‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climats (volume 2)Chapitre 9 sur 30 · ij · texte numérisé non relu

ij

F. Potiis*.

ou MALADIES FEIîraLES. Sg

de la fièvre , pour modérer ou pour détruire la chaleur morbide , et pour amener la convalescence. Cette pratique paraît remonter à une haute antiquité ; Galien en avait une connaissance exacte, et en a très-bien traité dans ses ouvrages. Au rapport des voyageurs , c’est un' usage qui a été anciennement établi chez plusieurs peuples de l’Orient. Nous avons aussi la preuve incontestable que depuis long-temps le docteur Wright, de la Jamaïque , et quelques autres médecins américains , en particulier le docteur Jackson, se sont servis des affusions d’eau * froide. Mais la réputation que ce procédé thérapeuthique a acquise en Angleterre , est due bien certainement à la manière simple avec laquelle en a dernièrement traité le docteur Currie, de Liverpool. Quant à l’indication du moment le plus favorable pour donner les affusions, et à la manière la plus avantageuse de les administrer , nous renvoyons le lecteur aux règles que nous exposerons dans les deux chapitres qui ont rapport au typhus. Pour l’instant , nous remarquerons simplement que , quand il n’y a aucun symptôme de catarrhe ou d’inllamniation des poumons , on peut , dans la plupart des fièvres de tous les pays , employer, hardiment et sans crainte , les affusions d’eau froide , en versant le liquide avec force sur la tête et sur les épaules, soit au moyen d’un vase assez vaste, soit même à l’aide d’un seau ; mais que , lorsque la maladie est plus avancée et que la faiblesse est grande , il faut, le plus souyent , en user avec précaution,

6o PYREXIES ;

et en tenant un compte exact des circonstances concomitantes.

Dans la vue d’activer la circulation à la surface du corps , il convient de recourir de bonne heure aux médicamens diaphorétiques , Communément pour exciter la transpiration , il suffit de tenir le malade au lit , et de lui faire prendre en abondance des boissons délayantes ; mais si ce moyen simple n’avait point de succès , il faudrait recourir à des agens plus énergiques. Les sels neutres (i), parvenus dans l’estomac, dé- • terminent à la surface du corps un sentiment de

(i) ^ Ammoniac, præpar. . , .

Succi Limon .

Aquæ Mentliæ sativ. . .

Tinct. Lavand. comp. . .

. gutt. X.

Syrup. Altheæ. . . ^ .

M. F. Haustus.

VET

^ Succi Limon .

Kali præparat .

5 j. vel q. s.

- fontis .

Antim. tartaris .

. gr. je. adij.

Sjrup. Caryopli. rub. . .

M. F. Mistura cujus capiat cochl.

ij. magna secundâ qudqne

horâ.

VEL

V ââ 5 e.

- Cinnamom .

- fontis .

Y^ini Antim on. , . . . .

. gutt. XV.

Spirilûs Ælheris nitrosi . .

M. F. Ùaustus tertid qudqne hord sumendus.

ÔÜ M4LADIES FEBRILES; Gl

chaleur , auquel succède immédiatement une sueur douce, si le malade est bien couvert ; aussi . sont-ils fort utiles dans les fièvres en général.

Les vomitifs , et particulièrement les préparations d’antimoine , donnés à des doses propres à produire des nausées légères , produisent le même effet , et semblent déterminer des symptômes analogues à ceux qui accompagnent la crise de la fièvre. On peut donc les conseiller , soit seuls (i), soit combinés avec les médicamens de la classe précédente. A cause dè l’action peu certaine de la poudre antimoniale et de celle de James , il faut , dans beaucoup de cas , préférer le tartrate de potasse et d’antimoine.

Pour accroître Faction diaphorétique de ces

(i) Pulv. Antimon . gr. j. ad iij.

Conservæ Rosæ . . . gr* * x.

F . Bolus quartâ quâque horâ sumendiis,

VEZ

Pulv. Jacob, ver . . gr, v. pro dos.

VEL

'if Pulv. Ipecacuanlî. • . . . gr. iij.

• Conserv. Gortic. Aurant . gï**

M. F. Bolus,

VEL

if Anlim. tartaris . gf- j

Aquæ fontîs . % y].

Syrup. Caryoph. rub. * ...... 5 ij.

M. F, Potio cujus sumat cochl. ij. magna secundâ vel tertiâ horâ.

62 PYPvEXÎES;

diverses substances , on administrera quelque infusion tiède, en petite quantité à la fois, mais à doses fréquemment répétées.

On se sert aussi quelquefois, pour remplir la meme indication , des bains chauds ou des fo mentations des membres abdominaux. Quand ces moyens abattent le délire , procurent du sommeil, et que le malade n’en est point fatigué , on est en droit d’en espérer des avantages. Mais la sueur, loin d’être utile dans les fièvres , lorsqu’on la détermine à l’aide de médicamens excitans et échauffans , devient au contraire nuisible. Il en est de même de celle qui est produite par une grande chaleur à l’extérieur, et de celle qui , au lieu de diminuer les symptômes , augmente la fréquence et la dureté du pouls , l’anxiété , la dyspnée , la céphalalgie et le délire. Lorsque la sueur est partielle et se borne aux régions supérieures du corps , elle est pareillement plus fâcheuse que salutaire.

Si la fièvre est compliquée de toux , de mal de gorge , de serrement de poitrine , on joindra aux antiphlogistiques, qui viennent d’être indiqués , des mucilagineux (i); et le malade en devra prendre fréquemment.

Sévi Ccli , , Vitell. Ovi .

Aquæ Pulegii Oxy. scillit. .

Syrup. Toliit ,Mistur a.

q. s. ad solut.

5 iv.

5 iij.

S ij.

ou MALADIES FEBRILES. 63

S’il survient des vomissemens , ce qui indique une grande irritation de T estomac , on administrera le citrate de potasse ( Potion anti - emdtique de Rwiere ) , au moment même de l’effervescence, ou de manière à ce que celle-ci puisse se faire dans le viscère même. Pour cela, on donnera au malade une demi-once environ de suc de citron mêlé avec un peu d’eau de menthe et de syrop , et immédiatement après , un scrupule de carbonate de potasse , dissous dans une once d’eau commune. Si l’irritation de l’estomac ne cédait point à ce moyen , il faudrait recourir à quelques gouttes de teinture d’opium dans une petite quantité d’eau de cannelle.

Il se fait souvent dans cette fièvre des évacuations partielles , soit par les selles , soit par la sueur , qui ne sont en aucune manière critiques. Quand cela arrive, il faut tâcher de l’empêcher de tout son pouvoir. On peut employer alors contre les évacuations alvines, les astringens (i) ;

— WI— X— i— I . . I — — — — w— ^1^1— »

VEL

"if Mucilaginis Gum, arab. • • , , • ^ __

Aquæ font . . , , \ aa | iij,

Nitr. purifie . . . . • 5j.

Vin, Antimon. . . . gutt, lx.

Syrup. Limon. ..••••....jtS.

M.F. Mistura ; Cochl. ij pro dos. tusse urgenti sumenda.

(i) "if Confect. Aromat . 5 ij.

Aquæ C innam . 3 j.

- fontis . 5

Tinct. Catechu . . . . 5 ij.

M.F. Mistura cujus sumat cochl. ij. magna post singular sedes liquidas.

64 PYÈEXIES ,

et contre les sueurs , un air frais , des lotions avec une ëponge trempée dans Feau froide , des boissons rafraîchissantes , ete.

D’après la nature des phénomènes qui se passent dans le reste de Féconomie , nous pouvons distinguer les évacuations critiques de celles qui ne le sont point. Par exemple , si la langue continue à être chargée , si la peau reste sèche , si la chaleur et la soif ne diminuent point , quoiqu’il soit survenu des selles fréquentes , cellesci ne sont nullement critiques ; tandis qu’on doit les regarder comme telles, lorsque la langue devient nette et humide , que la vivacité et la force du pouls se modèrent , que les symptômes fébriles perdent de leur intensité , et que la peau se couvre d’une sueur douce et générale.

Dans la maladie qui nous occupe , il y a sou- / vent un symptôme local dominant, comme l’oppression de poitrine , une céphalalgie atroce , la stupeur ou le délire. En pareil cas il faut poser un vésicatoire près de la partie qui paraît le siège de l’accident ; souvent ce moyen cause un prompt soulagement. On ferait cette application au côté interne des jambes , si les extrémités étaient froides , et que le pouls semblât s’éteindre; et son efficacité deviendrait bien plus prononcée , si on mettait en même-temps des sinapismes (i) à la plante des pieds et à la paume

(i) Seminum Sinapeos crass .

Medullæ Panis. ... » * .

Aceti . . q* s,

M. ad Cataplasma,

ââ tfe (5.

des mains. Alors aussi ou peut retirer des avantages marque's de l’emploi de l’ëther , du camphre, du musc, de l’ammoniaque , soit qu’on administre isolement ces divers mëdicamens , soit qu’on les combine entre eux : en outre on soutiendra le malade avec une assez grande quantité de vin étendu d’eau ou même pur.

Au reste , dans la fièvre continue , comme dans toute autre maladie où l’on a besoin de donner du camphre dans des liquides , il faut , pour le rendre miscible à l’eau , le dissoudre antécédemment dans un peu d’alcohol ou dans une huile grasse , puis le triturer avec le mucilage de gomme arabique.

La céphalalgie intense , avec pulsation des artères temporales et délire, peut être diminuée par l’application de quelques sangsues aux tempes , surlescjuelles on met ensuite des compresses imbibées d’eau froide ou même d’éther.

Fréquemment encore il y a insomnie , et ce phénomène est d’autant plus prononcé , que la fièvre elle-même est plus forte. On ne peut cependant raisonnablement pas chercher à procurer du sommeil , car, dans la plupart des fièvres , excepté dans les typhus , l’opium paraît nuisible. 11 faut seulement tâcher de maintenir le malade dans le calme le plus profond et dans une parfaite tranquillité. Si pourtant les sédai tifs devenaient nécessaires , on pourrait se servir » de la liqueur anodine d’Hoffmann ou de l’es- [ prit de nitre dulcifié {^Àcïde nitrique alcoholisé ), ; avec moins d’iiiconvéniens que des autres.

66 PYREXIES ,

Cependant si la fièvre est entretenue simplement par la faiblesse et par l’irritabilité du système nerveux , on emploiera l’opium à petites doses avec succès. Si l’on reconnaît que son action procure un sommeil réparateur, on peut en réitérer l’administration la nuit suivante ; mais si le repos a été troublé manifestement, il faut cesser l’usage du médicament.

Peut-être qu’en cherchant à introduire l’opium dans l’économie au moyen des frictions, on éviterait tout effet nuisible : nous indiquerons le procédé à suivre alors , en parlant du choléramorbus. Au reste encore ici , comme dans toutes les autres fièvres , ne devons-nous pas , à cause du délire , donner l’opium comme hypnotique : il nous reste une ressource , c^est de faire placer sous la tête du malade un oreiller rempli de houblon, remède dont le succès est éprouvé dans la manie ; nous pourrions aussi employer quelqu’une des préparations de la même plante , telles que sa teinture ou son extrait. La jusquiame est également , dit-on , fort utile dans ce cas.

Quelquefois, comme nous l’avons déjà dit,' la fièvre ri’est entretenue que par la faiblesse seulement. Alors , si les symptômes ne sont point forts , on peut hasarder l’emploi du quinjjuina, et on choisira sa décoction (i) ou son infu-

(i) Pulv. Cinchon . 5 j

Aquæ fontis . tfe j 15.

Coque adVb ] et Colat. deiii adde Tinct. Columbæ % j.

ou MALADIES FEBRILES. 67

sîon (1), comme plus facilement supportées par l’estomac , que ses autres préparations et que sa poudre. Si, à la suite de l’ administration du remède, le malade dort bien, respire facilement, et n’éprouve point d’augmentation de chaleur , on doit continuer ; mais il faudrait cesser si l’insomnie , la dyspnée, etc. , se déclaraient.

Dans les fièvres continues des pays chauds , il ne faut jamais attendre une crise complète pour donner le quinquina. 11 est prudent de saisir le premier instant où il se manifeste une rémission dans les symptômes, quand bien meme elle ne devrait pas durer long-temps. Quant aux doses elles doivent être aussi fortes que l’estomac les puisse supporter, et fréquemment répétées. Cependant il est nécessaire d’observer ici ses effets avec autant de soin que dans les cas précédelmment ''spécifiés. Dans les climats froids, il est d’usage d’attendre la cessation absolue des symptômes pour faire prendre le quinquina.

Ce médicament jouit en effet, comme tonique, de la plus grande réputation dans tous les cas de fièvres , et se trouve ainsi préféré aux autres substances analogues : ses effets sontbien plus marqués si on le donne en nature ; et alors sa dose ordinaire est d’un gros eh poudre toutes les deux ou trois heures, suivant l’urgence des circonstances ; on

(i) Pulv. Corlic. pemv. ....... % Ù.

Aquæ bullientis ......... § vj.

Tinct. Corlic. Aurant . . . , 5 ij

F. Infusio,

68 PYREXIES,

peut ajouter à chaque dose dix à douze gouttes d’acide sulfurique ëtendu, et, s’il a une action purgative , cinq ou six gouttes de teinture d’opium ou un demi-gros de celle de cachou. Chez quelques individus , le quinquina , sous presque toutes les formes , est rejeté par l’estomac ; alors on lui substitue , avec avantage, le quassia (i) , ou quelqu’un des astringens amers que nous avons indiqués à propos de la fièvre intermittente .

Pendant sa convalescence , le malade doit éviter la fatigue , le froid , les alimens de mauvaise nature. Il fera usage des analeptiques et du vin,' pris avec modération : si la saison le permet , il prendra des bains froids. Le changement d’air, les promenades en voiture ou à cheval, rappelleront promptement les forces ; et si l’appétit manquait encore, les stomachiques amers y remédieraient.

De la Fievre inflammatoire ( Synocha ).

Cette fièvre est ainsi nommée à cause des signesgénéraux d’inflammation quil’accompagnent, et qui nous mettent à meme de la distinguer facilement des fièvres nerveuses ou putrides. Elle

(i) “if Quassiæ . 5 ij. Coque in

Aquæ fonds ^ xij. ad 5 vj. (^lat. adde

Tinct. Columbæ . . . ) __

— i — Cardamom, comp.^ ^

F. Mistura cujus capiat cocJd» ij, tertiis horis cum g’wltis xY Acidi sulfuric, diluti.

ou MALADIES FEBBILES/ G9

se déclare dans toutes les saisons , mais plus spécialement au printemps ; elle attaque les individus de tout âge et de tout tempérament, mais surtout les jeunes gens et les adultes, dont le système musculaire est très - prononcé , et qui sont doués d’une constitution pléthorique. Au reste ^ c’est une maladie qui semble bornée aux pays froids et tempérés; rarement on a occasion de l’observer dans les climats très-chauds, et peut-être même ne s’y développe-t-elle jamais, si ce n’est chez les Européens nouvellement arrivés ; lorsque par hasard elle s’y montre, le stade inflammatoire est fort court, et les signes du typhus se déclarent bientôt.

Les causes excitantes les plus ordinaires de la fièvre inflammatoire sont le passage subit du chaud au froid, l’ingestion de boissons froides quand lexorps est en sueur, l’abus du vin et des liqueurs alcoholiques , l’intempérance , les passions violentes , l’insolation prolongée, une inflammation locale, la suppression des évacuations habituelles , et la disparition subite des éruptions cutanées. En général, la maladie parait être sporadique, mais quelquefois, en raison d’une constitution atmosphérique particulière , elle peut attaquer simultanément un assez grand nombre d’individus parmi les hommes robustes.

Elle débute par un sentiment de lassitude , auquel succèdent des vertiges , des frissons , des douleurs répandues par tout le corps , mais surtout dans la tête et dans le dos. Ces symptômes sont eux-mêmes subis de la rougeur de la face ,

7 O PYREXIES,

de pulsations dans les tempes, d’insomnie , d^une chaleur brûlante , d’une soif inextinguible , d’oppression et de nausées. Lapeau est sèche et chaude^ les yeux enflammés ne peuvent supporter la lumière ; la langue est d’un rouge vif sur les bords, et blanche au milieu ; l’urine est peu abondante , et foncée en couleur ; le ventre est resserré, et le pouls, vif, plein , dur et résistant , bat 90 à i3a fois par minute. Si l’on tire du sang, il se forme à sa surface une couche couenneuse d’une teinte jaunâtre. Si la fièvre est forte et que les moyens convenables ne soient pas employés de bonne heure, le délire et la stupeur surviennent.

La maladie parcourt communément ses périodes en deux septénaires , et se termine , d’une manière critique , par un dépôt abondant dans Furine , des sueurs , la diarrhée ou une épistaxis ; presque toujours cette crise est annoncée par une mutation dans le pouls. Dans quelques circonstances, cependant, l’issue est funeste.

C’est sur le degré de violence de l’attaque , et sur la nature des symptômes , qu’il faut asseoir son pronostic. L’issue est douteuse si la fièvre marche avec force , et continue pendant plusieurs jours avec stupeur et délire. La mort est certaine, si à ces signes se joignent la carphologie , les soubresauts des tendons, l’excrétion involontaire de l’urine et des matières fécales, le hoquet, etc. Au contraire , si la chaleur fébrile diminue , si les autres symptômes se modèrent , et qu’il y ait une tendance évidente à une crise, manifestée par une transpiration générale et naturelle , par le

ou MALADIES FEBRILES/ yt

trouble sédimenteux de Furine , par le relâchement et la mollesse du pouls , ou par la diarrhée , une épistaxis , la formation d’un abcès , on doit attendre la guérison. Très-rarement on a vu la manie être la conséquence de la fièvre dont il s’agit.

L’examen des cadavres de ceux qui ont succombé à la fièvre inflammatoire , montre souvent un épanchement dans le crâne , et quelquefois des lésions locales dans les viscères.

D’après la nature même de la maladie , il est certain que nous devons , dès les premiers momens , nous efforcer de prévenir les accidens qui peuvent résulter d’une inflammation générale. La saignée est le principal moyen à employer pour cela ; il faut , dès le début même , y avoir recours. A cette époque, si elle est copieuse , elle aura un effet bien plus avantageux que si on en fait successivement plusieurs petites , les unes après les autres. Lors donc que les symptômes marchent avec rapidité , et que le sujet est jeune et pléthorique , il faut tirer , d’une fois et par une large ouverture , douze ou quatorze onces de sang.

L’aspect du sang, après qu’il aura reposé pendant quelque temps , et l’effet de l’évacuation sur le pouls, serviront à indiquer si la réitération de la saignée est nécessaire. Il ne faut pas manquer, en effet, d’y recourir de nouveau, mais en tirant moins de sang que la première fois, si celuici se couvre d’une couenne albumineuse , et si le pouls reste plein , fort et tendu.

^2 . pyrexies;

Quand le^ malade est trop affaibli déjà par la maladie pour supporter une évacuation convenable , on conseille de le faire tenir debout pendant Foperation ; de cette manière, la perte d’une très-petite quantité de sang produit la syncope , et procure un soulagement , sinon permanent ^ au moins momentané.

Quand la fièvre dure depuis quelques jours; et que la tête est si fortement prise , qu’il y ait céphalalgie vive ou délire , on préférera , à la lancette , l’application de quelques sangsues à chaque tempe pour la seconde saignée , et peut-être même pour la premières. ^

Des compresses imbibées d’eau froide ou d’éther , et placées sur le front et les tempes , sont également un dort bon moyen à mettre en usage en pareil cas. , ]■,

On a proposé aussi et probablement avec raison 5 l’administration de la digitale pourprée à la suite des saignées , r^dans l’intention de diminuer l’inflammation et'l’irritation générales.

Si, lors de l’invasion^ des nausées se font sen-

tir, on procurera du soulagement à l’estomac en ordonnant au malade une ou deux tasses d’infusion de fleurs de camomille, et, si on n’obtient pas ainsi l’effet désiré , on lui fera prendre de quart, d’heure en quart d’heure ,une pleine cuillère d’une potion émétique (i). ' , ^ * ,

(i) Antimon. lartaris. . . . . . • . . . gr. ij.

