire après l’éruption, ou quand la fièvre est dissipée en grande partie. line faut point cependant y renoncer trop subitement ; on tomberait dans un excès dangereux; Ainsi on continuera , autant qu’il sera nécessaire^;

358 PYREXIES ,

de remëdier à la constipation par les laxatifs et les lavemens , et on se réglera , pour la température , sur les sensations que le malade éprouvera.

Si pourtant , d’un autre côté , la fièvre continuait à être très-forte après l’éruption , il fau- drait ne point abandonner la méthode antiphlogistique et l’usage des cathartiques ; ce sont les secours les plus efficaces pour modérer la fièvre existante , et les moyens les plus certains de s’opposer à l’établissement de la fièvre secondaire , qui est toujours à craindré quand la rémission n’a point été évidente à l’époque de l’éruption.

Dans le cas où les pustules ne renferment qu’un fluide séreux et limpide , et où il y a malaise général , trouble , prostration des forces y abattement du pouls , on doit donner le quinquina à fortes doses , et en répéter fréquemment l’administration ; il pourra peut-être accroître la dyspnée et rendre l’expectoration plus difficile , mais ces inconvéniens seront plus que compensés par la manière victorieuse dont il combattra les symptômes nerveux et putrides.

On secondera ses efforts en donnant abondamment du petit-lait vineux.

Dans la petite vérole confluente adynamique , où les pustules sont pleines d’une sérosité sanguinolente , où des pétéchies s’établissent entre elles , il devient nécessaire de donner le quinquina uni au vin , ou à quelque acide , mais plus particulièrement aux acides muriatique ou sul-

Otr MALADIES FEBRILES. SSg

- furique, comme dans le typhus. On joindrait Fnsage de Falun àFemploide ces divers moyens, s’il survenait des hémorrhagies..

Si Féruption , déjà formée , vient à rentrer subitement, ou si la maladie existe chez une personne d’une constitution molle , et que le pouls soit petit et faible , que les pustules s’affaissent ; alors , outre qu’on fera boire du petit-lait vineux en quantité , on appliquera des cataplasmes irritans à la plante des pieds , et des vésicatoires successivement sur diverses régions du corps , sans se laisser arrêter par la présence des pustules. L’ammoniaque , le camphre , le musc et les aromates , seront également administrés avec avantage. Le bain chaud ne sera pas moins utile.

Si la suppuration paraît troublée dans sa marche en raison de l’insomnie, les opiacés sont indiqués. Ou donnera en conséquence chaque soir environ quarante gouttes de teinture d’opium à un adulte, et une ou deux petites, euillerées de sirop diacode à un enfant.

Les opiacés deviennent nuisibles quand il y a une vive excitation ; ils le sont également quand ils causentlecoma ; autrement, ilsproduisent constamment de bons effets ,, surtout dans la variole confluente , quand on les administre à des doses capables seulement de calmer l’insomnie , et qu’on prend des précautions contre la constipation.

Le flux muqueux de' la bouche et de la gorge , dans la variole confluente ,/ persiste ordinairement jusque vers le moment où la suppuration est achevée ; il n’exige aucun autre soin que celui

36o PYREXIES,

de défendre les parties du contact de la matière décrétée , à l’aide de boissons mucilagineuses , comme l’eau d’orge , celle de graines de lin , la solution de gomme arabique ; mais , passé ce temps, la matière devient si épaisse et si visqueuse , qu’elle est rendue avec beaucoup de dif-' ficiilté , et menace quelquefois de suffoquer le malade. Daqs ce cas , il faut lui faire prendre un émétique (i), et lui faire laver ensuite la bouche et l’arrière-bouche avec quelqué gargarisme approprié (2). Si le vomitif ne produit pas l’effet qu’on en attend , on posera un vésicatoire au cou.

Si , au moment où le gonflement de la face vient à tomber , nous n’apercevons point de tuméfaction aux extrémités , ainsi que cela doit être, nous y appliquerons des cataplasmes et des^ vésicatoires , dans la vue d’y exciter de l’inflammation.

Dans les cas de congestion vers la tête , la poitrine ou l’abdomen, on emploiera les pédiluves, les vésicatoires et les sinapismes aux pieds.

Lorsque , ainsi que cela arrive quelquefois , il

(ï) Of Ântimon. tartar. ^ gr. j 15

Âq uæ fontis ........... 5 j.

Oxymel. Scillæ . . • . . % ù.

M. F. Haustiis.

(2) Inf. Rosæ . . ^ vif.

Mel. optim. 5 j*

,M.F. Gargarismus.

Voyez aussi pfig. aii.

ou MALADIES FEBBILES. 36 1

survient une strangurie ou une suppression d’urine , on pourra y remédier en faisant marcher le malade les pieds nuds sur le plancher , et en lui faisant prendre un peu de nitrate de potasse. On lui jetera aussi de l’eau froide sur les jambes, comme cela se pratique pour solliciter les évacuations alvines dans certains cas , et si le tout reste sans effet , on aura recours aux moyens que nous indiquerons en traitant de cette affection des voies urinaires en particulier.

Un symptôme inquiétant et dangereux, le vomissement opiniâtre , accompagne souvent la variole ; on le combat avec succès par la potion anti - émétique de Rivière , unie à l’opium , et donnée au moment de l’effervescence.

Une forte diarrhée est un symptôme fâcheux dans la variole confluente , surtout chez les enfans , et cependant il ne faut chercher à l’arrêter que lorsqu’elle cause une faiblesse alarmante ; encore alors ne doit-on user que d’asûdngens et de toniques très-doux. Ce n’est effectivement que vers la fin de la maladie seulement que la diarrhée peut être suspendue sans péril , à l’aide des astringens et de l’opium. Si même l’effet de ces médicamens était trop prompt, on s’y opposerait avec des cathartiques.

Le régime rafraîchissant est nécessaire , toutes les fois qu’après la terminaison de la fièvre d’éruption il reste une tendance à la sueur.

Dans la variole discrète , il n’y a que peu ou point du tout de fièvre secondaire ; on en observe toujours dans la variole confluente, où elle est

362 PYREXIES,

proportionnée à la quantité des pustules , et semble le résultat d’une absorption du pus. En pareil cas , il serait peut-être convenable de percer chaque bouton en pleine suppuration ^ et d’administrer un purgatif tous les trois ou quatre jours , afin de modérer la fièvre , de prévenir l’hectisie, et d’empêcher la formation d’abcès.

Lorsqu’à l’approche de la fièvre secondaire , le pouls est vif, dur et fort, la chaleur trèsgrande , la tête entreprise , et la' respiration laborieuse , on peut , en se réglant sur l’urgence des symptômes , tirer du sang , des parties spécialement affectées, au moyen des scarifications ou des sangsues , quoique les minoratifs et les autres antiphlogistiques soient certainement plus convenables. Si, au contraire, il y a de l’abattement, que les pustules soient pâles et affaissées, les extrémités froides , etc. , la fièvre est d’une nature typhoïde , et le quinquina , le vin , les aromates , les acides minéraux , l’opium et le gaz ' oxygène , sont les remèdes sur lesquels on doit particulièrement insister.

On a recommandé , pour prévenir les marques que la variole peut laisser sur le visage , de laver celui-ci trois ou quatre fois par jour, avec un mélange d’eau et de lait chaud , et de le couvrir, le septième ou le huitième jour, avec un masque de fine batiste , enduit d’un mélange d’huile d’olives , de cire blanche et d’axonge de porc , ou de cérat de blanc de baleine. On renouvelle cette application deux ou trois fois par jour.

Quand les pustules sont très-multipliées sur la

OÜ MALADIES FÉBRILES. 363

face , les yeux sont souvent fort affectés , et la vue peut être perdue pour toujours. L’usage des collyres adoucissans et légèrement astringens est donc ici très-utile. En même temps , pour empêcher l’agglutination des paupières , on les lave par intervalles avec du lait chaud, et on en enduit les bords avec une pommade émolliente.

La variole , surtout si elle est intense , détermine l’apparition des scrofules chez les individus qui y sont prédisposés. On rencontre souvent dans la pratique ce cas , aussi désespérant pour l’homme de l’art que pour le malade.

Pendant le cours de la variole , tant discrète que confluente , on soutièhdra les forces du malade avec de légers alimens , des panades , des préparations de sagou , de fécide d’aiTO\v-root ( Maranta indica ) , des pommes cuites , etc. Pour boisson ordinaire , on donnera l’eau de gruau, ou l’eau d’orge , légèrement acidulées ; si la fièvre n’est pas intense , on fera prendre par intervalles du petit-lait vineux, tandis que , si elle se rapproche du typhus , on administrera largement le vin pur.

De r Inoculation^

L’expérience a démontré qu’en mettant le virus variolique en contact avec une plaie ou une surface dénudée, de manière à ce que son absorption pût avoir lieu , il en résultait une fièvre moins intense et une éruption moins forte , que si la maladie était contractée naturellement.

364 PYREXIES ,

Ma] gré un avantage aussi réel , on a élevé une foule d’objections contre l’inoculation, disant que par elle on expose un individu à un danger qui pourrait fort bien ne point l’atteindre dans tout le cours de sa vie : mais en s’y refusant , ne le laissera-t-on point courir les chances d’un péril bien plus grand , puisque, dans ses relations avec ses semblables, il devra contracter naturellement la maladie presque à coup sûr ?

On a dit encore qu’il y a des observations qui semblent prouver , qu’ après avoir eu la variole par inoculation , on peut la gagner une seconde fois. Mais un pareil cas est très-rare , et on n’en a pas encore d’exemple ^lassez authentique : il est probable , en effet , qti’ alors la matière inoculée n’est véritablement point du virus variolique , mais provient de quelque autre maladie éruptive , comme la varicelle, que, par défaut de connaissances ou d’attention , on peut confondre avec la variole.

On a calculé qu’il périssait un tiers des adultes, et un septième environ des enfans qui étaient atteints de la petite vérole naturelle , tandis que la proportion n’était que d’un sur cinq qu six cents , quand elle était le résultat de l’inoculation.

On croit généralement que la pratique de l’inoculation a été importée de Turquie en Angleterre, vers l’année 1721, par lady Mary Wortley Montague , qui avait fait inoculer son fils pendant son séjour à Constantinople , et dont la fille subit cette opération la première dans la grande

ou MALADIES EÉBKILES. 365

Bretagne. Quelques lettres cependant du docteur Williams, de M. Owen , et de M. Wright , insérées dans les transactions philosophiques pour l’année 1722, nous apprennent que depuis long-temps!’ inoculation était connue et employée dans le midi du pays de Galles. Il paraît aussi qu’avant son introduction en Angleterre , elle était pratiquée dans les montagnes d’Ecosse.

Mungo Park , pendant ses voyages dans l’intérieur de l’Afrique , a trouvé que l’inoculation était une coutume déjà ancienne parmi les nègres de la côte de Guinée , qui suivent à peu près en cela le même procédé que les Européens, et choisissent la même époque de la vie.

Nous ne savons donc rien de certain sur la véritable origine de l’inoculation , quoiqu’en général on en attribue l’invention aux Gircassiens, jaloux de conserver la beauté de leurs femmes. Il est probable que c’est cette même raison qui l’a fait employer isolément chez les diverses nations où la variole était connue depuis longtemps , et la preuve en est, que partout où l’on peut remonter à la source de cette pratique, 011 voit c|u’eîle a été employée par les vieilles femmes , bien avant d’avoir été adoptée par les médecins.

Plusieurs de ceux-ci ont d’abord regardé cette opération avec mépris , en raison de son origine : d’autres nièrent les faits ; quelques-uns crurent à ses avantages sur les témoignages envoyés de l’étranger , mais ne pensèrent pas que cela leur suffît pour la recommander aux familles

dont ils soignaient les maladies ; C€ ne fut qu’après l’avoir essayée sur six criminels , qui tous en revinrent et obtinrent leur grâce , qu’on osa la pratiquer en iy26 sur la famille royale ; après quoi elle fut reçue généralement.

Pour assurer le succès de l’inoculation , il faut observer rigourëusement les conditions suivantes :

1°. On évitera d’inoculer un individu qui serait d'une mauvaise constitution , et que l’on soupçonnerait attaqué de quelque maladie , afin de ne pas avoir à combattre à la fois ou deux affections, ou une mauvaise constitution et une maladie.

2°. On fera suivre , à la personne inoculée , un régime convenable , et on la soumettra à une diète modérée : s’il y a pléthore , on usera des laxatifs , combinés avec les mercuriaux et les antimoniaux , comme nous le dirons.

3^*. L’individu sera le plus jeune possible , mais cependant on tâchera qu’il n’ait pas moins de quatre mois.

4*^. On choisira une époque de l’année où la température ne soit pas élevée ; on recommandera de ne point s’exposer aux rayons du soleil, ou â l’ardeur d’un feu violent, de ne point séjourner dans une chambre trop chaude , de ne point trop se vêtir , de rester peu au lit.

5®. On prendra le virus sur un jeune sujet qui 'ait une variole bénigne , qui soit sain et exempt de toute autre maladie, et on aura soin de l’employer le plus promptement possible.

ou MALADIES EÉBBÏLES. 3^7

Quand on ne peut point se procurer du virus de bonne qualité , et que la personne est évidemment en danger de contracter la petite vérole naturellement , nous ne devons pas hésiter à nous servir du premier virus venu ; souvent, en effet , on a remarqué que Finoculation de la variole maligne en avait produit une bénigne , en sorte , que le caractère de la maladie ne dépend que peu ou même point du tout de la nature du virus qui la communique. Cependant /le virus variolique , aussi bien que le vaccin , conservé pendant long -temps dans un endroit chaud, éprouve une sorte de fermentation putride , qui donne naissance à un principe contagieux, d’ùne autre espèce.

