‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climats (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · DE LA FIÈVRE RÉMITTENTE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE RÉMITTENTE

Par fièvre rémittente on entend celle où les, symptômes diminuent, mais ne cessent point entièrement, avant qu’un nouvel accès survienne , ou, en d’autres termes, celle dans laquelle les paroxysmes se succèdent si promptement , qu’il n’y a jamais d’apyrexie complète. Il faut observer aussi que les rémissions arrivent à des époques très-irrégulières , et sont d’une durée indéterminée , étant tantôt plus longues, tantôt plus courtes.

Comme la précédente , cette fièvre est principalement causée par les émanations des marais, et se déclare surtout lorsque , immédiatement après de grandes pluies ou des inondations , l’air devient calme, chaud et humide : aussi est-ce l’espèce la plus répandue dans les pays méridionaux, où la chaleur et l’humidité sont souvent réunies. On la rencontre également dans les lieux has et marécageux, couverts de bois, et elle attaque spécialement les individus d’une constitution faible , qui vivent dans un air corrompu , et qui se nourrissent d’alimens de mauvaise nature.

Quoique la fièvre rémittente soit ordinairement produite par les miasmes des marais , il paraît pourtant probable qu’elle peut ensuite se répandre par la voie de la contagion, et devenir assez souvent épidémique , surtout entre les tropiques.

Avant l’invasion de la maladie, on remarque de l’abattémênt et de la langiieûr, de l’anxiété, du découragement; il y a des soupirs et des bâilleniens répétés ; la chaleur et le froid se succèdent

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alternativement à des distances rapprochées. Au moment même de Finvasion , le malade éprouve de vives douleurs dans la tête et dans le dos , une chaleur générale , de la soif , de la dyspnée, et un abattement marqué dans les facultés de l’esprit; la langue est blanche ; les yeux et la peau sont jaunes ; la région épigastrique est le siège d'une douleur et d’une tension, qui sont suivies de nausées et du vomissement d’une matière bilieuse; enfin, le pouls est petit et fréquent.

Au bout de quelque temps les symptômes indiqués perdent de leur intensité , et la terminaison imparfaite de l’accès est annoncée par une moiteur irrégulièrement distribuée dans les diverses parlies du corps; mais quelques heures après, tous les accidens reparaissent comme auparavant. C’est ainsi qu’ après un certain nombre d’exacerbations et de rémissions, cette maladie tend à une crise finale, ou se change en une fièvre d’un type différent. Dans les pays chauds la rémission a lieu souvent dès le second jour ; mais dans les contrées sçptentriobales, il est très-ordinaire de ne*la voir survenir que le quajtrième , le sixième ou le huitième .

Nous venons de décrire la forme la plus douce que cette fièvre puisse revêtir ; mais quelquefois^ un délire violent se manifeste et emporte le malade dès le premier paroxysme ; ou bien le moment de rémission est très - peu sensible , et est immédiatement suivi d’un nouvel accès , dans lequel tous les symptômes augmentent encore de violence. La chaleur est très-vive, la face rouge et

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animëe, la soif excessive , la langue couverte d’un enduit brun noirâtre, la respiration laborieuse, le pouls petit, tremblant et tumultueux, l’intellect trouble. Au bout de quelque temps , il peut arriver une autre rémission ; mais encore fort courte, et aussi imparfaite que la première; puis bientôt après les accidens redoublent et entraînent la mort à leur suite.

Les symptômes d’une fièvre rémittente varient beaucoup suivant la disposition et la constitution du malade, et suivant la saison de l’année où-elle se manifeste : aussi devient-il impossible de les indiquer exactement d’une manière générale ; car quelquefois il y a des marques de l’état bilieux le plus prononcé ; quelquefois , au contraire , l’affection du système nerveux ou une tendance évidente à la putridité prédominent.

