‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climats (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · DES FLUX AVEC FIEVRE. ( PROF LU F IA · texte numérisé non relu

DES FLUX AVEC FIEVRE. ( PROF LU F IA

Les maladies de cet ordre sont caractérisées par l’augmentation d’une exhalation muqueuse accompagnée de fièvre.

Du Catarrhe. ( Catarrbus. )

Le catarrhe consiste en une augmentation de l’excrétion de la membrane muqueuse du nez, de la gorge et des bronches , accompagnée d’une fièvre légère.

Les catarrhes attaquent des individus de tous les âges et de toutes les constitutions , mais plus particulièrement les jeunes gens et ceux qui ont eu antérieurement quelque affection des poumons ; ils peuvent survenir à toutesles époques deTannée quand la température de l’atmosphère

* Ettmûlooie. Projluo, verbe latin.

Etïmologie. y dejluo.

JVTgIÎis dcspumat. *•.*•••>/ tb j

Saccliar. purif. . . ^

M. F. Pasta de qua capiat quantit. Nue. mosch. ùis tervz de die.

ou MALADIES FEBRILES, 4®^

Tarie subitement du chaud au froid, et réciproquement. Dans le premier cas , l’effet du froid sur réconomie paraît être évidemment la cause de la maladie, tandis que dans le dernier elle semble dépendre d’un principe contagieux particulier. Dans les années 1732 et 1733 on a vu une épidémie catarrhale s’étendre progressivement dan^ toute l’Europe et dans une partie de l’Amérique,' et en 1785 et i8o3 dans toute l’Angleterre. Aux époques où cette maladie régnait ainsi d’une manière presque généralèv^ on la désignait sous le nom àiinfliïenza ou grippe.

La cause prochaine ou immédiate du catarrhe paraît consister dans l’afflux des fluides, vers la menibranC müqueusé du nez, de la gorge et des bronches, par suite de l’inflammation dë ces parties.- ■ ' ^ ■■ '

' On distingue le Cùtarrhë de la rougeole par lé peu d’intensité des syrriptômes" fébriles et par l’absènce de la plupart des phénomènès qui Accompagnent cette phlégmasie cutanée.

Il débute ordinairement par une douleur obtuse ou par un sentiment de pesanteur dans la partie antérieure de la tête, par la rougeur des yeUi'ët la- plénitude et la chaleur des narines,' qui deviennent bientôt le siège de l’écoulement d’un fluide âcre et limpide. En outre il existe un malaise dans la trachée-artère , de l’enrouement ; des éternuemens fréquens tourmentent le malade , qui éprouve quelque difficulté de respirer, une toux sèche , de l’anorexie , une lassitude générale dans tout le corps, et des frissons,'

484 PYREXIES,

Vers le soir, le pouls prend une marche très-accëlérée , et il survient un léger accès de fièvre.

Plus tard la toux est suivie de l’excrétion d’un mucus qui , d’abord limpide , blanc , et expectoré avec quelque difficulté , devient graduellement plus épais, et d’une couleur jaune, et est enfin rendu avec plus de facilité et moins d’efforts de toux.

Alors meme que l’affection générale est trèslégère, le paroxysme ordinaire du soir est cependant considérablement accru ; et k cause de l’anxiété qu’il éprouve, et de la fréquence de la toux , le malade ne peut s’endormir que vers le matin, époque à laquelle il survient une crise momentanée , en sorte qu’il se trouve assez à son aise jusqu’au retour du paroxysme du soir.

Quand la sécrétion du mucus cesse , l’inflammation disparaît aussi ; de cette manière la maladie guérit presque toujours naturellement.

Le catarrhe a rarement des suites funestes , si ce n’est quand il attaque les vieillards , les individus cachectiques , ou qu’il a été aggravé par une nouvelle exposition au froid , ou par. un traite* ment contraire. lise termine ordinairement dans le cours de quelques jours, soit par une expectoration copieuse , soit par une sueur spontanée. Dans quelques cas cependant il laisse après lui le germe de la phthisie pulmonaire.

Lorsque le catarrhe est suivi de la mort , on trouve ordinairement, en examinant les cadavres, la membrane muqueuse de la trachée-artère trèsenflammée , et l’intérieur de ce canal rempli d’une

ou MALADIES F:ÉBRILES. 4^^

quantité considérable d’un fluide muqueux. La même altération s’observe également dans les poumons; les bronches sont en effet gorgées aussi de mucosités qui produisent une sorte de suffocation.

Dans les catarrhes peu intenses, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir recours aux moyens médicaux. En général^ il suffit de faire garder le lit au malade , de le mettre à un régime très-léger, de lui faire prendre abondamment des boissons chaudes, délayantes et mucilagineuses, telles que de l’eau d’orge acidulée avec du jus de citron et de la crème de tartre ; mais dans les cas plus graves , lorsqu’il existe une grande difficulté de respirer, beaucoup de chaleur fébrile , que le pouls est plein et fréquent, pour se mettre en garde contre les effets de l’inflammation générale , il devient indispensable de joindre aux précautions qui viennent d’être indiquées divers autres remèdes plus actifs. ' ■

Si donc il y a une diathèse inflammatoire bien Caractérisée , nous devons avoir recours à la saignée , en proportionnant la quantité de sang à la violence des symptômes et à l’âge du malade.

Si la dyspnée et l’oppression de la poitrine ne sont pas promptement soulagées par la saignée , il faudra appliquer des sangsues sur le thorax, après quoi il sera avantageux de poser un vésicatoire au dos ou sur la partie affectée , ce qui manque rarement de produire de Tamendement.

Pour favoriser le transnort des fluides en circulation à la surface du corps, et provoquer l’ex-

486 PYREXIES ,

pectoration, il est necessaire d’administrer fréquemment des antimoniaux à petites doses , ou d’autres diaphorétiques (i), dont on peut seconder les effets en faisant avaler en quantité au malade des boissons délayantes inucilagineuses acidulées , et en le tenant au lit.

L’alcali volatil est un diaphorétique très-puissant, particulièrement lorsqu’il est administré dans du petit-lait vineux. Vingt ou trente gouttes d’esprit volatil de corne de cerf dans une chopine de ce petit-lait , si le malade est tenu dans un lit modérément chaud , produisent en peu de temps une transpiration abondante. Les sels neutres provoquent aussi la transpiration insensible ; et quand on les administre suffisamment étendus

(i) ^ Succi Limon . . i j fi.