Pour inoculer , on ne doit faire que la plus légère piqûre ou égratignure possible au bras , et promener plusieurs fois sur elle la partie de la lancette chargée de virus, afin d’assurer l’absorption. On aura aussi l’attention de ne rabattre la manche de la chemise, que lorsque la petite plaie sera parfaitement sèche.

Au lieu de piquer ou d’égratigner la peau du bras , on a conseillé d’introduire obliquement la lancette imprégnée entre l’épiderme et le derme, de manière à ce que la blessure fût assez légère pour ne point amener l’écoulement du sang. Cette méthode me parait préférable ; mais , en retirant l’instrument , il faut avoir le soin de rapprocher avec le doigt les lèvres de la petite incision , de sorte que la lame se trouve essuyée ; cette précaution assure lê succès. L’application

368 PYREXIES ,

d’emplâtres ou de bandages est absolument inu tile.

Pour produire la maladie , il faut que le virus variolique soit appliqué à une surface vive. Le docteur Rush assure n’avoir obtenu aucun effet en l’appliquant sur la peau intacte, et qu’une jeune négresse en avala impunément une certaine quantité dans une potion.

Un phénomène remarquable de cette opération, c’est que, alors même que ,1a variole ne se dé- ' veloppe point, le lieu de la piqûre s’enflamme et suppure , comme si elle devait réellement survenir, et que le pus qu’on en obtient communique lui-même parfaitement la maladie. La même circonstance a lieu souvent aussi pour la vaccine.

Si , au quatrième ou cinquième jour , il n’y a ni rougeur ni inflammation locales , on doit pratiquer de nouveau l’inoculation sur le bras opposé , ou , pour plus de sûreté, sur les deux bras à la fois.

Il est des individus que la variole ne saurait atteindre. D’autres résistent pendant un temps à la contagion , quoiqu’ils y soient fréquemment exposés, et peuvent être même impunément inoculés plusieurs fois de suite, et cependant ils contractent plus tard la maladie tout simplement en fréquentant des individus qui en sont atteints. Huxham cite plusieurs cas analogues. « Je con- :» nais , dit-il , une vieille nourrice et un apothi-

Caire qui, pendant plusieurs années, soignè- » rent un grand nombre de personnes atteintes

ou MALADIES FEBBILES. 869

» de la petite verole , sans jamais la gagner ; » d’autres ont tâche de la contracter en visitant » souvent ceux qu’elle attaquait, et ont vu leurs » espërances trompées ; cependant, au bout de » quelques années, un certain nombre d’entre » eux en ont éprouvé les symptômes.

Au moment de l’apparition de la fièvre , c’està-dire vers le septième jour après l’inoculation ordinairement , il faut empêcher le malade de garder le lit, l’obliger à rester levé, et à s’exposer à l’air frais autant que possible. S’il a de l’altération^ on lui ordonnera une tisane délayante fraîche. Il faut aussi qu’il couche seul dans son lit ; s’il s’y trouvait un autre individu avec lui, le nombre des pustules serait considérablement augmenté. ^

Depuis l’instant de l’inoculation jusqu’à celui de l’éruption , il faudra rejeter toute nourriture animale , et faire prendre un laxatif tous les deux ou trois jours, si le sujet est replet, en administrant, les jours intermédiaires, vingt-quatre grains pour les adultes, et six grains seulement pour les enfans d’un an, d’une poudre faite avec un gros de chaux préparée, dix grains de caloméîas, et un grain de tartrate de potasse et d’antimoine.

Quelques expériences récentes semblent nous porter à croire que les remèdes préparateurs n’ont que peu ou point d’influence sur féruplion à venir, et que la bénignité de celle-ci ne peut être attribuée qu’à l’opération elle -même, et abstraction faite de toute autre circonstance. Au sein de l’Institut de France, M. Désessarts a.

370 PYREXIES,

dit-on , cité beaucoup de faits d’où il conste que la variole naturelle est considérablement adoucie par l’usage des mercuriaux, en sorte qu’on pourrait espérer un effet analogue pour la variole inoculée*. Effectivement, les observations de van W^oensel démontrent qu’on rend la maladie fort légère en administrant de petites doses de calomélas quelques jours avant l’inoculation, et en les continuant jusqu’au moment de la fièvre éruptive. Le même auteur a remarqué que le virus variolique perdait sa faculté contagieuse , lorsqu’on le triturait avec quelque préparation de mercure.

Le traitement de la variole inoculée est absolument le même que celui qui a été indiqué pour la variole naturelle; dans l’une comme dans l’autre , on ne doit point négliger les purgations consécutives.

( On a proposé divers moyens propres à anéantir la petite vérole. Le docteur Hay garth s’est beaucoup occupé de ce sujet ** ; en suivant exactement les règles qu’il prescrit* on réussirait probablement à éteindre ce fléau. Un moyen plus sûr et plus efficace encore cependant est de transmettre la vaccine , par la voie de l’inoculation , à tout adulte qui n’a jamais eu la variole , et à tous ' les nouveau-nés.

C’est par quelque erreur typographique , sans doute , que dans le texte anglais M. Désessarts est nommé Dessarts.

Sketch of a plan to exterminate the casual S mall-pox from Great Britain,

ou MALADIES FEBRILES. Syl

Du Cow-pox ou de la Vaccine,

Dans plusieurs des contrées où Ton élève beaucoup de vaches , on sait depuis long-temps que ces animaux sont sujets à présenter siii leurs pis des boutons , qui se communiquent parfois aux mains et aux bras des personnes chargées de traire leur lait , et produisent un petit ulcère et une légère attaque de fièvre. Les habitans de ces lieux ont aussi depuis long -temps remarqué que la variole épargnait ceux qui avait contracté cette maladie , connue sous le nom de Cow-pox,

Elle n’avait pourtant été le sujet d’aucune recherche médicale , jusqu’à l’époque où le docteur Jenner, de Berkley dans Gloucestershire , s’en occupa d’une manière particulièi'e. Il prouva clairement que c’était une affection infiniment moins grave que la variole , dont elle préservait réellement les individus chez lesquels elle avait existé. Il observa aussi qu’elle n’était contagieuse que par inoculation , en sorte qu’on pouvait la donner à un membre d’une famille sans mettre les autres dans le cas de la contracter, considération de la plus haute importance. C’est d’après l’autorité de M. Jenner que plusieurs praticiens remplacèrent la variole par la vaccine , procédé dont l’excellence est aujourd’hui reconnue de tout le monde.

Pour ce qui est de la cause de cette maladie chez les vaches , il paraît , dit le docteur Jenner, qu’elle réside dans la matière que fournissent les pieds de chevaux affectés de javarts , matière

SyS PYREXIES,

qui par défaut de soin et de propreté , peut rester adhérente aux doigts de ceux qui ont soigné ces animaux , et qui vont ensuite tirer le lait des vaches. Néanmoins, d’après des expériences multipliées faites par le docteur Woodville et par M. Coleman , professeur à l’école vétérinaire , avec la matière du Javart recueillie aux diverses périodes de la maladie , il paraît que rien de semblable n’a lieu. En outre , l’inoculation de ce fluide et celle de plusieurs autres, résultats d’une sécrétion morbide chez le cheval , restent sans effet sur l’homme, ce qui est loin de s’accorder avec les faits avancés par le docteur Jenner. Ceux-ci paraissent cependant confirmés par quelques autres essais tout récens

Quelques particularités sembleraient devoir faire penser , au premier coup d’œil , que la vaccine et la variole sont ordinairement une seule et même maladie , qui de la vache aurait passé à l’homme dans un temps déjà éloigné , et qui , dans une longue série d’années , et sous l’influence des variations si nombreuses dans les diverses constitutions , aurait revêtu les caractères que nous lui connaissons aujourd’hui. Mais les faits suivaus infirment totalement cette opinion.

Plüsieurs essais ont prouvé que la vaccine et 3a petite vérole n’étaient point susceptibles de se combiner, mais que , dans toutes les circonstances, chacune d’elles conservait son caractère spécial. On a reconnu , à l’hôpital de la variole à

* Medical and Physical Journal j voL ly. pages 38i and

ou maladies FÉBBILES. 373

Londres, que rinoculation d’im melange de vaccin et de virus variolique , produisait tantôt des boutons de vaccin , tantôt des. pustules de petite vérole , sans aucun changement dans la manière d’etre des uns ou des autres. En outre , si les deux virus sont insérés isolément dans des piqûres séparées , mais assez rapprochées pour que les deux pustules qui en doivent naître soient obljgées de se confondre en une seule, on inoculera la vaccine avec le fluide pompé dans un des côtés de cette pustule , et la petite vérole avec celui pris dans l’autre moitié. La vaccine et la variole diffèrent encore d’ailleurs en ce que l’inoculation de la dernière peut, comme l’on sait, vaincre la maladie naturelle plusieurs jours meme après l’infection.

Les personnes , soumises enmênie temps à l’influence de la variole et à celle de la vaccine, éprouvent les effets de l’une ou de l’autre. Le bouton de vaccine parvient à son terme dans le nombre de jours ordinaire , et l’époque de la maturité des pustules varioliques est signalée par une éruption sur diverses régions du corps : mais , passé le neuvième jour après l’insertion de la vaccine , rinoculation de la petite vérole est sans aucune espèce de suite.

L’inoculation simultanée des deux fluides modifie réciproquement leur action. Le bouton de vaccin est plus petit, et marche plus lentement ; les pustules varioliques sont exigués , dures , luisantes , et offrent seulement un point de suppuration à leur sommet, v-

374 PYREXIES,

D es mamelles des vaches , la Tnaladie passe aux lai lier es -et autres gens employes à tirer le lait , ce c[ui la propage dans la ferme , jusqu’à ce , que presque tout le troupeau fait éprouvée.

Sur les mamelons des vaches , la vaccine se manifeste sous la forme de pustules irrégulières, ayant une teinte à peu près livide au moment de deur apparition , et étant entourées d’une auréole érysipélateuse , au moins si l’on en croit le docteur Jenner , carie docteur ^^oodville pense que celte auréole ^est plutôt une tuméfaction de la peau avec induration. Lorsque les remèdes convenables ne sont point employés à temps ,

ces pustules dégénèrent en ulcères rongeurs qui

deviennent inquiétans , altèrent fortement la santé des animaux , et diminuent notablement la quantité du lait.

C’est alors que des taches inflammatoires commencent à se développer ça et là sur les mains et les poignets des domestiques chargés de traire les vaches ; elles parviennent rapidement à la suppuration , ressemblant d’abord aux phlyctènes d’une légère brûlure. Elles se déclarent le plus communément autour des articulations , et aux extrémités des doigts : mais quel que soit leur siège , si la partie le permet , la vésicule ‘suppuratoire prend une forme circulaire , offre une circonférence plus saillante que son centre , et acquiert une teinte bleuâtre. Une absorption s’opère , et , par suite , des tumeurs se développent sous chaque aisselle ; les mouvemens du pouls sont accélérés ; des frissons , une lassitude gé-

ou MALADIES FEBRILES. SyS

nérale , des douleurs dans les membres et les lombes, desvomissemens surviennent. Parfois, aussi, du dëlire s’établit/ '

Ces symptômes , dont le degré d’intensité va-^ rie, durent ordinairement trois ou quatre jours ; après quoi il reste sur les mains des ulcères trèsdouloureux , qui ne se ferment que lentement et deviennent quelquefois phagédéniques, comme ceux qui les ont produits.

Les lèvres, le contour des narines, les paupières et d’autres parties du corps se montrent quelquefois aussi le siège d’ulcérations analogues, lorsque le malade les frotte ou les gratte avec ses doigts affectés.

Le docteur Jenner n’a jamais vu la vaccine devenu funeste , soit dans les cas où elle arrive naturellement , soit dans ceux où elle est inoculée. Le docteur W^oodvilie a eu occasion de voir la mort arriver une fois sur le nombre de cinq cents vaccinations qui ont été pratiquées sous sa direction : c’était chez un enfant à la mamelle , qui succomba le onzième jour après l’insertion du vaccin au bras.

C’est ce malheur , et l’observation de quelques cas où là fièvre fut très-violente , qui firent d’abord de ce médecin un des adversaires de la vaccine ; mais depuis , par suite d’un plus grand nombre d’essais, il s’est rangé du parti de presque tous les médecins, et accorde à ce moyen prophylactique les plus grands avantages.

Les morts, en petit nombre , qu’on a vues aiTi-

376 PYREXIES ,

ver à la suite du développement du vaccin , paraissent dues à quelque particularité inconnue de la constitution du sujet , à la naissance de maladies indépendantes absolument de la vaccine , à Finflammation déterminée chez les jeunes enfans par des causes accidentelles, spécialement quand ils ont été mal alimentés ou qu’ils ont eu une mauvaise nourrice , ce qui se rencontre assez ^ souvent dans la classe indigente.

Quand les pustules sont multipliées , comme cela arrive quelquefois lorsque la maladie est transmise immédiatement par la vache , il sur-, vient une fièvre vive ; quand , au contraire , il y a eu inoculation y on ne voit que peu de pustules ; elles sont en général placées autour de la piqûre , et le malade n’éprouve que pèu ou gpint de malaise.

L’expérience nous a appris qu’^en passant d’individu à individu , le virus vaccin se modifie singulièrement , et devient beaucoup plus doux. Quoique le cow-pox ait, dans plus d’un cas, paru une affection grave , chez ceux qui l’avaient reçu immédiatement de l’animal , rarement les symptômes ont acquis une certaine intensité ou le moindre accident est survenu^ lorsque la matière à inoculer avait été prise sur un homme.

Parfois , seulement , on a vu l’éruption être très-étendue, et précédée d’une rougeur de feu ; nous devons attribuer ce phénomène à quelque vice constitutionnel chez les individus où il se présente , à une complication de quelque autre

ou MALADIES EEBBILES; 877

exanthème, à un commencement de putréfaction dans la matière employée pour yacciner, ou à toute autre cause inconnue.

