PYREXIES
flasques. Du reste, plus les symptômes antécédens sont violens , plus il y a de faiblesse et d’abattement, et plus on doit craindre.
A l’ouverture des cadavres , on trouve des altérations variées , suivant la nature de la fièvre qui accompagne l’éruption, et qui, le plus ordinairement , est du genre du typhus.
Comme cette maladie est évidemment le résultat de l’application d’une trop grande chaleur , il faut de bonne heure chercher les moyens de la prévenir dans les affections qu’elle vient ' habituellement compliquer. Pour cela , on évitera de surcharger le malade de couvertures , de faire monter la température de sa chambre par up trop grand feu , ou en empêchant la circulation de l’air, en même temps pourtant qu’on prendra garde de tomber dans l’excès contraire.!
Les sueurs , qui ne sont point suivies de l’abattement de la fièvre , ne sauraient être critiques ; on peut, par conséquent, les supprimer sans danger et même avec avantage , en tenant l’appartement du malade à une basse température en ne le couvrant que fort peu , en lui faisant faisser les bras hors du lit , et en lui administrant constamment des boissons froides. Mais si la sueur paraît devoir être critique , le médecin doit régler l’abord de l’air de manière àce qu’il ne puisse devenir préjudiciable.
En prenant ces précautions de bonne heure y on prévient souvent des éruptions miliaires qui, sans elles , se seraient développées ; et quelquefois même , après leur apparition , à l’aide des
ou MALADIES FÉBEILES. 4^^
mêmes moyeris , on peut encore diminuer leur intensité.
Les éruptions miliaires accompagnent, dans quelques cas , les affections inflammatoires : alors , il devient nécessaire d’employer les minoratifs et les lavemens laxatifs : quant à la saignée,’ il ne faut y recourir que rarement et même jamais.^ Cependant, plus communément elles compliquent les maladies où la faiblesse est excessive, et où il y a tendance à la putridité : ici il convient de soutenir les forces avec du vin et par un régime restaurant , usant en même temps des toniques , du quinquina et des autres antiseptiques, de la manière indiquée au sujet du typhus J
Tout ce qui débilite est nuisible dans le plus grand nombre des cas de fièvre miliaire ; tout ce qui , au contraire , augmente les forces de l’économie est avantageux.
Une vive douleur d’estomac précède en général chacune des nouvelles éruptions qui se développent dans le cours de la maladie. Ce symptôme est très-pénible : on peut le soulager avec de petites doses fréquemment répétées de la mix-* ture camphrée de la pharmacopée de Londres.
Quand le délire ou le coma se manifestent à la suite delà rentrée subite de l’éruption, les cordiaux , l’ammoniaque , le camphre et les vési-< catoires doivent être mis en usage. Quand ce cas arrive , notre but principal doit être de provoquer et d’entretenir une forte sueur à l’aide de diaphorétiques énergiques, de l’application de la chaleur à l’extérieur, des bains de pieds , etc J
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S’il survient aussi alors quelque évacuation abondante , il faut bien se donner de garde de l’arrêter. Dans le cas de convulsions, à la suite d’une rétrocession , le camphre , le musc et l’opium sont spécialement indiqués.
Pour prévenir la maladie chez les femmes enceintes , il faut s’opposer principalement à la constipation , leur recommandant en outre , à l’époque de leurs couches , de suivre une diète rafraîchissante , de se couvrir peu , et d’entretenir leur chambre à une température peu élevée.
Du Pemphigus ou Eruption vésiculaire
Cette maladie consiste en une éruption de pustules dispersées sur diverses parties du corps , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, qui forment graduellement des vésicules ou ampoules du volume d’une grosse noisette , pleines d’un fluide séreux et jaune, quelquefois ichoreux, et qui disparaissent dans le cours de trois à quatre jours. Quelques auteurs pensent que le pemphigus est contagieux , et qu’il est accompagné de fièvre : d’autres sont d’un avis contraire. De là , il est naturel d’imaginer qu’il y en a deux variétés , l’un aigu et l’autre chronique. La maladie elle -même est cependant rare , quoique le docteur Willan en ait décrit trois espèces distinctes , le pemphigus ordinaire , le contagieux , et celui des enfans : mais il n’a jamais eu l’occasion d’obser-
^ Etymologie. , pustula.