Aquæ fonds . . . • . • ♦ . - . . - 5 iij,

Sjrup. Caryoph. ruU. .j.j< • . t « * 5 ij.

ou MALADIES FEBBILES. 7 3

On remédiera à la constipation , et on procurera une ou deux selles par jour , soit à l’aide de quelque médicament laxatif (i) , soit avec des lavemens de même nature (2). Les carthartiques sont ici, en effet, d’une grande ressource. Si l’estomac était agacé , on se servirait préférablement du muriate de mercure doux à la dose de quelques grains en pilules , et uni à une petite quantité d’extrait cathartique.

Pour diminuer l’altération et rétablir les fonctions de la peau, on fera boire souvent des tisannes délayantes tièdes , et acidulées avec le suc de citron ou la crème de tartre. Le nitre , .à petites doses fréquemment répétées (3) , est éga-

«P. . M . . . , , fW

(i) ^ Pulp. Tamarind . . . , %

Cryst. Tartar . 5 ij.

Aquæ bullientis . . . , . . | V.

Colat. adde

Aquæ Cinnam . . , , . . 5 j.

Antimon. tartaris. . • . .

Sumat. cochl, iv. et repetatur dos, post hords duaSy nisi

àhus priüs respondeat, '

(2) ^ F ol. Sennæ . . 3 iij.

Aquæ fontis . . 5 xvj.

Coque leniter ad . . , . § xij. e£

Colat, adde /

Sulfat. Magnes.. . , , . . . § j,

Olei Olivæ . | j,

F. Enema,

(3) “if Ni tri pur iss. . . 3 ij.

Cryst. Tartar. .< . . 3 iij.

Antimon. tartar. . . . . . gr. j. /5.'

M. F. Puisai s diçid, in chart, n° vj. Sumat j. tertiâ horâ.

PYKE5iîES;

lament utile. On peut meme conseiller l’eau fraîche, soit en boisson , soit en lotion à l’aide d’éponges , poui modérer l’excès de la chaleur morbide. Les sudorifiques paraissent peu convenables ; avec eux , on court risque de déte rminer une sueur trop abondante : il ne faut pas non plus trop couvrir le corps, on causerait une augmentation de chaleur nuisible. Je préfère les sels neutres , donnés de la manière indiquée dans le chapitre précédent , de deux en deux , ou de trois en trois heures.

' S’il y a oppression de poitrine , si du délire ou de la stupeur se déclarent , on appliquera un vésicatoire sur le thorax ou à la nuque. Dans le cas ou le pouls s’éteindrait, et où les extrémités deviendraient froides , on mettrait des sinapismes à la plante des pieds, en meme temps qu’on donnerait à l’intérieur le camphre , l’éther, l’ammoniaque et les cordiaux. •

Dans cette fièvre, comme dans plusieurs autres, le délire "est ’souvent' amené . par l’insomnie : ropkirn doit être considéré comme un moyen incertain pour remédier à cet accident; car, s’il ne ramène point le sommeil , il accroît le délire d’une manière marquée. On doit donc ne l’administrer que dans le cas de danger imminent, et même alors il faut le donner seulement à petites doses fréquemment répétées , et observer attentivement ses effets ; mais la plupart du temps on peut se contenter de laisser le malade dans un état de tranquinit.é absolue.

On ppurrait peut-être aussi substituer ici , avec avantagé’) à l’opium , une préparation de

ou MALADIES FÉBRILES. 7 5

jusquiame ou de houblon. Et même lorsque le délire est assez intense pour faire craindre la phrénésie , il serait possible qu’on retirât de bons effets de l’emploi de la machine rotatoire, dont nous parlerons plus spécialement à propos de la manie ; ce qui n’est , au reste , qu’une simple présom ption.

Pendant toute la durée de la maladie , on évitera toute nourriture solide et animale, et on ne permettra que du gruau d’orge ou d’avoine , des préparations de fécules de sagou ou de tapioca, etc.

On prendra garde aussi que l’appartement du malade, comme il n’arrive que trop souvent, ne se trouve ti ès- échauffé , soit en raison du feu qu’on y allume , soit parce qu’on le ferme trop exactement. Il faut , au contraire , y entretenir la libre circulation de l’air et ne couvrir que fort légèrement le lit.

Pendant la convalescence, on veillera avec soin sur le régime ; rien n’est plus propre à amener une rechute , qu’une indigestion. A cette époque également, on aidera la nature par un exercice doux à l’air libre, à cheval ou en voilure, par la societe , et par 1 usage modéré du vin. On peut aussi conseiller les amers et le quinquina (i) , si

(1) Infiis. Gent, comp . . . ^ v.

Tinct. Con. Pçmv. comp. , . .. , % j,

- Columbæ . « 3 iij. ;

M. Capiat Cochl. iij. ter in die. Adde pi'o re natd

Acid, sulfur, dilut. gutt. xv.ad xxi;.

•y 6 pyrexies;

Fappetit ne reparaît point assez promptement, ou si les digestions sont difficiles.

De la Fïevre nerveuse ou du Typhus léger

Le nom de cette espèce de fièvre indique son influence sur le système nerveux ; il vient du mot grec Tu^oç, qui signifie stupeur. Elle n’affecte pas l’économie d’une manière aussi générale que la précédente ,ét les paroxysmes de chaleur quelle présente ne paraissent pas tendre à une crise. Au début qn peut la distinguer du véritable typhus , parce que son invasion est moins rapide , et que les symptômes ont une apparence moins grave. Plus tard elle èn diffère aussi par l’absencç des signes de putridité et des vomissemens bilieux qui. accompagnent ce dernier , la soif et la chaleur étant d’ailleurs moins grandes, et le pouls moins trequent. . ^

Cétte fièvre attaquée spécialement les individus d’une constitution faible et molle ; ceux qui mènent une vie sédentaire, qui ne font aucun exercice , qui se livrent à l’étude avec ardeur, ou qui font un usage immodéré des liqueurs énervantes. Ceux qui n’ont qu’une mauvaise nourriture , et qui en même-temps sont affaiblis par le travail^ y sont aussi fort exposés : voilà pourquoi elle est très-fréquente parmi les pauvres. Il faut remarquer encore qu’elle est fort commune dans les pays chauds, parce que. la température met nécessairement le corps des habitans dâns un grand état de relâchement : dans ces contrées toutes les fiè-

* EtïMOLQGIKv stupor- . • '

DU MALADIES FEBEILESr 77

vres continues sont susceptibles de se changer en fièvre nerveuse^ ou même en typhus véritable.

Elle existe souvent dans les prisons , à bord des pontons ou des vaisseaux de transport , dans les salles des hôpitaux, dans les barraques, les ateliers ou les chambres mal aérées des pauvres. Dans les grandes villes, elle est loin d’être -rare au sein de ces espèces de caveaux sales et humides qu’habitent les ouvriers de la dernière classe.

Toutes les circonstances qui affaiblissent le corps ou abattent l’esprit peuvent devenir des causes de la fièvre nerveuse. C’est ainsi qu’elle se développe après des évacuations excessives , à la suite d’un travail fatigant, d’une abstinence prolongée, d’une insomnie continue, de l’abus des plaisirs deYénus, d’études trop soutenues, des inquiétudes, de la peur, du chagrin, etc. C’est ainsi encore qu’elle peut être produite par l’humidité de l’atmosphère , ou par l’habitude de rester dans un air mal sain et non renouvelé. Le plus ordinairement cependant elle se répand par l’effet de la contagion.

D’après les expériences d'Haygarth il paraît que sur vingt-trois, et même sur trente-trois individus, soumis, pendant un temps suffisant, à la contagion de la maladie, pas uij seul n’en est exempt, et qu’elle est aussi active que celle de la variole. Dans certains cas, il ne faut que rester quelques instans dans un air infecté , pour contracter la fièvre ; mais je présume pourtant qu’ordinairement les miasmes délétères ont besoin

Letter to Perçiyal çn the Prevention oj' infectious Fevers.

^8 PYRKXIES;

d’être respires plusieurs jours de suite^, pour que la maladie se déclare. Les médecins praticiens peuvent ici nous servir d’exemple ; on les voit affronter avec impunité la contagion jusque dans ses sources même , mais ne se soumettre à ses atteintes que pendant un temps assez court chaque fois. Il faut donc nécessairement une certaine dose des miasmes et une exposition prolongée à leur action pour que les effets puissent en être ressentis. Certaines personnes même, vivant dans le foyer de la contagion , peuvent y résister avec énergie ; on a vu, et c’^st un.fait bien connu , des prisonniers donner la fièvre nerveuse dans les tribunaux à des indhidus bien portans , parce que leurs vêtemens étaient imprégnés de miasmes ; eux-mêmes cependant n’en étaient pas atteints.

Quant à l’époque à laquelle cette maladie commence à devenir contagieuse , M. Haygarth n’a pu la déterminer précisément. Le moment auquel l’infection, se déclare lui a paru varier entre quelques jours et deux mois environ , sans qu’on puisse assigner aucune règle à cet égard.

Quelquefois c’est la constitution atmosphé rique qui prédispose à l’invasion de la fièvre, et .qui la rend épidémique : ordinairement l’époque de sa grande force est durant les mois d’octobre et de novembre.

La fièvre nerveuse est remarquable à son début par le peu d’intensité de ses symptômes ; et pendant plusieurs jours , quoiqu’il y ait du malaise, on ne peut guère soupçonner l’invasion d’une maladie grave. Il n’y a point de frissons, un sentiment de froid se manifeste seul , et n’est

ou MALADIES FEBRILES. 79

suivi ni d’augmentation de chaleur ni de rougeur de la face : celle-ci est au contraire pâle et abattue. Il existe pourtant de la faiblesse et de la lassitude , avec anxiëtë , abattement moral , inappëtence , soupirs frëquens; ces symptômes deviennent plus apparens le soir.

Au bout de quelques jours , et à mesure que la maladie fait des progrès , il survient de la dyspnëe , de l’oppression , des douleurs de tête accompagnëes d’un trouble marquë dans les idëes. La prostration des forces est très-grande , et le malade se trouve mal toutes les fois qu’il veut se lever. La langue devient sèche et se revêt , ainsi que les dents, d’un enduit fuligineux. Le pouls petit , faible et fréquent, est intermittent par intervalles. Une sueur froide et visqueuse inonde le front et le dos des mains , tandis que la paume en est sèche et brûlante. L’urine , incolore et aqueuse, ressemble à du petit-lait. U y a des tremblemens nerveux généraux , des contractions involontaires des muscles, des soubresauts des tendons , de la carphologie , de la rêvasserie , ou des discou fs tout-à-fait incobérens. On n’observe cependant jamais un délire violent, ni les signes d’une congestion cérébrale , mais ordinairement les pupilles sont dilatées.

Dans cette maladie, les divers symptômes sont inégalement distribués j quelquefois la céphalalgie , l’insomnie, la rêvasserie existent, et néanmoins la langue est nette et humide, tandis que dans certains cas on la trouve sèche et chargée, sans qu’il n’y ait ni mal de tête ni insomnie ;

8o pyrexies;

alors ordinairement la peau est couverte d’une sueur abondante. On remarque une irrégularité analogue sous le rapport des exacerbations' de la fièvre , qui , au lieu d’arriver le soir , ont souvent lieu le matin. Quelquefois elle est très-vive les premiers jours , puis elle se calme pour un temps, et prend ensuite une nouvelle énergie. Les malades sont en outre très-exposés à des évacuations épuisantes par les sueurs ou par les selles.

On a quelquefois vu un ptyalisme s’établir vers le milieu de la durée de la fièvre , et on a considéré cette circonstance comme une crise; mais on est bien plus porté à la croire accidentelle et analogue à la salivation hystérique, quand on s’aperçoit que* ce même ptyalisme dure deux et même trois semaines sans procurer aucun soulagement.

Si la maladie dure ainsi plusieurs semaines , elle produit un affaiblissement capable de faire périr l’individu qui en est affecté. Quelquefois elle se change én un véritable typhus. Lorsque sa terminaison doit être favorable , elle arrive ordinairement du quatorzième au vingtième jour , par l’effet d’une diarrhée critique ou d’une sueur modérée , répandue également sur toute la surface du corps. Mais souvent la fièvre se prolonge pendant plus d’un mois , et alors il n’y a d’autre crise évidente qu’un trouble de Furine, qui laisse déposer un sédiment.

- Des sueurs excessives ou une diarrhée colliquative, une insomnie opiniâtre, l’affaissement du

ou MALADIES FEBRILES. 8 T

pouls , l’incohérence des idées, la carphologié, îa dilatation des pupilles, Fexcrétion involontaire de l’urine et des matières stercorales, les soubresauts des tendons et les vomissèmëns an-^ ïioncent une mort prochaine , tandis que l’on doit concevoir quelque espoir si l’on voit le pouls devenir plus lent et plus plein, la langue s’humecter, la respiration s’opérer plus librement, une douce moiteur, une tuméfaction derrière les oreilles , ou une espèce d’éruption miliaire se manifester vers le quatorzième jour.

Les altérations organiques que l’on rencontre le plus ordinairement dans la fièvre nerveuse , sont une sorte de mollesse et de flaccidité générales, une grande fluidité des humeurs et spécialement du sang, des collection^ purulentes dans les diverses cavités, la turgescence ou l’inflammation des viscères thorachiques ou abdominaux, ou un épanchement de sérosité dans les ventricules cérébraux.

En raison de la lenteur avec laquelle marche cette maladie', du peu de granité de ses symptôïùes lors de son début, de l’espace de temps qui s’écoule entre cette époque et celle où elle est tout à-fait déclarée , il est rare de voir les praticiens l’arrêter de bonne heure par fadministration des rèmedes convenables.

Si, au moment où l’on est appelé, il y a des nausées, ou des vomissemens', il faudra faire prendre sur-le-champ quatorze à seize grains de poudre d’ipécacuanha. Si o*nremarquaitde la constipation, il serait nécessaire d’avoir recours à un laxatif ,

6 2 Pyrexies,

pour évacuer les matières engorgées, en ayant soin de l’administrer encore , par intervalles , dans le reste' de la maladie, afin d’entretenir la régularité <les évacuations alvines, à moins qu’on ne préférât faire usage des lavemens cathartiques. Cependant, comme l’action stimulante de ces derniers se trouve bornée au rectum , dans beaucoup de circonstances ils ne suffisent point pour opérer les évacuations convenables, et le premier moyen est plus avantageux.

Au reste quand on se décide à leur emploi, on doit bien se garder de faire monter la dose des médicamens purgatifs jusqu’au point de déter- ' miner une exhalation marquée de la membrane muqueuse des intestins, ou desselles liquides ; car on causerait une trop grande faiblesse. Une petite quantité de calomélas et de jalap, une solution légère de quelque sel neutre, voilà ce qui convient le mieux dans ce cas.

Quant à la saignée il ne faut jamais y avoir recours.

^ Dans- les pays froids ou tempérés, et durant l’hiver, il n’est point rare de voir cette affection compliquée avec une phlegmasie plus ou moins intense des viscères thoracliiques. Je sais qu’on a alors employé la saignée ; mais dans ce cas même, elle m’a paru nuisible , et je lui attribue la mort de deux malades que j’ai eu occasion d’observer dernièrement. Je préférerais donc l’application, sur la poitrine , de huit à dix sangsues , ou d’une ventouse scarifiée , et je la répéterais s’il était nécessaire.

ou MALADIES FEBRILES. 83

Un des secours les plus puissanS que nous ayons à notre disposition dans la fièvre nerveuse, ce sont les affusions d’eau froide; mais leurs effets sont d’autant plus prononces , qu’on les emploie de meilleure heure , et même pendant la première période de la maladie. Ce fait, étant d’une vérité incontestable , doit nous engager à y[recourir aussitôt après l’évacuation des matières contenues dans les intestins.

Le docteur Currfe * pense que le moment de faire usage des aspersions ou des affusions d’eau froide, et il préfère les dernières , est celui où le paroxysme est à son plus haut degré; ce qu’indiquent la rougeur de la face, une soif ardente et l’insomnie. Il regarde encore comme’favorable celui où il commence à décliner ; aussi assigne-t-il les époques où il faut administrer le remède , entre six et neuf heures du soir , quoiqu’on puisse aussi, d’après lui, exécuter l’opération à toute heure du jour, pourvu qu’il n’existe aucun sentiment de froid actuel, que la chaleur soit audessus de la chaleur naturelle , et qu’il n’y ait point de sueur. On courrait risque de voir périr le malade , si on négligeait ces précautions , ou si on ne tenait aucun compte de la présence de ces circonstances importantes.

Lorsqu’on fait les affusions d’eau froide à une époque avancée de la maladie , s’il survient une grande faiblesse au moment où la chaleur se trouve modérée , il faut donner immédiatement un cordial, comme du vin chaud avec des aro-

* Medical Reports on the Effects oj Water in Fevers ^ etc.

84 PYREXIES,

mates, ou même de F eau-de-vie. A cette époque le remède n’arrête point subitement la maladie , comme il le fait dans les premiers temps ; mais au moins il manque rarement d’amender les symptômes, et contribue à procurer une terminaison heureuse.

Dans cette fièvre et dans celles du même genre, si on emploie l’eau froide dans le principe de la maladie , on obtiendra un effet plus manifeste et plus sûr, en la versant fortement avec un seau ou ^vec un arrosoir de jardin placé à une certaine hauteur ; plus tard on aura l’effet désiré en employant de préférence Faspersion , ou les lotions sur tout le corps à l’aide d’une éponge- Au reste , de l’une ou de l’autre manière , on modère la fièvre , et on détermine à la suite une diaphorèse à laquelle succède un sommeil réparateur.

Le docteur Jackson a publié dans ces derniers temps un ouvrage sur les affusions d’eau froide il s’accorde en général avec Currie ^sur leur utilité dans la fièvre nerveuse, soit contagieuse, soit sporadique ; mais sa méthode diffère de l’autre en plusieurs points importans.

M. Currie a recours à leur. emploi, sans aucune préparation antérieure , dans les cas où la fièvre est peu violente, de même que dans ceux où les symptômes sont intenses, alarmans, et où il y a complication*, pourvu toutefois qu’au thermomètre la chaleur du corps paraisse plus forte que dans l’état naturel; mais il s’en abstient, si la température de l’individu est àu contraire

Exj^ositîon on the Practice of applying Cold in Fevers,

ou MALADIES FEBRILES. 85

moins élevée qu’à l’ordinaire. M. Jackson juge ce cas simplement par la sensation qu’éprouve la main en touchant le malade. S’il trouve que la chaleur soit peu marquée , ou que la surface du corps soit dans un état de froid non ordinaire , sans qu’il y ait aucun signe apparent d’inflammationlocale, ou de congestion vers quelque viscère, il cherche à rétablir la susceptibilité d’impression, en plaçant le malade dans une chambre fortement échauffée; en faisant des fomentations à une haute température sur les membres, en nettoyant la peau avec de l’eau tiède , du savon et des brosses, soit dans un bain , soit à l’aide de lotions seulement. Quand la marche des symptômes est vive et rapide, ou quand les mouvemens de la circulation sont ralentis , il ne croit pas que la circonstance soit favorable pour les affusions d’eau froide , a moins qu’on ne les fasse précéder par une saignée générale et les autres

évacuations ; le docteur Currie au contraire re-

garde l’émission du sang comme tout-à-fait inutile avant l’emploi des affusions d’eau froide , à moins qu’il n’y ait quelque inflammation idiopathique concomitante.

M. Jackson pense que les affusions d’eau froide arrêtent la maladie ou changent sa marche, en faisant sur l’économie une impression vive et universelle ; M. Currie suppose qu’elles agissent en enlevant la quantité de chaleur surabondante: Cette dernière théorie ne me paraît point mériter la préférence ; ce moyen a été en effet mis en usage dans plusieurs fièvres où, il n’y avait

PYBEXIES ,

aucune augmentation appreciable de chaleur, et cependant il y a eu un succès aussi marqué que dans les cas où la température du malade, était fort élevée.

Les sudorifiques doivent être repoussés du traitement de la fièvre nerveuse , mais il ne faut point négliger pour cela les légers diaphorétiques (i). Quant aux antimoniaux, ils ne paraissent point convenir dans le vrai typhus. .

Lorsque dans le cours de la maladie on voit se manifester des affections locales, comme de la difficulté dans la respiration, une céphalalgie violente, le délire ou la stupeur, on a coutume de faire naître, à l’aide d’un vésicatoire, une inflammation dans le voisinage de la partie affectée, et

(i)^ Succi Limon. . . . . 3 15.