Les soins du médecin sont en général inutiles dans la vaccine , si ce n’est lors de la maladie naturelle, quand il existe une certaine fièvre ; 011 doit recourir alors au régime antiphlogistique.

Il faut que le vaccin ait une nature bien singulière, puisque tout individu sur lequel il a agi est à jamais préservé de la variole, et ne la contracte ni en s’exposant à ses effluves contagieux , ni même en se, la faisant inoculer. Ce fait est prouvé par les expériences d’un très-grand nombre de praticiens , et la permanence de cet effet avantageux n’est plus même aujourd’hui un objet de doute. On pensa à la vérité, dans l’origine , qu’une première éruption de vaccine , tout en préservant de la variole , ne devait pas en empêcher une seconde , et qu’on pouvait contracter la maladie plus d’une fois. Très-rarement néanmoins il en doit arriver ainsi ; on observe, au reste, la même chose pour la variole ; ce sont des anomalies.

Dans son premier traité , le docteur Jenner annonce que la variole n’empêche pas constamment le développement de la vaccine , quoiqu’elle y oppose en général un grand obstacle : qu’il est, en effet, des individus où la susceptibilité d’être atteint par le vaccin n’est détruite qu’en partie , et d’autres où elle persiste dans son entier. Postérieurement , on a été pleinement convaincu de la fausseté de cette assertion.

378 PYBEXIES.

Peu après Fépoque où parut cet ouvrage du docteur Jenner, on cita quelques exemples contraires à l’action preservative de la vaccine ; mais ce médecin les attribua au développement d’une fausse vaccine , et ne crut point qu’ils infirmassent en rien la loi générale.

Toutefois, en employant ce terme, il ne prétend point dire qu’il y ait un vrai et un faux vaccins ; il s’en sert simplement pour désigner une anomalie sous le point de vue de la formation et de la marche de la pustule ordinaire de vaccine , anomalie qui influe sur soji efficacité. Les vaccinateurs doivent , par conséquent , connaître la marche régulière des pustules , et savoir saisir le moment le plus favorable pour en extraire la matière.

M. Goldson , de Porstmouth et quelques autres médecins, ont cherché à prouver plus récemment que la vaccine ne délivrait point toujours de la variole : mais une ou deux exceptions sur une masse de plus de trente mille faits positifs, ne peuvent être regardées que comme des accidens, wsur lesquels il est impossible de baser aucun raisonnement. On a observé des cas , analogues chez les individus même qui avaient été inoculés avec le virus variolique. Quand ils se présentent, il ne faut les regarder que comme de pures anomalies.

On ne saurait nier cependant que l’inexpérience des premiers vaccinateurs n’ait causé beaucoup de ces phénomènes. Nous devons même

* Cas&s of Small-pox subsequent to vacçination.

OIT MALADIES FÉBBILES.

penser qu’en prolongeant nos recherches observations , nous connaîtrons par la suite plusieurs moyens de diminuer encore le nombre des cas irréguliers , et nous pourrons apprécier avec exactitude ceux où l’insertion du virus aura eu un plein effet.

Les individus vaccinés , chez lesquels la maladie a paru suivre sa marche accoutumée, et qui, cependant, contracteiit ensuite la variole, comme cela a eu lieu quelquefois , n’ont généralement que des pustules imparfaites , qui disparaissent en peu de jours, sans avoir porté une influence générale sur l’économie. Pourtant , le pus de ces pustules donne la petite vérole véritable. Ce fait a été mis en avant par les ennemis de la vaccine , pour démontrer que les vaccinés peuvent par la suite contracter la variole à l’aide de l’inoculation ou autrement ; mais il est facile de reconnaître qu’ils n’ont point su établir la différence qu’il y a entre une infection locale et une infection générale ; peut-être même n’ outils point con^u comment un individu pouvait transme ttre à d’autres une maladie dont lui-même n’était point atteint.

Jenner a assigné à la fausse vaccine les causes suivantes :

1°. On peut recueillir la matière sur des pustules, développées à la vérité sur le pis d’une vache , mais ne contenant aucun virus spécifique.

2“. La matière, quoique bonne primitivement, peut éprouver une décomposition par l’effet de la

et nos

38o PYREXIES ;

putréfaction ou de toute autre circonstance peu

appréciable.

y. Elle peut être prise dans un ulcère , suite de la vraie vaccine , mais parvenu à une période trop avancée.

4“. Enfin , la matière, produite sur la peau de l’homme, combinée à quelque autre matière fournie par une maladie d’un cheval , peut également donner naissance à une fausse vaccine.

Les caractères de la vraie vaccine , sont les suivans : Bouton circonscrit , circulaire , saillant , entouré par un cercle rouge , ou par une efflorescence ; surface lisse ; croûte brune , noire , ou de la teinte de l’écorce de mahogani et des graines de tamarin , et persistante pendant un long laps de temps.

Quelques chimistes français ont fait l’analyse du vaccin ; il n’y ont trouvé que de l’eau et de l’albumine.

On s’est étayé des raisons suivantes , pour démontrer la supériorité de l’inoculation de la vaccine sur celle de la variole :

I®. Sur une quantité de plusieurs milliers , un ou deux seulement des individus vaccinés sont morts.

Très-rarement, la variole s’est manifestée sur quelques personnes prises entre plusieurs milliers d’individus vaccinés, qu’on avait soumis à une. contre-épreuve , ou qu’on avait laissés exposés aux miasmes contagieux de l’affection. Une longue tradition atteste cette particularité pour la vaccine fortuite.

ou MALADIES FEBBILES. 38 1

3®. On peut avancer avec sécurité que la vaccine inoculée est une affection constamment plus légère que la variole inoculée aussi , et que la proportion des cas graves est , dans Tune et dans l’autre , comme un est à dix.

4“. La vaccine ne paraît pas susceptible, comme la variole , de se communiquer par les émanations du corps des individus qui en sont atteints. Si donc l’inoculation de la vaccine devenait générale , on pourrait espérer de voir la variole anéantie.

5®. Elle ne se transmet point non plus directement par les habits , les meubles , les draps de lit, les lettres, etc. On ne doit donc jamais craindre de l’inoculer , et, généralement, ne jamais redouter de la propager par ces voies détournées*

6®. Tout individu, qui a été atteint d’une véritable vaccine , est , pour la suite , à l’abri de cette affection. Donc l’objection qu’on avait d’abord faite qu’au lieu de la variole , on introduisait ainsi une maladie éruptive nouvelle, susceptible d’attaquer plusieurs fois la même personne, tombe d’elle-même.

7®. Ceux qui ont eu la variole semblent exempts de la vaccine , contre l'opinion qu’on avait d’abord eue. Donc on ne les exposera point ainsi à une nouvelle infection.

8®. L’expérience a démontré qu’on ne devait redouter aucune marque sur la peau à la suite de la vaccine.

9®. Rien ne paraît indiquer non plus que ia

382 PYREXIES,

vaccine , soit inocule'e , soit naturelle ^ entraîne

jamais aucune maladie à sa suite.

En passant ainsi en revue ces divers argumens , fondés sur des faits , on ne saurait s’empêcher de croire que bientôt rinoculation de la vaccine remplacera celle de la petite vérole , et abolira ainsi cette affreuse maladie , ce qui serait encore bien plus certain, si Ton pouvait persuader à tous les parens de faire vacciner leurs enfans peu de temps après la naissance. Une preuve de la bonté manifeste de cette pratique , c’est son introduction dans les armées de terre et de mer , sa propagation en France , en Espagne , en Allemagne , sur tout le continent, et dans les deux Indes ; aussi , faut-il espérer que , dans peu , elle sera adoptée par toutes les nations du monde avec lesquelles nous avons des communications.

En inoculant le virus vaccin , il faut faire attention aux circonstances suivantes :

I®. La matière ne doit pas être recueillie plus tard que le onzième jour après le début.

2“. Le fluide doit être parfaitement transparent. On ne peut compter sur son efficacité , dès qu’il est opaque.

3®. Si on ne l’emploie pas immédiatement , il faut le faire sécher par degrés, mais entièrement, avant de le conserver pour l’usage à venir.

4^^. Les piqûres ne sauraient être trop superficielles ; il n’en faut d’ailleurs qu’une à chaque bras.

5®. On tâchera de réprimer, aussitôt que pos-

ou MALADIES EEBRILÉS. 383

sible , toute inflammation un peu vive qui se manifestei-ait : ori y réussira surtout à l’aide des applications froides et astringentes.

D’après le rapport des médecins du comité de vaccine , la matière d’une seule pustule , mêlée avec un quart d’once d’eau chaude , a donné naissance , par inoculation , à un bouton de vaccin aussi bien caractérisé que si elle eût été pure, lequel a été accompagné d’une fièvre , d’un trouble des fonctions tout aussi forts. C’est donc là un moyen d’inoculer un grand nombre d’enfans avec une seule pustule , et un avantage trèsgrand pour ceux qui voient une quantité de" pauvres.

De la Varicelle, (Varicella. )

Comme la variole, cette maladie paraît dépendre d’un virus spécifique , et n’attaque chaque individu qu’une fois dans sa vie.

L’éruption est quelquefois précédée de frissons , auxquels succèdent de la rougeur à la face, de la chaleur , des douleurs dans le dos , de la céphalalgie, de la soif, de l’insomnie, et une accélération dans les mouvemens du pouls. Quelquefois , aucun de ces symptômes n’est apparent. Vers le second ou le troisième jour , les pustules se remplissent d’un fluide séreux , qui n’acquiert jamais une teinte jaune comme dans la variole , avec la variété bénigne de laquelle la maladie paraît pourtant avoir quelques rapports. Vers le cinquième jour communément, elles se dessèchent et forment des croûtes ou des écailles.

384 PYBEXIES,

Jamais la varicelle n’est dangereuse.

La variole et la varicelle diffèrent l’dhe de l’autre , en ce que , dans la première , l’ëruption est précédée d’une fièvre d’une certaine durée qu’on ne remarque point dans la seconde, ou qui s’y montre bien plus légère; en ce que les vésicules se développent beaucoup plus vite dans celle-ci ; en ce que , vers le second ou le troisième jour, elles sont remplies de sérosité ; en ce que la matière qu’elles renferment ne prend jamais l’apparence du pus ; en ce qijie les croûtes sont Iformées dès le cinquième jour, époque à laquelle les pustules de la variole ne sont point encore parvenues à leur plus haut point de suppuration.

11 est important de se bien pénétrer de ces différences , car , sans doute , plus d’une fois , on a pris la varicelle pour la variole , et même on l’a inoculée au lieu de celle-ci , circonstance qui peut servir à expliquer comment la variole s’est quelquefois manifestée à deux reprises chez un même individu.

Au moment de l’éruption, il convient de soumettre le malade à une diète légère, et, lorsqu’elle est passée , de donner un ou deux purgatifs rafraîchissans. En général , il n’y a rien de plus à- faire : cependant , si la fièvre était forte , on administrerait quelque préparation antimoniale à doses rompues , des potions salines et du nitre , ainsi que nous l’avons conseillé en parlant de la fièvre simple et de la variole discrète. On fera boire en abondance des tisanes délayantes froides, ou tiendra le ventre libre à

OÜ MALADIES FÉBRILES.’ 385

Taid^sde doux laxatifs et de lavemens ëmolliens.

Le meme traitement est indique pour l’ëruplion appelëe par les anglais Swine-pox ^ laquelle n’est, en effet, qu’une variëtë de la varicelle ou de leur Chicken-pox,

De la Rougeole. ( Morbilli. )

Cette maladie est une sorte de fièvre catar-« rbale , dans laquelle il y a un transport d’une ma« tière âcre à la surface du corps , ce que l’on reconnaît à la prësence d’une multitude de petites taches rouges , qui ne viennent jamais à suppuration , comme dans les maladies prëcëdentes.

On dëcrit plusieurs variëtës de la rougeole dans les traitës de nosologie ; on peut toutes les rapporter à deux principales seulement , l’une , accompagnëe d’une diathèse inflammatoire, l’autre , caractërisëe par une tendance gënërale â la putriditë.

Parfois , la scarlatine ressemble tellement à la rougeole , qu’il devient très-difficile de l’en distinguer, et cependant rien n’est plus important, puisque le traitement des deux maladies est tout à-fait diffèrent. D ans la première , la teinte rouge est plus uniformément répandue que dans la seconde , et ne se divise point en taches distinctes et isolées , quoique , dans quelques cas , cette particularité se rencontre. Dans la rougeole , l’éruption forme une saillie plus marquée et est appréciable au tact , ce qui n’a point lieu pour la scarlatine , où les bras seuls offrent quel-

qoefois de légères inégalités. Dans celle-ci , il y a rarement de la toux , les yeux ne sont pas très-humides , et les paupières ne sont ni rouges ni gonflées , tous symptômes ordinaires de la rougeole. L’époque de Féruption est également différente ; dans la fièvre scarlatine , elle paraît dès le second jour , tant sur la face que sur les bras ; dans la rougeole , elle commence seulement vers le troisième jour à se montrer sur le menton et sur la poitrine, et ne se manifeste sur les bras et les mains que dans le courant du quatrième ou du cinquième jour.

La rougeole peut régner épidémiquement dans toutes les saisons de Fannée ; mais le milieu de Fhiver paraît plus favorable à son développement : elle attaque des individus de tous les âges, mais plus particulièrement des enfans. Elle est plus dangereuse chez les sujets pléthoriques ou scrofuleux, que chez lesautres. Gomme la variole, elle n’atteint jamais qu’une seule fois une même personne , et semble résulter de l’existence d’un virus spécifique.

D’après un grand nombre d’observations faites récemment à New-York, tandis que la rougeole régnait dans cette ville , il paraît que souvent la maladie n’est point légitime , et peut exister avec de faux symptômes , comme cela arrive pour la variole et pour la vaccine \ Plusieurs individus, qui, pendant une épidémie antérieure et après s’être exposés à la contagion , avaient présenté quelques symptômes irréguliers

* New- York Medical Repository^ iwl. y, 3.