Treatise, on cutaneous Diseases,
ou maladies fébriles. 437
ver un seul cas des deux premières variétés. La dernière, dit-il, existe quelquefois chez les enfans faibles et émaciés, qui finissent par mourir de la douleur et de l’irritation que causent ces vésicules et les ulcérations qui les remplacent.
La plupart des médecins qui nous ont fait connaître leur opinion sur le pemphigus , et , parmi eux , nous devons compter principalement le docteur Dickson ne le regardent point comme contagieux. Le médecin que nous venons de nommer a vu six cas de pemphigus dont aucun n’était venu par la voie de la contagion , et dont aucun ne produisit une semblable affection chez un autre individu. Cullen assure que les vésicules sont remplies par un fluide ichoreux , qui est évacué au dehors , et qui n’est point absorbé comme le prétend le docteur Dickson ; mais pendant tout le cours de sa pratique , il paraît qu’il n’eut occasion d’observer qu’un seul cas de pemphigus.
A la suite d’un certain degré de lassitude et de malaise , après un ou deux jours de mal de tête , de petites vésicules , du volume d’un pois environ , se manifestent en différens endroits du corps, et assez fréquemment dans la bouche et dans quelques autres parties du canal alimentaire : elles augmentent progressivement de grosseur, jusqu’à ce qu’elles aient acquis celle d’une noisette ou d’une amande : quelquefois elles atteignent les dimensions d’une noix. Elles sont en-
* Paper on Pemphigus, in the Transactions of the Royal Irish Academy' in lySy,
tourëes d’un cercle ou d’une auréole rouge , et distendues par une sérosité jaunâtre. Il y a souvent en même temps de la gêne dans la déglutition , des nausées , des vomissemens , et de la douleur dans l’abdoipen. Quelquefois elles sont assez nombreuses pour se confondre les unes avec les autres. En même temps , le pouls est petit et fréquent , et le malade éprouve un degré considérable de faiblesse.
Si les vésicules ne s’ouvrent point, la sérosité qui les remplit jaunit, et dans l’espace de trois ou quatre jours , elle est absorbée et passe dans le système entier de l’économie. C’est là la terminaison la plus heureuse de la maladie. Lorsque les pustules viennent à se crever, on voit quelquefois des ulcères rebelles les remplacer.
Le pemphigus a de l’analogie avec la variole y parce qu’il laisse souvent des creux sur la peau , et que la place qu’occupaient les vésicules demeure long-temps rouge. Dans le troisième volume de l’ouvrage intitulé Medical Facts and Observations y le docteur W^interbottom donne des détails curieux à ce sujet.
C’est le siège et le caractère des vésicules qui doivent régler le pronostic dans les cas de pemphigus. Quand elles ne paraissent qu’à l’extérieur, et qu’ elles sont peu multipliées , la maladie mérite peu d’attention ; quand elles sont nombreuses, qu’elles garnissent le canal alimentaire, que le pouls est petit et dur, qu’il y a“^une grande prostration des forces , le danger est considérable, Le péril est également imminent quand
bu MALADIES FEBEILES. /pg
les ulcérés auxquels les pustules ont donné naissance manifestent une tendance à la gangrène en devenant livides , ce qui arrive rarement cependant, à moiqs qu’il n’y ait complication d’une fièvre typhoïde.
D’après les connaissances que les modernes ont acquises sur le pemphigus , on doit , ce me semble , regarder cette maladie comme purement sporadique , sans aucun mélange d’un principe contagieux, et assimiler les symptômes dans tous les cas , à ceux que l’on observe dans les maladies fébriles inflammatoires ou putrides. Les remarques les plus importantes à faire, sont : I®. d’examiner si la fièvre a le caractère inflammatoire , et s’il y a accroissement d’énergie dans le système circulatoire ; de s’assurer si la fièvre tend à se convertir en typhus , et si elle est caractérisée par une grande faiblesse et les autres symptômes de l’adynamie. Dans le premier cas,' les évacuans et les autres moyens antiphlogistiques doivent être mis en usage : dans le second,' au contraire , il faudra éviter toute évacuation , n’employer que des remèdes fortifians, et chercher à donner à l’économie du ton et de la vigueur,'
Le plus souvent, la maladie est liée à un certain degré de faiblesse , qui fait que la seconde indication à remplir se présente plus fréquemment que la première.
