ORDRE QUATRIEME
DES ÉCOULEMENS INVOLONTAIRES DE SANG OU, DES HÉMORRHAGIES {hÆMORRHAGIÆ).
Sous ce titre , je ne comprends que les hémorrhagies actives, c’est-à-dire, celles qu’accompagne une fièvre symptomatique , qui' dépendent d’un afflux augmenté du sang dans les vais-
* Etymologie. Auca ^ sanguis ^
(i) Suivant la classification de Cullen , les aplithes devraient être placés à la suite immédiate des exanthèmes ^ mais, comme cette affection est bien plus répandue chez les jeunes enfans que parmi les personnes d’un âge mûr, j’ai cru devoir en renvoyer l’histoire au moment où je traiterai des maladies du premier âge.
Quant aux aphthes chroniques [aphthoïdes chronica) y qui sont communément une maladie symptomatique, il en sera question au chapitre des Cachexies.
ou MALADIES FÉBRILES. 44^
seaux par où il s’ëcoule , et qui sont le résultat d’une cause interne.
Les causes prédisposantes de ces hémorrhagies en général sont , l’application d’une trop grande chaleur à l’extérieur, une constitution sanguine et pléthorique, toutes les circonstances capables d’accélérer la circulation , comme les exercices violens, les grands efforts ^ la colère et les autres passions vives , certaines postures , les ligatures disposées de manière à déterminer une congestion locale , l’afflux du sang vers les vaisseaux de telle ou telle région du corps rendu^habituel par la répétition de l’hémorrhagie ellemême , la suppression d’une évacuation ordinaire , les lésions extérieures et l’exposition au froid.
Le traitement de ces hémorrhagies consiste principalement à suspendre d’abord l’écoulement du sang, et à en prévenir le retour par l’éloignement des causes occasionnelles , et par fa destruction de la diathèse inflammatoire , si elle existe. Quant aux moyens particuliers à mettre en usage pour chaque espèce d’hémorrhagie , nous allons les faire connaître dans les articles subséquens;
De V Hémorrhagie duriez ou Epistaxis.
*' ( Epistaxis. ) *
La membrane qui tapisse l’intérieur des fosses nasales est garnie d’une immense quantité de
^ Etïmolocie. y Stillatïo sanguïnU ex naribus.
444 PYREXIES ,
^vaisseaux , qui sont pour ainsi dire à découvert ■ en sorte que toutes les fois qu’il y a congestion de sang dans le système vasculaire de la tête , les vaisseaux du nez doivent se rompre avec la plus grande facilité. En général, le sang ne s’échappe que par une seule narine, mais dans quelques cas il s’écoule parles deux narines à la fois, ce qui annonce ordinairement une maladie plus grave.
Les individus d’un tempérament sanguin et pléthorique , qui ne sont point encore arrivés à l’âge mûr , sont très-exposés aux hémorrhagies nasales ; les femmes y sont moins sujettes que les hommes, surtout après l’époque de la puberté , probablement à cause du flux menstruel. On peut encore ranger parmi les causes prédisposantes de l’épistaxis une faiblesse spéciale des vaisseaux de la membrane pituitaire, et l’excessive vieillesse. Ses causes excitantes sont toutes celles que nous avons signalées pour les hémorrhagies en général , et tout ce qui peut faire porter le sang à la tête.
Dans certain cas , l’épistaxis n’est annoncée par aucun signe ; mais quelquefois elle est précédée par die la pesanteur et de la douleur de tête , de la rougeur à la face , de la chaleur et du prurit dans les narines, desbattemens des artères temporales , et de l’accélération dans les mouvemens du pouls. On la voit aussi précédée par le refroidissement des pieds , un frisson universel , et la constipation.
On doit regarder cette affection comme fort peu dangereuse quand elle arrive chez les jeunes
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gens ; mais , chez les personnes plus avancées en âge , lorsque l’écoulement est excessif et qu’il se répète fréquemment , on doit redouter une trop grande plénitude des vaisseaux de la tête , et par suite l’apoplexie , la pai^alysie , etc. ; en pareille circonstance , on doit la considérer comme une maladie assez grave véritablement.
L’épistaxis est un symptôme fatal , lorsqu’elle se manifeste pendant la durée d’une maladie putride ou adynamique.