Raii præpar. , . .3 1.

Aq. Cinnam. ........... 5).

Confect, aromat . . gr. xv.

Syrup. Zingib . *. . 5 ji.

. Haustus quartis horis surnendus.

VET

Of Misturæ campîiorat . 5 x.

Aq. Ammon, acet . 5 iij.

Spirit. Ætîi. nit . 1 . . . 5 fS.

M.F. Haustus terliâ hord surnendus.

VEL

Of Camplioræ . . • . , gr. ir,

Pulv. Gontrayerv. comp. .’ . . , . gr. x.

- Ipecacuanli, .......... gr. ij.

Conserv. E-osæ . . q. s.

M. F. Bolus sexiis horis. surnendus.

ou MALADIES EEBBILES. 87

assez souvent il se trouve des malades à qui on en a ainsi successivement appliqué une demidouzaine , ce qui les tourmente beaucoup dans les derniers temps. Cette méthode est certainement très -condamnable. Plusieurs médecins ne veulent même pas qu’on en pose un seul, soit au dos, soit à la tête , dans la vue de remédier à la stupeur ou au coma , et Darwin assure qu’on en obtient plus souvent des effets nuisibles que du soulagement. Cette observation me paraît • des plus justes ; aussi je ne conseille jamais ce remède.

Quand , au reste, la stupeur, le coma ou le délire existent à un haut degré , on peut employer les pédiluves, en même temps qu’on fera de fréquentes ablutions sur les tempes et sur toute la tête rasée avec de l’eau froide et du vinaigre, ou qu’on appliquera sur ces parties des compresses imbibées d’éther.

Si la diarrhée se déclare, il faut l’arrêter aussitôt par les astringens (i), à moins qu’elle ne soit

(ï) ^ Mist, cretac . . . . §-iv.

Extrac. Lign. Campech . . . ^

Tinct. Catecliu . . 3 ij.

Aq. Cinnamorni . J ^ •

Spiritûs Piment. , . . ^ 3 ]•

Tinct. Opii . gutt. xl.

AI. F. Misturacujiis sumat cocliL ij magna tertiâquâcfuQhord^

VEL

^ Piilvis è Cret. cum Opio . . • ... gr. xij. Gurami Kino . .......... gr. v.

Confect, aromat. gr. x.

Syrup. Zingib . q. s.

M. F. B'olas ter qiiater-ve die sumendus.

légère et qu’elle n’ait une apparence critique : il faut alors se donner de garde de la suspendre.

On devra peu couvrir le malade dans son lit,' pour prévenir les sueurs trop abondantes ; on lui tiendra, pour la même rafson , les bras et les mains à l’air libre; on favorisera la circulation de celui-ci dans la chambre , et on ne lui donnera que des boissons froides et acidulées avec le suc de citron ou d’orange.

Le délire survient souvent , dans la fièyre nerveuse , par la prolongation de l’insomnie, ce qui engage à recourir à l’opium. La manière la plus avantageuse de l’administrer alors est de le combiner avec quelque diaphorétique (i), et de le faire prendre If. soir de bonne heure. Au reste, dans cette fièvre , plus que dans toute autre , les opiacés sont utiles et avantageux, et c’est une pratique assez générale d’en administrer toutes les nuits tant qu’elle dure. J’ai vu un si grand nombre de bons résultats de cette manière d’agir , que je l’ai adoptée presque invariablement.

Pour soutenir les forces du malade , on fera

(i) ^Aq. Âmmon. acetat . . . ^ iij.

, ✓ — CiiiiiaiBomi . . 5 j.

Tinct. Opii .

Syrup, Zingiberis . 5 ij.

iVÎ.F. Haustus,

• ' VEL

Misturæ camphorat . 5

Vini Antimon . ' . . . guU. xx,

Syrup. Papav. aibi . 5 ii].

M. Ilaustus.

ou MALADIES FEBllILES. 89

boire du vin en abondance ; il est preferable aux autres toniques; cependant on proportionnera la dose au degré de faiblesse et à son effet sur rindividu. On donnera comme alimens les préparations de sagou, de gruau, de tapioca, de la panade , et d’autres mets analogues , mêlés avec une certaine quantité de vin ; la boisson ordi- ' naire pourra consister en petit-lait et en orangeade qu’on coupera avec du vin également. Les effets du vin sont vraiment étonnans dans cette maladie ; souvent il remédie aux cas les plus désespérés.

Un de nos contemporains , d’une grande réputation , le docteur Darwin , recommande , dans l'Intention d’obvier à la stupeur et à l’asthénie , le vin et l’opium , à petites doses, répétées alternativement de trois heures en trois heures.

Au reste , si le malade n’aime point le vin , ou s’il ne produit pas l’effet qu’onl en attend , on. peut le remplacer par de l’eau-de-vie convenablement étendue. Je dois aussi avertir qu’on peut ' causer la mort en donnant trop de vin et d’opium , ce qui produit une sur-excitation ; le praticien doit garder un juste milieu.

Dans tout le cours de la fièvre , les malades doivent rester dans une grande tranquillité , et ne voir que les personnes qui leur donnent des soins , à moins que les symptômes ne soient très- ^ légers et que la tête ne paraisse point prise : alors , en effet , la visite d’un ami peut les égayer et contribuer à chasser les idées noires, il faut aussi les entretenir dans l’espoir d’un

go PYREXIÈS ;

prompt rétablissement , et combattre sans cesse l’espèce d’inquiétude et de crainte dont cette affection est constamment accompagnée.

Quelques médecins donnent ici le quinquina avant qu’aucune apparence de crise se soit montrée, les uns l’employant comme fébrifuge, et les autres simplement comme tonique, A la vérité il peut être de quelque utilité dans les cas où la maladie est peu grave , où il n’y a ni stupeur, ni aucune affection cérébrale, èt où les rémissions sont régulières ; mais c’est surtout dans la convalescence qu’d convient, et alors on peut l’administrer en substance , en infusion, ou en décoction , suivant que l’estomac le supportera le mieux.

J’ai, au contraire, toujours remarqué que le quinquina était nuisible lorsque la peau et la langue étaient sèches , lorsque les rémissions avaient une marche irrégulière , et lorsque la fièvre , calmée pendant un ou deux jours , revenait ensuite avec violence.

Quand une éruption miliaire paraît constituer la Crise de la maladie , il ne faut exciter aucune évacuation de peur d’en contrarier la formation.

• On appliquera de petits vésicatoires à la face interne des jambes , ou des cataplasmes stimulans à la plante des pieds, dans le .cas où les membres inférieurs seraient le siège d’une sensation de froid non naturelle.

Dans les circonstances fâcheuses où il existe des soubresauts des tendons et des vomissemens, il faut, outre les moyens déjà indiqués, mettre

ou MALADIES FEBRILES: 9 A

on usage Tes antis^iasmodiques, comme le musc, Fammoniaque, Fëther, le camphreetFopium (i)j Si dans son cours , la maladie menace de dégénérer en typhus confirmé , on administrera les acides minéraux , et surtout le Uiuriatique , à la dose que le malade pourra soutenir , et en y ajoutant à chaque fois quelques gouttes de teinture d’opium, pour empêcher que l’estomac et les intestins ne soient irrités. Le véhicule sera

une infusion de quinquina ou de racine de Colombo, ou un mélange d’eau et de vin.

Si, aune époque avancée de la, maladie, il se forme des aphthes ou de petits ulcères blancs dans l’intérieur de la bouche ou de la gorge , on fera usage trois ou quatre fois par jour d’un

(i) ^ Moschi . . . gi’* X»

Aq. Cinnam. • . . 5 j. 15.

Æther. suif. . . gutt. xx.

f Tinct. Opii . . . . . , . gutt. xv.

1\I. F. Haustus ter in die sumendus,

VEL

:if Castor . . gr. X.

Camphor . i . gr. iv.

Opii . . . gr- 15.

Confec. aromat. ... q. s.

M. F. Bolus sextâ quâque horâ sumendus,

VEL

:5^:Misturæ moschat .

- - — campliorat .

Spirit. Æther. vitriol, comp. . . .

.M, V.Mistiira de qua capiat CçchU ij« magna tertiâ quâqus ho ni.

ââ % iij.

S ij.

92 PYREXIES ,

gargarisme compose avec. l’infusion de roses, le

miel et le borax.

Pendant la convalescence, le malade se livrera à un exercice journalier, soit à cheval , soit en voiture, et prendra des préparations de quinquina et d’autres toniques, pour se débarrasser d’un reste de faiblesse et d’irritabilité. Au bout de quelque temps, si la saison le permet, on aura recours au bain froid, et s’il y avait de l’inappétence , on la combattrait par les amers (i).

Quelquefois , au moment où la maladie se termine, ori voit arriver un commencement de manie ou une aliénation mentale passagère. Tout ce qu’il y a à faire alors est de soutenir le malade par un régime sain et nourrissant , de le tenir dans le calme et la tranquillité , . de lui faire prendre quelques toniques , et d’éviter tout ce qui est* capable d’exciter des évacuations.

Comme la maladie est contagieuse , on tâchera

(i) Infus. Gent. Comp. « . . . | iv.

Tinct. Cardam. cooip

- Colomb. .* •

M. Capiat cochlear, ij. mane , horâ meridianâ etvespere. Adde pro re natâ

Acid. suif, diluti . • • . . gutt. xx.

VEL

if Pulv. scmin. Card . "J

- Gentianæ . . | ââ gr. x.

- Columb .

Syrup. Zingib .

M. F. Bolus ter in die sumendus.

ââ I 6.

ou MALADIES FEBKILES. gS

de s’opposer à sa propagation par la plus grande propreté, en entretenant des courans d’air, et en faisant des fumigations , ainsi que nous le dirons plus en détail dans le chapitre suivant.

Comme il peut se trouver des cas où l’on est obligé de transporter les malades à quelque distance , il est bon de savoir qu’on ne leur fait courir aucun risque en les plaçant à l’air libre dans des voitures découvertes , ou sur des chariots suspendus*.

De la Fiei>re putride et maligne ^ ou du Typhus

cojifirmé.

Cette fièvre tire son nom de la malignité de son caractère , et des symptômes évidens de putridité qu’elle présente au bout de quelques jours. On la distingue bientôt de la fièvre inflammatoire a la petitesse du pouls , à la grande faiblesse qui suit immédiatement son invasion , à la couleur brune ou noire de la langue, à l’enduit fétide et coloré qui recouvre les dents , à la teinte livide de la face , à la chaleur âcre de la peau , et plus tard, aux pétéchies ou taches violettes qui naissent sur différentes parties du corps, à la fétidité des selles, etc. Elle diffère en outre de la fièvre nerveuse *, par l’intensité des symptômes dès le premier moment.

La manière la plus ordinaire dont cette ma-

Outlines of the History and Cure of Fever , hy J- Jactison , M. D. ' *

Remarks on the Constitution of the medical Department of the Armyj by the same. '

94 PYREXIES ,

ladie est produite est par contagion, soit par le contact immédiat du corps d’une personne qui en est atteinte , soit que les miasmes aient été transmis par des vêtemens , des marchandises, etc. Elle est également causée par les émanations des substances animales ou végétales en putréfaction : aussi la voit-on régner dans les lieux bas et marécageux quand les chaleurs succèdent rapidement à un temps humide , et frappent des terrains inondés. Le défaut de pro-, prêté, la stagnation de l’air dans un lieu clos, font également naître le typhus ; voilà pourquoi on l’observe si souvent dans les hôpitaux , les prisons , les camps , les vaisseaux ^ spécialement quand les individus y sont entassés ; et qu’on ne donne point assez d’attention à l’entretien de la propreté et à la libre circulation de l’air.

Les personnes d^une constitution molle ’, et qui sont déjà affaiblies par quelque cause débilitante,

^ comme par l’usage de mauvais alimens , par une abstinence prolongée, des travaux excessifs, des veilles opiniâtres , etc. , sont très-disposées à contracter le typhus. Ces diverses circonstances sont tlonc autant de causes, prédisposantes.

Quelques médecins nos contemporains ont nié la propagation par contagion de la peste , de la fièvre jaune et du typhus : il est vrai que nous ne pouvons pas toujours prouver que la maladie provient d’une communication avec des individus qui en étaient affectés, ni que cette même communication donne constamment lieu à son développement ; il faut qu’il s’y joigne Faction de

ou MALADIES FEBEILES. gS

plusieurs causes prédisposantes , et d’ailleurs on est plus ou moins susceptible de la contracter suivant les époques. Mais , pour quiconque a observé attentivement le caractère du typhus, il demeure démontré que l’atmosphère environnante peut être, à une distance plus ou moins grande du corps du malade , assez imprégnée de miasmes pour faire naître la maladie chez des personnes saines.

Plusieurs auteurs ont prétendu que les enfans étaient exposés aux mêmes causes de fièvres que les adultes, et y étaient aussi sujets; je ne suis point de leur avis. J’ai observé que les enfans résistaient bien à une contagion qui exerçait ses ravages autour d’eux; et tout médecin qui a pratiqué dans les hôpitaux a dû en voir qui ont tété sans inconvénient leurs mères atteintes d’une fièvre de mauvais caractère , et qui prenaient encore le sein avec avidité une ou deux heures avant la mort de ces femmes.

Au début du typhus on éprouve de l’abattement au physique et au moral , une prostration considérable de la puissance musculaire , un malaise général, da la i fatigue , des douleurs dans la tête , le dos et les nr/embres , des frissons ; les yeux appesantis, sont ii^jectés et jaunâtres,», souvent même un peu enflammés ; les artères temporales battent avec force ; la langue est rude et desséchée ; la respiration est pénible et interrompue par de fréquens soupirs ; fhaleine est chaude et fétide ; l’urine est crue et pâle ; il y a constipation, et le pouls est ordinairement vif, petite

gG PYREXIES ,

dur, et, par intervalles, tumultueux et irrégulier. Parfois aussi on remarque à l’épigastre de la pesanteur, de la douleur, une grande chaleur, et il jsurvient des vomissemens bilieux.

A mesure que la maladie fait de's progrès, le pouls devient de plus en plus fréquent, et donne souvent de loo à i3o battemens par minute ; la faiblesse est portée à son comble ; la peau est sèche et brûlante ; il y a oppression , anxiété , soupirs et gémissemens ; l’altération est extrême ; la langue , le palais , les lèyres et les dents sont revêtus d’un enduit tenace , de couleur brune ou noire ; la voix est inarticulée , . et les discours ,à peine intelligibles ; il survient de la rêvasserie, et enfin du délire. •

Plus tard encore les symptômes deviennent plus intenses ; on observe des signes de putridité ; l’haleine est insupportable ; l’urine laisse déposer un sédiment noir et fétide ; les selles sont involontaires , elles sont noirâtres et d’une puanteur horrible ; le sang sort des gencives, des narines et de plusieurs autres parties du corps ; des taches livides , des pétéchies couvrent la peau ; le pouls devient intermittent et s’éteint ; les membres se refroidissent ; le hoquet se manifeste , et la mort vient enfin terminer cette scène tragique.

Dans les pays froids, lorsque l’issue ne doit pas être funeste, la maladie commence en général à perdre de sa violence vers les premiers jours du troisième septénaire , et disparaît graduellement vers la fin du quatrième sans aucune

ou MALADIES FEBRILES.’ 97

trîse éyidente ; mais rarement eiie se prolonge au-delà de huit ou dix jours dans les climats chauds. Au reste , notre pronostic doit constamment être basé sur le degré de violence des symptômes , surtout après l’apparition des pétéchies ; on a pourtant vu des malades se rétablir dans les cas les plus désespérés. Les signes favorables sont la diminution de la chaleur et de la soif, une moiteur répandue uniformément sur toute la surface du corps , la liberté des selles , le trouble de l’urine , l’élévation du pouls , le ptyalisme et la tuméfaction ou la suppuration des glandes parotides , ou des ganglions lymphatiques des aisselles ou des aînés , une éruption croûteuse autour de la bouche , la disparition du coma et du délire. Une mort presque certaine est annoncée, au contraire, par l’augmentation de la faiblesse musculaire , la difficulté croissante i de la respiration, la stupidité et l’insensibilité I des yeux, l’agitation continuelle du corps, les pétéchies, les évacuations involontaires d’urine ou de matières stercorales noires et de mauvaise nature,

- les sueurs d’une odeur cadavéreuse , les hémorrhagies, les soubresauts des tendons, le hoquet.

On rencontre le plus ordinairement, à l’ouver- 1 ture des corps, des inflammations du cerveau et des autres viscères,- mais plus spécialement de ^ l’estomac et'des intestins ; souvent même 011 ob¬

serve la gangrène de ces derniers organes.

Dès le moment où les symptômes du typhus se manifestent , il faut faire aussitôt tous ses efforts pour l’arrêter, parce qu’il lie tend pas à se gué-

ly

o8 PYREXIES ,

zj

' rir de lui-même , et qu’au contraire il s’aggrave de plus en plus si on l’abandonne à lui-même. Il est donc necessaire d’agir tout de suite après son invasion, et de ne pas attendre que les forces soient énervées. Le remède le plus convenable d’abord est un vomitif composé d’environ i5 grains d’ipécacuanba et i grain de tartrâte de potasse et d’antimoine dans une infusion de fleurs de camomille. Après l’effet de ce médicament, on pourra vider les intestins au moyen d’un laxatif (i). Il me semble qu’ici le calomel est préférable à tout autre purgatif; si pourtant on n’obtenait pas ainsi l’effet désiré , il conviendrait d’administrer un lavement de même nature (2).

(i) ^ Mannæ optim. . . . ^ f5.

Cryst. Tartar . 5 ij.

Aq. fervent. • . . . . | iij.

M.F. Solutio pro dose.

FEL

"if Kalr tartarisat. . 5 iij, ,

^ Mann, opt . ^ ij.

Aq. fervent . 5 üj*

- Cinnamom . . ^

M. Capiat diinidium pro dos.

FEL

Calomelanos . . . . . gi'* v.

Extr. Colocynth. comp. ..•••. gr. iij.

Fiant Pilulœ n“ iij. pro dos.

(2) Decoct, pro Enemate I xij.

Magnes, vitriol. | f5.

Olei olivar. . . . • 5 j*

M. F. Enema.

ou MÂLÀBÏES FEBRILES. . 99

üne fois que tes remèdes auraient été erU" ployës, je conseillerais Fablution du malade avec de Feau froide, ou les affusions de même nature, pourvu cependant que la chaleur du corps fût uu- dessus de son degré naturel. L’expérience m’a plus d’une fois convaincu des bons effets de cette méthode.

Le docteur Currie , de Liverpool, raconte que le typhus s’étant déclaré parmi les soldats d’un régiment en garnison dans cette ville , il en traita dix-sept par les affusions d’eau froide répétées une ou deux fois par jour, et que, sur ce nombre, quinze furent aussitôt guéris ; chez les deux autres la maladie parcourut ses périodes. En même temps il parvint à arrêter les progrès de la contagion en faisant tous les jours baigner dans la mer les hommes sains du régiment. Il dit aussi plus loin que sur trente - deux individus , chez qui la maladie parcourut toutes ses périodes , parce qu’elle était trop avancée lorsqu’il les vit pour là première fois, il n’en mourut que deux, pour lesquels on n’avait point mis en usage les affusions. D’accord avec d’autres praticiens distingués, ce médecin regarde ce moyen comme pro pre , sauf quelques restrictions légères, à suspendre dès l’invasion les progrès non - seulement du typhus, mais* de toutes les fièvres contagieuses et de mauvaise nature. Il a observé, du reste, que le moment le plus favorable pour le mettre en usage est celui de la plus grande exacerbation du paroxysme ou immédiatement après son debut , c’est-à-dire entre six et neuf heures du soir. Néan-

ÎOO ' PYREXÎES ,

moins il n’est dangereux à aucune époque de la journée, pourvu qu’il n’y ait aucun sentiment de froid , que la peau soit plus chaude que dans l’état naturel, et qu’il n’y ait point de sueurs générales et abondantes.