ÜTJ maladies FEBRILES. ■ 887

lie uevre , d’affection catarrhale et d’éruption même , de manière à tromper les assistans , furent ensuite atteints de la rougeole sous sa forme vraiment naturelle. Ce fait est également attesté par le docteur W^illan suivant lequel la rougeole sans affection catarrhale est une variété trop douce et trop peu ordinaire de la maladie , pour en préserver consécutivement. Il eut occasion de faire cette observation chez deux de ses propres enfans , à deux ans d’intervalle. Dans un ouvrage publié nouvellement ce même médecin rapporte plusieurs autres cas analogues , dans lesquels l’efflorescence , sans symptômes de fièvre ou de catarrhe , ayant disparu , il sürvint le quatrième jour une pouveile efflorescence avec trouble général des fonctions.

L’éruption de la rougeole est communément précédée par un sentiment de froid et par des frissons, auxquels succèdent de la chaleur, de la soif, de l’anxiété , de la céphalalgie, des douleurs dorsales et lombaires, de la pesanteur, de la rougeur à la face et aux yeux , î’épiphora , le gonflement des paupières , des nausées, des vomissemens bilieux; à cès divers symptômes se joignent encore une toux sèche , de l’enrouement , de l’accélération dans les mouvemens de la respiration , de la dyspnée , des éternuemens répétés , un écoulement d’un mucus âcre par les

* Reports on the Diseases of London ^ i799 ? 2^7.

Description and Treatment of cutaneous Dîseases\y ord. III. part, I,

388 PYEEXIES ;

narines. Le pouls en même temps est fort et

frequent.

Dans les cas fâcheux , on voit survenir des spasmes des membres > des soubresauts des tendons , du délire ou du coma. Ce dernier symptôme , cependant , accompagne si fréquemment la fièvre d’éruption dans la rougeole , que beaucoup de médecins font rangé au nombre des signes diagnostiques de cette affection.

Comme dans les autres pyrexies en général, il y a , dans la rougeole , rémission des symptômes fébriles vers le matin , et exacerbation le soir.

Au troisième ou quatrième jour, de petites taches rouges , assez semblables à des piqûres de puces , paraissent par plaques sur la face , le cou,' et la poitrine ; un ou deux jours après , tout le corps en est couvert. Elles ne s’élèvent point en p.ustules véritables ; le toucher seul indique qu’elles forment une légère saillie.

Les symptômes fébriles ne diminuent point au moment de cette éruption , comme cela arrive pour la petite vérole ; au contraire , ils acquièrent plus d’intensité , et ils ne cessent point avant que la desquamation s’opère. Il en est de même de la toux, de l’enrouement, de la dyspnée , de l’épiphora et de l’écoulement par les narines.

C’est vers le cinquième ou le sixième jour; que , sans avoir suppuré , les taches commencent à sécher sur la face ; vers le huitième ou le neu-

ou MALADIES FEBEILES.’ 889

vlème, elles abandonnent la poitrine et les autrès parties du corps , étant remplacées par de petites écaillés qui ne tardent point à tomber elles-mêmes. Il n’est point rare de voir un flux diarrhéique signaler cette époque.

Lorsque la fièvre et les autres symptômes sont peu intenses , on peut regarder une légère diarrhée , une expectoration facile et abondante , une moiteur cutanée au moment de l’éruption , comme des signes qui annoncent une terminaison favorable. Mais une lièvre violente, la gêne de la respiration , la rougeur de la face , la dureté extraordinaire du pouls , une diarrhée abondante , la continuation du vomissement après l’éruption, une vive céphalalgie , une douleur des yeux , le coma ou le délire à un haut degré , la teinte livide des taches cutanées , la prostration des forces, la petitesse et l’intermittence du pouls, les pétéchies et les autres symptômes de l’adynamie; indiquent un péril imminent.

Les suites . de la rougeole sont fréquemment encore plus à craindre que la maladie elle-même ; on peut avoir bien supporté cette affection , en paraître même guéri pendant un certain temps , et cependant voir survenir des symptômes mortels de fièvre hectique ou de phthisie pulmonaire , ou une ophthalmie opiniâtre.

Lorsqu’il existe une prédisposition aux scrofules , la rougeole , de même que la variole , occasionne fréquemment la manifestation de cette affection.

La rougeole a encore un effet fâcheux , c’est

390 PYilEXîES ,

de laisser souvent les intestins dans un grand état d'atonie , ce qui entretient une diarrhée chronique , qui peut devenir funeste. L’hydropisie arrive aussi assez souvent à la suite de la rougeole.

Une circonstance singulière , qui tient à Fhistoire de cette maladie , c’est que , si elle a été gagnée assez tôt avant l’inoculation de la variole pour que l’éruption s’en puisse développer avant le début de la fièvre variolique , elle suspend ^ la marche de l’inoculation , et ne permet à celleci d’agir qu’après que la fièvre morbilleuse est terminée.

Les altérations organiques , qu’on observe à l’ouverture des cadavres , sont en général bornées aux poumons et aux intestins. Toujours les premiers conservent les traces d’une violente inflammation ; quelquefois même ils offrent un principe de sphacèle.

Quand le malade périt pendant l’éruption^ la trachée-artère et les principales divisions des bronches sont , ainsi que dans les cas de variole , parsemées de taches analogues à celles de la peau ; ce fait peut expliquer comment la toux augmente après r éruption.

Quelquefois la rougeole parcourt ses diverses périodes avec une marche si douce et si facile , que les secours de la médecine deviennent inutiles. Dans d’autres cas, au contraire, la fièvre augmente après l’éruption; le pouls devient fort; il y a de la toux , de la dyspnée , et d’autres symptômes de pneumorde : alors on doit tirer

ou MALADIES FEBRILES. Sgi

une quanülë de sang proportionnée à Fâge et à la constitution du sujet. Il ne faut pourtant pas pratiquer de saignée sans une nécessité absolue , ni tirer plus de sang qu’il n’est besoin : on causerait ainsi une grande faiblesse, et on prolonge- ' rait de beaucoup la convalescence. L’application des sangsues , sur la poitrine ou sur la tête , quand une inflammation paraît exister dans l’une ou dans l’autre de ces cavités , est plus couveble que la phlébotomie. On doit, au reste, s’abstenir de toute évacuation de sang quand le pouls est faible , et que , d’après le caractère de Fépidémie régnante , nous avons à appréhender la complication avec une fièvre ataxique ou adynamique.

On tiendra le ventre libre pendant tout le cours de la maladie , et conséquemment, s’il y a constipation, on administrera des lavemens émoiliens ou des laxatifs doux , comme les sels neutres. Si l’oppression ne cédait point à la saignée et aux autres moyens antiphlogistiques , on appliquerait un vésicatoire sur le lieu douloureux ou entre les épaules : une pareille application est souvent un excellent moyen pour dissiper une inflammation locale.

La toux , étant ordinairement très-fatigante , on donnera , à doses répétées , quelque potion adoucissante , huileuse ou mucilagineuse , analogue à celles que nous conseillons dans cet ouvrage , au sujet de la pleurésie , de la péripneumonie ou du catarrhe pulmonaire. Ce remède aura d’ailleurs FaYantage de s’opposer au mal de

392 PYREXIES ^

gorge et à renrouement. En outre, îe malade devra boire de l’eau d’orge ou de graines de lin , ou de la décoction d’orge composée ( Pharma^ cop. londinens. acidulée avec du suc de citron.

Quand la toux est par trop violente , et cause une profonde dyspnée ou une vive douleur thorachique , on fera respirer avec avantage la vapeur qui s’élève d’un mélange chaud d’eau et de vinaigre , et on donnera un bain de pied.

Lorsque la fièvre est intense , qu’il y a de l’insomnie , une forte chaleur , une soif ardente , on administrera , toutes les deux ou trois heures , comme diaphorétiques, de petites doses de quelque préparation antimoniale Si les symptômes angiotéiiiques prédominent manifestement , dans ce cas , comme dans tous ceux où il y a irritation , 011 aura recours au nitre et aux potions salines , en même temps qu’aux antimoniaux.

Quand la toux fatigue surtout le malade pendant la nuit, et cause l’insomnie, on fera prendre le soir quelque opiacé. Pour les adultes, on choisira la teinture d’opium qu’on unira à quelque diaphorétique (1) , mais on se contentera du

* Voyez page 6i.

(1) "if Aquæ Ammon, acet . |

- puræ . . . . . § j.

Spirit. Æther. iiilros. gutt. xx.

Vini Antimon. .......... gutt. xxx.

Tinct. Opii . gutt. xl.

Syrup, tolulan, ^ ij,

M. "P »Hausius.

ou MALADIES FEBRILES. 893

sirop^diacode pour les enfans. ïl iiè faut pourtant donner les opiacés qu’avec la plus grande réserve dans cette maladie , ainsi que dans toutes les affections inflammatoires en général , et ne jamais y avoir recours quand il y a beaucoup de fièvre ou de dyspnée. Ils ne deviennent innocens et efficaces , qu’ après la disparition de ces symptômes en conséquence d’une saignée faite à propos , et lorsque la toux et l’insomnie persistent seules.

Dans les rougeoles graves , où l’intensité de la toux , la gêne et la fréquence de la respiration , la violence de la fièvre, annoncent un danger évident, et où l’emploi de la saignée et de l’opium est équivoque , on donnera de fortes doses de teinture de digitale pourprée. Ce médicament apaise la fièvre , améliore l’état de la respiration, relâche les intestins , tandis que l’opium produit souvent des effets tout opposés. De là, sa supériorité dans nombre de circonstances.

S’il.survenait un flux de ventre abondant , on le modérerait à l’aide des astringens unis à l’opium , mais on ne ferait rien contre une légère diarrhée ; elle est souvent un symptôme favorable, S’il y a tendance à l’adynamie , on prescrira Je quinquina et les autres antiseptiques , particulièrement les acides minéraux , comme on le fait dans le typhus.

Quand l’éruption disparaît avant le temps fixé par la nature , et qu’il arrive de Fanxiété , du délire ou des convulsions , on cherchera à la rappeler, en plongeant sur-le-champ le malade dans

lia bain chaud , en posant des vésicatoires aux jambes et sur le thorax , en lui faisant boire du vin étendu convenablement d’eau chaude , en lui donnant les préparations d’ammoniaque, de camphre, d’éther, d’antimoine, etc.

Pendant toute la durée de la maladie, il est indispensable de garder le lit, et d’éviter toute atteinte du froid ; l’éruption pourrait être répercutée par son action, il ne faut pourtant point tomber dans un excès contraire , et déterminer un trop grand degré de chaleur en multipliant les couvertures, et en ne renouvelant point l’air assez souvent dans l’appartement. On réglera donc la température , suivant la nature des sensations du malade.

Le régime délayant et antiphlogistique doit être suivi dans les premières périodes de la rougeole , mais il faut ne point perdre de vue qu’il est très-affaibiissant , et que , chez les sujets d’une constitution débile , il ne doit point être poussé trop loin. Il deviendrait même très-nuisible dans les cas de complication avec la fièvre- maligne et putride. En pareille occurrence , on donnera du vin en quantité proportionnée à l’âge du sujet , à la violence des symptômes , et aux effets qu’il détermine , en même temps qu’on mettra â contribution le quinquina, les acides et les opiacés.

Après la disparition de l’éruption , on donnera une ou deux fois un laxatif, pratique qui , quoique souvent négligée , est cependant utile en prévenant probablement l’ophthalmie et (jueh ques autres affections aussi fâcheuses.

ou MALADIES FEBRILES.’ Sgf»

Si , à la suite de la rougeole , il survient de la difficulté de respirer, une douleur dans le côté et de la toux , on tirera une quantité convenable de sang , pour dissiper l’état inflammatoire produit par la maladie. En outre , on conseillera le régime que nous indiquerons en traitant de la phthisie pulmonaire commençante , c’est-à-dire que le malade prendra du lait en abondance, que la diète sera végétale , que l’air qu’il respirera sera aussi pur que possible , qu’il montera tous les jours à cheval, et qu’il évitera le froid aveii le plus grand soin.

En raison de ce qu’un fltix palpébral ou une légère ophthalmic sont fréquemment la conséquence de la rougeole , on lavera de temps en temps les yeux avec un peu d’eau de roses tenant en dissolution quelques grains de sulfate de zinc , et on évitera l’action d’une vive lumière 5ur ces organes.

Maintenant que nous venons d’exposer ce qui concerne la rougeole , il nous reste encore à dire que cette maladie , comme la variole , peut être propagée par inoculation. Le docteur Home, d’Edinburgh, paraît’, de nos jours, pour la première fois , avoir fait des expériences à ce sujet ; n’ayant pu obtenir de virus , ni une Cjuantité suffisante de débris d’épiderme au moment de la desquamation, il tira du sang de la veine la plus superficielle , dans l’endroit où l’éruption manifestait le mieux sa présence, et il en imbiba du coton, qu’il appliqua sur chacun des bras de Findividu qu’il voulait inoculer.

39G PYREXIES,

Il communiqua ainsi , dit - il , la maladie à douze personnes, et chez toutes l’operation réus^ sit au grë de ses espérances. La fièvre d’éruption commença en général six jours après l’inoculation, et les symptômes eurent moins d’intensité que dans la rougeole naturelle : la fièvre fut moins vive, la toux plus douce ou entièrement nulle , l’inflammation des yeux légère ; il y eut pourtant un épiphora aussi fort , et des éternuemens aussi fréquens qu’à l’ordinaire. Aucun accident ne troubla le cours de la maladie ; aucune affection de poitrine n’en fut la suite.

On peut , en conséquence , établir la différence qui existe entre la rougeole naturelle et la rougeole inoculée, en disant que, dans cette dernière , les poumons ne paraissent affectés à aucune époque de la maladie.