Comme cette hémorrhagie est avantageuse dans certaines affections , telles que le vertige et la céphalalgie , et que , dans d’autres occasions , elle est évidemment critique, comme dans la phrénésie , l’apoplexie , la fièvre inflammatoire , on doit porter beaucoup d’attention aux circonstances dans lesquelles elle paraît, pour pouvoir déterminer si elle est essentielle , ou si la nature l’a produite pour opérer la cessation d’une autre maladie. Nous devons la regarder comme critique ,* lorsqu’elle survient dans le cours de quelque affection soit inflammatoire, soit de tout autre type , où nous soupçonnons congestion de sang vers la tête. Dans ce cas*, nous ne devons point chercher à l’arrêter , à moins que le malade ne s’affaiblisse beaucoup.
On ne doit pas non plus la suspendre subitement chez les individus sains et bien portans d’une constitution sanguine et pléthorique.
Quand elle se manifeste chez les vieillards , et qu’elle se répète trop souvent, ou qu’elle se prolonge au point d’amener la syncope , il faut l’ar-
446 PYREXIES ,
rêter le plus promptement possible 7 en exposant le malade à Fair frais , en le plaçant dans une situation presque verticale , en lui faisant incliner légèrement la tête en arrière , en lui administrant des boissons froides en abondance 7 et en employant le régime antiphlogistique. En outre , ou lui fera plonger la tête dans de l’eau chargée de muriate d’ammoniaque , on lui fera renifler fréquemment de l’eau et du vinaigre , et,' au moyen d’une seringue , on lui injectera, dans la narine affectée , quelque lotion (i) astringente.
Si ces moyens restent sans succès, on introduira dans les narines une tente imbibée d’alcool rectifié , ou d’une solution de sulfate de cuivre ou de fer dans de l’eau-de-vie ; ou bien encore qu’on aura enduite de blanc d’œuf, et roulée dans une poudre composée de parties égales d’alun et de sulfate de zinc. Pour en seconder l’efficacité , on plongera en même temps les parties génitales dans de l’eau froide , et on couvrira le front et
(i) “if Zinci vitriol.
Ccrussæ acetat. . . . . . gr. x
Aqiiæ distill . . ^
M. F. Injectio.
^ Alumiiiis in pulv. trit. S ij.
Aquæ Rosæ . 5 vj.
Acet. distillati . 5 j.
VET
^ Tincturæ Ferri miirial. . . j J.
Aq. distillât. . . . 5 \ j.
ou MALADIES FÉBRILES. 44y
les tempes avec des compresses trempées dans une solution de nitrate de potasse.
Le docteur Darwin , dans sa Zoonomie ^ rapporte rhistoire d’une dame qui eut une épistaxis qui dura plusieurs jours ; on ne pouvait, par le tamponnement des narines , parvenir au siège de l’hémorrhagie , et la sensibilité de l’arrièrebouche était telle , qu’il était impossible qu’aucun corps séjournât derrière la luette. Après une saignée et l’emploi de quelques autres moyens ordinaires , on lui fit plonger la tête dans un seau d’eau , dont on avait augmenté la fraîcheur à l’aide de quelques poignées de sel. Aussitôt, l’écoulement du sang cessa pour ne plus revenir ; seulement comme le pouls conservait de la dureté , on renouvela la saignée au bout de quelques jours.
Souvent dans l’épistaxis la compression , exercée sur l’ouverture du vaisseau qui fournit le sang , produit un bon effet , alors même que les autres moyens mis en usage ont été sans succès : pour cela , il faut se procurer un bout desséché d’intestin de porc , le faire ramollir, lier une de ses extrémités avec de la ficelle, et la conduire, avec une sonde, vers la partie supérieure de la narine par laquelle sort le sang. Puis , au moyen d’une seringue , on remplit la portion d’intestin avec un mélange froid de vinaigre et d’eau, et on maintient le tout par un* bandage approprié.
En même temps , on doit tâcher d’évacuer le ventre , s’il est nécessaire , à l’aide des laxatifs , dans la vue de produire une dérivation , que l’on
448 PYREXIES ,
favorisera encore d’ailieiirs en recommandant an malade d’éviter soigneusement tout ce qui peut déterminer le transport du sang vers la tête.
Toutes les heures à peu près , on fera prendre quelque médicament rafraîchissant , comme la potion saline avec le nitre ; en même temps , on donnera des boissons froides acidulées , et on exposera le malade à l’air frais.