Le même docteur Currie et quelques autres médecins ont usé de ce remède à une époque avancée de la maladie , et presque toujours avec succès. Un soldat fut visité par lui , pour la première fois, le neuvième jour après l’invasion, et lui présenta des symptômes graves. Son pouls était faible et battait loo fois par minute ; la chaleur était portée à io4 degrés du thermomètre de Farenheit ; la soif était fort grande ; la langue chargée et noire ; il y avait de la confusion dans les idées, et parfois du délire ; tout le corps était parsemé de pétéchies. M. Currie chercha à soutenir ses forces en lui faisant donner une hou-, teille de vin par jour, coupé avec moitié eau de gruau, et, pour la nuit, une potion opiacée; on entretenait en même temps la liberté du ventre avec des lavemens laxatifs, ou avec quelques grains de muriate de mercure doux quand ils manquaient leur effet ; enfin on lui jetait sur le corps un plein baquet d’eau salée tout d’un coup, et on recommençait cette opération dans quelques cas. Peu de minutes après cette affusion, la chaleur se modérait, le pouls tombait à 96 battemens , les idées devenaient plus calmes, et étaient mieux liées : deux heures ensuite le malade se trouvait de nouveau dans son premier état, mais la nuit était plus tranquille. On continua ce mode

ou MALADIES FEBBltES. lOï

de traitement jusqu’au douzième jour, faisant les affusions dans la soirée, et parfois à midi. La fièvre suivit sa marche accoutumée ; mais au douzième jour, la chaleur étant redevenue naturelle, on ne fit plus d’affusions avec l’eau froide , et on se contenta de frotter, une ou deux fois par jour, la surface du corps avec une éponge imbibée de vinaigre .

Dans les cas où le typhus avait déjà duré onze,^ douze ou treize jours , et où il n’y avait pas une augmentation excessive de chaleur, M. Currie usait des affusions froides avec beaucoup de précautions et de modération , et plus d’une fois il a fait tiédir l’eau avant de s’en servir ; au reste, les bons effets de sa méthode sont encore prouvés par des observations que lui a communiquées M. Marshall, chirurgien du régiment de Cheshire. Sur soixante -quatre individus où on l’employa à une époque peu avancée , la maladie fut arrêtée chez soixante après trois ou. quatre affusions , et les quatre autres furent guéris , quoique le typhus ait chez eux parcouru toutes ses périodes , parce que déjà il était plus avancé. Du moment où il employa les affusions , M. Marshall renonça au vin , à l’opium , et , pour ainsi dire , à toute espèce de médicament ; aussi rien n’est-il plus propre à démontrer l’efficacité du remède et sa supériorité marquée.

Nous devons pourtant convenir que ses avantages ne sont jamais plus évidens que dans les premières périodes de cette maladie contagieuse et si funeste. Quelques praticiens, à la vérité ^

PYREXIES ;

Font mis en usage avec succès vers le douzième et même vers le quatorzième jour ; mais il faut que la respiration soit libre , outre les autres conditions que nous avons indiquées : alors on voit céder Tipsomnie , l’agitation diminuer, le délire se dissiper, et le malade s’arracher à une dissolution commençante.

En pareil cas il est aussi très-essentiel de préparer tout ce qui est nécessaire pour l’affusion avant de déranger le malade ; de cette manière on lui évitera et de la fatigue et de l’inquiétude.

Il y a quelques années que , pendant mon séjour en Amérique , j’ai obs*ervé un effet bien remarquable de l’emploi de ce remède. Un homme de ma connaissance , habitant l’île de Né vis , fut atteint d’un violent typhus , en sorte qu’au bout de peu de jours plusieurs parties de son corps furent couvertes de pétéchies , et qu’il s’établit un écoulement de sang par la bouche ^ le nez et les autres ouvertures naturelles. Dans cet état il fut exposé en plein air, et on lui jeta sur le corps un ou deux seaux d’eau froide ; après quoi on l’essuya avec soin, et on le remit dans son lit. On recommença deux ou trois fois par jour cette opération, ce qui contribua, avec une opiate pour la nuit et du vin en abondance , à sauver le ma^^ lade, au grand étonnement de ses amis.

Il y a déjà plusieurs années que dans la plupart des cas de typhus , je conseille avec un succès marqué , les affusions d’eau froide. La même méthode est suivie également dans la maison de santé de Londres. Quelques médecins cependant

^ / 1 ou MALADIES FEBPaLES. Io3

la regardent comme une innovation dangereuse, préjuge, qui, j’espère, sera bientôt détruit.

Dans les premiers temps de la maladie, la sup^orité de l’affusion sur la siniple ablution est incontestable ; ses effets ne se bornent point seulement à une soustraction de la chaleur extérieure ; elle agit puissamment sur le système nerveux, et amène ordinairement le sommeil , comme cela arrive constamment après la disparition de toute sensation pénible. Après le quatrième ou le cinquième jour de la fièvre , la différence d’influence et de l’affusion et de l’ablution se trouve grandement diminuée , et, aune époque encore plus avancée , on éloigne la chaleur à peu près aussi sûrement en lavant la surface du corps avec une éponge mouillée ou avec des linges , qu’en l’aspergeant avec de l’eau , en sorte qu’ alors le malade est soulagé également par les deux modes de traitement.

Dans la période la plus grave du typhus , comme dans celle de la fièvre nerveuse , si on craignait que l’action de l’eau froide ne vint à accroitre le danger ou même à suspendre la vie , a cause du peu du force de sujet pour la supporter, il faudrait avoir la précaution de lui administrer un verre de vin chaud, ou quelqu’ autre tonique énergique, immédiatement après l’emploi du remède.

Il n’est pas rare de voir le typhus débuter avec des symptômes graves et sous l’apparence d’une fievre inflammatoire , ce qui porte quelquefois les praticiens à prescrire la saignée. Une pareille

îo4 pyrexies;

erreur a les conséquences les plus funestes; Texpérience nous Fa souvent prouvé. Rien n’abat le ton des solides en effet comme la contagion , et toutes les fois que nous supposerons à une r#aladie cette cause , nous ne devrons tirer du sang qu’avec les plus grandes précautions, quand bien meme les premiers symptômes sembleraient inflammatoires. Au contraire même , ne nous permettant d’autre sorte d’évacuations que celles que peuvent procurer les plus doux laxatifs, nous soutiendrons les forces avec du vin ; nous mêlerons de cette liqueur dans les panades, dans le gruau , dans toutes les boissons qu’on fera prendre au malade , en ayant toutefois l’attention de l’étendre convenablement et d’y ajouter quelqu’aeide agréable, comme le suc d’oranges.

Nous ne faisons point assez ordinairement de cas des acides minéraux dans le typhus et dans les fièvres malignes ; je puis répondre des avantages qu’ils procurent, surtout le muriatique, ayant pour moi une expérience de plusieurs années. Yoici la manière dont je procède à leur administration : Après avoir évacué l’estomac par un émélique, s’il y a des nausées, et débarrassé les intestins des matières qu’ils peuvent contenir, à l’aide d’une dose convenable de calomélas uni à quelques grains d’extrait de coloquinte composé , je soumets les malades aux affusions d’eau froide ; ensuite je prescris , pour les adultes , dix ou douze gouttes d’acide muriatique et cinq gouttes de teinture d’opium, dans une once et demie d’infurioiule colQiubo. Je répète de quatre

ou MALADIES FEBRILES; Io5

heures en quatre heures T administration de cette potion , en augmentant graduellement la dose d’acide jusqu’à 1 8 ou 20 gouttes et même davantage. Quand la fièvre paraît diminuer, ou que je remarque des remissions , je remplace l’infusion de Colombo par une décoction de quinquina.

Je crois convenable , pour soutenir ce que je viens d’avancer, de rappeler à mes lecteurs que le Roi de Prusse a accordé une pension considérable au docteur Reicb , professeur de médecine à l’université d’Erling , en Eranconie, pour faire connaître un remède qui avait les succès les plus authentiques dans les maladies aigues de nature maligne, et que ce remède n’était autre chose que les acides , et particulièrement le muriatique. Ce médecin donnait de ce dernier jusqu’à un ou deux gros a la fois , dans les cas extrêmes*. Cependant la découverte de ce moyen n’appartient pas à M. Reich , car YEilliam Fordyce le recommande fortement dans les mêmes cas , et le prescrit en outre dans les gargarismes contre les escarres gangréneuses qui souvent se forment à la gorge dans les fièvres putrides et malignes, comme dans le typhus.

Une attention bien essentielle, pendant tqute la durée du typhus, est celle de ne point trop couvrir le malade, de tenir sa chambre fraîche, d’y faire circuler l’air , d’en arroser le plancher plusieurs fois dans la journée avec du vinaigre ! chaud ou des liqueurs camphrées. Les soins de

Le docteur Parry, de Balli, a traduit, ejr anglais , l’ouvrage . du professeur Prussieiz.

propreté ne sauraient jamais être assez grands ; il faut souvent renouveler le linge du lit et celui qui recouvre immédiatement le corps , et faire enlever sur-le-champ le produit des évacuations alvines. Quant à la matière visqueuse qui recouvre la langue et les dents, on Tôtera avec un couteau , après l’avoir coagulée à l’aide d’un acide un peu fort ; on la détachera également en se servant d’un morceau de flanelle trempé dans du vinaigre, ou dans de l’eau salée.

Quoique ordinairement, dans le typhus, il n’y ait point de crise régulière , il arrive néanmoins quelquefois que, pour se débarrasser, la nature excite une sueur légère et générale ; on doit faciliter ses efforts au moyen de quelque doux diaphorétique (i) , mais il faut bien se garder d’exciter des sueurs trop abondantes ; cellesci sont extrêmement nuisibles. Un médecin célèbre , Carmichael Smyth , préconise l’éther sulfurique uni aux antimoniaux , et lui attribue l’avantage qui manque aux autres médicamens cordiaux, de ne point augmenter la chaleur, et de ne point accélérer les mouvemens du pouls. Il assure même que , par son moyen , l’action du cœur est rendue plus régulière, que l’anxiété et les tremblemens diminuent visiblement, et qu’il s’établit une diapborèse utile.

(i) 'if Camphoræ . . . . gr. iv.

Pulv. Ipeçac. . gr. iij,

Gonfec. aromat . . 9 .

M. F. Bolus sextd iiord sumendus.

ou MALADIES FÉBRILES T ÎO7

-Au commencement du typhus , il se manifeste quelquefois des embarras plus ou moins graves dans la tête ou dans la poitrine ; ori les combat le plus fréquemment par un vésicatoire appliqué dans les environs de la partie affectée , mais ce moyen me paraît douteux , et j’en dirai ici ce que j’en ai déjà dit au sujet de la fièvre nerveuse. On peut très-bien se dispenser de l’employer, s’il n’y a que de la stupeur, avec un léger délire, tandis que, si celui-ci est violent, si le regard est animé à l’excès , on peut craindre une pbrénésie, et alors on doit y avoir recours. Mais , dès qu’une fois les symptômes de putridité ont paru , l’application d’un vésicatoire deviendrait fort dangereuse.

Quand les bémorrbagies se manifestent , quand la surface du corps se couvre de pétéchies , il faut mettre en usage les plus puissans antiseptiques , les acides végétaux et minéraux , les Ib queurs en état de fermentation , les eaux acidulés gazeuses , le gaz oxygène, le muriate sur-oxygéné de potasse (ï), le vin, les affusions d’eau froide, le quinquina (2). On doit également donner des

(î) Muriat. Potassæ oxygen. • t ; . . 5

Tinct. Gmnamom.’comp . . • ^ ij.

Aquæ Cinnam . . • ^ j. {S.

Syrup. Corl. Aurant . 5 j.

M.F. lîaustus secundd vel tertiâ horâ capiendus.

(2) ^ Cortic. Peruv. crass . . . . § 15.

Piad. Serpent. Virg . . iij.

Coque in Aquæ fonlis . îb j. ad ife j 15.

Adde Colatîiros

Tinct. Cinnam. ..... * .... 3 j* •

I08 PYBEXIES;

lavemens oii Ton fait entrer le vinaigre (i) , ou Facide citrique, lesquels peuvent séjourner assez long-temps dans le rectum pour être absorbes.

L’administration de Tacide carbonique dans le typhus a êtë fort recommandée ; M. Edward Cartwright , ayant entendu parler de la faculté qu’avait ce gaz de préserver la viande de la putréfaction , en essaya l’effet chez un garçon de quatorze ans , atteint d’une fièvre putride, contre laquelle le quinquina et le vin avaient été donnés sans succès , et où tout espoir de salut était évanoui. Il recommanda, en conséquence, de lui faire prendre toutes les trois heures deux cuillerées à soupe de levure de bière , ce qui amena un soulagement rapide et une prompte guérison, M. Cartwright donna ensuite ce médicament à plus de cinquante malades , sans en perdre un seul.

M. F. Decoctum cujus sumat uncias diias secundâ quâ^ que horâ cum Acidi nitros. guttis x — xv.

VEL

"if Decoct. Cinclion . ». 5 j» 6.

Tinct. ejusdem . . 5 iij. .

Acid, muriat. oxyg . gult- xv — xx.

M.F. Haustus tertiâ qudque horâ capiendus,

^ Infus. Chamæmel. Flor . 5 v.

Aceti communis .......... 5 üj*

M. Pro Enemate.

VEE

‘2f Decoct, pro Enem . 5 vj.

Aceti communis. . . . . * 5 ij*

M. F, Enema*

ou MALADIES fébriles: lOg

Quelques praticiens ont , malgré cela, regardé l’usage interne de la levure de bière dans le typhus , comme d’un effet fort douteux ; ils ne lui reconnaissent d’efficacité que dans son application extérieure sur les ulcères fétides et de mauvaise nature. Quant à moi , je m’en suis servi , je crois , avec quelque avantage , .et je n’ai point vu, comme on l’a prétendu, qu’elle produisît des secousses dans l’estomac ou les intestins, ni qu’elle dérangeât aucunement les fonctions de ces vis^ cères. Au reste , ses bons effets^ dépendent évidemment de l’acide carbonique qu’elle contient i on pourrait donc la remplacer avantageusement par l’eau saturée de cet acide. Mais si on se résout à l’employer elle-même , je pense qu’il faut en dissoudre la dose convenue dans une pinte d’infusion de drêche ou de petite bière , et en répéter fréquemment l’administration par verres.

Quel que puisse être d’ailleurs le mode d’action de la levure dans le typhus , il demeure incontestable que l’acide carbonique fait disparaître l’extrême faiblesse de l’estomac qui existe dans les maladies de ce genre , ce qui procure l’adoucissement de plusieurs symptômes, et permet d’introduire dans le viscère des matières propres à remplacer les alimens.

Quand il existe des ulcères de la bouche , on peut les traiter avec une solution d’alun dans l’eau, à la dose d’une once par pinte ; cette liqueur, employée sous la forme de gargarisme , dissipe en peu de temps l’odeur fétide qu’ils répandent.

Dans cette maladie, il est aussi de la plus hauta

îio PYEEXIES,

importance de procurer du sommeil , et , en coü» séquencé, lorsque le délire n’est point violent, nous pouvons faire prendre un opiate dans la soirée ; et la méthode la plus avantageuse dans ce cas, est de combiner l’opium avec quelque diaphoré tiqué (i).

Souvent une diarrhée, accompagnée d’une moiteur douce de la peau , annonce la terminaison de la maladie ; mais si elle ne produit point l’effet critique qu’on en attend , on l’arrêtera aussi vite que possible par le moyen des astringens (2).

Si , par tous les moyens que nous avons indiqués , nous venons à bout de faire cesser la maladie , il nous faudra tâcher dé prévenir son retour par l’usage du quinquina , de l’angusture, de la gentiane , des écorces d’oranges , et des autres toniques amers. Pour hâter le rétablissement des forces , on aura recours à un régime analeptique , au vin et à l’exercice , suivant les circonstances.

(1) ^ Aq. Ammon. Acet . . . . 5 iij.

- Cinnamon! .

Tinct. Opii . . . xl.

Syrup. Zingiberis . . • S ij,

M. F. Haustus,

(2) '2f Elect. Catechu . 5 j.

Aq. Cinnaraom . ..,1 __ .

- Piment. ^ ââ 5 j* C-

— Fontis . 5 ij-

Tinct. è Rino 5i]»

- Opii . gutt. L.

Aï. F, Mistura cujus sumat Cochlear, ij, magna quartis lions.

DU MALADIES FÉbBILES. lit

Ap rès avoir ainsi fait connaître le mode de traitement qui convient quand la maladie est déclarée , il me semble nécessaire d’indiquer également lés procédés qu’on peut mettre en usage pour en arrêter la communication d’individu à individu. Ainsi, il faut séparer le malade des personnes qui l’entourent habituellement, et le confiner dans la partie de la maison la plus isolée. On changera fréquemment les draps de son lit , et on ne négligera aucune des précautions de pro- ' pieté que j’ai déjà recommandées. On ne le laissera en rapport cju’avec ceux qui sont destinés à le soigner, et ceux-ci ne s’asseoiront point sur son lit , et éviteront de respirer immédiatement les émanations qui s’échappent de son corps. Pour cela, ils tiendront sous leur nez une petite éponge ou un linge imbibé de vinaigre , ou d’une liqueur camphrée.

Dans les hôpitaux, dans les camps, abord des vaisseaux , où il y a un grand nombre d’individus entassés les uns sur les autres , il devient impossible de suspendre les communications entre les malades et les autres. Les moyens simples que nous venons d’énumérer ne peuvent donc s’opposer à la contagion ; aussi faut-il en outre obliger tout le monde absolument à subir chaque jour des ablutions d’eau froide , et faire des fumigations dans les salles , dans les hamacs, etc. , en exposant à leur influence les babil] emens et les fournitures des lits des malades.

Pour ces espèces de fumigations, Carmichael Smy th a employé avec le plus grand succès le

1 12 pyrexies;

gaz acide nitreux. En 1780, le typhus se déclara parmi les prisonniers Espagnols renfermes dans le château de Winchester; c’est là que pour la première fois il fit un essai heureux de son procède , et empêcha le développement de la contagion , sans que les organes de la respiration parussent le moins du monde en être affectes.

A la sollicitation de ce médecin , et sur l’invitation des Lords de l’Amirauté ^ on fit des expériences soignées sur la vapeur de l’acide nitreux, au mois de novembre 1795, à bord du vaisseau hôpital l’Union , pour arrêter la contagion d’une fièvre du caractère le plus fâcheux , et qui avait exercé de grands ravages parmi les matelots des vaisseaux russes à Scheerness. Le succès de ces expériences fut tel qu’il ne resta plus le moindre doute sur l’efficacité de ce moyen , qui a éfé depuis confirmé un grand nombre de fois , et la Chambre des Communes décerna une récompense au docteur Smytb.

Celui-ci , pour obtenir l’acide nitreux , décompose le nitrate de potasse au moyen de facide sulfurique chaud. Pour cela il faut mettre une demi-once de cet acide dans un creuset , dans un verre , dans un vase de porcelaine , et la faire chauffer sur une lampe ou au bain de sable , en y jetant de temps en temps un peu de sel : on placera ainsi plusieurs de ces appareils à 20 ou 3o pieds les uns des autres , suivant l’étendue du lieu et la violence de la contagion. M. Smytb conseille de les poser sur le plancher dans les hôpitaux ou dans les prisons , mais , à bord des

Otr MÀ.LAÜÎES FEBBÎLES: Iî3

vaisseaux, il aime mieux qu’on les suspende aux poutres à l’aide de cordes de soie cirées. Il préfère aussi pour cet usage l’acide nitreux au sulfureux ou à la vapeur du soufre , comme plus diffusible et plus pénétrant, et comme ne laissant point après lui une odeur désagréable. Mais il pense pourtant que ce dernier peut être employé en fumigations pour les vête mens et pour les fournitures.

M. Guyton de Morveau prétend à la priorité de la découverte de la désinfection de l’air par les acides minéraux , et donne hautement la prééminence à l’acide muriatique: Il paraît cependant que Impropriété qu’ont les acides minéraux de détruire les miasmes contagieux, était connue de John Pringle dès lybo; et en lySS, Johnstone a publié sur leur efficacité une brochure où il p'rétend s’être servi avec succès de la vapeur de Facide muriatique pour arrêter le développement d’une fièvre contagieuse , qui , deux ans auparavant , s’était déclarée avec violence à Kidderminster.