Ammon, præpar . . . 9 j fi.

Aq. fontîs . . . § V.

Antimon. tartar . . gr. j 5

Syrup, tolutan . , | C.

F,Mistiira .cujus sumat cochL larg. ij. tertiâ quâque horâ. K .

VEL

'2f Aquæ Ammon, acetat. . . .

Mist, camphorat. ... . .

Vini Antimonii . .

Syrup. Altliææ. . . * . . .

.Haustus.

VEZ

Camphor .

Pulv. Antimon.

Conserv. Rosæ M.F. Bolus.

gUtt. XXV.

5 ij.

gr. iv

gi’ ij-

Voyez aussi page 6t.

ou MALADIES FEDBILES. 48?

dans Te au , ils déterminent une sueur abondante. Une demi-onee d’acétate d’ammoniaque , prise toutes les deux ou trois heures , remplit très-bien cette indi|:ation.

Le nitre est un médicament souvent administré dans les affections catarrhales, comme dans la gonorrhée. Dans cette dernière .il ne manque pas d’augmenter la douleur par son action stimulante sur Furètre enflammée ou ulcérée ; et , dans la première , quand l’excrétion est trop ténue ou saline , il accroît évidemment la toux.

La sécrétion du mucus dans les bronches et dans la gorge peut • également être facilitée par î’usage des pectoraux atténuans , tels que la scille, la gomme ammoniaque, etc. (i), et par l’emploi répété plusieurs fois pendant le cours de la journée , de l’appareil fumigatoire du docteur Mudge , chargé d’un mélange échauffé d’eau et de vinaigre.

Quand la toux est fatigante , et qu’il existe rqie grande gène et de la sécheresse dans lagor ge, les adoucissans peuvent être mis en usage avec avantage (2), et, après que les symptômes inflam-

(1) 'lù Lactis Ammon. . . ^ v 15.

Oxym. Sciîlæ . 5 15.

. Mistura cujus cochlear, ij. quarlâ quâque hovd vel tusse urgenii.

(2) ^ Muciiag. gumm. arab . . , s'.

Glei Amygd. didc . . , Lj*

Syrup, tolutan . 115.-

Aquæ Ammon . ^15».

M. F. Emulsio cujus cochL larg. j. pro dos.

matoires se sont dissipes , les opiacés produisent un soulagement réel , et doivent être combinés avec eux.

Quand le repos du malade est troublé pendant la nuit, une préparation opiacée , administrée lorsqu’il se met au lit , devient nécessaire , mais elle doit être combinée avec quelque diaphorétique (t).

Si la constipation se manifeste dans le cours de la maladie , on doit la combattre par de doux laxatifs.

Quand la membrane muqueuse du nez est trèsdouloureuse , on peut F oindre de temps en

VEL

Sévi Ceti ( Gumm. arab. pe.rmixt, ) . S ij\

S3a’up. tolut . . 5 j

Olei Amygd. dulc . 7

Conserv. Rosæ . 4 ^

M. Fi Linctm de quo sœpè lambat œger urgenti tusse^

VEI

’if Mel. optim .

Olei Amygd. dulc.

Succi Limon. . ,

Syrup, tolutani M. F. Linctus,

âà I ij.

5 ij.

(i) if Aq. Ammon, acet. , . . . S iij.

Mucilag. Gumm. arab . . . 5 j.

Syrup. Limon. . . ^ ij.

Tinçt. Opii . . . • . , gutt XL.

M.F. Haustus hord decubitus sumendus.

VEL

gr. xij.

if Pulv, îpec. compos

ou MALADIES FEBRILES. 4^9

temps avec un peu de suif, ou d’onguent de blanc de baleine.

Tels sont les remèdes à employer pendant la première période de la maladie : mais il arrive souvent, qu’ après la disparition des symptômes inflammatoires , il reste une faiblesse des poumons avec augmentation de la sécrétion des bronches , augmentation qui peut durer pendant plusieurs mois , sans la moindre apparence de suppuration. En pareil cas, on doit éviter avec soin toute nouvelle exposition au froid, et se vêtir chaudement.

Quand la maladie persiste pendant long temps,' ou est devenue habituelle , il faut rester au lit le matin , jusqu’à ce que le paroxysme ordinaire du soir soit passé entièrement, et se coucher de bonne heure. On doit également s’abstenir de vin et de toute nourriture difficile à digérer ; respirer un air aussi pur que possible ; et prendre chaque jour un exercice modéré à cheval.

En suivant avec attention la marche qui a été conseillée , en entretenant une irritation constante à l’extérieur de la poitrine au moyen d’emplâtres de poix de Bourgogne et de vésicatoires, ou en plaçant un large cautère à l’épaule , en employant les opiacés pour mitiger la toux, et les toniques ,‘ on parvient en général à dissiper les suites des catarrhes.

Si, malgré ces soins , la toux restait sèche , ou n’était pas accompagnée d’une expectoration convenable , s’il survenait un malaise , des douleurs sourdes dans l’intérieur de la poitrine , et

'490 PYREXIES ,

entre les épaules , de la dyjspnée , de la rou* geur aux pommettes après le repas , une chaleur brûlante dans les mains et à la plante des pieds , et d’autres symptômes de la fièvre hectique , on ne devrait pas perdre de temps, dans la crainte qu’il ne s’ensuivît une degenexation tuberculeuse, pour recourir aux moyens conseillés dans le traitement de la phthisie pulmonaire.

Il est à propos de parler ici d’une espèce de catarrhe , auquel sont sujets les individus âgés , et ceux qui ont eu de fréquentes attaques de telles affections. Ces personnes sont prises d’une toux, qui, à la longue, devient habituelle, cour tinue pendant plusieurs années, et est excessivement fatigante. Les attaques ont lieu le plus ordinairement le matin , et finfortuné malade , qui d’ailleurs jouit d’une bonne santé , éprouve des accès de toux qui durent long-temps , et qui ne se terminent que lorsqu’il survient une expectoration abondante , qui procure du soulagement sur-le-champ. Le lendemain matin , cependant, les mêmes symptômes fâcheux s’emparent de nouveau du malade affaibli , et alors le peu de forces qu’il peut avoir pour supporter les fatigues de la journée , se trouve presque épuisé. Dans les pays septentrionaux particulièrement , on observe très-fréquemment cette espèce d’affection catarrhale chez les vieillards ; elle paraît provenir de ce qu’une quantité plus qu’ordinaire de mucus est sécrétée dans les bronches , ce qui, en gênant la respiration, et en irritant mécaniquement les parties , produit la toux.