On administre quelquefois à l’intérieur les astringens, le sulfate de zinc, l’alun, l’acétate de plomb , unis à l’opium : mais leur effet paraît douteux ; rarement ils ont assez de temps pour agir. Cependant , on peut y avoir recours , si l’écoulement devient chronique (i). Au reste, l’alun, le cachou, la gomme-kino, conviennent beaucoup mieux, comme astringens, dans les hémorrhagies
(i) ^ Infus. Rosæ acid. . • . . | vj.
Nitri . 5 j.
1S\.^ . Mistiir a cujus sumat cochlear . larg. iij. tertiâ qiiâque , hord. ,
VEL
^ Acid, sulfur, diluti . . . gutt. xx.
Aquæ fontis . «... 5 j C*
Syrup. Rosæ 5 ij.
Tiiict. Opii . gutt. XV.
M.F. Haiistus ter quaterve die sumendus.
VEL
of Zinci vitriol.
Aliiminis
Infùs. Rosæ . . •
Syrup, ejusdeiïi . . • . . • ISI. F. Haustiis sexiis liot'is sumendus
gr. 1/4- i/î.
. . . gr. x.
ou MALADIES FÉBSILES.^ 449
des poumons , de T estomac et des intestins que dans celles de la membrane pituitaire.
' Dans ces dernières , comme dans toutes les autres hémorrhagies actives , la teinture de digitale pourprée , à la dose de trente gouttes dans deux onces de véhicule , pour trois ou quatre prises en six heures de temps, deviendra un remède énergique , particulièrement chez les individus pléthoriques , ou bien lorsqu’il y a accélération dans les battemens du pouls.
Quelquefois , quoique l’écoulement du sang soit arrêté à l’extérieur , il continue d’avoir lieu à l’intérieur, et même au point de menacer le malade de suffocation , surtout pendant son sommeil, Dans ce cas , on introduit une sonde flexible dans l’intérieur de la narine , après l’avoir rendue porteuse de flls très-forts qu’on place dans sa cavité ; ensuite on ramene ceux-ci au-dehors de la bouche , on attache à leur extrémité de petits morceaux d’éponge, que l’on conduit ainsi assez facilement derrière le voile du palais , de manière à oblitérer l’ouverture postérieure des fosses nasales , puis dn fixe les fils à l’extérieur avec solidité.
Lorsque l’hémorrhagie a cessé , le malade doit
Aq. distillât . . . I j
CcFUSS, 3.CGt, .#•••••«.«• ^ 1 **
Tinct. Opii . . gult. xij - xx=
Syrup. Rosæ. .......... 5 j.
F. Haustus sextâ quâque hord capiendus»
' PYREXIES,
avoir soin de ne point enlever les pièces d’appareil ou les caillots de sang ; il faut qd’il les laisse se détacher spontanément ; pour éviter toute rechute , il se tiendra autant en repos que possible , et tâchera de ne déterminer aucune sorte d’irritation sur le nez.
Quand l’épistaxis survient chez des adultes pléthoriques , la phlébotomie est avantageuse ; avec l’usage fréquent des purgatifs rafraîchissans , et un régime antiphlogistique , elle peut prévenir le retour de la maladie. S’il y a évidemment afdux du sang vers la tête , on appliquera avec succès les sangsues aux tempes. S’il y a eu supjiression de quelque évacuation habituelle, comme des règles ou des hémorrhoïdes , on cherchera à la rétablir aussi promptement que possible ; et, si l’on n’y parvient point, on créera quelque autre évacuation, en posant un cautère ou un séton.
Du Crachement de sang ou Hémoptysie,
( Hæmoptysis. ) ^
L’hémoptysie consiste dans une évacuation de sang par la bouche , précédée d’une saveur salée et accompagnée d’une toux plus ou moins vive : on observe en même temps un sentiment de pesanteur dans la région précordiale , et une dou^ leur dans quelque point du thorax.
On la distingue aisément de l’hématémèse ^ parce que dans celle-ci le sang est ordinairement rejeté en grande quantité à la fois , qu’il est
* Etymologie. , sanguis , Tirvt^ ^ expectoro.
ou MALADIES FÉBRILES-,' plus foncé, plus grumeleux, et qu’il est mélangé avec les substances contenues dans l’estomac , tandis que, dans riiémoptysie, le sang est communément en petite quantité , d’une teinte vermeille , et uni à un peu de mucus seulement.