M. Smyth prétend aussi de son côté avoir été le premier à faire des fumigations avec les acides minéraux dans les chambres habitées par les ma-

! lades, et avance que Johnstonè ne les a jamais pratiquées que dans des lieux où il n’y avait per- {j sonne. Mais le fils de ce dernier lui a victorieusement répondu , et a assuré la découverte à son père*. M. Smyth n’a donc fait que rendre public le procédé , et a contribué à en établir l’usage d’une manière générale. ^

John Johnstone^ s Reply tQ D, Smyth.

Îl4 PYREXIES,

Il est au reste assez indifférent que nous fassions ces fumigations avec l’acide nitreux ou avec l’acide muriatique à l’état de vapeur ; les propriétés de l’un et de l’autre sont également certaines. Néanmoins le dernier paraît plus diffusible que le premier , et la manière de le mettre en usage consiste à placer dans un pot de terre une livre de sel de cuisine , en versant petit à petit par dessus une légère quantité d’acide sulfurique, jusqu’à ce qu’il soit entièrement humecté, et en facilitant le dégagement des vapeurs par une chaleur modérée , si l’air est très-fortement infecté, ou si l’appartement est d’une vaste étendue.

D’après cela , dès qu’une fièvre contagieuse se déclare dans une prison, dans un hôpital, parmi les ouvriers d’une manufacture , chez les soldats d’une garnison , à bord d’un vaisseau de transport , ou dans tout autre endroit où un grand nombre de personnes sont rassemblées ,ilne faut pas hésiter à faire de ces fumigations dans chaque chambre , en entretenant la propreté et la libre circulation de l’air. La même marche doit être suivie dans les universités , dans les pensions,. et même dans les maisons particulières.

En traitant de la dysenterie et de la peste nous ferons connaître encore quelques autres moyens propres à éteindre la contagion.

De la Fie^re Jaune. ( Typhus ictérode. ) ^

Cette maladie est un fléau véritable pour F Améïique , où ses ravages égalent , s’ils ne surpassent

Etymologie j , stupor et tySltfoçjJlat^ns.

t)U MALADIES FEBBILES. 113

point ceux que la peste a jamais pu causer ; elle a avec celle-ci des points de ressemblance fort remarquables , et nous devons nous féliciter en Angleterre de ce qu’elle n’a point encore éclaté parmi nous , malgré nos relations si fréquentes avec le pays où elle règne. Peut-être que ses principes contagieux ne peuvent se développer dans le nord de l’Europe.

L’origine de Ta fièvre jaune est un point d’une grande obscurité ; nous avons à ce sujet plusieurs opinions tout-à-fait différentes. Les uns pensent qu’elle a passé des îles sur le continent de l’Amérique , et d’autres qu’elle a été produite par la putréfaction de substances végétales et animales abandonnées sur les quais de Philadelphie. Cette dernière opinion est celle du docteur Rush , qui a remarqué que la maladie débutait dans les rues adjacentes à ces quais , et se communiquait de là au reste de la ville. Quoi qu’il en soit, en s’en rapportant à ce que Chisholme et plusieurs autres ont écrit de cette maladie, il est évident que c’est exactement la même fièvre qui exerce ses ravages à Philadelphie et dans les colonies des îles américaines.

M. Clarke , observant qu’elle se développe à Il peu près en même temps dans les villes des îles de i l’Amérique, et dans celles du nord de cette partie \ du monde, croit que l’établissement de ces villes a causé dans l’atmosphère un changement partictij lier, auquel il vaut bien mieux ^attribuer la naisi sance de la maladie qu’à l’arrivée de voyageurs ou de marchandises des unes dans les autres.

Iî6 PYREXIES,

M. Miller, de New-York, dit que, dans le continent, la fièvre jaune commence toujours dans les quartiers les plus bas d’une ville populeuse et marchande , dans le voisinage des amas d’eau, et y règne pendant un temps plus ou moins long sans étendre sa fureur d’une manière aussi marquée dans les parties élevées du même lieu. Jamais elle ne paraît plus intense que quand on met en mouvement de grandes masses de terre , soit pour détourner des rivières , soit pour construire des. quais. Aussi ne pense-t-il pas que la contagion soit apportée des îles par les' vaisseaux ; et ce sentiment acquiert encore plus de poids, si on considère que les personnes qui en sont atteintes dans un quartier infecté , ne communiquent point la maladie si on les transporte dans un autre quartier ou à la campagné. La production de la maladie est donc due , ajoutet-il , aux vapeurs impures qu’exhale la terre nouvellement accumulée sur le fond boueux et fangeux des fleuves , et qui vicient l’air, comme nous voyons que cela arrive lorsqu’il est en contact avec des amas de matières animales ou végétales en putréfaction.

Il paraît en effet que les bords des rivières de New- York et de Philadelphie ont subi depuis quelques années de grands changemens en raison ^de la construction des ports et de l’extrême activité du commerce, et M. Miller nous apprend que la fièvre jaune ne s’est montrée que dans les lieux où ces changemens ont été opérés. On ne l’observe point au nord ni à l’est , où les rivages

ou MALADIES FEBEILES. lïy

sont restés à peu près dans leur état naturel. D’ailleurs, nous dit encore le même médecin, depuis la guerre, quatre-vingts nouveaux quais ont été élevés ; pour cet effet on s’est opposé à l’action de la marée , et on a recouvert de plusieurs pieds de terre de transport des plages fangeuses et remplies de matières putrescibles , qui se trouvaient lavées deux fois dans les vingt - quatre heures : auparavant on ne remarquait point les .funestes suites dé leurs émanations , et depuis c’est dans leur voisinage seul que la fièvre jaune prend naissance.

Quelques personnes croient que cette maladie qui, pendant les dernières années, a causé une si grande désolation , est d’une nature tout- à-fait différente de la fièvre jaune qu’on observait autrefois dans les îles et sous le tropique ; je regarde pourtant ces deux affections comme identiques , si ce^ n’est que la nôtre règne épidémiquement par suite de la corruption de l’air, et que , par le concours de plusieurs autres circonstances , elle a acquis un degré plus grand de malignité.

Entre 1776 et 1785, temps qu’a duré mon séjour dans les îles d’Amérique ,' j’ai eu de fréquentes occasions d’observer la fièvre jaune chez les matelots et les nouveau - débarqués qui se livraient à des excès imprudens. Quoique , dans le cours de ces neuf années , la maladie n’ait jamais paru épidémique , je l’ai cependant toujours corn sidérée comme grandement contagieuse , et j’ai constamment pris les plus grandes précaudoiis poui" empêcher sa propagation.

îï8 pyrexies;

Il me paraît probable que la première origine de cette fièvre vient d’une altération de l’atmosphère par les mauvaises qualités des émanations qui s’échappent des marais ou des matières organisées en putréfaction ; mais elle a ensuite été entretenue par la voie de la contagion, et a acquis la violence de la peste , sous l’influence de diverses causes accidentelles. Ses épidémies sont, en général , précédées d’une température bxûlante et d’une longue sécheresse sous les climats du tropique , et la même chose peut avoir lieu pour le continent de l’Amérique , où les mois d’été sont extraordinairement chauds.

Le docteur Rush prétend que la fièvre jaune n’est point contagieuse dans son état de simplicité, et qu’elle s’étend seulement a l’aide des miasmes putrides répandus dans l’air ; quelques autres médecins ont embrassé cette opinion , qui a eu les plus graves conséquences en empêchant de prendre des précautions contre la contagion. D’ailleurs certains faits rapportés dans les Essais de Médecine de M. M’ Gregor prouvent incontestablement le contraire.

Les personnes les plus exposées aux atteintes de la fièvre jaune dans les îles de l’Amérique sont les Européens nouvellement arrivés ; aussi exerce- Lelle ses ravages en particulier sur les nouvelles recrues qu’on y envoie pour servir sur terre ou sur mer. Les femmes en sont moins fréquemment attaquées que les hommes , et les enfaiis y sont encore moins sujets qu’elles. On a observé aussi qu’elle règne d’une nianière inJiniment plus

ou MALADIES FEBRILES. II9

marquée chez les blancs que chez les hommes de couleur, et que chez ceux-ci elle a toujours des symptômes bien moins graves, vraisemblablement à cause de la tempérance à laquelle ils sont forcés. Les individus pléthoriques et forts, livrés à des excès , en sont beaucoup plus malades que ceux d’un tempérament lymphatique , et qui ne commettent aucune irrégularité de régime.

Il est bien évident que, par quelque raison particulière , les habitans des pays froids , transportés dans les contrées chaudes , y sont bien plus aptes à contracter la fièvre que ne le paraissent les aborigènes ou ceux qui sont acclimatés déjà par un séjour prolongé. Aussi, sous rinfluence des mêmes causes , le naturel conserve sa santé , et l’étranger tombe malade ; et si la fièvre les attaque l’un et l’autre , on remarque que les symptômes sont dix fois plus intenses chez le dernier que dans le premier. Ceux donc qui demeurent depuis longtemps dans le pays, ou qui en sont originaires , sont peu sujets à la fièvre jaune ; mais quand ils sont pris de la fièvre rémittente endémique , les symptômes de celle-ci participent plus ou moins de la malignité de l’épidémie régnante.

Le docteur Kittrick a remarqué que chez les nouveau- débarqués dans les îles de l’Amérique la température du corps était de trois ou quatre degrés plus élevée que chez les naturels, et il attribue à cette disposition leur aptitude à contracter la maladie.

Le docteur Pinckard , l’un des médecins militaires anglais pour les colonies , ayant vu que la

120 PYREXIES,

fièvre jaune a une. grande variabilité dans sa marche, et n’ayant pu lui assigner aucun signe pathognomonique , pense que cette affection ne forme point une maladie spéciale , et qu’elle est simplement une variété plus grave de la fièvre rémittente ordinaire ou de la fièvre bilieuse des pays chauds , dont les symptômes sont plus, fâcheux , dont les périodes sont plus irrégulières ; parce qu elle sévit sur des sujets qui ne sont pas encore accoutumés au climat

La fièvre jaune débute ordinairement par un sentiment de lassitude et de fatigue , de froid , de dégoût pour tout ce qu’on voit ; il y a en même temps de l’abattement, des vertiges, de la rougeur â la face et aux yeux, qui sont douloureux, de la céphalalgie sus-orbitaire, des douleurs dans le dos , une grande faiblesse , de fréquens soupirs de l’altération et une tendance au coma ; l’urine est colorée , trouble et peu abondante ; la transpiration cutanée est sensiblement diminuée, irrégulière, ou même interrompue ; la salive est visqueuse, la langue recouverte d’un enduit foncé, la peau chaude , sèche et âpre ; la bile paraît sécrétée en plus grande quantité qu’a l’ordinaire , et est promptement rejetée par l’estomac à mesure qu’elle est versée dans les voies digestives.

Bientôt les yeux prennent une teinte d’un jaune foncé , ainsi que la face et la poitrine ; il survient des nausées continuelles et desvomissemens d’une bile écumeuse ; la constipation est opiniâtre ; et

■* yol. V of IxusJi s Medical Observations oj' the Univ^rsùy of Pensylvania. '

ou MALADIES FEBRILES. I2ï‘

il se manifeste un délire d’une nature particulière , accompagné d’une dilatation permanente des pupilles.

La première période de la fièvre est communément de trente-six à quarante -huit heures ; rarement on observe une rémission évidente pendant sa durée ; mais au bout de ce temps il y a souvent un tel amendement des symptômes , que le malade se trouve bien : erreur dont il est promptement tiré par l’arrivée de plus graves accidens , et par la grande faiblesse dans laquelle il tombe.

Cette faiblesse devient excessive dans la dernière période de la maladie , où on observe tous les signes d’une putridité générale ; de larges plaques livides sont dispersées à la surlace du corps ; la langue devient sèche et noire ; les dents se couvrent d’une matière noirâtre ; l’haleine a une grande fétidité ; parfois , mais non constamment , tout le corps acquiert une teinte d’un jaune livide ; le sang s’écoule par la bouche, les oreilles et les narines ; les selles sont noires, el ont une odeur insupportable ; enfin le hoquet tourmente le malade dont le pouls s’éteint , et dont la mort a lieu très-promptement.

Tels sont les phénomènes que l’on observe généralement; mais souvent il arrive des anomalies marquées dans le cours de la maladie. Le docteur Ghisholme rapporte avoir quelquefois vu des malades qui, sans que rien pût le faire pressentir, étaient subitement atteints de vertiges, de perte de la vue , d’insensibilité presque corn-

PYREXIES ,

plète , el tombaient à terre, et que cet état alarmant durait une demi-heure ou plus : pendant ce temps une sueur froide inondait tout le corps d’abord , et était remplacée par le sentiment d’une chaleur vive ; le pouls était fréquent, petit et dur ; il s’y joignait une violente céphalalgie sus-orbitaire et une grande anxiété dans la région précordiale ; les yeux, très - enflammés, paraissaient humides , sortaient, pour ainsi dire, de leur cavité, et étaient agités de mouvemens convulsifs ; là face était injectée ; le creux de l’estomac était le siège d’une forte chaleur ; des nausées , une expectoration fréquente , des vomissemens répétés survenaient, et étaient accompagnés de douleurs poignantes au défaut des côtes et dans les mollets.

Durant douze, dix-huit, vingt-quatre ou trente-six heures , l’ihtensité de ces symptômes allait en croissant, si ce n’est pourtant que la vitesse et la dureté du pouls restaient les mêmes. Au bout de ce temps , froid général , sueurs visqueuses, coma ou délire à un degré variable. Les malades résistaient pendant soixante ou quatre-vingt-dix heures, à compter du moment de l’attaque. Quelquefois la raison renaissait pendant un court intervalle ; alors le courage et l’espoir venaient ranimer l’existence ; mais un nouvel accès, aussi subit qu’inattendu, ramenait les convulsions effrayantes des yeux et des membres, qui se portaient avec violence et alternativement en arrière ; la bouche se remplissait d’écume , et , en général , la mort arrivait. Cependant, ob-

ou MALADIES FEBMLES. 123

serve le docteur Chisholme , quelques personnes échappaient à cet accès ; elles reprenaient leurs sens pour quelque temps ; mais elles ne pouvaient résister à une troisième attaque.

Il ajoute encore que dans quelques cas , assez rares à la vérité , les testicules devenaient le siège de vives douleurs ; si on examinait alors ces organes, on trouvait leur volume très- diminué , le cordon spermatique remonté," et le scrotum excorié ; que parfois on remarquait un changement notable dans la voix, qui perdait de sa force et de sa gravité ; et que dans quelques circonstances , il ne se manifestait aucune coloration de la peau.

Suivant M. Rush , le début de la maladie variait suivant les individus ; ses signes précurseurs étaient le plus ordinairement la constipation , une douleur obtuse dans le côté droit, le manque d’appétit , la perversion du sens du goût , des flatuosités , de la chaleur à la région de l’estomac , des vertiges ou de la céphalalgie , une teinte jaune ou d’un rouge brillant dans les yeux qui étaient en même temps larmoyans, de la difficulté àbien distinguer les objets, de l’enrouement, une légère angine, de l’abattement et du découragement, des sueurs abondantes pendant la nuit ou après un exercice modéré , ou enfin une suppression subite de la sueur nocturne. Une partie de ces symptômes, plus ou moins, agitait les malades deux ou trois jours avant qu’ils fussent obligés de s’aliter , et quelques individus en furent tourmentés pendant tout le temps que régna la fièvre

î24 pyR.EXÎES, '

à Philadelphie , sans pour cela être véritablement atteints de da contagion. Plusieurs habitans se couchaient. en bonne santé , et, au milieu de la nuit , se réveillaient avec le corps tout-à-fait refroidi ; d’autres , après un sommeil natm el et régulier , se levaient comme à l’ordinaire , et se trouvaient saisis par le mal d’une manière brusque et inattendue , au milieu de leurs occupations ou après la promenade.

Il observe que fréquemment , au début , le pouls était faible , sans plus de fréquence ou de vitesse qu’à l’ordinaire, et que dans quelques cas il était si bas , que , pour le sentir , il fallait appuyer fortement sur l’artère ; chez quelques personnes il était intermittent , et ce phénomène se rencontrait chez des individus déjà infectés à la vérité , mais non encore alités ; chez d’autres la lenteur extraordinaire du pouls était accompagnée d’une dilatation de la pupille. Au début, encore , ajoute-t-il , on voyait arriver des hémorrhagies , et surtout des épistaxis ou des ménorrhagies ; mais plus tard les évacuations de sang devenaient plus générales, et avaient lieu par les gencives, par les oreilles, par l’urètre , par l’anus, ou par rœsophage.

Plusieurs malades se plaignaient , suivant le même observateur, d’une douleur obtuse dans la région du foie , mais presque tous avaient l’é- ‘pigastre douloureux au toucher. Le sang pouvait se porter vers les poumons , mais le cerveau était forgane principalement affecté àç: conges-

ou MALADIES- FEBF, îles:

tion ; on reconnaissait celle-ci à la rougeur de la face et des yeux , à la dilatation des pupilles , à la céphalalgie , à F écoulement du sang par le nez ou par les oreilles , aux nausées , aux vomissemens qui avaient lieu, et enfin à Fétat de resserrement général des intestins.

Il pense qu’il y avait en même temps une sécrétion extraordinaire de bile ; aussi l’estomac et les intestins transmettaient-ils au dehors des quantités considérables de ce liquide , dont la couleur variait du jaune au noir. Parfois l’urine était abondante et d’une teinte foncée ; parfois aussi elle paraissait pâle ou trouble , et en petite quantité : les sueurs étaient jaunes et fétides. Le premier et le second jours , la langue était constamment humide et blanche , mais , plus tard , elle devenait rouge et luisante ; et vers la fin de la maladie , elle se couvrait dans son centre cFun enduit noir qui s’étendait graduellement vers les bords.

Les effets produits sum le système nerveux' étaient différens ; le cerveau, les nerfs, l’intellect . ou les muscles pouvaient être particulièrement affectés. Dans quelques cas, toujours funestes, une apoplexie se manifestait ; fréquemment il y avait tremblement des membres et soubresauts des tendons, et délire, quoiqu’on pût voir aussi la maladie parcourir toutes ses périodes sans le moindre dérangement dans les facultés de l’esprit. Certains malades éprouvaient une douleur de tête aiguë et insupportable j et , vers la fin de

120 PYREXIES,

la fièvre , l’estomac 'était en proie à des souffrances terribles ou à une chaleur brûlante.

Les sensations externes et internes étaient plus ou moins troublées ; la surdité et la cécité accompagnaient quelquefois la fièvre jaune ; comme les autres fièvres , elle produisait une 6oif intense et l’anorexie ; sa convalescence était marquée par un vif penchant pour les plaisirs de i’amour^. Dans quelques cas on observait le gonflement des glandes parotides ou des ganglions lymphatiques de faîne, mais sans suppuration. Plusieurs fois la peau était brûlante ; dans d’autres circonstances, elle était plus fraîche que dans l’état de santé. La couleur jaune n’était point un symptôme constant ; quand elle avait lieu , rarement la voyait-on survenir avant le troisième jour; le plus ordinairement c’était vers le cinquième où le septième. Presque toujours pourtant les yeux avaient cette teinte jaune; il arrivait aussi diverses sortes d’éruptions cutanées ; et, dans la dernière p^ériode de la maladie, des pétéchies paraissaient fréquemment; quelques personnes encore étaient atteintes de charbons.

La mort arrivait de différentes manières , tantôt par des degrés plus ou moins lents, tantôt subitement. Les dernières heures de quelques malades étaient marquées par de grandes douleurs et de fortes convulsions ; d’autres semblaient s’endormir d’une façon douce et naturelle.

Toutes les personnes affectées que M. le doc-

On observe un phénomène semblable dans la convalescence de la peste.

> ou MALADIES FÉBKÎLES.

teur Rush eut à traiter, éprouvèrent de véritables rémissions ou intermissions, ou des symptômes tels qu’on pouvait les regarder comme en tenant lieu. En général la maladie durait quinze , vingt ou trente jours même. 11 remarque que tout lemonde pouvait en être attaqué , mais que les jeunes gens, dans la fleur de l’âge, y étaient spécialement exposés, et que les hommes en étaient^plus souvent atteints que les femmes. Il ajoute que les réfugiés des îles américaines y échappèrent généralement, tandis que les Français qui habitaient Philadelphie en furent trèsincommodés , et que chez les gens de couleur, qui du reste la contractaient comme les blancs , elle avait communément des symptômes moins fâcheux.