L’issue d’une fièvre rémittente est constamment douteuse , particulièrement dans lesclimats chauds, où elle achève son cours en cinq ou six jours , tandis que dans les pays froids sa crise n’arrive guère avant le douzième ou le quatorzième jour. Mais en général plus les rémissions sont courtes et peu marquées, plus le danger est pressant, etle péril augmente avec chaque paroxysme. Au contraire le pronostic sera d’autant plus favorable, que l’attaque aura été moins violente , et que la fièvre se rapprochera davantage du type intermittent.

A l’ouverture des cadavres on trouve ordinairement des congestions de sang dans le foie , des

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inflammations des voies digestives, et des altérations du cerveau.

En conséquence de ces congestions sanguines sur certains organes^ et des traces de plilogose que l’on observe dans le foie et dans l’estomac, la saignée semblerait devoir être nécessairement indiquée. On peut y avoir recours au début de la maladie , dans les pays froids , lorsque d’ailleurs le malade est jeune , d’un tempérament sanguin j que le pouls est dur ét plein, la chaleur vive , la respiration difficile ; qu’il y a délire ou stupeur. Mais dans les climats chauds, s’il n’y a aucun des symptômes que nous venons d’énumérer, la saignée serait funeste , surtout chez un individu récemment arrivé d’Europe.

Dans presque tous les cas au reste , cette opération a les suites les plus fâcheuses, en produisant une débilité extrême elle prompt épuisement des forces de la vie.

Pour diminuer la violence de la fièvre , il est bien plus sage d’éloigner toutes les causes d’excitation , même les plus légères : telles qu’une forte lumière, le bruit, le mouvement, une vive chaleur, etc. Le malade devra donc rester tranquille, légèrement couvert, dans une chambre dont la température soit peu élevée et où un air frais puisse librement circuler. On joindra comme auxiliaire à ces moyens, l’usage fréquent des boissons acidulées froides, comme la limonade, l’eau de tamarin, la dissolution de tartrate acidulé de potasse , ou même l’eau fraîche. Pendant tout le cours de la maladie, on fera souvent renouveler le linge ,

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on arrosera îa chambre avec du vinaigre , et ou emportera sur-lediamp ie produit des dejections alvines.

Comme les nausées sont un symptôme dominant pendant la première période, il est toujours bon de nettoyer Festomac à l’aide de l’ipécacuanha, ou mieux encore en donnant une solution de tartrate de potasse et d’antimoine (^émétique'). A l’administration du vomitif, il faut faire succéder celle d’un laxatif, pourvPder les intestins; son effet le plus constant est d’amener des selles bilieuses, d’une couleur foncée, et fort abondantes. Les dras tiques seraient nuisibles en augmentant inévitablement l’irritation de l’estomac, en sorte que, si pendant le cours de l’affection, il fallait remédier à la constipation, on devrait se borner aux plus doux minoratifs (i) et aux lavemens.

Dans la fièvre rémittente , comme dans la fièvre jaune , c’est une pratique générale des pays chauds d’employer le calomelas ; et on peut en effet le regarder comme un remède très-avantageux , quand on veut évacuer les matières putrides que contiennent les intestins , toutes les fois qu’il y a des

(i) ^ Kali tartar .

Inf. Sennæ .

Tinct. Jalappæ .

i\L F. Hauslus.

VEL

Il Piilv. Rhabarl) .

Calomel .

Syrup i .

M. Fiant Pilidœ v. pro dose.

'h ij.

glllt. XX.

gr. x—xr.

gr. V*

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nausées ou des vomissemens; parce que, en raison de son peu de volume , il peut se faire qu’il soit retenu pendant que festomac rejeterait tout autre purgatif.

Ensuite, s’il n’y a point de délire, une préparation opiacée produit les meilleurs effets en apaisant les secousses déterminées par les évacuations , soit naturelles , soit artificielles , et en mettant l’estomac dans le cas de retenir les alimens et les médicamens.