Le docteur Home a encore essayé l’inoculation suivant un autre procédé ; il plaça dans le nez d’un enfant bien portant un morceau de coton qui avait séjourné dans celui d’un enfant malade de la rougeole ; mais cette expérience , répétée à plusieurs reprises, n’eut aucun succès.

Malgré ces faits, on ne pratique jamaisl’inocu- Jation de la rougeole; au moins n’est -ce que dans des cas fort rares. Le petit nombre de ceux qui ont tenté ce moyen, n’en ont point parlé aussi avantageusement que M. Home; ils prétendent, au contraire, que la maladie est réellement plus grave.

ou MALADIES FEBRILES.

De la Fièvre scarlatine, ( Scarlatina. )

Cette maladie est ainsi appelée à cause de la couleur que prend la p^aü du malade, et des larges taches rouges qui paraissent sur diverses parties du corps.

On distingue trois espèces de fièvre scarlatine ; la simple ou bénigne ^ où il n’y a point d’ulcérations à la gorge ; X angineuse ^ où cet accident se présente ; la maligne ^ où il y a des symptômes d’adynamie ou d’ataxie. Ces deux dernières variétés sont très-fréquemment compliquées l’une avec l’autre.

On ne s’est point accordé pour séparer entièrement l’angine maligne de la fièvre scarlatine, ou pour considérer ces deux affections comme des variétés d’une même maladie. Je penche pour ce dernier avis; toutes deux, en effet, régnent épidémiquement dans les mêmes circonstances; dans une même famille où les enfanssont malades simultanément ou successivement , les uns ont une fièvre scarlatine , et les autres une angine maligne. Aussi, admet-on à présent presque généralement que la scarlatine et toutes ses modifications ont le même principe spécifique de contagion que l’angine maligne

Quelques auteurs ont avancé qu’on n’était jamais atteint deux fois de la fièvre scarlatine ; des jobservations plus exactes ont démenti cette opinion.

* Willan on Cutaneous Diseases p order III.

3o8 pyf.exîes,

Elle attaque les individus de tous les âges , mais les enfans et les jeunes gens y sont plus particulièrement exposes ; elle se déclare à toutes les époques de Tannée , mais elle est plus fréquente vers la fin de Tautomne et.au commencement de Thiver , et devient alors souvent épidémique de la manière la plus marquée.

Les alternatives subites de chaleur et de froid , le temps pluvieux, les mauvaises digestions, prédisposent Téconomie à ressentir plus efficacement les effets de la contagion.

Sous le rapport épidémique , la scarlatine ne se présente pas toujours à Tobservateur précisément avec la meme apparence. Indépendamment de toute autre circonstance , il est probable que cette variation dépend en partie de la nature , du caractère de la maladie elle-même; en partie, des influences auxquelles sont soumis tous les habitans d’une même contrée , telles que les saisons , la température de l’atmosphère , etc. ; et en partie , du tempérament et de la disposition des personnes qui contractent la maladie, de leur état de santé antérieur , de la manière dont elles sont logées , dont elles entretiennent la propreté chez elles , dont elles y favorisent le renouvellement de l’air.

Sans aucun doute, cette maladie est très-contagieuse : comme les autres affections qui ont véritablement ce caractère, elle peut se communiquer par simple contact, par inoculation , par inhalation, quoi qu’en pense le docteur Blackburne

Ohseivations on the P rey^ention of Scarlet Fever,

ou maladies FEBRILES. Sgg

qui veut que les principales et même les seules voies ouvertes à Tinfection en général soient la bouche et les narines. • Aussi , ce médecin conseille-t-il pour toute précaution, en pareil cas, de chercher à garantir ces parties. Il regarde comme impossible Fintroduction dans le corps des particules contagieuses par Feffet d’un simple contact , ce qu’il appuie du témoignage du philantrope Howard , qui , sans aucune crainte ^ tâtait le pouls des pestiférés , pourvu qu’il fût sous le vent , et de celui du docteur Ptussell, qui prodigua ses soins et tâta le pouls à un grand nombre de personnes atteintes de la peste. On ne saurait contester effectivement que la contagion se manifeste plus lentement , lorsqu’elle est uniquement le résultat du contact des miasmes avec la peau , que lorsque ceux-ci sont appliqués sur les membranes muqueuses plus sensibles des narines et des bronches ; mais on ne peut en affirmer l’innocuité constante , dans toutes les conditions où se trouve l’économie.

La maladie à laquelle la scarlatine ressemble le plus est la rougeole . On l’en distinguera cependant à l’aide des signes que nous avons déjà donnés et de ceux que nous allons indiquer. L’efflorescence, dans la scarlatine , paraît ordinairement le second jour de la fièvre ; dans la rougeole , ce n’est que vers le quatrième. Dans la première , elle est beaucoup plus marquée et plus générale que dans la seconde , et consiste en d’innombrables points et taches au-dessous de Fépiderme , entre- * oyez po^es 385 et 38G,

4oo pyrexies;

mclés de petites pustules, qui , dans quelques cas se rassemblent en plaques irrégulières ; tandis que, dans d’autres circonstances , elles sont uniformément répandues sur une grande surface de peau, à laquelle elles donnent une teinte rouge. Dans la rougeole, l’éruption est composée de points circulaires , en partie distincts , en partie réunis en taches racémiformes , légèrement élevées et sensibles au tact. Ces taches sont rarement confluentes , mais elles représentent des croissans entre lesquels de larges portions d’épiderme conservent leur couleur naturelle. La teinte de l’éruption diffère aussi dans les deux maladies ; celle de la scarlatine est d’un rouge vif, analogue à celuf de Fenveloppe des écrevisses cuites ; celle de la rougeole est d’un rouge plus obscur,' ressemblant à celui des framboises.

Pendant la période fébrile, on remarque, dans la rougeole , une toux opiniâtre et fatigante , revenant par quintes et procurant l’expectoration d’un mucus âcre, une inflammation des yeux et des paupières , avec douleur au contact de la lumière, épiphora, éternuemens , etc. La scarlatine est fréquemment accompagnée de toux et de rougeur des yeux, mais généralement cette toux est brève , sèche et sans expectoration ; les yeux peuvent supporter la lumière ; les follicules ciliaires ne sont point malades ; il n’y a point de larmoiement , quoique les yeux paraissent humides. Dans la scarlatine, lorsqu’il y a fièvre, on reconnaît un sentiment particulier d’anxiété, d’abattement et de faiblesse, tandis que , dans la rou-

ou MALADIES FEBRILES. /pî

geoîe , à moins qu’il n’y ait complication d’une affection typhoïde , on n’observe que les symptômes d’une inflammation generale. ?

Comme toutes les fièvres^ la scarlatine bénigne débute par de l’abattement , des lassitudes , du trouble dans les idées , des alternatives de chaud et de froid. Le malade ne tarde point à ressentir une soif ardente , à avoir la peau sèche , à éprouver de l’anxiété , des nausées et des vomissemens.

Les évacuations alvines sont le plus communément naturelles^ l’urine est rouge et trouble ; le pouls est faible et bat de loo à 120 fois par minute. Dans un petit nombre de cas seulement, il existe une légère affection de l’arrière -bouche.

• Yers le second ou. le troisième jour, l’efflorescence mentionnée se développe sur la peau ; rarement cette apparition cause une rémission dans les symptômes fébriles. Elle ne sûbsiste que trois ou quatre jours, et, lorsqu’elle disparaît , il survient une légère diaphorèse , la fièvre cesse , l’épiderme tombe en écailles , et le malade recouvre graduellement la santé et les forces. .

. Dans la scarlatine angineuse , le malade éprouve non-seulement des frissons , mais encore une grande faiblesse, de la langueur, dq malaise, symptômes qui sont suivis de chaleur, de nausées, de vomissemens bilieux, de mal de gorge , d’inflammation et d’ulcération des tonsiiles , de la luette et du voile du palais ; la resphation est précipitée et gênée ; le pouls, petit, vii et déprimé. L’effloresceace n’amène aucun amende- I. 26

4o2 pyrexies ;

ment , lors de son éruption ; au contraire , de nouveaux accidens se* déclarent , et les anciens deviennent plus graves.

Bientôt une rougeur universelle,* sans aucune apparence de pustules , s’étend sur la face , le tronc et les* membres, et parait accompagnée d’jin léger gonflement. Les yeux et les narines participent à cette teinte rouge , et plus les premiers soiit injectés , plus il y a à craindre du délire. Il s’écoule en outre du nez une humeur

âcre , qui excorie les parties avec lesquelles elle

est en contact. • * •

Des le début de' la scarlatine angineuse , les itonsilles et la luette sont très-enflammées, et bientôt cette inflammation est suivie de la formation d’escarres noires de trois à cinq lignes de diamètre , lesquelles se joignent les unes aux autres , et produisent des ulcères gangréneux. L’haleme devièiit d’une fétidité insupportable. Le malade succombe souvent au bout de peu de jours , et lors même qu’il échappe à la mort*, il a une convalescence lente , et se‘ trouve exposé â des gonflemens œdémateux. . Quelquefois , il survient des tuméfactions des glandes sous-maxillaires , des parotides , etc. elles sont remarquables par la douleur qu’elles causent, et par le temps qif elles emploient â suppurer.

La scarlatine maligne se reconnaît aux signes siiivans : Le premier jour, les symptômes sont à pen près les mêmes que dans la variété précédente , mais eîYsurte le pouls rlevient petit, peu distinct et irrégulier; La langue^, les dents et les

ou MALADIES FEBRILES. 4^'^

lèvres , se recouvrent d’un enduit briin ou noir.’ Les yeux sont rouges , sans douleur ; les pommettes ont une teinte d’un rouge obscur ; il y a* surdité, délire ou coma : l’haleine est excessivement fétide ; la respiration sifflante et laborieuse ; l’arrière-bouche obstruée par des mucosités gluantes ; la déglutition gênée et douloureuse ; lé cou gonflé et livide ; la tête rétractée ; on observe , sur les tonsilles et les parties environnantes , des ulcérations couvertes d’escarres noires , et environnées d’une auréole livide ; et la langue est souvent assez ramollie pour*que le plus léger choc l’excorie. Un écoulement âcre par les narines occasionne des gerçures, et la formation de pustules ‘ autour du nez et des lèvres'; le fluide qui est ainsi évacué est d’abord limpide , mais ensuite il devient épais et jaunâtre. Ordn nairement, l’éruption se fait d’une* manière incomplète , excepté dans un petit nombre cle ta^ cbes irrégulières ; toutes , d’ailleurs , acquièrent bientôt une teinte obscure ou d’un rouge livide. Elle paraît tard , varie beaucoup dans sa durée , et est souvent entremêlée de pétéchies ; quelquefois , elle se dissipe subitement peu d’heures après son apparition, et revient de nouveau deux ou trois jours. ensuite. Yers la fin de la maladie , quand il existe des pétéchies ét d’autres symptômes d’adynamie , iî se manifeste fréquemment des hémorrhagies par la bouche ou par le nez.

Quand la scarlatine doit se terminer d’une manière favorable , la rougeur vive de la peau s’abat par degrés, et est remplacée par une teinte

4o4 PYREXIES ,

bruïie ; la surface du corps devient rugueuse, et il s’en détache de petites écailles ; la tuméfaction disparaît, et la santé se rétablit progressivement. Si , au contraire , la mort doit en être la suite , la fièvre est très-violente dès le principe , la peau excessivement chaude et sèche, le pouls très-fréquent et petit , la soif intense , l’haleine fétide ; l’éruption se manife^e le second jour ou même plutôt; vers le troisième ouïe quatrième, il survient çà et là de larges taches livides , un délire intense ou des hémorrhagies, et le malade succombe du sixième au huitième jour. Parfois , il s’établit un flux diarrhéique abondant, et presque constamment funeste. D’autres fois encore, lorsque les symptômes fébriles sont moins marqués , au lieu de se rétablir, vers le temps ^ où la peau commence à reprendre sa couleur naturelle , les malades sont atteints d’anasarque ou tombent dans l’atrophie, et périssent au bout de quelques semaines.

La scarlatine est ordinairement sans danger , lorsqu’elle est simple ; elle se montre souvent funeste quand elle tient de la nature de l’angine maligne, ou qu’elle a une tendance évidente vers la putridité.

Quancl la fièvre scarlatine n’est point compliquée d’inflammation ou d’ulcération à la gorge , il suffit simplement d’éviter la chaleur et le froid , de tenir la chambre propre , d’y favoriser le renouvellement de l’air , de recommander une diète légère , de défendre les substances animales , de donner pour boisson habituelle des ti-

ou MALADIES FEBRILES.

sanes délayantes acidulées, et de combattre les divers symptômes existans à Faide de doux mé“ dicamens appro|iriés. Jamais la saignée générale ne devient nécessaire dans la scarlatine simple , alors même qu’une diatbèse inflammatoire caractérise son début. Gif doit aussi s’asbtenir de cette opération dans les scarlatines angineuse et m'aligne; la syncope, la prostration des forces, la petitesse et rirrégularité du pouls en seraient les conséquences inévitables. A la vérité , sur le continent , les médecins ont conseillé la saignée du bras, et, lorsque la fête est fortement affectée , celle du cou ; Morton paraît avoir suivi cette pratique communément, même à Londres ; mais très-peu de nos contemporains , je crods , sont cFun pareil avis , et , dans le petit nombre de cas où , à ma connaissance , la phlébotomie a été mise en usage , elle s’est montrée fort nuisible et même promptement funeste.

Dans le cas où les tonsilles sont tellement enflammées et tuméfiées , que la dégkitidon en est empêchée et la respiration gênée , il est bien plus prudent d’appliquer quelques sangstics sous chaque oreille , et de pratiquer ainsi une évacuation près des parties malades , que d’ouvrir une veine pour une saignée générale.