Il était toujours très- difficile de reconnaître les jours critiques, et la crise de la maladie fut rarement évidente. Quelquefois elle se terminait par une abondante transpiration’; d’autres fois' par le sommeil, une épistaxis, une diarrhée instantanée.

Le docteur Fordyce pense qu’on devrait regarder le typhus ictérode plutôt comme une fièvre demi-tierce irrégulière que comme une fièvre continue^; car souvent un malade- paraît entrer en convalescence , lorsqu’une nouvelle attaque survient et le fait périr. Il regarde aussi la teinte brune de la peau comme le produit d’une sécrétion augmentée dans les follicules sébacés de cet

* Fourth Dissertation on Fever,

î^8 PYE.ÉXÏËS,

organe,' plutôt que comme celui de Fexistence de la bile dans les vaisseaux sanguins : il appuie son sentiment sur ce que la couleur est alors trèsdifférente de celle de la jaunisse , sur ce que les excrémens n’ont point la même apparence que dans cette dernière affection , sur ce que Furine îi’a point cette teinte d’un jaune foncé , ni le sédiment épais qu’on observe dans l’ictère.

Suivant le même médecin , la matièrj^ d’un brun noirâtre rejetée par le vomissement a l’apparence de celle qui recouvre la langue dans les fièvres violentes , et est probablement formée à la surface de l’estomac , du duodénum , peut-être même au commencement du jéjunum. La violence des efforts pendant les vomissemens, ‘ fait sécréter une plus grande quantité de bile , qui , remontant dans l’estomac , est rendue avec la matière noire ; mais alors , celle-ci prend la saveur et l’aspect de la bile. Dans un grand nombre de cas, elle est évacuée seule , sans aucun mélange de bile.

On a émis une foule d’opinions différentes sur la nature de ce vomissement noir. Quelques-uns n’y ont vu qu’une bile putréfiée ; d’autres en ont fait un composé de sang et de bile ; il en est qui Font regardé comme le produit de la fonte gangréneuse de la membrane muqueuse de l’estomac, ou comme celui du mélange de la bile avec un acide septique renfermé dans le canal alimentaire. Le docteur Cathrall, de Philade Iphie, rejette toutes ces idées comme erronnées , et veut

ou MALADIES FEBRILES; 1 29

que la matière expulsée soit une altération de la sécrétion opérée par le foie^. 11 nous apprend qu il existe deux variétés de cette matière : dans l’une on observe une foule de flocons granuleux, analogues à du marc de café ; dans l’autre on ne rencontre qu’un mucus épaissi et d’une couleur fom cée. D’après une multitude d’expériences variées, il conclut que la matière du vomissement noir , outre une grande quantité d’eau , teinte par des substances^ gommeuses et résineuses , contient un acide prédominant, qui n’est ni le carbonique, ni le sulfurique , ni le phosphorique , mais qui pourrait peut-être bien être le muriatique.

D’après des essais tentés par le docteur Cathrall, il paraît que cette matière, appliquée sur les parties les plus sensibles du corps, ne produit que peu ou point d’effet, et qu’elle peut être introduite à assez haute dose dans l’estomac ou les intestins des animaux sans nuire à leur santé , sans même troubler la digestion. L’innocuité de ce liquide est donc incontestablement prouvée, et la mort prompte qui survient après son évacuation dans la fièvre jaune n’est due à aucun effet destructeur opéré par lui sur l’ estomac ou les intestins ; elle provient plus probablement du grand degré de faiblesse directe ou indirecte auquel sont déjà arrivés les malades.

Le même médecin a aussi observé que , même dans les circonstances les plus favorablement

* Memoîron thé Analysh of thé hlcick Vomît ^ in the New-Vork repository' of iboû.

ï 3 O PYREXÎES ; -

choisies, la fièvre ne pouvait se communiquer à Taide des vapeurs odorantes de ce vomissement répandues dans l’air.*

Pour établir le pronostic de la fièvre jaune , il faut considérer la nature des symptômes , celle de l’invasion , l’âge et le tempérament du sujet. La jeunesse et une constitution pléthorique sont constamment des circonstances dangereuses. L’abattement subit de toutes les fonctions à la fois; une extrême faiblesse ; la petitesse et l’irrégularité du pouls ; une respiration suspirieuse ; desvomissemens colorés; des tremblemens lorsque le corps est en mouvement ; nne tendance à la syncope; de la tristesse dans la physionomie ; la dilatation des pupilles , avec coma , sont des signes d’un péril imminent. La fétidité et la coloration en noir des selles et de l’urine , la puanteur de l’haleine , l’apparition des pétéchies , dénotent une mort presque certaine.

Les symptômes que nous pouvons regarder comme favorables, sont le bon état de l’estomac , la diminution du mal de tête , la vivacité des yeux , l’apparition de l’éruption cutanée connue entre les tropiques sous le nom de pricklj heat ( épines de feu ) , la facilité de la transpiration , l’abondance et la coloration des urines , la cholerrhagie , et la tranquillité du sommeil. Aucune maladie, au reste-, n’offre plus de variété que celle-ci dans les symptômes , et ne demande plus de défiance de la part du médecin. Quelquefois , semblant suivre une marche favorable , elle revêt

ou MALADIES FEEMLES; l3î

tout à coup les caractères les plus effrayans , et Ton voit des malades , presque convalescens , expirer en peu d’heures.

A l’ouverture des cadavres , on trouve les parois de l’œsophage corrodées, Festomac et les intestins remplis d’une matiè^^e noire et fétide , et tous ces organes tuméfiés , phlogosés , et sphacelés. Dans plusieurs cas, le foie a perdu au moins la moitié de son volume ; il est flasque et d’une teinte fauve , et la vésicule du fiel , d’une couleur grisâtre, est presque vide. D’autres fois les poumons sont enflammés ; les parois de la vessie sont considérablement épaissies, et ce viscère contient une grande quantité d’urine. Dans les cas où il y a eu des vomissemens d’une matière noire , semblable à du marc de café , on a trouvé la vésicule du fiel et les canaux biliaires gorgés d’une même substance.

Si les praticiens de Philadelphie ont des opinions très-variées sur l’origine de la fièvre jaune , ils ne sont pas plus d’accord sur le mode de traitement qui lui convient. Les uns adoptent la méthode antiphlogistique, saignent, purgent, recommandent une diète sévère ; les autres ont recours aux stimulans', et prodiguent le quinquina , le vin , l’opium, les affusions d’eau froide ; d’autres encore suivent une marche combinée, saignant ou I purgeant modérément avec le calomel le premier ou le second jour de -la fièvre , et ayant ensuite recours au quinquina , au vin , au laudanum, aux toniques aromatiques : ces derniers pensent

ï32 PYB.EXÎES,

que la maladie , inflammatoire dans sa première

période , devient putride vers la fin.

M. Rush ne regarde pas ce dernier mode de traitement comme plus efficace que celui par les toniques et les stimulans uniquement ; il donne la préférence aux antiphlogistiques, et pousse leur emploi à l’excès ; ainsi, dit-il, quoique dans quelques cas une ou deux saignées modérées suffisent , il faut cependant le plus souvent répéter fréquemment l’émission du sang, et en tirer une / forte dose à chaque fois ; il suivait cette pratique même pour les pauvres qui venaient chez lui le consulter.

INÎ’ayant jamais exercé la médecine dans les Etats-Unis d’Amérique , je ne saurais décider si la saignée convient ou ne convient point , et jusqu’à quel point il faut en pousser l’usage. Mais, "" connaissant bien le climat des Iles , en raison du long séjour que j’y ai fait, et ayant eu souvent occasion d’y observer la fièvre jaune , quoiqu’elle n’eût point alors le caractère de malignité qu’elle a maintenant , je suis de l’avis de ceux qui regardent la saignée comme nuisible dans cette affection. Si on peut quelquefois la conseiller, ce ne doit être qu’au début et chez un Européen nouvellement arrivé , et d’une constitution pléthorique. •

Même dans ce cas elle pourrait encore souvent faire plus de mal que de bien. D’après les remarques du docteur M’Lârty, de la: Jamaïque , nous voyons que les premiers praticiens de- Kingston

ou MALADIES FEBBILES. l33

R(^nt absolument de cet avis Ce médecin rapporte l’histoire d’un matelot qui fut saigné dans la matinée meme où il fut atteint de la contagion. C’était un jeune homme de dix - neuf ans , trèsvigoureux : il avait une violente céphalalgie , de l’injection à la face , de la rougeur aux yeux , et un mal-aise général. Il fut saigné au bras étant assis ; mais à peine était-il sorti trois ou quatre onces de sang , qu’il fut pris d’une syncope , et tomba à terre. On continua cependant de laisser couler le sang ; mais à la huitième once la faiblesse fut si grande , qu’il fallut* nécessairement f arrêter. A partir de cette époque la faiblesse augmenta progressivement, et la mort survint le troisième jour, malgré tout ce qu’on pût administrer.

Le docteur Clarke , dans son traité sur la maladie qui nous occupe , assure qu’aucun naturel du pays ne guérit lorsqu’on a employé la saignée ; le docteur Chisholme dit que le sang tiré dans ces circonstances est très-vermeil, et se couvre d’une couenne inflammatoire plus ou moins épaisse ; que les douleurs paraissent d’abord soulagées ; mais qu’au bout de quelques heures l’intensité du mal augmente, et qu’une terminaison funeste se prépare , quoique les malades soient forts , robustes et dans la fleur de l’âge.

Ces observations justifient pleinement mes remarques au sujet du typhus , remarques entièrement applicables ic^ ; savoir que la contagion diminue la force tonique des organes, eî que

* Medical and Physical Journal, vol. ix pag. Sj.

1 34 PYFÆXIES ;

toiltes les fois que Ton soupçonne une fièvré dévoir son origine à cette cause , il ne faut employer la saignée qu’avec les plus grandes précautions, quand même les symptômes du début paraîtraient l’indiquer. '

Le docteur Hector M’Lean, qui a également écrit sur la fièvre jaune, est du très-petit nombre de ceux qui approuvent l’émission du sang. Il prétend que les congestions, qui, dans le cours de la maladie , ont lieu vers des organes imp ortans, et constituent son plus grand danger, et que les traces d’inflammation trouvées , lors.de l’autopsie des cadavres, dans le foie et dans l’estomac , démontrent évidemment l’utilité de cette évacuation. Il assure même que dans sa pratique ses succès ont été bien plus nombreux depuis le moment où il a eu adopté cette méthode ; cependant, ajoute-t-il prudemment, il faut avoir recours à la saignée dès le premier moment dé l’invasion ; car si elle n’est point pratiquée dès le second jour, ou dès le troisième au plus tard, elle pourrait bien n’être suivie d’aucun avantage.

Le docteur J Sicksoïi ( Exposition ofaffusing cold Water in the Cure of Feixr^ affirme qu’une abondante évacuation de sang est d’une trèsgrande utilité dans les fièvres endémiques les plus terribles des îles de l’Amérique , et qu’elle met le corps dans l’état le plus favorable pour recevoir l’impression des affusions d’eau froide ou des autres remèdes dont on veut faire usage. Selon lui la dose du sang tiré ne doit presque jamais être au-dessous de trente onces, et souvent

ou MALADIES FEBRILES.' l35

chez les soldats européens d’une forte constitution , et récemment débarques sous ce ciel brûlant, elle doit être beaucoup plus considérable encore.

Pour obvier à la diathèse inflammatoire qui règne pendant la première période de la maladie, et , tant pour empêcher Tafflux du sang vers la tête, que pour nettoyer les premières voies, ont peut employer un douxpurgatif ; mais comme Tétât deTestomac est tel que rarement il a la force de garder les purgatifs ordinaires, et comme d’ailleurs il faut généralement en tripler la dose pour obtenir des évacuations suffisantes, le meilleur nlédicamenî à employer .est le calomel , soit seul, soit uni au jalap (i); on peut en réitérer l’administration toutes les quatre ou six heures , jus€|u’à ce qu’on ait obtenu l’effet désiré.

Gomme on sait que le mercure est une sorte de spécifique dans les inflammations locales du foie , et que dans la fièvre jaune il y a évidemment afflux du sang vers ce viscère , les praticiens ont pensé a u^er de ce médicament dans la vue de produire un léger ptyalisme , et lorsque la permanence des vomissemens a empêché de se servir pour cela du calomel à hautes doses , on y a substitué les frictions avec la pommade mercurielle. Dans des cas où le calomel a été donné

(i) 'if Calomel. . . . , . gr. iv.

Paîv. Jalap. . gr. viij — .wj.

Syriip. Zingib . ^ . q. s.

.Massa lu Pilul. üj. pro dos. dividenda.

i Ob PYREXIES ,

avec l’intention d’obtenir cet effet, on a quelquefois été obligé d’en administrer des quantités vraiment extraordinaires. Le docteur Chisholme a vu im malade en prendre l^oo grains avant que les glandes salivaires fussent affectées ; et le docteur Duncan, d’Edinburgh, sur le rapport d’un de ses correspondans de la Jamaïque, cite l’histoire d’un autre malade qui en Cjuelques jours en prit 27Ô grains, et fut frictionné avec 20 gros d’onguènt mercuriel double , ce qui amena les plus heureux effets

Forts de telles autorités, et certains de l’efficacité du mercure dans les affections inflammatoires du foie, nous pouvons regarder ce médicament comme un remède avantageux dans la fièvre jaune. Observons cependant que pour en assurer le succès il ne le faudrait employer que tout au commencement de la maladie , et tâcher de produire l’affection de la bouche avant l’arrivée des symptômes fâcheux de la seconde période. Le docteur Currie, de Philadelphie, nous apprend qu’à cetté époque en effet il augmente le danger, et qu’il accélère constamment la mort si on le donne après la manifestation des signes de putridité quoique le docteur Chisholme ait avancé formellement le contraire.

Ces remarques, au reste, ne s’appliquent qu’à l’usage du mercure à l’intérieur ; il peut être em^ ployé à l’extérieur dans foutes les périodes de la maladie , tant que les membres conservent leur

'* Medic. Comment, for the fear Med. and Physic. Journ, vol. ix.. pa^. 102.

ou MALADIES FEBRILES. l3j

chaleur et les vaisseaux absorbans leur pouvoir. On emploiera pour ces espèces de frictions un demi - gros ou un gros d’onguent mercuriel double , et de quatre en quatre heures on en frottera le dedans des cuisses , les jarrets , les jambes et les bras ; en même temps on pourra donner le calomel à l’intérieur, soit seul , soit uni à l’opium , selon l’état des intestins. Dès que le ptyalisme arrive , il faut en cesser l’usage, et avoir recours aux alimens et au vin, vu qu’on doit croire le danger passé, et le rétablissement du malade assuré.

Puis donc que le salut des malades dépend de l’excitation prompte d’une légère salivation , et que de fortes doses de calomel , secondées même par l’emploi des frictions mercurielles, ne produisant parfois cet effet qu’au bout de plusieurs jours, je demande si, dans les cas désespérés, afin d’obtenir une prompte salivation , il ne conviendrait poiift d’administrer une solution de muriate de mercure , pareille à celle que je conseille pour la gonorrhée et pour l’hydropbobie.

D’après l’excellent ouvrage du docteur Cbisbolme , la pratique en usage dans les hôpitaux de la marine et des troupes de terre aux îles de l’Amérique, et les rapports d’un grand nombre de praticiens , il demeure prouvé qu’on rétablit beaucoup plus de malades par le traitement mercuriel employé de bonne heure, que parla saignée ou tout autre moyen. ‘ '

Au début du typhus ictérode, il n’est point rare d’observer des nausées et des vomissemens

l38 PYREXIES,

frëqueiis. En pareil cas, il faut laver Testomac avec une infusion de fleurs de camomille mais si ces accidens continuent pendant tout le cours de la maladie , de sorte que les alimens et les médicamens ne puissent être gardés , on appliquera sur répigastre des compresses trempées dans une décoction de têtes de pavots , avec addition d’un tiers d’alcoliol camphré. On fera prendre aussi la potion de Rivière avec addition de dix à douze gouttes de teinture d’opium pour chaque dose , et de manière à ce que l’effervescence n’arrive que dans l’intérieur de l’estomac.

Des lavemens tièdes faits avec la décoction de plantes mucilagineuses et aromatiques, et soixante ou quatre-vingts gouttes de teinture d’opium , ont procuré le soulagement le plus prompt et le plus marqué dans les cas où les vomissemens , l’oppression précordiale et la grande irritation semblaient dépendre de l’épuisement amené par des évacuations trop abondantes.-^

Le docteur Currie rapporte que , dans le vomissement de matières noires , on obtenait plus de succès d’un mélange d’une ou de deux cuillerées d’eau de chaux et de lait nouveau, donné toutes les heures ou plus souvent , que de tout autre remède , pourvu qu’on l’employât dès la première apparition du symptôme..

Quelquefois , lorsqu’il y a une grande irritabilité de l’estomac , que les vomissemens sont fréquens , l’application d’un vésicatoire à l’épigastre produit de bons effets. Mais ce remède est presque toujours employé trop tard , et quand déjà

OÜ MALADIES FEBRILES. l39

l’organe est devenu le siege d’une congestion trop intense pour être dissipée.

On a vu encore le vomissement céder à l’application de sinapismes sur l’épigastre et aux pieds.

En recourant de bonne heure aux affusions d’eau froide, nous pourrions probablement quelquefois arrêter les progrès du typhus ictérode , et suspendre ses symptômes ; peut-être que, plusieurs jours après l’invasion, elles pourraient encore faire disparaître la chaleur, procurer du sommeil, et ranimer les propriétés vitales. Dans les périodes avancées, l’aspersion et l’ablution avec une éponge mouillée , sont.préférables à l’affusion. Dans toutes les circonstances où, pendant l’emploi de ces moyens la vie menacerait le moins du monde de se suspendre , oq donnera , immédiatement après l’aspersion ou l’affusion , un verre de vin ou quelque autre cordial énergique.

Le docteur M’Lean a retiré de grands avantages des affusions d’eau froide dans la fièvre jaune, et afin d’en augmenter encore l’effet, il mettait le malade dans iin bain chaud , et versait brusquement sur lui deux ou trois baquet d’eau froide. Les effets immédiats de ce remède, dans les cas où il a réussi, furent une améliora-' tion dans l’état de l’intelligence , la dissipation de la tristesse dont l’empreinte était marquée sur les traits du visage , la diminution de la chaleur et de l’anxiété , une tendance marcjuée au sommeil; en même temps, le pouls devenait plus

i4o pyrexies;

plein et plus égal , et quelquefois même une vé-

ritable rémission survenait. .

Le docteur O’Leary’s porte encore plus loin les avantages des affusions d’eau froide *. Peu après son aindvée d’Europe aux Barbades , il reçut ordre de. donner ses soins aux malades du soixante-dixième régiment, à Antigua, et leur nombre s’élevait environ à cent, presque tous atteints de la fièvre jaune. La mortalité avait été fort grande ; mais il n’en succomba plus qu’un petit nombre dès le moment où il eut mis en usage les affusions d’eau froide , suivant le procédé indiqué par le docteur Currie ( voyez ce qui en a été dit dans le chapitre du Typhus), Les malades furent tellement convaincus de l’efficacité de ce moyen, qu’ils l’employaient d’eux-mêmes, disaient-ils aux officiers que leur devoir appelait à visiter l’hôpital.

Dans une description ' de la fièvre jaune qui régna à Norfolk en Amérique , et communiquée au docteur Miller de New- York par les docteurs Selden et YYhitehead, les affusions d’eau froide sont également préconisées, surtout pour les premiers temps de la maladie Ces médecins , après les avoir employées deux ou trois fois avec succès, les conseillèrent ensuite avec confiance , et ne perdirent , disent-ils , aucun des ma lades auxquels ils purent les administrer avant le deuxième jour , ou même pendant sa durée ; mais après cette époque , quand la fièvre avait

* London Medical Journal, vol. xvi. png.

Med. and Physic. Journ, vol. *. pag. a56.

Oü MALADIES FEBBTLES. ï4î

commencé à se calmer, sans amélioration sensible dans les autres symptômes , les affusions d’eau froide paraissaient accélérer l’heure fatale. Dans aucun cas , ils ne firent usage de ce moyen sans administrer simultanément le calomélas , et ils n’eurent jamais de salivation, quoique les évacuations intestinales fussent presque aussi abondantes que lorsqu’on se servait de ce sel mercuriel seulement dans le traitement de la maladie.