OÜ MALADIES FEBBILES. 49 ï

Quelquefois le malade est suffoqué, parce qu’il ne peut expectorer ; c’est ce qui est arrivé dans im cas pour lequel je fus appelé. Les meilleurs médicamens à employer en pareille occurrence sont une combinaison de myrrhe , de scille et de gomme ammoniaque (i). La digitale (2) est aussi d’un grand secours dans les toux chroniques , accompagnées de dyspnée , d’une sécrétion abondante d’un mucus visqueux , et de tendance à un épanchement dans le tissu pulmonaire.

La fièvre catarrhale , connue sous le nom d’m- Jluenza y qui régna si universellement en iSo3 dans presque tous les lieux de la Grande-Bretagne et en France, où elle fut appelée la Grippe ^ se manifesta d’abord à Londres vers les derniers

(i) y Pulv. Gumm. Myrrh . 3 j.

Gumm. Ammon. . 5 15.

Scillæ pulv . . gr. X

Syrup, tolut . q. s.

M. F. Massa in pilul. gr. v. dividenda. Capiat ij. pro dos.

Omni mane et nocte.

VEZ

of Gumm. Myrrhæ . . Z Solide in

Aquæ puræ % ]• et adde

Lactis Ammoniac . « • | iv.

Oxymel. Scillæ § 15.

Tinct. Opii camphor. . . . . . . . s j.

M; Capiat cochlear, amplum pro dos,

(3) Lactis Ammoniac . 5 v.

Oxymel. Scillæ § 15

Tinct. Digitalis . gutt. xxx.

IM. Capiat QQçhkar* amplum tusse urgentù

402 PYREXIES,

jours de février , époque à laquelle un état doux

et humide de l’atmosphère avait suce 'd /^ à un

froid intense , qui reparut de nouveau vers le

commencement de mars avec un vent d'est très-

vif.

Comme dans les épidémies précédentes de la même espèce , cette maladie se montra avec différens degrés d’intensité, quelquefois assez légère pour ne pas empêcher les individus de se livrer à leurs occupations ordinaires , et pour demander à peine le secours de la médecine ; et d’autres fois assez violente pour mettre la vie en danger, et même causer la mort. Elle fut très-funeste aux jeunes enfaris et aux vieillards , particulièrement à ces derniers. Les adultes aussi , qui étaient atteints d’asthme habituel , ou qui avaient quelque disposition à la phthisie , éprouvèrent ses effets destructeurs.

Elle était généralement précédée de froid et de frissons , auxquels succédaient de la chaleur , des douleurs dans la tête , un écoulement muqueux par les narines , des éternuemens violens , un épiphora, de l’enrouement et de la toux. Au bout de quelques heures , le mal de tête .et la chaleur augmentaient considérablement ; le pouls devenait accéléré et petit ; la respiration difficile , avec oppression ; les malades éprouvaient des douleurs vives et piassagères dans la poitrine , dans les épaules et dans les membres , comme dans le rhumatisme chronique , et , dans certains cas , la difficulté de respirer aurait pu , en partie , être attribuée à une affection semblable des muscles

ou MALADIES FÉBRILES. 49^

intercostaux*. La langue était ordinairement blanche ; la soif considérable ; le ventre resserré ; burine chargée en couleur , mais claire ; très-fréquemment il y avait des nausées , suivies d’un vo-^ missement plus ou moins fort.

Vers le soir du second ou du troisième jour, la toux devenait plus intense et presque continue, avec expectoration d’un mucus âcre. Le paroxysme de la fièvre du soir était aussi plus vif et accompagné d’une anxiété extrême , d’insomnie , d’une chaleur considérable, et souvent de trouble des idées et de rêvasserie. A cette période de la maladie , le pouls battait ordinairement de loo à 120 fois par minute. Vers le matin, il y avait rémission des symptômes fébriles , mais la toux continuait à être violente , et empêchait absolument le malade de jouir du sommeil.

Quand il survenait de bonne heure une douce transpiration, et que l’on. tenait le ventre libre, la fièvre diminuait communément vers le cinquième ou le sixième jour, et l’urine, qui d’abord était foncée en couleur quoique limpide , devenait alors trouble , ou déposait un sédiment copieux ; mais la toux continuait pendant plusieurs jours ; les crachats étaient cependant d’une qualité plus louable et plus épais , et l’expectoration plus facile. L’abattement, la langueur, la faiblesse et l’insomnie, symptômes généraux de cette épidémie, fatiguaient pourtant encore les ’malades long-temps après le déclin de la fièvre.

Tel était le caractère le plus ordinaire de la maladie ; mais ses modifications furent extrême-

494 PYREXIES,

meut nombreuses; car dans quelques cas il y avait un violent mal de tête avec gonflement des yeux ou inflammation de la conjonctive , ou des douleurs dans les membres , avec peu d’affection catarrhale ; tantôt la gorge était principalement affectée, et tantôt il existait une affection des poumons. Dans quelques cas enfin , elle prit le caractère du typhus.

Dans le traitement de la grippe , la saignée fut peu employée, et on y eut seulement recours dans les cas où les symptômes de pneumonie furent très-pressans , et dans lesquels le malade se plaignait d’une grande difficulté de respirer , ou d’une douleur aigue dans le côté. Quand la dyspnée existait , comme cela avait lieu le plus souvent , l’application d’un vésicatoire à la poitrine produisait généralement un soulagement marqué.