D ès les premiers momens , dans la scarlatine simple et dans la scarlatine angineuse , il convient de faire vomir avec i’ipécacuanha. Je pense même que , dans la dernière , on ne devrait jamais s’en dispenser , et , qu’en répétant l’administration de ce médicament , on préviendrait

4o6 pyrexies;

la disposition à la diarrhée , qui existe si souvent^ par suite du passage dans Festomac et dans les intestins de ce mucus âcre qui se forme en quantité dans rarrière-bouche.

Apres le vomissement , il est bon d’évacuer les intestins à l’aide d’un laxatif (t) , et si, pendant le reste de la maladie , il règne de la constipation , on la combattra , suivant le besoin , par des lavemens purgatifs donnés de temps en temps. Quand la maladie a fait des pr’ogrès , on préférera ce moyen aux purgatifs pris de toute autre manière , parce qu’il n’augmente point la faiblesse d’une manière marquée. On ne doit d’ailleurs se permettre les purgatifs que tout au début de la scarlatine , et encore les cboisira-t-on les plus doux possibles.

Ce précepte , quoique sanctionné par les plus célèbres médecins , et dont j’ai reconnu la bonté par ma propre expérience , ne s’accorde nullement avec les conseils qu’a donnés récemment le docteur Hamilton'^; il prétend avoir souveîrt, et’ dans toutes les variétés de la maladie , fait des purgatifs un usage assez étendu. Mais , plus loin,, il explique mieux sa pratique^ en annonçant qu’il cherche seulement avec eux à éyacuer les matières contenues dans les intestins , aussi complètement que possible, sans produire ce

qu’il appelle une pleine purgation. .

* Oh sensations on the Utility' of purgatwe Mepicine .

{i) Cal om elan oS . gr. iij — v.

Pulv. Rhubarb . gr. vj — xij.

M. F. Pulvis.

On administrera encore de temps en temps , pour determiner un transport à Texterieur , des potions salines effervescentes, et de légères doses de quelque préparation antimoniale (i).

Pendant toute la durée dé la maladie , on fera fréquemment usage d’un gargarisme détersif, du genre de ceux que nous avons -fait connaître au sujet de l’angine inflammatoire et de i’angiiie maligne ; on l’injectera avec une seringue chez les jeunes enfans. On frottera d’ailleurs le cou , deux ou trois fois par jour, avec une légère quantité d’un fort liniment ammoniacal , et on le couvrira ensuite avec de la flanelle. Si le pharynx parait fortement attaqué , on appliquera im sinapisme au-devant du cou, et on le laissera en place , tant que le malade le pourra supporter , et qu’il ne causera point trop d’irritation.

Lorsque la tête est très-affectée , ou qu’il existe un fort délire , quelques praticiens ont recours à des vésicatoires; mais on a remarqué qu’ils étaient sguvent plus nuisibles qu’utiles, et qu’ils augmentaient le mal. L’immersion «des pieds et des jambes dans l’eau chaude pourrait, en pareil cas être avantageuse , de même que- l’application d’une sangsue à chaque tempe , lorsque les yeux sont rouges et animés, et qu’il y a du délire. Pour remédier à l’inquiétude et à l’insomnie,

(i) Haiisîùs salin! .

Mist, camphor. . . .

Antimon. tartaris . . i /d.

Syrnp. Cort. Aiirant, ........ S j.*

M. F. Haustus quartis ho ris sumeridus.

4o8 PYREXIES ,

on a quelquefois recours aux opiacés , pourvu que la tête ne soit point prise , et qu’il n’y ait pas (le délire ; alors ils deviendraient nuisibles. L’éther sulfurique et l’éther nitrique seraient les meilleurs médicamens à donner en pareille occurrence.

Le docteur Mosman dit que , durant la période de chaleur de la scarlatine , il a obtenu les plus grands succès en épongeant le corps avec du vinaigre froid, comme il est conseillé de le faire, dans cet ouvrage , pour le typhus , et en établissant un courant d’air à travers la chambre du malade. Il avertit cependant de se mettre en garde contre cette pratique , quand il y a des frissons , ou qu’il existe une tendance à la diaphorèse. Alors on emploiera un mélange chaud d’eau et de vinaigre

Le docteur Currie a plusieurs fois observé aussi que les affusions d’eau froide éteignaient la scarlatine à son début , et empêchaient la formation de l’éruption et l’angine. Un pareil rnoyen thérapeutique ne doit pourtant être employé que tout-à-fait dans le principe de la maladie.

Ma pratique particulière m’a convaincu , nonseulement de l’innocuité, mais encore de la grande utilité des lotions d’eau froide dans la première période de la scarlatine , lorsqu’il existe beaucoup de chaleur et de sécheresse à la peau ; je les regarde comme un moyen efficace de soulagement, et je fais des vœux pour que l’usage en soit plus généralement adopté qu’il ne l’est.

* Duncan^ $' Annals qf Medicine Jbr , art. xij.

ou MALADIES FEBRILES. 4^9

Le docteur Reid , médecin du dispensaire de Finsbury, a rapporté treize cas de succès de l’emploi des ablutions d’eau froide et tiède dans la scarlatine On devrait ne point oublier, ditil, que, dans le commencement de la maladie , lorsque les forces ne sont point encore abattues d’une manière marquée , que la peau est chaude et sèche, que l’anxiété fébrile est .considérable , les ablutions d’eau froide sont décidément indiquées : tandis que quand , après plusieurs jours de durée , il est survenu une grande faiblesse , que le pouls est irrégulier , et la peau plus relâchée , la réaction produite pourrait devenir trop forte , il vaut mieux faire des lotions avec une éponge imbibée d’eau tiède.

Dans les cas de scarlatine ataxique ou adynamique , on administrera, dès l’apparition des symptômes fâcheux , le quinquina en substance , en décoction ou en infusion , suivant que l’estomac pourra le supporter, les acides minéraux , le vin , et les autres antiseptiques et toniques La préparation de capsicum, que nous avons fait connaître au sujet de l’angine maligne doit être également utile.

On a aus§.i employé quelquefois avec avantage le gaz acide carbonique , comme antiseptique. La meilleure manière de ‘le- donner , est de le faire prendre dans un état de combinaison qui ne lui permette de se dégager que dans l’esto-

* Medical and Pliy'sical Journal, vol. pàg. 27.

Voyez l’histoire du Typhus y pages 98 et suivantes.

V oyez page 243.

4 10 PYBEXIES,

mac. On y parvient en faisant avaler au malade, à plusieurs reprises successives et isolément, du carbonate de potasse et du suc de citron.

L’acide muriatique oxygéné acide chloriqiie^ est un remède employé depuis long-temps , et souvent avec succès , dans la scarlatine angineuse , lors meme qu’elle est parvenue à sa dernière période. La dose, pour les individus de quatorze à vingt ans , en doit être d’environ un gros par douze heures ; on le partage en plusieurs prises isolées , qu’on donne à des intervalles convenables. Pour les sujets plus jeunes , il en faut moins. Gomme véhicule , on peut employer ou l’eau pure ou une légère infusion de Colombo , et on aura toujours soin de lé conserver dans un

lieu obscur, .et d’entourer le flacon de papier

noir, pour empêcher l’action désox/génante de

la lumière. 11 faut aussi recommander de ne

point se servir d’une cuillère pour le faire prendre au malade, dans la crainte de lavoir s’oxyder, et d’introduire un poison dans les voies digestives.

* Le camphre est également très-employé et avec avantage en pareil cas, surtout lorsque le pouls est presque insensible , ou que l’éruption a subitement disparu. Alors aussi les préparations d’ammoniaque , la confection aromatique, les bains chauds elle vin , ne sont point non plus à dédaigner.

Une solution de deux gros de carbonate d’ammoniaque dans cinq onces d’eau , à la dose de deux cuillerées à café toutes les deux , trois ou

* ou MALADIES FEBRILES. ^iï

quatre heures, suivant Texigence du cas, est encore un remède dont on a beaucoup vanté l’efficacité

Ordinairement , tant, dans la scarlatine angineuse que dans la maligne , J’administre une décoction de quinquina , mêlée avec un égal volume de vin , et acidulée avec quelques gouttes d’acide muriatique ; deux ou trois heures après , je donne une potion ammoniacale camphrée (i), et ainsi de suite, alternativement. Je me suis constamment fort bien trouvé de cette manière d’agir.

Si , dans le cours de la scarlatine angineuse , il arrive une diarrhée, on doit tâcher de la supprimer aussitôt que possible , à l’aide des astringens combinés avec les aromates , l’opium et le vin. (P^orez V article de la Diarrhée, )

On combattra la disposition œdémateuse qui se manifeste aussi dans certains cas ^ après la scarlatine angineuse , avec les diurétiques unis aux toniques et à un régime fortifiant ( Kojez L article de F anas arque ) , administrant en même temps par intervalles quelque doux laxatif.

* Peart's Treatise on the malignant Scarlet Fever and Sore throat. *

(i) Carnplîoræ . ^wiy.soFein

Spirit. Vi ni recti f. . . a ù, et adde

Aquæ puræ I __

- Linnamom. . , . . i ^ >

Aininonia^ præparat . gr, xv.

^ Srrup. Corlic. Aurant . 5 ij.

AI. F. Haustus quartâ qudquehord capiendus. .

4x2 PYREXIES,

Dans tous les cas de scarlatine , après la disparition de la fièvre , on favorisera beaucoup rentier rétablissement du malade , par le quinquina, les amers ferrugineux , les acides minéraux , le vin , un régime restaurant , un air pur , un exercice modéré.

La scarlatine est très-contagieuse; elle cause beaucoup de trouble dans les familles et dans les écoles où elle se déclare ; il me paraît donc juste d’offrir ici un résumé des moyens qu’on a recommandés pour en empêcher la propagation, et meme pour la détruire entièrement *.

Tous les maîtres et maîtresses de pension, pour remplir dignement leur devoir ef pour l’intérêt des enfans confiés à leurs soins, doivent avoir, suivant l’étendue de leur établissement , une ou plusieurs infirmeries , entièrement séparées du reste de la maison ; si celle-ci est trop petite pour une pareille disposition, ils devront se procurer dans le voisinage un logement convenable, et le tenir toujours disposé pour l’occasion.

Dès qu’un individu est atteint de cette maladie , il faut , sans délai , le séparer des autres , et tâcher de calmer les craintes et de dissiper les terreurs qui se manifestent alors , ce à quoi les parens et les garde -malades devront concourir avec l’instituteur. Quand les ecoliei’s sont fort nombreux, que l’étendue et la distribution du local le permettent , le mieux est de ne point les disperser ; on courrait risque ainsi de propager la maladie dans les familles de ceux chez quii

* Blacjibuiiie^ s Obsejvations on the Scarlet Fever.

ou MALADIES FEBBILES; 4^3

«lie ne s’est point encore déclarée , an grand préjudice des très-jeunes enfans , qui sont bien plus disposés que les adultes à la contracter. On peut espérer d’étouffer le mal à son origine si on en a ainsi reconnu et détruit la source , en isolant les premiers qu’il attaque , aussitôt qu’on s’en aperçoit , et avant qu’ils puissent communiquer l’infection.

IVftis si le local est trop resserré pour permettre l’entière exécution de' ce précepte , si d’ailleurs les paï ens veulent se charger du soin de gouverner leurs enfans, il faut que, dans les maisons où les petits malades se retirent , il n’y ait aucune communication entre eux et les autres enfans ou domestiques : c’est un devoir sacré qu’on a à remplir. Il faut les placer dans une chambre séparée , ou en tenir une toute prête au besoin, si la maladie n’est pas encore déclarée. 11 est , en effet , nécessaire de faire subir une sévère quarantaine , soit que le sujet soit suspecté d’infection seulement, ou qu’il se trouve en convalescence ; la durée de celle-ci ne saurait d’ailleurs être facilement déterminée d’avance.

Pour arrêter la contagion , on peut employer les fumigations qui s’élèvent d’un mélange échauffé d’oxyde de manganèse , de muriate de soude et d’acide sulfurique , comme nous le conseillons en traitant de ta dysenterie , ou bien celles ,d’acide muriatique ou de gaz acide nitreux, cpie nous avons recommandées au sujet du typhus.

Quant aux moyens prophylactiques, ils consistent à améliorer le régime de ceux qui étaient

4ï4 PYREXIES,

mal nourris , à faire faire de l’exercice en plein air, à faire*prendre des bains froids, en un mot, à mettre en usage tout ce qui peut donner du ton à l’économie , tout ce qui tient aux soins de propreté et au renouvellement de l’air. Les personnes qui entourent le malade doivent éviter aussi , autant que possible , d’inspirer l’air qui s’échappe de sa bouche ; souvent la scarlatine , de meme que certaines autres affections , se Contracte de cette manière. On résistera d’ailleurs aussi très-bien à la contagion , en se gargarisant fréquemment avec la préparation de capsicum indiquée.

I)e la Peste,

La peste est une fièvre d’un caractère trèscontagieux , et remarquable par les symptômes les plus manifestes de putridité, par une grande faiblesse , avec apparition de bubons , d’anthrax , de pétéchies , hémorrhagies , diarrhée colliquative , et autres semblables accidens.

Quelques auteurs ont reconnu trois espèces de peste, celle avec bubons, celle avec anthrax,* et celle que caractérisent les pétéchies. Cette classification me paraît absolument inutile. Dans son traité de la peste , le docteur llussell signale plusieurs variétés de cette maladie ; mais elles paraissent dépendre particulièrement de la constitution atmosphérique pendant l’épidémie , et* de l’état du malade air moment où il a été atteint.