Dans les pays tempérés ou froids , il suffit pour faire les affusions de prendre simplement de l’eau de fontaine , de pompe ou de mer ; mais dans les pays chauds il devient nécessaire de faire baisser sa température en l’exposant à l’air pendant la nuit , ou en y ajoutant du sel.

Pour ramener le corps à sa température natu« relie , le docteur Gumming dit avoir retiré de grands avantages, dans cette fièvre et dans les autres espèces de typhus , de Falcohol ou de ses préparations étendues avec une éponge sur le corps des malades, ou même versées sur eux comme par arrosemenP. 11 élève cette liqueur, ainsi employée , beaucoup au dessus de l’eau seulement. 11 est bien certain que l’effet doit en être plus prompt, puisque l’évaporation en est beaucoup plus rapide ; mais, a-t-on demandé , et avec beaucoup de raison , ce me semble , les grands avantages qui résultent des affusions, ou des ablutions d’eau froide , sont-ils dus ou non à la simple soustraction de la chaleur fébrile ?

• Si les moyens convenables n’ont pas été mis

^ Med, and Vhfs, Joum. vol, xyïii. pag. 197,

î PŸEEXÏES ;

a temps en usage, s’ils ont manqué leur effet, si les signes de putréfaction ont déjà paru, il faut diriger ses efforts de manière à combattre les progrès de celle-ci , et employer les antiseptiques les plus puissans. Les praticiens des îles de l’Amérique administrent depuislong-temps le poivre long ( Capsicum annuum , Linn. ) en pilules , et avec succès , comme stimulant. On a également employé les bains spiritueux , le quinquina à aussi forte dose que l’estomac le peut supporter, soit en substance, soit en décoction ou- en infusion , ou en* lavemens s’il est rejeté sous ces diverses formes. Ces lavemens toniques doivent être faits en mettant bouillir deux onces de poudre de quinquina dans deux pintes d’eau, jusqu’à réduction de moitié , et donnés toutes les trois ou quatre heures. On peut également permettre librement l’usage des fruits acides ; le vin doit devenir la boisson ordinaire ; on l’étendra seulement avec de l’eau et on l’acidulera avec du suc d’orange ou de citron.

Dans cette fièvre , aussi bien que dans le typhus et dans la scarlatine avec angine , les acides minéraux pourraient être d’un usage fort avantageux , et je désire beaucoup qu’on tente quelques essais à cet égard, surtout dans la première période de la maladie. Je recommande particulièrement ici l’acide muriatique qui, vraisemblablement , se montrera d’autant plus efficace qu’on l’aura administré de meilleure heure. Souvent j’ai eu occasion d’en observer des effels surprenans dans d’autres maladies malignes : or,

ou MALADIES FEBRILES 1^3

le typhus ictërode ayant bien manifestement ce caractère, n’est-il pas raisonnable de concevoir quelques espérances de l’emploi d’un pareil médicament ?

Dans tout le cours de la fièvre jaune, les soins de propreté sont de la plus haute importance ; il faut non seulement changer très-souvent le linge du malade et éloigner sur-le-champ toutes ses déjections , mais encore arroser fréquemment sa chambre avec du vinaigre chaud , et permettre à l’air extérieur de s’y introduire librement. Pour détruire les miasmes contagieux et neutraliser les émanations , on aura recours aux fumigations gazeuses que nous avons recommandées dans le chapitre précédent.

Pendant toute la durée de la maladie , on soutiendra les forces avec des préparations d’orge , de sagou, de tapioca, de manioc, etc., auxquelles on joindra du vin.

Le docteur M’Lean a remarqué que l’opium était constamment nuisible dans les premiers temps de la fièvre jaune , alors meme que l’insomnie et l’anxiété paraissaient en indiquer l’administration à hautes doses. Ce médicameni ne produisait point un véritable sommeil ; quelquefois il augmentait le délire , auquel il faisait succéder un^ état de stupeur plutôt que le sommeil , et le lendemain l’abattement, la faiblesse et l’irritation étaient bien plus manifestes. Au reste qne fois qu’il avait reconnu des rémissions et qu’il craignait une rechute , ce médecin donnait hardiment rojtium et avec un succès marqué , qui

ï44 î»YB.E5i:iES ,

avait également lieu dans les cas de convulsions. Vers le déclin de la fièvre, ce médicament amenait le sommeil.

Quand il existe une violente céphalalgie avec abattement des facultés de fintellect , le camphre et l’éther doivent être de quelque utilité. Dans le cas de délire intense , il faut appliquer un vésicatoire à la nuque ou entre les épaules, moyen qui n’est point nécessaire quand il y a simplement coma.

Quand on a obtenu des rémissions et que la maladie semble se disposer à céder , le quinquina devient avantageux , et on en doit continuer l’administration pendant toute la durée de la convalescence , souvent longue et ennuyeuse , à cause de la faiblesse extrême qui est la suite de cette espèce de fièvre , et qui ne paraît se* dissiper promptement que par l’effet d’un changement de pays.

Pendant la convalescence , l’infusion à froid de quassia est fort recommandable , de même que le bain froid.

Yers la fin de la maladie , quand la faiblesse est le symptôme prédominant, on préconise aussi l’écorce d’angusture. L’estomac en supporte facilement l’infusion (i), qui produit les effets les plus avantageux en réparant les forces et en ra-

(i) 'if Infus. Cortic. August . | V.

Tinct. Cinchonæ

- Columb. .

M, Capîat cochlear, rna^na ij. ter quaterv€ in die.

ââ 5 C.

ou MALADIES FEELILES.' I

menant l’appétit. Dans le chapitre de la dyspepsie , j’ indiquerai les autres toniques qu’on peut donner à cette meme époque.

La fièvre qui dernièrement a exercé des ravages si étendus à Gibraltar et à Malaga, me paraît avoir été un typhus ictérode , la plus grande des calamités , après la peste , qui peuvent affliger l’espèce humaine. Les miasmes qui en r^andent la contagion sont certainement des plus subtils et des plus putrides ; aussi devonsnous le plus promptement possible faire' tous nos efforts pour en prévenir la formation ou pour les détruire par les moyens que nous avons déjà fait connaître Ainsi , si l’infection se déclare dans un camp , il faut sur-le-champ séparer les militaires bien.portans des autres, et , s’il est possible , les obliger de camper à une distance considérable. En les soumettant d’aijleurs chaque Jour à des ablutions d’eau froide, on pourra les rendre capables de mieux résister à la violence de la contagion.

Actuellement que nous avons indiqué la méthode de traitement la plus éprouvée dans la fièvre jaune , il nous paraît convenable d’exposer quelques préceptes en faveur des Européens, soit pour leur apprendre à éviter les attaques de cette terrible maladie, soit pour en diminuer le danger s’ils en sont déjà atteints.

Les individus pléthoriques et robustes étant surtout exposés à contracter la maladie , il convient que les personnes de cette constitution se

• Fojez Tarticle du Typhus.

î46 PYB,EXiES;

fassent saigner , à proportion de leurs forces , en approchant des pays chauds. Si elles ont négligé cette précaution pendant la route, il faut qu’elles y aient recours immédiatement après le débarquement. La saignée , employée comme agent prophylactique, agit tout autrement que dans le cas où on en fait un moyen de curation : ici , elle cause une grande faiblesse et produit des complications fâcheuses; là, elle empêche l’action morbide et retarde le développement de la contagion.

Après la saignée, on administrera un doux purgatif, que l’on fera précéder d’un émétique, si l’individu est bilieux : puis on aura recours au mercure à petites doses , prenant d’une nuit l’autre , suivant l’âge ou la circonstance , deux ou quatre grains de calomel, soit en pilules, soit en poudre dans un ëlectuaire, et on continuera jusqu’à ce que les gencives Commencent à s’affecter. Si ce médicament produit. un effet purgatif trop prononcé, on ajoute, à chaque dose, un grain d’opium ou quelques gouttes de teinture opiacée. La bouche indique-t-elle Faction du mercure , il faut en suspendre l’administration , et prendre, pendant deux ou trois jours , un purgatif rafraîchissant.

Certaines constitutions résistent au mercure; il ne faut point se rebuter, mais aller avec persévérance jusqu’au point indiqué : c’est de là que dépend la sûreté de l’individu.

Une fois établi à terre , on devra observer la plus grande tempérance dans le régime , et éviter

ou MALADIES FESBILES.' soigneusement l’ardeur du soleil au milieu de la journée , et l’air frais de la nuit , jusqu’à ce qu’on soit déjà habitué au climat. Les avantages de la tempérance , comme moyen prophylactique , sont prouvés par une observation du docteur Chis~ holme. Tandis que la fièvre ravageait l’île de la Grenade , presqu’aucun des colons français n’en fut atteint , et leur manière de vivre , comparée à celle des anglais , est , dit-il , d’une sobriété et d’une régularité exemplaires.

Le docteur Clarke pense que les nouveau-ve-' nus qui consentent à subir un léger traitemeot par le mercure et les minoratifs , se bornant ensuite à un usage modéré du vin , et à une diète composée de végétaux et de fruits pendant les deux ou trois premiers mois de leur séjour, peuvent compter sur la certitude d’échapper à la fièvre. Cette opinion me paraît fondée ; mais, malgré toutes ces précautions , la maladie peut se communiquer par la voie de la contagion : elles auront alors au moins l’avantage de diminuer beaucoup le péril.

Tels sont les moyens à l’aide desquels on a cru pouvoir préserver les Européens des attaques de la fièvre jaune. Yoici encore quelques règles que j’expose d’après ma propre expérience , et si l’on se soumet à leur observation avec exactitude , on pourra , dans les pays chauds , jouir d’une excellente santé, sans craindre de la voir interrompue par la fièvre jaune ou par toute autre maladie. Quand on quitte sa patrie pour aller habiter un pays éloigné , on ressemble à ces plantes qu’on

î48 PYBEXIES;

transporte sur un sol etranger , et qu’on ne

conserve en bon état qu’à l’aide des plus grands

soins.

Tout Européen , allant de son pays dans un climat chaud , devrait éviter , le plus possible , d’y arriver dans la saison des pluies , c’est-à-dire depuis le mois d’août , à peu près , jusqu’au mois d’octobre. S’il a la faculté de se choisir une habitation , il devra préférer un lieu élevé , sec , exposé à l’air et au soleil , éloigné des bois, des eaux stagnantes et des terrains marécageux. La plupart des villes , dans les îles de l’Amérique , comme les factoreries de la côte d’Afrique et quelques-uns de nos établissemens dans les Indes, sont , pour la commodité du commerce , situés dans des contrées basses , sur le bord de la mer ou de quelque grande rivière. Il existe par conséquent des terres humides et des marais dans leur voisinage , et quand , surtout après de grandes pluies , un soleil brûlant vient à les frapper , il s’en exhale des vapeurs nuisibles , source intarissable de fièvres intermittentes et rémittentes , de dysenteries , etc. , pour tous les habitans en général , mais plus spécialement pour les Européens nouvellement débarqués.

Ceux-ci devraient donc ne rester que le moins de temps possible exposés à leur influence , et , quand leurs occupations les forcent à ne point s’y soustraire pendant le jour , il faudrait qu’ils se re tirassent de bonne heure, vers le soir et avant la chute de la rosée , dans un lieu élevé , et qui réunît les avantages que nous venons d’indiquer.

ou MALADIES FEBRILES. 1 4*3

Que si cela n’est point possible , il vaudra mieux alors aller coucher à bord d’un vaisseau , dans une rade spacieuse ou dans un port sain , que de passer la nuit sur le rivage. Si enfin des circonstances défavorables ne permettent ni l’une ni l’autre de ces dispositions , et que les nouveaudébarqués soient obligés de rester constamment dans un lieu mal sain , ils devront prendre quelques précautions pour se dérober au danger qui les menace , en choisissant pour dormir l’appartement le plus élevé de la maison, en faisant allumer un peu de feu , en tenant exactement fermées les croisées qui sont sous le vent des marais , en laissant librement pénétrer par les autres l’air et la lumière. On fumera hardiment du tabac ; et chaque matin , à jeun , on prendra environ une demi-once de teinture de quinquina composée , dose qu’on répétera le soir.

Les Européens nouvellement arrivés dans un pays chaud se nourriront plutôt avec des végétaux qu’avec des substances animales , évitant surtout de manger de ces dernières lorsqu’elles sont salées ou fortement épicées. Les fruits acidulés bien mûrs sont aussi très-convenables , en ce qu’ils apaisent la soif, et sont propres à empêcher toute tendance à la putridité.

Ifhospitalité sans bornes des colons dans les îles de l’Amérique est souvent la source de beaucoup de mal et de nombreux dangers pour les nouveau -venus. Ils ne sont pas plutôt arrivés qu’on les conduit de visite en visite., de repas en repas , ce qui les expose à commettre des excès

l5o PYB.EXÎES,

et à sentir Tinfluence de la rosée , et leur procure presque infailliblement une grave maladie. Aussi je ne saurais trop leur recommander la modération dans les plaisirs de la table , une abstinence presque complète de ceux de Bacchus et de Yénus ; je les engage encore à éviter soigneusement de s’exposer à un courant d’air ou à l’humidité , principalement après avoir fait de l’exercice, à rentrer le soir avant la rosée , à prévenir la constipation par quelques doux laxatifs , jusqu’à ce que les évacuations al vines soient réglées d’une façon convenable.

Se coucher de bonne heure et se lever de même est une habitude qui conserve la santé dans tous les pays , mais surtout dans les contrées chaudes. L’exercice à pied ou à cheval , dans la matinée, est aussi fort salutaire, particulièrement si on le fait précéder d’un bain froid, qui fortifie le corps et le rend moins sensible aux impressions extérieures. Si on n’a point la facilité de prendre un bain froid, on pourra se jeter sur le corps de l’eau convenablement rafraîchie par son exposition à l’air, dans des pots ou dans un cuvier, pendant la nuit. On retirera aussi un effet utile des ablutions froides partielles faites à différentes époques dans la journée.

Il faut encore fuir avec soin la danse et les amusemens de ce genre.

Quant aux vêtemens , il faudrait qu’ils consistassent en habits de drap mince avec des vestes et des culottes de basin ou de nankin. Pour appliquer immédiatement sur la peau , la toile de

ou MALADIES FÉBRILES. ï5l

coton est préférable à celles de lin ou de chanvre ; cette dernière , en effet , une fois mouillée par la sueur , ne se sèche pas aussi facilement , et produit un sentiment marqué de froid. On pré*» férera donc les chemises de calico. Ceux qui sont atteints de rhumatismes appliqueront sur leur peau une camisolle de flanelle. Il est nécessaire aussi de changer d’habits , le plus promptement possible , chaque fois qu’ils ont été mouillés , précaution qu’on néglige ordinairement, et dont l’observation éviterait une foule de maladies graves.

En parlant du scorbut , nous ferons connaître les moyens propres à conserver la santé des matelots dans les climats chauds.

OIlDPiE SECOND.

INFLAMMATIONS ou PHLEGM ASIES.(p//Zi?nM^V/Æ.)'^

Cet ordre de maladies est caractérisé par l’existence de la fièvre angioténiqiie avec inflammation ou douleur locale, dérangement dans les fonctions d’un organe , et formation d’une croûte couenneuse sur le sang tiré d’une veine.

Avant de décrire les diverses maladies inflainmatoires qui attaquent l’espèce humaine , je crois convenable d’émettre qiiek|ues -principes généraux sur l’inflammation elle-même et sur ses différentes espèces.

Dans toute inflammation, il y a augmentation de Faction des vaisseaux sanguins , qui charient

Etymologie. <E>AeVS , lu^o , comhuv.

i5î2 pyrexies,

plus de sang que de coutume dans l’organe affecté , ce qui augmente la sensibilité et l’irritabilité dont il est naturellement doué , le calibre de ses vaisseaux , et la rapidité de la circulation dans son tissu.

La nature de l’inflammation a cependant donné naissance à des opinions fort diverses. Hoffmann et Cullen supposent qu’elle reconnaît pour cause prochaine un accroissement de l’action des vaisseaux sanguins avec resserrement spasmodique de leurs extrémités^, mais puisque les racines des reines , dans une partie enflammée , y sont aussi distendues que les ramifications des artères , il devient évident qu’un tel resserrement spasmodique ne peut exister. Le docteur M’ Bride a émis une autre hypothèse à ce sujet : il pense que non-seulement il y a accroissement de l’action des vaisseaux sanguins, mais encore que la résistance qui s’oppose au cours du sang est diminuée. Une troisième doctrine vient d’être récemment annoncée aussi: suivant ceux qui la professent, au lieu d’une augmentation dans l’action des vaisseaux de la partie enflammée , comme on le suppose généralement, il arrive un phénomène tout opposé, c’est-à-dire , l’affaiblissement et une espèce de paralysie de ces vaisseaux. C’est à Fauteur de cette assertion lui-même , M. Latta, qu’on doit le principal argument en sa faveur * ; il le tire du gonflement de la partie enflammée , dû à une stagnation partielle du sang , selon son idée ; mais la chaleur plus grande de la partie , la dou-

Sj'stem of Surgerf*

ou MALADIES FEBRILES : î!>3

leur pulsative , et , dans plusieurs cas , Faccëlëration generale de la circulation , * dénotent clairement l’augmentation d’action du système vasculaire.

Quand une inflammation est bornée simplement à une partie , sans porter un trouble général dans l’économie, on l’appelle locale ou topique; on lui donne le nom de générale quand ses effets se manifestent dans tout le corps.

Il y a des inflammations de deux espèces , des pille gnioneus es et des érysipélateuses . Les premières sont celles qui occupent une étendue circonscrite de la peau et du tissu cellulaire , avec tumeur plus saillante au milieu , teinte d’un rouge vif, douleur, sentiment de tension, et dans lesquelles il y a formation habituelle de pus. Les secondes sont principalement bornées à la peau si elles sont extérieures , ou aux membranes muqueuses quand elles ont leur siège à l’intérieur ; le gonflement qui les accompagne est peu sensible ; leur couleur rouge n’est point uniforme ni circonscrite ; elle disparaît par la pression , et revient promptement; la douleur qui les caractérise est analogue à celle de la brûlure ; elles donnent naissance à une certaine quantité de phlyctènes ou petites vésicules , et se terminent ordinairement par une desquamation de l’épL derme , quelquefois par la gangrène , mais jamais par la suppuration , si ce n’est quand il y a complication avec une inflammation phlegmoneuse.

Outre ces différences qui caractérisent ces deux sortes d’inflammations , il en existe encore

une autre très-évidente , savoir que Finflammation phlegmoneuse , quand elle est considérable, donne lieu aux symptômes d’une inflammation générale , tandis que l’érysipélateuse est ordinairement accompagnée de symptômes nerveux quand elle est pure ; aussi faut-il adopter un mode différent de traitement pour chacune d’elles.

Il y a deux variétés de l’inflammation érysipélateuse : dans Tune, la peau seule est affectée, et il n’y a que fort peu de symptômes généraux ; c’est V érytheme ; dans l’autre, on observe un trouble général des fonctions , c’est pro¬

prement dit.

Les personnes jeunes, pleines de santé et de vigueur, ou d’une constitution pléthorique, sont les plus exposées aux inflammations phlegmoneuses ; les vieillards , au contraire , et les personnes d’un tempérament faible , irritable , maigres , sont disposés aux érysipèles.

Plus les différens symptômes d’une inflammation sont modérés , et plus il y a de raisons pour croire qu’elle se terminera par résolution. Il faut craindre, au contraire, la suppuration, si elle ne cède pas promptement aux remèdes convenables, si elle est profondément située ou plus opiniâtre qu’à l’ordinaire; enfin il y a menace de gangrène, quand les accidens sont très-violens,, particulièrement si l’affection est érysipélateuse.

La résolution est constamment une terminaison favorable. Il en sera de même de la suppuration , si l’inflammation est externe , et la constilution du sujet bonne ; mais on doit généralement

ou MALADIES FÉBBILES. l55

redouter celle-ci dans les phlegmasies internes. La gangrène , à Tintèrieur, est toujours funeste ; ce n’est que lorsqu’elle est à l’extérieur que la médecine peut agir contre elle , et alors même elle est souvent impuissante.