Dans les fièvres rémittentes des pays chauds^ comme dans celles qui surviennent en été dans les régions tempérées , les affusions d’eau froide sont fort utiles; mais il faut remarquer que ce remède doit être surtout mis en usage au moment de la plus grande intensité du paroxysme : alors la sensation de chaleur est très-vive , la céphalalgie est atroce, le délire presque toujours violent. En employant les affusions dans une période peu avancée, on peut ou arrêter précipitamment la maladie , ou causer une prompte terminaison du paroxysme, ou, au moins, améliorer tellement l’état de la fièvre, que, de rémittente et irrégulière, elle devienne bientôt intermittente et régulière. S’il y a des signes de congestion vers les systèmes biliaire et abdominal , et si leurs fonctions paraissent dérangées, il faudra faire précéder les affusions par les évacuations convenables.

Dans le cours de la maladie, quand la débilité est excessive , on peut remplacer les affusions Ou l’immersion par des aspersions avec l’eau froide et le vinaigre , ou par des lotions avec une éponge

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trempee dans le même mélange , en même temps

qu’on donnera le vin à l’intérieur,

Leseffetsgénérauxde l’affusion, quand on peut l’administrer à propos, sont la diminution de la chaleur et de l’anxiété , une tranquillité qui donne au malade un air de satisfaction , et une tendance marquée au sommeil ; en même temps le pouls devient plus plein et plus régulier, et, par intervalles, la peau se couvre de moiteur.

Pour ehanger le type de cette fièvre et convertir les rémissions en intermissions, s’il est possible, en amenant une douce diaphorèse, il est convenable de donner les préparations d’antimoine à petites doses, mais fréquemment répétées. Nous indiquerons plus spécialement leur mode d’administration au chapitre de la fièvre continue simple; mais pour soutenir leur effet, le malade prendra souvent , et en petite quantité àla fois, une boisson délayante tiède.

Dans le cas où il existe des vomissemens fréquens, il faut rejeter l’emploi des antimoniaux. Alors on peut donner la potion anti-émétique de Piivière (^citrate de potasse) , en ayant soin que l’effervescence s’opère dans l’estomac, et en y ajoutant, pour chaque dose, environ dix gouttes de teinture d’opium. En outre on tiendra constamment appliquées sur l’épigastre des pièces de flanelle trempées dans une décoction de fleurs de camomille et de têtes de pavots, avec addition d’alkohol.

Si ces moyens restent sans effet, on posera au même lieu un large vésicatoire; c’est, en général,

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alors im remède fort efficace. Peut-être souvent serait-il convenable de faire cette application de très-bonne heure, et avant que l’irritabilité de l’estomac se manifestât; on pourrait ainsi prévenir la congestion sur cet organe. Dans les derniers temps, lorsque l’abattement est extrême, que le pouls est faible et ondoyant , qu’il y a insensibilité et disposition au coma , les vésicatoires sont encore d’un bien grand secours; alors on les placera aux jambes ou entre les épaules, ou bien on mettra des sinapismes à la plante des pieds.

Quand le vomissement est violent, il faut empêcher le malade de rien avaler et lui permettre seulementd’humecter de temps en temps sabouche et son gosier, car tout ce qui pénètre dans l’estomac est aussitôt rejeté avec effort; et chaque fois que ces mouvemens convulsifs se renouvellent, la maladie prend de da force , tandis que le malade s’affaiblit de plus en plus. Dans ce cas il faut chercher à entretenir la vie à l’aide de lavemens de bouillon ou d’autres liquides nourrissans, plutôt qu’avec des substances introduites parla bouche.

Quand l’estomac n’est pas agacé, ët qu’il peut conserver ce qui entre dans sa cavité , on soutiendra le malade avec des alimens légers et nourrissans. Dans le moment de }a rémission, on peut y joindre un peu de vin.