Si , dans le commencement de la maladie , il existait des nausées, un léger vomitif devenait avantageux ; et quand , ce qui était fort commun, on remarquait de la' constipation , il était nécessaire d’administrer quelque léger laxatif. ’

* Dans les cas où il n’y avait ni chaleur ni fièvre,' . il n’était aucunement indispensable de tenir les malades au lit : dans de telles occasions il suffisait de leur faire garder la chambre ; de leur faire faire un ùSage abondant des délayans , et de les soumettre^4 un régime' très -léger ; mais quand les symptômes fébriles prenaient de l’intensité, il fallait leur faire garder le lit , et leur administrer des diaphorétiques. De légères doses de la poudre antimoniale , secondées par une solution

ou MALADIES FEBBILES. ^9^

de quelque sel neutre , et données toutes les trois ou quatre heures , manquaient rarement de déterminer une douce diaphorèse, et cela suffisait^ car les sueurs trop abondantes , particulièrement vers le déclin de la maladie , étaient très-nuisibles , en augmentant la langueur et la faiblesse l' On retira quelque utilité de la décoction d’orge mondée, et de la solution de gomme arabique avec addition d’un peu de sirop de limons dans les cas où l’arrière-bouche et la gorge étaient affectées de sécheresse et d’inflammation. Vers le déclin de la maladie , et dans les cas où l’expectoration était à la fois visqueuse et difficile ^ la scille fut employée avec avantage. Quand la toux était très - fatigante , et que les symptômes fébriles étaient dissipés , un médicament anodin donné vers le soir produisait un fort bon effet. Pour remédier à la langueur et à la faiblesse qui accompagnaient constamment ce catarrhe, il fallait, pendant la convalescence, avoir recours aux toniques , tels que la décoction de quinquina avec les acides minéraux, ou quelque préparation de myrrhe avec* une infusion de racine de Colombo ou de gentiane , comme nous le conseillons au sujet de la dyspepsie. Au commencement de la maladie , des alimens en petite quantité et un régime doux et végétal étaient ce qui convenait le'mieux ; mais vers le déclin il fallait donner des*alim‘ens’plus abondamment , et y joinr» dre une quantité modérée de vin.

Plusieurs individus eurent des rechutes pour ne pas s’être mis à l’abri d’une nouvelle exposi-r

496 PYREXIES ,

tion au froid. Dans quelques cas, la convalescence fut très-prolongëe , et donna lieu à des maladies chroniques longues et rebelles, plus particulièrement à des affections rhumatismales.

Quelques médecins ont pensé que cette maladie était contagieuse ; d’autres ont nié cette as^ section* Sa propagation prompte et rapide fit soupçonner en effet à plusieurs praticiens qu’une cause régnante dans l’atmosphère était seule capable de la produire. Probablement que d’abord l’état de l’atmosphère lui donna naissance, comme cela arrive pour les autres épidémies , et qu’elle se répandit ensuite p^r voie de contagion.

De la Dysenterie. (Dysenteria. ) ^

La dysenterie est une maladie contagieuse dans laquelle il y a inflammation de la membrane muqueuse des intestins, caractérisée par des selles fréquentes, de violentes tranchées, du ténesme, et de la fièvre ; les selles sont peu copieuses , et consistent principalement en des m ucosités striées de sang et sans aucune trace d’excrémens ordinaires, à moins que ce ne. soit sous la forine de petites boulettes compactes et dures, connues sous le nom de scyhala.

La dysenterie se manifeste principalement en été et en automne , surtout quand un temps hur mide succède immédiatement à des chaleurs intenses ou à une grande sécheresse ; alprs en effet la transpiration est subitement arrêtée , et il' s’opère une sorte de transport vers les intestins.

■* Etymologie. Aw?, dijficilè , tvlî^ov ^ întestinum , ^ Jluo.

ou MALADIES FÉBRILES. 497'

Cette maladie est egalement produite par l’usage d’alimens gâtes ou malsains et par les exhalaisons et les vapeurs délétères. Aussi paraît-elle souvent au sein des armées campées dansde voisinage de terrains bas et marécageux, et se montre-t-elie très -destructive alors; mais le plus fréquemment, elle est le résultat de lacontagion ; et quand une fois elle se déclare dans les endroits où sont rassemblés un grand nombre d’individus , elle se propage avec une extrême rapidité. Une constitution particulière de l’atmosphère paraît y prédisposer, ou même lui donner naissance , et , dans ce cas , elle règne more epidemico .

On l’observe fréquemment en même temps que les fièvres intermittentes et rémittentes d’automne , et souvent elle se combine avec ces der^ nières. Elle est également très -souvent compli-: quée de typhus. Un écrivain moderne ^ soutient que la dysenterie simple n’est jamais contagieuse par elle-même , et ne revêt point le type intermittent ou rémittent , qu’elle n’acquiert que lorsqu’elle est combinée avec le typhus; en sorte que sa propriété contagieuse, quand elle existe, n’est pas due à un virus spécifique , mais dépend de la nature de la fièvre coexistente. D’autres cependant ont avancé que le principe contagieux réside dans la matière muqueuse ou purulente exhalée par la membrane interne des intestins, et non pas seulement dans la transpiration ou dans rhalein.e des malades.

* Observations on simple Dysentery' and its Combinations, hy^ fVilliam Harty , M. B,

4gB PYREXIES ,

La dysenterie règne pkitôt dans les regions chaudes que dans les pays froids ; pendant les mois d’août, de septembre et d’octobre, qui constituent la saison pluvieuse de l’annëe aux IndRs occidentales , elle est très - sujette à se déclarer, eL devient générale parmi les nègres des différentes plantations. Elle règne également dans les endroits, malsains des Indes orientales et dans nos comptoirs sur la côte d’Afrique , pendant la saison humide, et même quelque temps ‘après. L’économie est alors effectivement dans un grand état d’irritation à cause de la grande chaleur des mois d’été ; on se trouve subitement a l’humidité, les pores de la peau sont ouverts, et le sang est ainsi poussé de l’extérieur a l’intérieur,' ce qui explique la naissance de la maladie. ' Une distinction nécessaire à établir entre les

dysenteries, de quelque pays qu’elles soient, c’est que celles qui attaquent les individus en parfaite santé peuvent être considérées comme primitives ; tandis que celles qu’on observe chez les personnes très-affaiblies par une fièvre , et d’une constitution détériorée , sont proprement symptomatiques, parce qu’elles proviennent principalement de, débilité et d’atonie.

La dysenterie peut être distinguée aisément de la diarrhée, où il y a absence de la fièvre et moins

de violence dans les tranchées et dans le ténesme: le caractère des selles et les autres symptômes aident encore à établir le diagnostic.

L’attaque de la dysenterie est quelquefois précédée d’anorexie , de constipation , de borbo-

ou MALADIES FEBKÎLES.

rygmes , de douleur d’estomac , et d’un léger vomissement, et elle débute par des frissons suivis de chaleur à la peau et de fréquence dans le pouls J Ces symptômes sont en général les avant-coureurs des évacuations douloureuses et multipliées qui s’établissent ensuite. .