M. M’Grégor, dans les recherches médicales

ou MALADIES FEBRILES.

qu’il a publiées sur Fexpedition de Fîude en Egypte, assure que la peste varie beaucoup suivant les saisons et autres circonstances. Lorsque la maladie débuta dans Farmée indienne , les individus qu’on e'vacuait, à cause de Fencombrement des hôpitaux 'des 6i^ et 88® regimens, offraient dès le principe des symptômes de typhus. Quand Farme'e était campée près des marais d’El-Hammed , ceux qu’on . envoyait des bataillons volontaires du. Bengale et des autres corps étaient sujets à des intermittences et à des rémittences marquées. Pendant les mois froids et pluvieux de décembre et de janvier , la peste prit le caractère inflammatoire , et vers la fm de la saison , au Caire , à Gbiza , à Boulac , dans le travers de Flsthme de Suez, elle revêtit la forme d’une fièvre continue simple.

La peste est regardée , par la plupart des auteurs , comme produite constamment par contagion , à l’aide des rapports qui ont lieu d’indivL dus à individus., ou par suite du contact d’objets infectés. Quelques personnes ont cependant douté de la nature contagieuse de cette maladie ; M. M’ Gregor est entièrement du premier aVis , et établit avec évidence la justesse de son opinion; mais les lois de cette transmission ne sont pas plus connues que l’essence même de la contagion. Le contact des cadavres, dit-oii , est sans inconvénient ; tandis que les corps des malades, dans le moment surtout où la peau est chaude et moite , paraît communiquer promptement l’infection.

4l6 , PYREXIES,

Parmi les causes qui , outre la contagion , paraissent determiner la naissance de la peste , il faut compter l’usage de grains gâtes ou corrompus , de poisson pourri, de substances animales putréfiées , les émanations qui s’élèvent des eaux stagnantes ou des amas de vase , le séjour dans des lieux resserrés et peu aérés, le défaut de propreté.

Dans quelques contrées de l’Orient, en Perse spécialement et au Japon , la peste est absolument inconnue. Dans les pays où elle règne habituellement, c’est pendant les chaleurs de l’été qu’elle exerce surtout ses ravages ; elle perd de sa violence 'en automne , et pendant l’hiver elle est très-affaiblie ou même totalement assoupie. Elle attaque indistinctement des personnes de tout âge et des deux sexes , mais on a observé que les femmes, les adolescens et les enfans résistent en général à ses attaques mieux que les hommes forts et robustes. On a eu occasion aussi, pendant la campagne d’Egypte, de remarquer qu’elle atteignait plus particulièrement ceux que leur état exposait à des alternatives de chaud et de froid, les boulangers, les cuisiniers, les forgerons, etc.

I^a peste est, dit-oit, très-ordinaire en Egypte, après l’inondation du Nil , ou plutôt lorsque ce fleuve est rentré dans son lit, parce que alors ses rives sont couvertes d’une vase fangeuse d’où s’échappent des miasmes auxquels on attribue l’origine de la maladie. D’après les rapports de

ou MALADIES' FEBEILES. 4^7

sir Robert Wilson sur les maladies d’Egypte on doit croire que l’humidite de l’atmosphère favorise la naissance de la peste ; car les armées anglaise et turque , pendant leur marche sur le Caire, échappèrent à la contagion , quoiqu’elles y fussent exposées presque dans chaque village , tandis que les troupes qui stationnèrent sur le rivage humide d’Aboukir, en furent vivement atteintes et virent leurs rangs éclaircis. Il pense qu’une atmosphère sèche préserve jusqu’à un certain point de la peste , et peut même y remédier quand elle est déclarée. Plusieurs pestiférés s’échappèrent de l’hôpital de Jaffa, et se jetèrent dans le désert pour rejoindre l’armée ; n’ayant pu achever l’exécution de ce projet, ils revinrent au bout de trois jours parfaitement guéris.

La peste se manifeste généralement le quatrième ou le cinquième jour après l’infection , mais on ne sait pas encore à quelle époque un individu qui a éprouvé les symptômes de cette maladie est exempt de la transmettre à d’autres , ni combien de temps le germe peut en rester enseveli , sans se développer , dans certaines constitutions , quoiqu’il puisse passer de là et se montrer chez d’autres individus. On a pensé cependant que le terme de quarante jours était plus que suffisant pour anéantir les semences de peste, attachées aux hommes ou aux marchandises ; mais l’expérience n’a encore pu nous apprendre I jusqu’à quel point on devait s’éloigner de ce terme. Si je ne me trompe, je croispourtant que,'

* History of the Expedition to Egypt.

PYREXIES,

récemment, d’accord avec le college des médecins , le conseil de commerce l’a un peu raccourci.

Quelquefois , après l’infection, et pendant les jours qui précèdent immédiatement la déclaration définitive de la peste , le malade n’éprouve qu’un grand abattement et un léger mal de tête ; mais , plus ordinairement , ses forces sont subitement anéanties , il est pris de tremblement , .d’anxiétés, de palpitations , de syncopes , de stupeur, de vertiges , d’une vive céphalalgie et de délire, en même temps que son pouls devient trèsfaible et irrégulier.

A ces symptômes succèdent promptement une fétidité extraordinaire de l’haleine , des nausées , des vomissemens d’une matière bilieuse foncée. Plus tard , il survient des anthrax ; plusieurs glandes , les parotides et les sous-maxillaires , par exemple, de même que les ganglions lymphatiques du cou , des aisselles et des aines deviennent le siège de bubons ; une tendance manifeste à la putridité est annoncée d’ailleurs par des pétéchies, des hémorrhagies, une diarrhée colliquative.

Tels sont en somme les symptômes de cette terrible maladie ; mais rarement on les observe tous chez le même individu. Dans la dernière période , les uns sont atteints de bubons , les autres d’anthrax , et quelques-uns sont couverts de pétéchies.

De toutes les maladies, la peste est celle où le mouvement est le plus insupportable. Le plus petit changement de position amène quelquefois

OÜ MALADIES FÉBRILES. 4^9

une syncope , et peut même produire la mort dans les dernières périodes de Faffection.

La peste doit constamment être regardée comme une maladie des plus graves : et , lorsqu’il y a environ deux cents ans , elle régna dans la Grande-Bretagne , elle emporta la plus grande partie de ceux qu’elle frappait journellement. Il est néanmoins probable que beaucoup d’entre eux succombèrent par le défaut de soins et d’une nourriture appropriée , car presque tous furent alors abandonnés , même par leurs < meilleurs amis : et, en effet, dans la Turquie et dans les autres pays où l’on a soin des malades, peu d’entre eux seulement meurent. ^ <

Cependant , lorsque les troupes françaises étaient maîtresses de l’Egypte, il n’échappa à la mort que le tiers environ de ceux que la peste attaqua , ainsi que nous l’apprenons en lisant ce que M. Desgenettes, médecin en chef de i’ar* mée française , en dit dans son histoire médicale de la campagne d’Egypte.

La durée de la maladie est très variable ; quelquefois la vie est éteinte presqu’au moment même où elle se déclare , et , dans quelques cas , les malades n’ont survécu que peu d’heures à la pre- ; mière sensation de malaise. Cependant, on en i voit se traîner jusqu’au treizième et même just qu’au dix-septième jour.

I Quand la peste n’est point accompagnée de , bubons , elle parcourt ses périodes avec beau- 1 coup plus de rapidité, et est plus généralement funeste. Plutôt , au contraire , ces tumeurs in*:

420 PYREXIES ,

flammatoires se développent , et plus la maladie est légère. Quand il s’y établit une suppuration convenable , elles deviennent véritablement critiques, et la convalescence est presque assurée. Un signe favorable encore en pareille occurrence c’est la mobilité , la non adhérence des bubons. Quelquefois une légère sueur, survenue spontanément , sert^également de crise. Mais si les charbons ont de la tendance à devenir gangréneux , le pronostic est fâcheux, de même que lorsqu’on aperçoit des furoncles , des pétéchies, des hémorrhagies et une diarrhée colliquative.

Les cas les plus graves de la maladie sont toujours signalés par un mélange de symptômes d’adynamie et d’ataxie, et rarement ils ont une terminaison heureuse. Il est d’ observation presque générale encore, que, lorsqu’ après un accès de délire , le malade est rendu subitement à la raison , il y a peu d’espoir à conserver. Quand il existe du coma dès le principe , le mal est pareillement sans remède , et la typhomanie est en semblable occasion plus à redouter que le délire inflammatoire .

A l’ouverture des cadavres des pestiférés, on trouve la vésicule du fiel gorgée de bile noire , le foie augmenté de volume et altéré dans son organisation , le cœur grossi , les poumons , les reins et les intestins parsemés de taches charbon neuses. On observe aussi les altérations habituellement causées par la fièvre putride ; le sang est noir et décomposé. Quelquefois aussi tout le système glandulaire est dans un état maladif.

ou MALADIES EEBBILES. A21

Si Ton soupçonne qu\m individu a été exposé a îa contagion , et qu’il soit pris d’un grand malaise , la première indication à remplir est d’administrer un émétique , surtout s’il y a déjà eu des nausées et des vomissemens. Si par suite de l’effet de ce médicament , il survenait une tendance continuelle au vomissement , on pourrait la vaincre en donnant la potion anti-émétique de Rivière, aumomentmêmede l’effervescence, et, si ce moyen restait sans succès, on ajouterait à chaque dose quelques gouttes de teinture d’opium.

Afm d’obvier à la constipation , et pour empêcher le séjour de toute matière putrescible dans les intestins , il deviendra souvent avantageux de faire usage de quelque doux laxatif ; mais les évacuations abondantes , produites par des purgatifs violens , seront préjudiciables. A une époque avancée , les lavemens émolliens deviennent plus convenables , parce qu’ils sont moins propres à amener la diarrhée , accident qui , lorsqu’il arrive, détermine presque constammen la mort. Les Orientaux le redoutent tellement , c|ue, dans le plus grand nombre des cas, ils se servent simplement de suppositoires.

Quand la diarrhée se manifeste , soit spontanément , soit par suite de l’emploi peu judicieux des cathartiques , on doit l’arrêter aussi vite que possible par les astringens , les opiacés et tous les autres moyens que l’art met à notre disposition.

Le docteur Russell nous apprend que beaucoup de médecins , particulièrement en Asie , se font une règle de saigner dans tous les cas de peste , surtout s’ils sont appelés au début ; il en est

422 PYB.EXIES,

même qui recommandent encore les evacuations de sang le quatrième, le cinquième ou le sixième jour, et quelques praticiens d’Europe ont poussé les choses presque aussi loin. Quant à lui , il lui semble qu’une saignée abondante , faite dès le principe de la maladie , est fort avantageuse.

Le docteur Buchan , au rapport de M. M’ Gregor , avait l’habitude de recourir de temps en temps à la phlébotomie , et, pendant la première saison, ce moyen lui procura de grands succès. Les Turcs, dit-on, préfèrent les saignées locales ; et s’ils ouvrent une veine , ils ne tirent que peu de sang.

Cependant, les avantages des évacuations de sang sont ici fort douteux, et je pense que souvent elles sont inutiles , et que plus souvent encore elles peuvent devenir nuisibles. Cette opinion est absolument celle de Cullen , et même on nous a dit que le docteur Whyte , Fun des médecins militaires de l’expédition d’Egypte , perdit tous ses malades, pour avoir fait un trop libre usage de la saignée,

On a remarqué que , parfois , la crise de la peste se manifeste par une légère diaphorèse , à la suite de laquelle disparaît la maladie , surtout si elle est venue spontanément. En conséquence , pour seconder les efforts de la nature, on aura recours aux diaphorétiques , tels que les sels neutres, les antimoniaux à petites doses, la poudre d’ipécacuanha composée dont on augmentera l’effet, en donnant en abondance des boissons délayantes acidulées ; et si la chaleur du

^ Voyez P a^, 6ï,

ou MA.L ABIES EEBEILES. Z^23

corps ii’est pas trop ëlevëe , on soutiendra les forces ayec un peu de vin. On devra cependant , par tous les moyens possibles , ëviter une forte sueur; elle causerait une faiblesse dangereuse.

Le docteur Falconer, de Bath, dans un traité de la peste qu’il a rëcemment publië, semble attribuer la grande morlalitë qui accompagnait autrefois cette maladie , au rëgime sudorifK|ue , qui faisait alors la base de son traitement. Loin d’adopter cette mëthode, il veut que le lit ne soit pas dans le cas d’accroître la chaleur , et même , s’il est possible , qu’on ëvite d’y séjourner pendant le jour , qu’on favorise la circulation de fair frais , qu’on n’emploie que fort peu de couvertures, que les boissons soient froides, et qu’on préfère l’eau simple aux autres. Au reste, dit-il , pour obtenir quelque avantage de ce régime , il faut l’essayer promptement et sans crainte , et se persuader que la température froide des boissons n’est pas seulement un moyen de complaire aux malades , mais qu’elle aide à la curation et mérite la plus grande confiance. En outre, le docteur Falconer recommande les ablutions d’eau froide à la méthode de Giirrie , de Liverpool , et de la manière indiquée au chapitre du typhus confirmé.

Savary, dans ses lettres sur l’Egypte , cite un fait que le docteur Falconer regarde comme trèspropre à appuyer sa manière de voir. Le capitaine d’un vaisseau, dont l’équipage avait contracté la peste à Constantinople , la contracta luimême en soignant ses matelots ; il ressentait ,

424 PŸREXÎES ,

disait -il, une excessive chaleur qui lui faisait bouillir le sang dans les veines ; la maladie ne tarda point à agir sur sa tête , et alors il lui sembla quhl n’avait plus que quelques instans à vi^ vi e. Il profita du peu de raison qui lui restait pour tenter un essai : il se coucha tout nu sur le tillac, par un temps fort brumeux ; l’humidité le pénétra de toutes parts , et au bout de quelques heures sa respiration devint plus libre , et l’agitation de la circulation se calma , en sorte que le lendemain , il fut entièrement guéri après avoir* pris un bain de mer.

Ce trait me rappelle l’histoire d’un soldat français , qui, étant attaqué de la peste, se jeta dans le Nil , durant un violent accès de délire ; retiré de l’eau presque aussitôt , il ne tarda point à être guéri , probablement à cause de sa chute dans le fleuve , dit M. Desgenettes , qui nous a conservé cette histoire.