D ès que la fièvre parait tendre à sa fin et qu’il s’établit une parfaite rémission , on doit donner le quinquina en substance , a une dose que l’estomac puisse Supporter facilement : son effet sera encore plus actif, si, à chaque dose, on ajoute vingt gouttes

d’acide sulfurique faible. Si la poudre de quinquina paraissait trop désagréable au malade ou si elle causait des nausées, on lui substituerait avec avantage l’infusion ou la décoction de la même écorce. Enfin, si toutes ces préparations étaient purgatives , on y ajouterait dix gouttes de teinture d’opium ou un gros de celle de cachou, pour chaque dose.

Dans les pays froids on doit attendre qu’il y ait une rémission complète et parfaite avant de songer à donner le quinquina ; mais dans les climats chauds il faut saisie l’instant où elle se manifeste, fût-elle fort courte et très-peu caractérisée. Il est vrai que dans ce cas le médicament a rarement assez de pouvoir pour prévenir la nouvelle attaque ; mais au moins il en modère la violence et procure à la lin une véritable intermission régulière.

Si , en Amérique et dans les autres contrées chaudes, on néglige de donner le quinquina lors de de la première rémission , on court risque de voir lafièvre dev^enir continue. Lorsqu’on redoute quelque danger avec le renouvellement des paroxysmes, et que les intervalles sont courts, il faut administrer une demi-once de cette écorce tout d’une

fois, aunaoment même où la rémission commence a se manifester. Pendant le reste de la rémission , on en fera prendre une once ou une once et demie, deux gros par deux gros, à des intervalles déterminés, et autant que possible avant l’arrivée du nouveau paroxysme. Si l’intervalle était assez long, on pourrait faire les doses moins considérables.

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Pour prévenir toute rechute , il est nécessaire de continuer Tusage du quinquina pendant plusieurs jours après rentière disparition des accès, et ne le point quitter trop brusquement, comme on le fait quelquefois.

Dans la fièvre rémittente^ comme dansTintermittente, F owler, d’York, a obtenu les plus grands avantages avec la solution arsenicale. Il en a éprouvé les bons effets sur lui-même ayant eu le malheur d’être en proie à plusieurs attaques de fièvre rémittente entre 1786 et 1791. Il prit la solution préparée de la manière indiquée ci-dessus à la dose de huit à dix gouttes, deux fois par jour, et constamment il reconnut que l’effet de ce médi'cament était aussi marqué qu’utile.

Il serait certainement fort avantageux de donner la solution arsenicale unie au quinquina, en substance, en décoction, ou en infusion.

Pendant la convalescence on devra éviter avec soin tout ce qui serait propre à occasionner mie rechute. Un changement d’air et d’habitation peut accélérer le rétablissement, surtout si le malade demeurait habituellement dans des lieux bas et humides. Si l’appétit tardait à se rétablir, on ferait usage des amers stomachiques , comme nous le dirons en parlant de la dyspepsie.

La promenade dans des voitures ouvertes est un exercice fortement préconisé par le docteur

Jackson pendant la convalescence de la fièvre

* Medical Commentaries, vol. IX.

■k-k y oyez pag. 3i.

Exposition on applying Cold Water in Fever, pag. 3g8.

bilieuse rémittente des pays chauds , aussi bien que dans celle des fièvres qui doivent leur, origine à un principe contagieux. Le médecin donne Fhistoire de plusieurs cas qui se sont offerts à lui, pendant qu’il était à l’armée, soit en pays étrangers, soit dans la grande Bretagne , et dans lesquels ce moyen fut employé avec le succès le plus grand , surtout chez les individus dont la convalescence était languissante. Mais ces bons effets, déjà trèsprononcés par eux-mémes, le devenaient encore plus, si on Joignait, à l’exercice mentionné , l’usage des ablutions et des frictiofis avant et après la promenade, et si on avait soin de faire entièrement changer les vêtemens.

Dans les saisons et dans les lieux où cette fièvre paraît dominer, on conseillera de prendre, comme préservatif, une dose convenable de teinture de quinquina composée, environ deux fois par jour, mais plus spécialement le matin , pendant l’état de vacuité de l’estomac.

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