Quand l’inflammation commence à occuper la partie inférieure du canal intestinal , les selles deviennent plus fréquentes et moins abondantes; et en passant à travers les parties enflammées elles produisent une grande douleur, en sorte que chaque évacuation est précédée de violentes tranchées et de borborygmes.

Les selles varient en couleur et en consistance ; elles sont quelquefois formées simplement par un mucus écumeux strié de sang , et d’autres fois c’est un fluide clair, âcre , semblable à de la lavure de viande , et d’une odeur très-infecte. On a vu des malades rendre du sang pur. De temps en temps , au reste , on observe dans les évacuations alvines des lambeaux de mucus coagulé,' ressemblant à des morceaux de'fromage, et, dans quelques cas , une certaine quantité .d’une matière purulente. Parfois les dysentériques ne rejettent rien qu’une matière mitqueuse sans aucune trace de sang ; c’est ce qui constitue la maladie connue sous le nom de djsenteria alba ou de morbus mucosus.

Tant que les selles sont formées par ces différentes matières , et qu’elles se répètent fréquemment , il est rare que l’on aperçoive des exrrémens naturels mêlés avec elles, et quand cela a

5oO PYREXIES,

lieu , ils paraissent sous la forme de scjhala, dont rëvacuation fait toujours éprouver au malade un soulagement momentané sous le rapport des tranchées et du ténesme.

Il arrive fréquemment qu’en raison des efforts violens auxquels on se livre pour expulser les matières irritantes , une portion de l’intestin est chassée au-delà de l’anus , ce qui devient un symptôme très - gênant et très - désagréable ; nous en pouvons dire autant du ténesme , c’est-à-dire de l’envie continuelle d’aller à la selle sans qu’aucune évacuation s’ensuive , si ce n’est parfois un peu de mucus.

Une fièvre plus ou moins vive accompagne ordinairement les symptômes dont nous venons de parler pendant tout le cours de la maladie ; lorsque celle-ci est d’une mauvaise nature, elle prend le caractère inflammatoire ou adynamique. Si la dysenterie est bénigne , la fièvre ne tarde pas à disparaître , quoique les symptômes de la maladie durent encore pendant assez long-temps.

Quand la maladie a de l’intensité, qu’elle produit une grande perte de forces , et tend à la putridité ; que les selles sont fétides et involontaires, la mort arrive souvent dans l’espace de quelques jours ; mais quand elle est plus modérée, elle se prolonge fréquemment pendant un temps considérable , et finit par disparaîti’e à la longue lorsqu’une douce moiteur se répand également sur toute la surface du corps ; la fièvre , la soif et les tranchées cessent alors , et les sellés prennent leur ôpuieur et leur consistance naturelles. Quand la

ou MALADIES FEBRILES. !>OI

'dysenterie a passé à Fétat chronique , elle guérit difficilement; et quand elle existe chez un individu phthisique , ou dont la constitution est très-dété^ riorée par quelque autre affection , elle se termine toujours d’une manière funeste. Quand elle se complique avec les fièvres intermittentes et rémittentes d’automne , elle devient encore extrê'mement pénible à traiter.

Des tranchées violentes, l’envie continuelle d’aller à la selle sans rien évacuer, l’abattement des forces , la fétidité des excrétions , la tension du ventre , une fièvre intense , des sueurs froides et visqueuses, le froid des membres, des aphthes, le hoquet, les pétéchies et la faiblesse et l’irrégularité du pouls, doivent être regardés comme des symptômes très-défavorables : tandis qu’une moiteur légère et universelle^, le peu d’intensité de la fièvre , le peu de fréquence des évacuations,' leur consistance plus naturelle , et la diminution graduelle des tranchées et du ténesme , sont des signes favorables.

A l’ouverture des cadavres des individus morts de la dysenterie , la membrane interne des intestins , mais plus particulièrement celle du colon et du rectum, paraît enflammée ou offre des ulcérations, des taches gangréneuses, des brides. Le péritoine et les autres membranes de l’abdomen sont également phlogosés dans quelques cas.

La dysenterie présente deux périodes distinctes ; en conséquence, pour la traiter convenablement, on doit faire une attention spéciale à l’époque a laquelle le malade requiert les se-

5o2 pybexies,

cours de l’art. Dans la première période , si le sujet est jeune et pléthorique , et s’il existe des symptômes inflammatoires ti es- prononcés , on peut tirer une petite quantité de sang ; mais si les symptômes fébriles ou phlegmasiques ne sont pas intenses , et que le pouls ne soit pas très-plein et très-fort , on doit s’abstenir de cette évacuation qui favoriserait la tendance de la fièvre qui accompagne la dysenterie à dégénérer en typhus , circonstance à redouter , particulièrement dans les pays chauds.

Quelques médecins ont mis en question si l’on devait considérer l’inflammation qui accompagne la dysenterie comme l’effet ou comme la cause de la maladie. En mon particulier, je penche fortement pour la dernière opinion ; néanmoins je ne recommande pas en général la saignée ; je conseille, au contraire, de ne faire usage de ce moyen qu’avec la plus grande réserve.

D ans le plus grand nombre des cas, il faut commencer le traitement en administrant un doux émétique dans la soirée , et le lendemain matin on donne un laxatif (i), qui doit être répété tous

(i) Natri vitriol . 5 j.

Mannæ oplim . ^ fS.

Aquæ ferventis. 5 ij.

- Cinnamom . ^

M F. Haustus.

TEL

:if Fract. TîWîiarind . î ] Decoque ex

Aquæ piiræ . ^x«^/viij. Colat. acide

M annæ optim . %].

ou MAL ABIES FEBRILES. 5o3

les deux ou trois jours, dans rintentiou de provoquer l’évacuation des excrémens véritables , qui ne sont rendus que rarement , et presque toujours seulement par des moyens artificiels.

Si ces derniers ne sont pas assez énergiques ^ et ne produisent pas des sellés copieuses , il faut avoir recours à des purgatifs plus forts (i). Quelques praticiens sont dans l’usage de combiner les émétiques avec les purgatifs , comme un des sels neutres avec le tai^trate d’antimoine , et souvent on en retire un très-bon effet (2).

Dans la vue de déterminer un effet diaphorélique , 011 donnera de légères doses de médicamens vomitifs (3), toutes les trois ou quatre

Kali tarîaris. . § fi.

, Solutio cujus sumat dimidium primo mane ^ et quod restât jjost horas dua^y si sit nécessitas.