Lecamphre estégalement un médicament qu’on a beaucoup vanté contre la peste.

Les opiacés sont très-convenables pour diminuer l’irritation et procurer du sommeil ; on n’a jamais remarqué qif ils eussent produit le coma. Ils sont aussi utiles ici que dans le typhus.

Si, à l’aide des remèdes qui viennent d’être indiqués , nous sommes assez heureux pour amener une crise , il faut donner le quinquina à aussi fortes doses que possible , et en répéter l’administration de deux heures en deux heures. Mais s’il n’existe aucune probabilité d’atteindre le but désiré^ alors, outre le quinquina, on doit

OIT MALADIES EEBSILÉS. 4-5

mettre en usage tous les autres moyens recommandés au sujet de la fièvre maligne, et qui tendent à s’opposer à l’excessive faiblesse et à la putridité commençante.

Les acides , tant végétaux que minéraux , sont également aussi avantageux dans la peste que dans le typhus confirmé. M. M’ Gregor a obtenu des succès en employant l’acide nitrique et quelques autres remèdes peu usités. 11 lui a semblé que le mercure avait été souvent utile , et que le malade se rétablissait d’autant plus vite que la bouche avait été plutôt affectée , à peu près comme dans la fièvre jaune. Les malades, dit-il, que, suivant la théorie de Brown , on traita pendant un certain temps avec le vin et l’opium, ne guérirent pas.

Après la guérison de la peste , le traitement des charbons et des bubons rentre dans le domaine de la chirurgie.

Du traitement prophjlacücfLie,

On sait à n’en point douter que le virus qui produit la peste peut se conserver pendant longtemps dans certaines substances et garder son activité , de manière à produire par la suite l’infection ; c’est de cette façon que la maladie est transportée de l’Orient dans des contrées fort éloignées ; les personnes exposées à la contagion irnmédiatement en sont bientôt attaquées, et deviennent un point central d’où le mal se répand de proche en proche en rayonnant.

En conséquence , les lois de la Grande -Bre-

pyeexies ,

tagne et celles de plusieurs autres états veulent que les vaisseaux, les personnes et les marchandises, qui viennent d’endroits oii la peste est sujette à régner, ne puissent séjourner, débarquer ou être débarquées qu’après une exhibition de certificats de bonne santé de l’équipage , et ensuite d’une quarantaine déterminée , pendant laquelle les marchandises doivent être convenablement exposées à fair. La stricte observation des réglemens à ce sujet a depuis fort long-temps empêché l’introduction de la maladie, mais si par malheur pourtant elle venait à se déclarer , on devrait mettre en usage les moyens suivans pour détruire l’infection et s’opposer à ses progrès.

i”. Les pestiférés seront confinés dans des lazarets , entourés de gardiens sévères , et ne communiqueront qu’avec les individus dont les fonctions exigent impérieusement la présence.

2®. Les infirmiers et les autres employés éviteront autant que possible de toucher immédiatement les malades, ou de se placer sous le vent de manière à ce que les effluves soient poussés directement vers eux (i). Quant aux gens de

(i) Un fait bien reconnu^ c’est que la sphère de contagion de la peste , bien différente de celle des épidémies ordinaires, ne s’étend qu’à un très-petit rayon du corps affecté, et s’^affaiblit assez en s’en éloignant, pour qu’à la distance de quelques pas il n’y ait aucun effet produit. Samoïlowitz, célèbre médecin russe, et auteur d’un excellent mémoire sur la peste, soutient que le principe de la maladie

, ou MALADIES FÉBUîLES:

Fart , ils feront bien , en quittant l’hôpital , de ciianger de linge et de vêtemens , et de se laver tout le corps , mais plus particulièrement les mains , avec un mélange d’eau chaude et de vinaigre.

Toutes les matières, susceptibles de s’imprégner des miasmes contagieux ou de vicier l’air, doivent être enlevées sur-le-champ de la chambre du malade , et transportées dans des lieux où ceux qui se portent bien ne puissent en rien redouter ; là, on purifiera les premières en les exposant à une forte chaleur et ensuite au grand air. On lavera fréquemment d’ailleurs le linge et les autres vêtemens des malades.

4®. L’atmosphère environnante doit être tenue dans le plus grand état de pureté possible : ainsi

n’existe point dans fatmosplière, et qu’elle se communique , non point par le moyen de l’air , mais bien par un contact immédiat. Sonnini assure également que les Européens établis en Turquie, en se tenant renfermés simplement dans leurs maisons , se préservent de la peste lors même qu’elle exerce ses ravages dans les villes qu’ils habitent , et quoiqu’ils fassent leurs provisions à l’ordinaire.

L’ouvrage de M. M’Gregor démontre évidemment la même théorie. Treize des médecins de l’armée d’Egypte furent directement exposés à la contagion, puisqu’il entrait dans leurs attributions de toucher les pestiférés : sept d’entre eux contractèrent la maladie , et quatre en moururent. Tous les autres médecins militaires furent plongés pendant quelque temps dans l’atmosphère de la peste, puisqu’ils voyaient et examinaient les pestiférés en premier lieuj mais il n’en résulta jamais rien qu’à la suite d’un contact immédiat.

/p8 Pï'lrlEXlES,

les evacuations morbides ne pourront agir ni sur le malade , ni sur les personnes qui le soignent. C’est dans cette vue qu’on aura les plus grands égards aux soins de propreté, qu’on renouvellera l’air fréquemment, et qu’on fera des fumigations avec l’acide nitrique ou avec l’acide muriatique, ainsi que nous l’avons conseillé en parlant de la fièvre maligne.

S'*. On évitera tous les excès qui peuvent affaiblir le corps , le régime débilitant , la fatigue et les évacuations abondantes.

6®. On cherchera à entretenir la tranquillité d’âme , à bannir tous les soins , les inquiétudes , les craintes et le découragement.

•7®. Comme il est présumable qu’en fortifiant l’économie , on la rend plus propre à résister à la contagion, il sera possible qu’on obtienne quelques avantages en faisant usage du bain froid , du vin , du quinquina et des autres toniques.

Dans les annales médicales publiées pour l’année 1797 par le docteur Duncan, on trouve une note relative au traitement prophylactique et curatif de la peste par les frictions d’huile d’olive pratiquées sur toute l’étendue du corps. Elle est de George Baldwin , écuyer et consul général de S. M. britannique en Egypte. On assure que de cette manière personne n’a contracté la peste en frottant les malades : mais c’est toujours une précaution utile , en même temps qu’on se frictionne entièrement avec de l’huile , d’éviter de recevoir immédiatement par la bouche et les narines l’air que le malade expire. Lui autre

moyen préservatif, fort utile aussi, est de ne prendre que des alimens légers et de facile digestion.

Un fait étonnant attesté par M. Baldwin, c’est que, sur plus d’un million d’habitans qui périrent de la peste, pendant l’espace de quatre ans , tant dans la Haute que dans la Basse - Egypte , il ne mourut pas un seul marchand ou fabricant d’huile (i). M. Jackson, dans ses Réflexions sur le commerce de la Méditerranée ^ nous apprend aussi que dans le royaume de Tunis , que la peste ravage si fréquemment d’une manière déplorable, enlevant à la fois des milliers d’individus , on a toujours vu les artisans employés dans les manufactures d’huile résister à la contagion.

Au reste , les faits les plus favorables au sys« tème de M. Baldwin démontrent plutôt la vertu préservative de ce moyen que ses propriétés curatives , lorsque la maladie est une fois déclarée. Remarquons pourtant que le docteur Assalini , attaché comme médecin à l’armée française en Orient , parle , dans ses Observations sur la peste , des frictions d’huile comme provoquant une sueur copieuse , à laquelle il attribue tous leurs effets avantageux.

Dans l’intention d’arrêter ou de diminuer la violence de la peste , quelques médecins en ont tenté l’inoculation. Sir Robert Wilson, dans son

(i) Il a déjà été dit aussi que, lorsque la peste exerçait ses ravages à Londres , il y a environ deux cents ans, les marchands de poix, de goudron et de tabac, avaient pareib lement échappé à la maladie.

43o PYREXIES,

Histoire de la campagne d’Egypte ^ rapporté qué le docteur Whyte, ayant re'solu de devenir k' vSujet d’une de ses expe'riences , à Fe'poque où la maladie exerçait ses ravages à Rosette , s’inocula lui-même avec la matière prise du bubon d’un pestiféré. Deux fois, ses tentatives furent infructueuses : une troisième fois , les symptômes se manifestèrent, mais la mort survint trois jours après.

M. Desgenettes, pour diminuer la terreur générale et inspirer de la confiance aux troupes françaises , s’inocula lui-même , à l’aîne et au pli du coude , avec une lancette trempée dans le pus du bubon d’un convalescent. L’expérience ne réussit point , et produisit , pour tout résultat , une légère pblogose des parties inoculées , qui dura un peu plus de trois semaines.

Cependant, comme le même individu peut avoir la peste plusieurs fois dans sa vie , et que dans une seule et même épidémie il peut même la contracter deux fois , comme l’a observé M. Desgenettes sur des convalescens qu’on avait consacrés à la garde des malades, cette opération ne devrait être faite que dans le cas où l’on reconnaîtrait qu’elle diminuerait réellement l’intensité des symptômes. Ce point est loin d’être établi ; les faits observés par Sonnini semblent même conduire tout droit à une conclusion absolument opposée^ : ce voyageur rapporte qu’un chirurgien russe , qui était prisonnier à Constantinople avec quantité de ses compatriotes , se

*■ Voyage en Grèce et en Turquie.

ou MALADIES FEBRILES. 4^1

mit en tête d’inoculer la peste à ces malheureux, dans l’intention de rendre l’épidémie moins à craindre pour eux ; mais , avec ce procédé , il en fit en peu de temps périr deux cents, et, beurre usement pour ceux qui restaient , il essaya à se tirer lui-même du danger en employant son moyen favori, en sorte qu’il devint la victime de sa propre témérité.

• De la Fihi^re miliaire. ( Miliaris. )

Cette maladie a été ainsi appelée à cause des petites pustules ou vésicules qu’elle fait naître sur la peau , et qui ressemblent pour le volume et pour la forme à des grains de millet. Elles sont en général très-nombreuses sur la poitrine , le dos et les autres parties où la peau est le plus perspirable.

On la distinguera facilement des autres exanthèmes à certains signes pathognomoniques' , comme l’odeur acide et forte de la sueur, l’abattement des facultés , un sentiment d’oppression et de constriction dans la région précordiale , de l’anxiété et des soupirs répétés.

Plusieurs médecins modernes pensent que cette affection n’est jamais primitive , mais qu’elle est constamment symptomatique, et qu’elle survient le plus communément lorsqu’on a tenu le malade trop chaudement, ou qu’on lui a administré des médicamens excitans.

Toutes les circonstances débilitantes, une constitution molle , la faiblesse acquise , les évacuations excessives , la présence d’une matière irri-

432 PYREXIES ,

tante dans les premières voies , Faccouchement ^ la ménorrhagie, etc. , sont autant de causes prédisposantes de la fièvre miliaire , dont le régime échauffant est la principale cause excitante. Cette théorie est justifiée par cela qu’on évite Féruption miliaire, quel que soit F état du malade, si on l’expose à l’air frais , et qu’on ne lui donne que des boissons froides.

La fièvre miliaire attaque les personnes d^s deux sexes , de tous les âges et de tous les tempéramens ; mais on a observé que les femmes d’une constitution délicate y sont particulièrement exposées , surtout pendant leurs couches. Elle li’est, au reste, nullement contagieuse, et rarement , peut-être même jamais , elle règne d’une manière épidémique.

Une température variable et l’humidité de l’atmosphère favorisent singulièrement son développement : aussi arrive-t-elle plutôt au printemps et en automne que dans les autres saisons. On ne l’observe presque pas en hiver.

Elle débute par un léger frisson, auquel succèdent de la chaleur , de l’insomnie , l’abattement des forces au physique et au moral , de l’anxiété , de la dyspnée avec oppression ; le pouls devient vif et profond ; la langue est blanche , la bouche sèche, le ventre resserré; et, si les symptômes sont intenses , il se manifeste du coma ou du délire. Néanmoins , /les signes précurseurs les plus ordinaires de Féruption miliaire sont Fabattement des lacultés , l’anxiété et les sueurs fé-

ou MALADIES FEBBILES. 4^3

Bientôt après, le malade éprouve de la démangeaison ou des picottemens sous la peau , et des petites pustules , en quantité innombrable et d’une couleur rouge, né tardent point à s’élever.' Ordinairement elles sont distinctes les unes des autres, mais quelquefois néanmoins elles se confondent entre elles.

Deux jours après l’apparition de l’éruption, on aperçoit une petite vésicule au sommet de chaque bouton ; deux ou trois jours encore plus tard, cette vésicule s’ouvre, et il se forme à la place , une petite croûte , qui se détache comme une écaille. Quelquefois, cependant, à peine une éruption a-t-elle disparu , qu’une autre lui succède immédiatement.

Au moment où l’éruption se montre, la plupart des symptômes perdent communément de leur intensité. Cependant, la sueur est sujette à continuer , à moins qu’on n’emploie quelque moyen spécial pour la faire cesser; sans cela, on j peut , durant plusieurs jours , voir se renouveler ; l’éruption. *

es symptômes graves, le coma, le délire, les I l convulsions , accompagnent de temps en temps 1;| la fièvre miliaire , qui peut alors devenir funeste.

I Une éruption confluente annonce un danger (I bien plus grand que celle qui est légère. Le proiij nostic est moins fâcheux, lorsque l’éruption est ïi stationnaire , que lorsqu’elle disparaît pour revem nir de nouveau ; il l’est encore moins lorsque /y les parties que couvre l’éruption sont tuméfiées ]\ et tendues, que lorsqu’elles demeurent lâches et 'i I 28 '

Page 1