Après avoir vidé l’estomac par un émétique J' s’il y avait des envies de vomir , et évacué les matières contenues dans les intestins à l’aide de
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quelque doux purgatif salin ou du calomélas , on peut administrer le quinquina en infusion , en decoction ou en poudre, et donner en même temps du vin. Les acides minéraux, convenablement étendus d’eau , seront aussi fort utiles , surtout si on y a recours de bonne heure.
Dès le début de la maladie , si la peau est chaude et sèche, on donnera avec succès la potion saline et les antimoniaux à doses rompues, afin de déterminer une douce transpiration ; mais il ne faut pas insister long-temps sur ces moyens.
On diminuera Firritation avec les opiacés unis à Féther sulfurique.
Quand il s’élève des vésicules dans la bouche et qu’elles s’ouvrent , de manière à donner naissance à des ulcères , il faut prescrire des gargarismes détersifs analogues à ceux qu’on emploie contre l’angine maligne. Si l’on a quelque raison de craindre que l’éruption ne se soit étendue au reste du canal digestif, on ordonnera une décoction mucilagineuse en abondance , comme lorsqu’il s’agit de la cure des aphthes chroniques.
S’il s’établit en quelque lieu des ulcères rebelles , le secours de la chirurgie devient indispensable.
Quelques praticiens ont l’habitude d’ouvrir les plus grosses pustules ; mais un pareil moyen n’est point encore assez éprouvé pour être autorisé.
Pendant la convalescence, on relevera les forces du malade avec le régime tonique approprié au traitement de la dysjiepsie.
ou MALADIES FÉBRILES.
De la Fies?re ortie e ( Urticaria. ) ^
Cette maladie est ainsi appelée à cause de Téruption qui la caractérise , et qui ressemble absolument à celle que produisent les piqûres des orties. Le docteur Willan , dans son Traité des maladies cutanées y en distingue six variétés. Vojez Ordre iii.
Bans quelques cas, un léger accès de fièvre précède ou accompagne l’éruption , qui n’est point bornée à telle ou telle partie du’corps, mais s’étend généralement partout , et cause beaucoup de chaleur et de vives démangeaisons. Parfois aussi , cette affection est signalée par la présence de larges pustules ou ampoules, qui, lorsqu’on les presse , paraissent solides , et sont absolument dépourvues de cavité à l’intérieur ou à leur sommet , en sorte qu’elles ne contiennent aucun fluide.
Les causes de l’urticaire ne sont que peu connues ; mais généralernent elle se manifeste après une suppression de la transpiration , ou pendant l’action d’une matière irritante dans l’estomac. Une maladie absolument analogue est produite chez quelques personnes par l’ingestion de certains alimens , comme les amandes , les champignons , les écrevisses , les moules , les homars, les harengs, etc. Lorsque quelqu’un a été empoisonné par du poisson de mauvaise qualité, une éruption semblable a également lieu L’ef-
* Etymologie. Urtica , ortie. ’
Voyez l’article des poisons animaux.
44^ PYREXIES,
fet en est rapide et les symptômes paraissent yiolens pendant quelques heures. En conséquence , les médecins se sont crus en droit d’assigner à l’urticaire , pour cause générale , une indigestion ou l’introduction de quelque substance délétère dans l’estomac.
L’urticaire cède ordinairement assez vite à un régime rafraîchissant ; il faut aussi entretenir la liberté du ventre à l’aide de quelques doux laxatifs, comme la crème de tartre ou quelque sel neutre. Quand elle est le résultat d’un aliment nuisible , on doit débuter par un émétique (i).