VEL

"it Olei Biclni . . 3 j. pro dos.

(ï) Calomel. . . . gr. v,

Pulv. Jalap . y fi.

Syrup, de tlhamuo . . . . q. s,

M. F. Massa in pilulas vj. pro dos. dividenda.

(2) If Infus. Senuæ . . 5 V.

Kali tartarisat. ... « . 5 j.

Antimon. tartaris. . . gr. ij.

Solve. — Hujus misturœ sumantur Cochl. iv, quolibet trihorio , donee venter rilè solulus fuerit.

(3) ^ Pulv. Ipecac. . . * . gr. iij.

Coîiserv. Itosæ . . gr. xii.

M. F. Bolus quartis horis sumendus.

5o4 PYREXIES,

heures , de manière à provoquer et à entretenir seulement une légère moiteur de la peau sans produire beaucoup de nausées. On réussit quelquefois ainsi à arrêter subitement la marche de la maladie.

Le verre d’antimoine a été très -vanté par sir John Pringle pour sa grande efficacité dans le traitement de la dysenterie ; on peut donc l’administrer si les autres médicament ne répondent pas à nos vues. La dose , pour un adulte , est d’environ huit grains ; mais il est plus convenable de commencer par quatre ou cinq grains , et d’en augmenter ensuite la quantité selon l’effet produit.

On vient de faire connaître une nouvelle méthode d’employer les émétiques dans la dysenterie (i), et Fauteur assure avoir retiré de sa pratique les plus grands avantages. C’est sous la forme d’un lavement qu’il fait usage de ces rnédicamens ; il le compose avec environ trois gros de racine d’ipécacuanha , qu’il concasse et fait bouillir dans deux pintes d’eau jusqu’à réduction de la moitié ; l’administration en est répétée deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.

Si , à son début , la dysenterie est accompagnée de violentes nausées ou d’un vomissement intense,

* Obser^f. on the Nature and Cure oj' the Diseases oj' the East and JVést Indies , by Thomas Clarke, Surgeon.

Pulv, Ipecac, comp, gr. v.

Confect, aromat . x.

M. F. Bolus,

OT) MALADIES EEB'RILES, 5o5

sorte que le malade soit menace du choleramorbus , les ëme' tiques , les purgatifs et les diaphorétiques, sont egalement contre-indiques. En pareil cas il ne faut chercher à faire contracter l’estomac , pour évacuer les matières qu’il contient, qu’au moyen de quelques verres d’infusion de camomille. En même temps on vide les intestins à l’aide de lavemens faits avec la même infusion ou du bouillon coupé ; après quoi il est bon d’administrer sur-le-champ un opiacé, et s’il est rejeté, on en donnera double dose dans un lavement.

Si le vomissement continue à être très-intense malgré l’emploi de ces moyens , le salut du malade dépend de l’usage de fomentations sur la région de l’estomac avec la teinture d’opium et l’alcohol camphré , des lavemens opiacés et souvent répétés , et des autres remèdes dont il sera parlé au sujet du cholera-morbus.

Lorsque , dans la dysenterie , l’abdomen est dur, tendu et douloureux au toucher, et que le malade éprouve fréquemment de violentes tranchées, l’application de morceaux de flanelle trempés dans une décoction chaude de fleurs de ca-' momille et de têtes de pavots avec une légère addition d’alcohol camphré , procure un soulagement marqué ; mais si ces fomentations ne produisent pas l’effet désiré, on doit poser un vésicatoire. Dans la plupart des cas de dysenterie, et particulièrement pendant la période inflammatoire , on soulage le .malade en le plongeant dans un bain tiède , et en l’y laissant pendant un certain temps. Des frictions sur l’abdomen avec une

5o5 PYREXIES ,

huile chaude et stimulante , au moment où l’on sort du bain , peuvent encore augmenter l’effet de celui-ci.

Pour garantir la membrane interne des intestins de l’âcreté des matières qu’ils contiennent, et pour combattre le ténesme , il est nécessaire de faire prendre au malade des substances qu’il puisse rendre par les selles. Alors on doit nonseulement donner les mucilagineux, telles que la solution de gomme arabique dans le lait, les préparations d’orge, de riz, d’arrow-root {fécule de Maranta indica^ (i) , etc. , mais encore on administrera un lavement de meme nature, trois ou quatre fois dans le cours de la journée (2). Le malade d’ailleurs évitera avec soin tout essai vain pour aller à la selle , et ne fera pas de violens efforts pendant l’évacuation des matières fécales.

Si l’anus s’enflamme ou s’excorie , on l’oindra avec une pommade émolliente ou du sain doux après chaque évacuation.

Dans le traitement de la dysenterie des îndes,' le mercure est un remède sur lequel on compte

{i) ^ Gumm. arab . %\],Solv.in

Decoct. Ilordei . . fb ij adde

Syrup. Limon . § ij.

Bibat pro potu ordinario,

FEL

Decoct. Cornu Cervi. . .

(2) ^ Gelatin. Amyli . • . ^ v.

Gumm. arab. sol . 5 fS.

Olei Oliv. . . 5 j*

M. F. Enema,

OIT MALADIES FEBRILE S : 5o7

beaucoup aujourd’hui ; mais il doit être employé au commencement de la maladie Suivant la mMiode recommandée , on donne le calomélas à haute dose le soir et le matin sans interruption , et on pratique simultanément des frictions mercurielles sur le ventre jusqu’à ce que la bouche soit affectée. Si la diarrhée survient , ce symptôme ne doit pas être combattu ; on l’entretiendra, au contraire, en donnant de temps en temps une prise de sulfate de soude ou de rhubarbe.

Il paraît qu’outre le mercure , on a souvent employé aussi l’acide nitrique. Cependant je suis très-porté à douter que ces remèdes, même dans les cas les moins graves, puissent être avantageux, ou même innocens. Je croirais, au contraire, que bien souvent ils ne peuvent être que très-préjudiciables , et particulièrement à la dose à laquelle on les emploie.

Il est présumable que la maladie que certains auteurs ont appelée Dysenterie de VInde ^ est , par sa nature , ses symptômes , ses causes , et le mode de traitement qu’elle exige , très-différente de la dysenterie des autres pays, et c|u’elîe ne diffère en rien des flux bilieux qu’on observe si fréquemment dans cette contrée, et qui sont produits par une affection du foie. Chez ceux qui en sont atteints en effet, les selles sont copieuses, îicjuides, et fréquemment bilieuses ; elles ne contiennent que rarement ou même Jamais des scj-

* M'’Gregor s Mediçal Sketches — Clarke on the Diseases of JV arm Climates — Milne'' s Account of the Diseases that prevailed during two V oyages to the East Indies. •

5o8 PYREXIES ,

hala. Ces symptômes n’ appartiennent aucùne-

Hient à la vraie dysenterie.