L’hémoptysie se manifeste en général entre seize et vingt-cinq ans, et peut être occasionnée par tout exercice violent , le saut , la course , la lutte, le chant, la déclamation, le jeu des instrumens à vent : elle peut encore être le résultat de blessures , de la pléthore , de la faiblesse des vaisseaux , de la fièvre hectique , de la toux , des écarts de régime , des excès d’ivrognerie , de la suppression de quelque évacuation accoutumée, ^ comme le flux menstruel ou celui des hémorrhoïdes. On l’a vue survenir également dans les cas où l’air était trop raréfié pour pouvoir dilater convenablement les poumons.
Les individus , chez lesquels il y a quelque disposition vicieuse dans les vaisseaux des poumons , ou quelque altération dans la construction de la poitrine , qui se distinguent par l’étroitesse de cette cavité et par la saillie des omoplates , ou ceux qui sont d’un tempérament tout à la fois délicat et sanguin, sont très-disposés à cette affection ; mais , même chez eux , la maladie est souvent déterminée par le concours des diverses causes occasionnelles dont nous venons de parler.
L’hémoptysie ne doit cependant point être considérée constamment comme une maladie primitive ; souvent elle n’est qu’un symptôme , et, clans quelques affections graves , les pleurésies ,
452 PYREXIES,
les péripneumonies , certaines fièvres , lorsqu'elle survient, elle présage une terminaison favorable.
Elle est quelquefois précédée d’un sentiment de pesanteur et d’oppression à la poitrine, d’une toux sèche et irritante , et d’une légère dyspnée; D’autres fois, elle s’annonce par des frissons, le froid des extrémités , des douleurs dans le dos et les lombes, des lassitudes, des flatuosités et la constipation. Le sang expectoré est tantôt très-fluide et d’un rouge vif, tantôt épais et noirâtre , ce qui dépend probablement de son séjour plus ou moins prolongé dans les poumons avant d’etre rendu.
Un crachement de sang n’offre aucun danger,^ lorsqu’il n’est ni précédé ni accompagné des symptômes de la phthisie pulmonaire , ou lorsqu’il ne laisse après lui ni toux , ni dyspnée , ni aucune affection apparente des poumons ; il n’est point dangereux non plus chez les personnes robustes et d’une constitution saine , à moins que l’hémorrhagie ne soit vraiment très-forte ; mais il devient souvent difficile de l’arrêter chez les individus dont la fibre est molle et la constitution délicate.
Rarement l’hémoptysie est assez violente pour causer immédiatement la mort ; et, quand cela arrive , c’est qu’il y a quelque gros vaisseau ouvert. En conséquence , le péril est proportionné au calibre du vaisseau.
Quand la mort survient par suite de la rupture de. quelque gros vaisseau, à l’ouverture,
bu MALADIES FEBRILES. 4^3
la poitrine , on trouve une grande quantité de sang caillé entre la plèvre et les p ouïrions , et l’on observe des traces d’inflammation clans les environs de la rupture. Si la maladie se termine par la phthisie pulmonaire , il existe un ordre particulier de lésions que nous indiquerons plus tard.
Dans toute hémoptysie , il faut, pour s’opposer à l’effusion du sang, faire suivre avec lapins grande rigueur le régime antiphlogistique , évi-* ter la chaleur et tout exercice corporel ; on emploiera en même temps et suivant l’occasion, les médicamens laxatifs , comme la manne , le tamarin, le phosphate de soude , le sulfate de potasse , etc. ; on soumettra le malade à un régime léger , et on lui conseillera les rafraîchissans (i). Le docteur Darwin pense qu’on pourrait encore arrêter cette espèce d’hemorrhagie par l’immersion dans l’eau froide ou par une asper-
(î) Tnfus. Ptosæ . .
Rail nilrat . . , . .
Tinct. Opii
. . gutt. XX..
M. F. Hamtus tertid vcl quartâ quâque
hora surnendas^
r EL
Of Cremor. Tartar .
Kali nitrat . .
Isl.Y .Piilvis, O & pro dos.
VEL
Of Acid. suif, dilut .
, , gutt. XXX.
Aquæ fontis . .
Tinct. Opii . . , .
Syrup. Rosæ
M. F. Haas tus.