Dans le commencement, il serait nuisible d’employer les opiacés ou les astringens : mais , dans la seconde période, quand les forces du malade sont épuisées , qu’il y a relâchement et faiblesse des intestins , qu’on ne voit plus de malignité , l’usage de ces médicamens est utile et très-avan- tageux ; il faut seulement empêcher la constipation^ et évacuer de temps en temps les matières contenues dans les intestins , au moyen de quelques grains de rhubarbe, ou d’un laxatif analogue.

Dans cette période de la maladie , si le sommeil était ti ès-interrompu dans le cours de la nuit en raison de la fréquence des selles , on prescrirait une préparation d’opium pour prendre le soir au moment du coucher (i).

La jusquiame, à cause de ses propriétés narcotique et légèrement laxative , paraît un médicament bien indiqué dans la dysenterie , et on peut l’essayer, de préférence même à l’opium.

Dans les flux habituels , qui arrivent fréquemment chez ceux qui ont fait de graves maladies ,

(i) ^ Aq. Cinnamom. . . | j.

Spirit. Piment . I

finct. Opii giitt. XL.

M. F. Haustus,

Of Conf. aromat . * gr. xv.

Opii . gr. j. — i}.

Olei Ginnam. ...» . iij.

M-.Y . Bolus,

ou MALADIES FÉBRILES, il est rare qu’on puisse procurer du soulagement au malade sans le secours de l’opium , et souvent il est nécessaire d’en ajouter aux autres médicamens qu’on administre. L’union de l’opium aux aromates, comme dans la Confectio opiata de la pharmacopée de Londres , constitue un médicament aussi efficace. dans ces circonstances, que l’écorce de quinquina dans les fièvres intermittentes.

Meme , après la guérison des intestins , il arrive souvent, surtout si la maladie a duré quelque temps , qu’en raison de la vive sensibilité du rectum , il reste au malade un ténesme violent et très-fatigant. Alors les lavemens anodins seront très-avantageux ; et si la présence d’une canule augmente l’irritation du rectum , on introduira avec avantage dans cet intestin un ou deux grains d’opium sous la forme d’une pilule.

L’opium, combiné à l’acide nitrique (i), a, dans quelque cas , produit les effets les plus avantageux dans la dernière période de la dysenterie, lorsque tous les autres moyens avaient été sans succès , et meme dans des circonstances où la mort paraissait presque inévitable

Ohserv. on the Effects of nitrous Acid and Opium in the Cure of Dysentery j in vol. iii. pa§, 4i3, of the Medical and Phy^ sical Journal,

(l) Acid. INit. . . S ij.

Opii . . . . . * . . gr. ij

Aquæ puræ . . ‘ . . . 5

M. Capiat cochlear, j. minimum ter quaiervo die in quQ- 'vehiculo.

JiO

PYBEXIES ,

Les âslringens les plus convenables dans le traitement de la dysenterie , sont les différentes préparations de cachou, de gomme kinô, de bois de campêche, etc. (i) , le malade prenant en même temps du vin de Porto , convenablement étendu d’eau, pour boisson ordinaire. L’eau de chaux, mêlée à une égale quantité de lait , a été très-recommândée aussi dans la dernière période de cette maladie. Pendant mon séjour aux Indes

''(i) Extr. Ligni Campech.* . ^ j.

Mist, crctac. . . , . . . § iv.

Tinct. Catechu . . . 5 ij.

Spirit. Nue. mosch . . § ]*.

yL,Y.Mistura cujus sumat cochlear, larg. ij. tcrliâ vet qiiartd horâ.

VEL

Conf. aromat . . «

A q. Gin nam. .

Spirit. Piment . .

Tinct. Rino .

3 ij.

M. F. Mistura. Acide pro re natâ

Tinct. Opii

gult. XXXV

* VEL

% Conf. opiatæ .

gr. X.

Aqiiæ Cinriam. . . . • .

Tinct. Catechu . -

M. F. Haustus quarto, quelque horâ

sumendus.

VEL

Ext. Lign. Campech. , , .

Aq. Piment. . . .’ . . . .

Tinct. Rino .

Syrup. Zihgiberis . • • •* .

3 ij.

M. F. Haustus.

ou MALADIES EEBEILES. 5ll

occidentales , j’étais dans l’usage d’ordonner une forte décoction de bois de campêche , et d’écorces de grenade et de moureillier ( Malpighia moureila ) , et mes malades s’en trouvaient généralement très-bien.

Comme l’estomac est sujet à éprouver des aigreurs vers la fin de la maladie , ou bien lorsqu’elle est devenue chronique , les absorbans ^ tels que la mixture crétacée , la poudre de craie composite de la Pharmacopée de Londres , l’eau de chaux, etc. , combinés avec les préparations d’opium , sont les moyens les plus avantageux à mettre en usage.

Quand il existe une extrême atonie , et que les évacuations alvines sont très-fréquentes , mais sans douleur , de petites doses de sulfate de zinc uni à l’opium , sont souvent d’une utilité singulière.

On doit également chercher à rendre aux intestins le ton quiils ont perdu, par l’usage des toniques et des amers (i), et à faide d’une diète

1 (i) ^ Cort. Sim. contus . 7

- Cascarill . . ^ ââ 3 6.

Coque ex

A(j« bullicnt. •*••«*••••• îb j . cid ^ viijs

Colal. adde

Spirit. Cinnam. . . . ^ ij.

Tinct. O pii . . gutt. xxx,

M. Capiat Cochlear, lar^.. \\\, quartâ quâque horâ,

^ Infus. Cort. Angust . » ♦

Tinct. Colunab.

l vj.

5 1 2 PYREXIES ,

légère et nourrissante , et d’un exercice modéré; L’application de l’eau froide sur l’abdomen , et particulièrement sur sa partie inférieure , au moyen de compresses ou d’éponges ; ou l’immersiôn du bas du tronc , serait peut-être bien un moyen auxiliaire fort bon à employer.

La fièvre, qui accompagne la dysenterie, prend quelquefois le type intermittent, et se prolonge beaucoup plus qu’elle ne le ferait sans cela. En pareil cas , le traitement doit consister particulièrement dans l’emploi sagement ordonné de l’écorce de quinquina.

Tinct. Catechu . . 5 ij.

- Lavendul. conip . ^6.

VEL

Decoct. Cort. pemv . l ']

Tinct. Colanib . . ^ ij.

- Cortic. Aurarit. . . . S j.

- Rino . . . . . . gutt. XXX.

M.F. Haustus ter quaterve die sumendus,

VEL

^ Infus. Cort. Peruv . 5 j <5.

Tmct. ejüsdem . . 5 ij.

Acid, sulfur, dilut . gutt. xv.

Tinct. Opii . . gutt. x.

M. F. Haustus,

VEE

'2f Ext. Gentian .

- Lign. Campech .

Ferri vitriol. ^ .

Gumm. Mjrrhæ .

Syrup. Zingib . q- s.

M. Fiant Pilulce lx quariim sumat iij. ter die cuui Decoct. Simaroub. . | ij»

ââ«S j 5.

ï ââ 5 i.

ou MALADIES FEBRILES. 5l3

Dans la première période de la maladie , Tusage des fruits mûrs est. avantageux : mais, à une époque plus avancée, quand il paraît exister dans l’estomac un principe d’acidification , en doit les proscrire .

Tout aliment qui a une tendance marquée à la putréfaction doit être rejeté avec soin pendant toute la durée de la maladie ; il en sera de même des liqueurs fermentées et spiritueuses ; et on soutiendra les forces du malade avec des préparations d’orge , de riz , de sagou , de la semoule , des panades , de la fécule de Maranta indica {^Indian arrow-root')^ et des bouillons gélatineux. Pendant la convalescence , on permettra le vin de Porto ou de Madère , ou même une quantité modérée d’eau-de-vie ,• convenablement étendue d’eau.

Lors de la convalescence d’une dysenterie , il faut observer les plus grandes précautions et la plus stricte régularité dans la manière de vivre , et ,se vêtir chai^dement ; ’ car cette maladie est très-sujette a reparaître.

L’importance de cette dernière précaution , dans la prophylaxie et dans la cure des maladies intestinales , est trop évidente pour que je ni’arrête à en développer les avantages.

Je ferai remarquer seulement que la chaleur doit être ici le principal objet qu’il faille avoir en vue ; car si un malade ne porte que ses vêtemens ordinaires, il retirera proportionnellement moins d’avantage des médicamens. Il est donc nécessaire de mettre un gilet de flanelle ou une ca-

5l4 PYREXIES,

misole de laine tricote'e, avec des calerons de la même étoffe , immédiatement sur la peau , et de ne les abandonner qu’avec précaution , et d’une manière progressive. L’auteur d’un petit traité sur la Dysenterie regarde comme un point essentiel d’envelopper l’abdomen avec de la flanelle , parce que , dit-il , c’ëst le meilleur moyen de fixer la chaleur sur le siège de la maladie

La dysenterie étant très-contagieuse , on doit prendre beaucoup de précautions , particulièrement dans les lieux où un grand nombre d’individus sont encombrés , comme dans les camps et à bord des vaisseaux , pour en empêcher la propagation. Les malades doivent être séparés sur-lechamp des individus en santé , ou de ceux qui sont atteints d’une autre affection ; il faut les loger, s’il y a moyen, dans des chambres ou dans des tentes particulières , et apporter les soins les plus scrupuleux à la propreté , faisant enlever et enterrer sur-le-champ le produit des excrétions alvines ; on renouvellera suffisamment l’air de la chambre, et on arrosera de temps en temps celle-ci avec un peu de vinaigre chaud; enfin on changera fréquemment le linge de corps et celui des lits, et on aura recours aux fumigations que nous avons conseillées au sujet du typhus.

Pour empêcher toute espèce de contagion ^ quand un grand nombre d’individus se trouvent rassemblés dans un même lieu , le docteur Rollo,

* H. Dewar^s Ohseruat. on DiarrJiœa and Dysentery , as those Diseases appeared in the British Army during the Campaign in E§ypt in i8oi.

ou MALADIES FÉBRILES. 5î5

cmtre la ventilation et la propreté , recommande le moyen suivant comme facile à exécuter, et d’un effet avantageux. Il est en usage à Fhôpital royal de rartillerie

On prend deux parties de manganèse pulvérisé , quatre parties de sel commun , trois parties d’acidè sulfurique , une partie d’eau. On met une quantité convenable de ce mélange dans un vaisseau de terre, et on l’y laisse jusqu’à ce qu’il ne s’en dégage plus de vapeurs , ou que l’odeur îi’en soit plus appréciable. Il nous apprend que lorsqu’on reçoit un malade atteint d’une maladie contagieuse , on place dans la salle un ou deux pots de faïence avec environ trois onces de manganèse et de sel ; on y ajoute une demi- once d’eau; puis on verse sur le tout une partie de Facide sulfurique , réservant le reste pour le verser par intervalles plus tard. Une pareille dose suffit pour un jour. En outre , ajoute le docteur Piollo, on place un pot ou deux au*debors des portes de la salle. La vapeur se répand et pénètre partout, et détruit tous les miasmes qui pourraient exister. On a même remarqué qu’on anéantissait ainsi le principe contagieux de la variole. Au reste , en suivant exactement le procédé qui est décrit ici , on ne peut causer aucun préjudice au malade.

INiOn - seulement ces fumigations détruisent le principe de la contagion, mais elles peuvent aussi empêcher son développement. Le docteur Rollô le recommande dans tous les cas où un certain nombre d’individus en santé sont renfermés eli-

* Account of the Royal Artillery Hospital at IV oolwiçh,

5l6 PYREXIES, OU MALADIES FEBRILES^ semble , comme à bord des vaisseaux de transport, particulièrement pendant le mauvais temps. Deux ou trois pots de faïence avec les doses du mélange indiqué suffisent , dit - il , et il n’est pas nécessaire de les employer plus de deux ou trois fois par semaine. *

On a conseillé d’avoir recours à ce remède dans les lieux marécageux où l’on est inévitablement exposé à l’influence dès miasmes délétères ; mais il faut avoir l’attention de placer les pots avec le mélange en dedans' des fenêtres et des portes des habitations qui donnent sur les marais.

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