Du Phlegmon

Cette inflammation est le résultat d’applications irritantes , comme celle du feu ou de quelque corps très-chaud ; des violences extérieures , comme les coups, les chutes, les blessures, une extension outre mesure ou une compression forcée des parties ; de la présence clés corps étrangers dans nos tissus , où ils sont nuisibles , soit par leur forme, soit par leur volume, soit par leurs autres qualités plus ou moins irritantes; d’un froid très-vif ; en un mot de tout ce qui peut déterminer l’afflux du sang vers un organe.

Le siège véritable du phlegmon est dans le derme et le tissu cellulaire qui lui est contigu , d’où la maladie s’étend de proche en proche aux régions voisines de la peau et du tissu cellulaire : de sorte que la partie revêt bientôt une couleur vermeille à sa surface, et que la tuméfaction gagne en même temps en profondeur et en circonférence.

Il se manifeste d’abord de la démangeaison, de la sécheresse, de la rougeur, une augmentation de la circulation dans la partie affectée , symptômes qui sont promptement suivis d’une tuméfaction circonscrite et dé douleurs aigues et pulsatives. Si l’inflammation est intense, et occupe

Etymologie, , uro.

1 56 PYKEXÎES,

une étendue considérable, il survient une rapidité plus grande dans le cours du sang , suite de Faccroissement d’action du cœur et des artères ; le pouls devient plein , dur et vif; la peau sèche et chaude ; la soif intense , et on voit naître un commencement de fièvre.

Un phlegmon se termine ordinairement par résolution , par suppuration ou par gangrène. La résolution est la guérison naturelle ou la disparition de l’inflammation par une cessation graduelle de ses symptômes, le tissu de l’organe restant intact. La suppuration est la conversion en pus de la lymphe et du sang qui ont été extravasés dans le tissu cellulaire sous-cutané, et, par suite, la formation d’un abcès. La gangrène est caractérisée par la perte absolue de toute sensibilité et de tout mouvement dans la partie , avec cessation de la circulation, et une putréfaction manifeste des vaisseaux, des muscles et de la matière épanchée.

Telles sont les trois terminaisons les plus ordinaires de cette espèce d’inflammation ; mais , dans les écoles, on en admet une quatrième , à laquelle on donne le nom d’induration ou de terminaison par squirrhe, c’est-à-dire, par une dureté indolente et inégale de la partie , sans changement de couleur, mais avec des douleurs lancinantes, auxquelles succèdent , au bout d’un certain temps , i’olcération et le cancer. Cette terminaison est d’ailleurs bornée aux inflammations phlegmoneuses des glandes.

Lorsque le malafle éprouve des frissons répétés ; que la fièvre et les autres symptômes angio-

ou MALADIES FEBRILES.’ teniques cessent subitement et sans cause appreciable ; que la partie affectée devient le siège d’un sentiment de pesanteur, de froid et d’engourdissement, au lieu de la douleur aiguë qui s’y faisait sentir auparavant ; que la portion la plus élevée de la tumeur paraît molle et blanche, tandis que le reste est plus rouge ; lorsque enfin le chirurgien y découvre la présence d’un fluide ; on peut être certain que lé plegmon va suppurer. Le dernier signe cependant ne se rencontre que lorsque la matière est placée près de la superficie du corps ; mais avec un tact exercé et délicat, on peut percevoir les ondulations du liquide même à une certaine profondeur, quoique dans la plupart des cas où la suppuration est profonde , les seuls signes sensibles soient la chute des symptômes inflammatoires , les frissons, et le sentiment de pesanteur et de froid dans la partie ; et , si à ces signes succèdent l’émaciation, des sueurs nocturnes, et les autres symptômes de la fièvre hectique , nul doute qu’il n’y ait une collection purulente cachée.

Les symptômes qui annoncent la terminaison d’une inflammation par gangrène sont, i*' la diminution subite de la douleur et de la fièvre sympathique; 2° le changement de couleur de la partie qui, de jaune, devient verte ; 3^ le soulèvement de fépiderme, au-dessous duquel s’épanche un fluide trouble ; 4^" disparition du gonflement , de la tension et de la dureté , qui sont remplacés par une infiltration gazeuse qui fait en-

ï58 pyrexies;

tendre une crépitation quand on touche la partie;

Telle est la gangrène : mais si la peau devient noire et se dissèque , s’il n’y a plus ni chaleur , ni sentiment , ni mouvement , alors on dit qu’il y a sphacèle.

La nature des symptômes et le siège de l’inflammation doivent diriger le médecin dans le pronostic du phlegmon. Si l’inflammation perd tout à coup sa force , s’il s’élève des phlyctènes pleines d’un liquide ichoreux , s’il y a perte de la sensibilité dans la partie , qui devient en même temps d’une coüleur livide , la gangrène est inévitable. On doit regarder comme d’un augure favorable la cessation progressive des symptômes inflammatoires , soit par l’effet de la résolution, soit par celui de la suppuration ; mais remarquons que cette règle ne convient que dans les inflammations externes ; toute suppuration intérieure est toujours dangereuse et souvent mortelle.

Dans lês premiers momens où paraît un phlegmon, il est convenable d’en commencer la cure en essayant d’obtenir la résolution de l’inflammation. En conséquence , il faut écarter le plutôt possible la cause qui l’a produit, et s’opposer aux symptômes angioténiques généraux ou locaux qui l’accompagnent.

Si l’inflammation est causée par l’introduction d’un corps étranger dans nos parties , soit une balle de fusil ou tout autre projectile lancé par la poudre à canon , soit une épine ou une

ou MALA.DIES FEBEILES.' l5g

écharde de bois , il fau t en faire T extraction surle-champ , et, s’il est nécessaire , dilater même pour cela les bords de la plaie.

Dans les inllammations locales , on peut obvier à la diathèse phlegmasique , en tirant une quantité convenable de sang du voisinage immédiat de la partie affectée , soit à l’aide des ventouses scarifiées , soit par l’application de plusieurs sangsues ce dernier moyen est préférable. On favorisera l’écoulement du sang avec des compresses imbibées d’eau tiède , qu’il faudra renouveler à mesure qu’elles se refroidiront. Mais, dans les inflammations internes, une saignée générale, ou par une artère ou par une veine, devient de la plus grande utilité, surtout si l’on a soin de proportionner la dose du sang tiré à l’âge et à la force du sujet , aussi bien qu’à l’intensité des symptômes.

Les purgatifs peuvent également combattre la diathèse phlogistique , soit dans les inflammations externes de tout genre , soit dans les phlegmasies de la tête ou du thorax ; leur emploi est en général suivi d’un bon effet. Mais lorsque les intestins sont le siège du mal, il faut user des plus grandes précautions dans l’administration des purgatifs un peu actifs. Les minoratifs, unis aux lavemens émolliens laxatifs , méritent d’obtenir la préférence.

Au reste , pour seconder l’effet de ces moyens et amener plus sûrement la résolution, il est à propos d’employer quelques applications topiejues, qui quelquefois même suffisent seules pour

îGo PYREXIES,'

dissiper un phlegmon commençant. Dans les contusions violentes ou dans les fractures, lorsqu’il existe un degré considérable de tension , il convient d’appliquer un cataplasme de farine de seigle ou de mie de pain , humecté avec de l’acétate de plomb liquide , étendu d’eau à la dose d’une pinte pour quatre-vingts gouttes; on peut le renouveler deux ou trois fois par jour, jusqu’à ce que le gonflement et l’inflammation diminuent ; mais , dans un phlegmon ordinaire , ou bien quand la partie est si sensible et si douloureuse qu’elle ne peut supporter le poids d’un cataplasme, il faut se contenter d’employer des compresses fines imbibées d’un liquide sédatif (i). Il est bon encore de remarquer que ces remèdes doivent être appliqués froids ; et qu’il faut renouveler les cataplasmes , comme les compresses , dès qu’ils deviennent roides, secs ou chauds.

L’application du froid est réellement un des plus puissans moyens que nous possédions pour enlever la chaleur et combattre l’inflammation , et dans quelques cas on n’a pas craint d’en porter l’nsage à l’excès , et d’employer la neige et la

(i) y Aquæ Ammon, acet .

Aq. distill . > aâ 5 ij.

Spirit. Vin. rectif. ....... j

Oif Amnion. Muriat . 5 j.

Acet. distill. , . . . . . ' . § ij.

Spirit, camphorat . ^ j.

Aq. Litliargyr. acet . gutt. xx.

M.F.Eoi/o.

ou MA1.A13ÏES FEBRILES.^ l6l

glace pilée. Si Ton ne peut se procurer ni neige ni glace , on leur substituera des compresses trempées dans une solution aqueuse de nitre et de muriate d’ammoniaque , en ayant soin de les remplacer fréquemment. l

Il est des phlegmons qu’accompagne une douleur si violente que le malade est en proie à l’insomnie. Alors les opiacés deviennent utiles , pourvu que leur administration soit précédée de celle des évacuans convenables. La dose cependant doit en être très-forte ; l’opium autrement aurait un effet tout contraire à celui qu’on attend. On peut par exemple donner à un adulte cinquante ou soixante gouttes de teinture d’opium , une heure ou deux avant le coucher ; on proportionnera la dose à l’âge pour les enfans et les Jeunes gens. Au lieu de teinture d’opium on administrera une certaine quantité de sirop diacode aux enfans à la mamelle.

Quand la phlegmasie est intense , les symptômes deviennent généraux et la fièvre se dé- ^ clare. En pareil cas, toutes les trois ou quatre heures , on donnera quelque médicament rafraîchissant combiné avec le nitrate de potasse (i).

(i) ^ Nit. purifie . . 5 15. 5],

Aquæ fervent. . . % viij.

Antimon. lartaris. . • . ‘ . -gr. ij.

Syr. Violæ . . . . . . 5 ij.

* M.¥* * Mistura cujus sumat Cochlear, magna pro dos,

' , TEL

0^ lïaust. salin. .••••*•.••« 3)^*

Nitri . . * . t • • • » gi’* X*

îG2 pyrexies;

Si, malgré tout,* la tumeur montrait. une tendance manifeste à la suppuration, il faudrait accélérer celle-ci par l’application de cataplasmes émolliens .chauds , changés trois ou quatre fois par jour. Si on peut se procurer de la graine de lin, on fera avec elle un cataplasme préférable à tout autre , en la broyant légèrement et en la mettant -bouillir dans du lait et de l’eau, A son défaut on- aura recours au cataplasme de mie de pain blanc avec addition d’huile.

Il est convenable, avant de poser le cataplasme, de faire sur la partie des fomentations avec des flanelles trempées dans une décoction ou dans une infusion chaude de plantes émollientes (i).

Quand la suppuration est complète , et que la tumeur est molle au toucher et tout- à- fait superficielle, il convient de l’ouvrir, avec une' lancette ou un trocar , dans sa partie la plus déclive et d’évacuer entièrement le pus formé. Le pansement sera fait avec de la charpie sèche ; on appliquera par dessus un plumasseau enduit d’onguent de poix jaune. Si la plaie ne se ferme point promptement , on donnera le quinquina et les

Vini Antim., . . . . . . gutt. xij.

Syr. simplicis . . 5 j.

M. F. Haustus tertiâ cfuâque, horâ sumendus..

(i) “if Flor. Chamæmel,

Fol. Altheæ , , .

Aquæ ferventis .

Papav. alb. exsiccat . . C.’

F. Fomentum. . .

ou MALADIES FÉBRILES. l63

autres toniques jusqu’à l’entier rétablissement du malade.

Dans les abcès très-volumineux, et surtout dans ceux du muscle psoas , on a imagine un procède ingénieux d’évacuer la matière sans permettre l’introduction de l’air dans la poche purulente, ce qui cause toujours desaccidens lunestes. Il s’agit d’employer un séton ou un trocar plat, renfermé dans sa canule : on introduit celui-ci obliquement entre la peau et le tissu cellulaire , à quelque distance de l’abcès où on veut le faire parvenir, et de cette manière Fouverture faite à la peau et celle faite aux parois de l’abcès ne se correspondent point directement. En pareil cas, il faut encore faire prendre au malade au moins une once de quinquina par jour , pour améliorer la qualité du pus , en même temps que , pour soutenir ses forces, on lui fera suivre un régime nourrissant, et boire du vin.

Que la matière renfermée dans un abcès soit absorbée , ou , ce qui est plus commun , qu’elle s’écoule au dehors , dans l’un et dans l’autre cas , s’il est bien traité , le vide disparaît graduellement par une opération particulière de^ la nature , et par la formation de petites granulations rougeâtres qu’on nomme bourgeons charnus. Quand cette opération marche convenablement , les bourgeons sont d’un rouge vermeil , et avancent régulièrement du fond vers l’extérieur, jusqu à ce que le vide soit parfaitement rempli.

Quand la formation de ces bourgeons languit, il faut l’acliver par les mêmes moyens que l’on

lG4 PYBEXÏES,

emploie pour améliorer la sécrétion du pus. Dans quelques circonstances , au contraire , elle s.e fait avec tant de vigueur, qu’il se forme des végétations irrégulières qui dépassent les lèvres de la plaie , et alors il faut la réprimer, et détruire ces hypersarcoses par les escarrotiques ; mais ce moyen est du ressort de la chirurgie , et je renvoie ceux qui voudraient des détails à ce sujet aux livres qui en traitent spécialement.

Si un phlegmon se termine malheureusement par gangrène , il faut arrêter les progrès de celleci , et tâcher d’amener promptement la séparation des parties mortes et vivantes. Dans cette intention , autrefois on pratiquait de légères scar rifications , et on appliquait sur l’endroit malade des fomentations aromatiques chaudes et des cataplasmes ; mais les modernes , et particulièrement Bell et J. Hunter, désapprouvent hautement ce procédé , et recommandent le quinquina à force ,^un régime analeptique , et le vin pris en assez grande quantité pour relever le pouls et produire le degré nécessaire d’inflammation. Et en effet nous ne devons avoir en vue , dans tous les cas de gangrène , que de donner de l’énergie à l’économie , de rétablir la vie dans les parties malades , et de diminuer en elles l’irritabilité morbide.j i ...

Quand la gangrène est le produit de la faiblesse , l’opium est souvent utile , et comme il ne s’oppose en aucune façon aux effets du quinquina, onpçut administrer ces deux médicamens à la fois. L’opium , au reste , est surtout avanta-

èU MALADIES FEBDILES. ' " l6:>

geux dans cette espèce de gangrène ^ qui n’est prècéde'e d’aucune inflammation, et qu’acconipagne une douleur violente.

Dans tous les cas , l’efficacité du quinquina est augmentée par sa combinaison avec l’opium , aussi ne peut-on administrer ce mélange de trop bonne heure.

Dans la gangrène accompagnée de spasme et de convulsions , ou résultant de quelque lésion locale , comme d’une fracture , etc. , M. "White , de Manchester , a trouvé que de l’union du musc et de l’ammoniaque résultait un nrèdicament qui avait l’heureux effet d’abattre les soubresauts des ^ tendons, d’arrêter les progrès de la mortification , et de favoriser la séparation des parties mortes. D’après lui , plusieurs médecins ont essayé ce moyen , et en ont retiré les mêmes avantages. Suivant son procédé , on donne, de trois heures en trois heures, un bol fait avec dix grains de musc et dix grains d’ammoniaque.

Le musc combiné avec le sel volatil d’ambre serait probablement un remède encore plus énergique dans toute gangrène née d’une lésion locale.

Les modernes veulent encore qu’on tienne la partie fraîche , et qu’on fasse toutes les applications à froid , procédé contraire à celui des anciens. La meilleure application qu’on puisse faire, au reste , sur une partie gangrénée , est celle d’un cataplasme fait en délayant dans une infusion de drêche 1 7 autant de farine d’avoine qu’il en faut

On peut promptement se procurer de la dreclie fîrej tous les Lrasseurs.

îG6 PYR.EXÎES,

pour donner la consistance convenable , et en y ajoutant ensuite une pleine cuillère de levure de bière En posant ce cataplasme , il faut avoir le soin de ne point trop serrer Fappareil , parcequ’une fermentation considérable s’opère peu de temps après son application , et que le volume s’en trouve fortement augmenté.

On a beaucoup préconisé aussi dernièrement contre la gangrène et contre les ulcères malins , un cataplasme composé avec deux onces de charbon de bois pulvérisé et une demi-livre de pâte ordinaire de cataplasme.

On prétend encore avoir, en peu de temps," arrêté les progrès de la mortification , et neutralisé absolument l’odeur fétide qui en est la suite, en couvrant les parties d’une couche épaisse de nitrate de potasse finement pulvérisé. Le pansement doit être répété deux ou trois fois par jour *.

Quand les parties spîiacelées se séparent et se détachent , il faut couvrir la plaie avec de la charpie sèche , et mettre sur le tout un plumasseau enduit de quelque onguent digestif.

Le docteur Harness , médecin de la marine , a publié un mémoire sur les bons effets de l’application du suc gastrique des animaux herbivores dans les cas de gangrène. Il prétend avoir réussi, par ce moyen, dans plus de cent occasions, à détacher entièrement les escarres , et à favoriser

^ C’est le cataplasma ejfervescens de la pLarmacopée chirurgicale de Londres.

** Med. and Phj'sic, Journal , voL xï. pag, 206.

ou MALADIES FEBBILES. 167

une formation régulière des bourgeons charnus

M. B. Bell ** conseille , pour appliquer sur les parties gangrenées , une faible solution de muriate d’ammoniaque dans le vinaigre et l’eau , de préférence aux gommes-résines et aux baumes chauds, et même aux esprits ardeiis et à l’alcohol. Les proportions doivent être , selon cet habile praticien , généralement d’un gros de sel pour deux onces de vinaigre et six onces d’eau. Mais les qualités stimulantes du mélange peuvent être facilement augmentées et diminuées , en faisant varier la dose du muriate d’ammoniaque.

Dans la gangrène des orteils et des pieds , Pott désapprouve beaucoup toutes les applications irritantes , et recommande de les remplacer par les émoUiens et les adoucissans, dans la vue d’éviter la douleur. J’ai eu récemment l’occasion d’observer un cas de cette nature , et où je me suis pleinement convaincu de la supériorité de cette méthode. Etant en consultation avec l’homme de l’art chargé de la conduite du malade, j’insistai fortement sur la nécessité des applications adoucissantes et émollientes , dont j’avais déjà obtenu de bons effets ; on les adopta pendant quelque temps ; les douleurs furent apaisées et la mortification arrêtée. Ayant cesse de voir le malade pendant trois ou quatre jours , le chirurgien principal crut devoir recourir aux ir-

. 1 * Transactions oj' a Society Jor the Improvement 0^ me d. and

chirurg. Knowledge ^ vol. ii.

Syst. of Surgery, vol. 1. pag. ii2.

Chirurg. fKovks , pag. >^99 ef 800.

1 68 ' pyrexies;

ritans ; suivant l’ancienne méthode , à laquelle il

tenait beaucoup.

Dès lors, les douleurs, qui, auparavant, avaient été fort diminuées , s’aggravèrent beaucoup , et la mortification , dont la marche avait été suspendue , fit de tels progrès , que le danger devint pressant. Convaincu de son erreur le chirurgien eut recours à la méthode curative par les adoucissans et les émolliens. On la continua exactement , en même temps que , pour avoir un effet continuel , on administrait l’opium à la dose de six ou huit grains par jour environ ; on donnait encore simultanément une once de quinquina en substance , uni au camphre , combinaison qui possède au plus haut degré les vertus antiseptiques , et on permettait un libre usage du vin. Pendant plusieurs semaines , on espéra le rétablissement du malade ; mais ce fut en vain , car il succomba bientôt après. Au reste , comme pendant le dernier mois, à peu près, il n’a point été confié à mes soins , je ne puis parler du mode de traitement qui a été suivi durant ce laps de temps.

Je crois superflu d’ajouter qu’on empêcha les effets de l’opium sur les intestins, en administrant fréquemment un doux laxatif ou un lavement émollient , de manière à obtenir une ou deux évacuations chaque jour. Dans la première période de la maladie , on fit usage aussi avec succès du cataplasme effervescent dont nous avons parlé.

Pott assure que , dans cette variété de la gan-

ou MALADIES FEBRILES.’ ï'69

grène , le quinquina n’a que peu ou point d’effet, mais que l’opium , à fortes doses fréquemment répétées, est, dans la plupart des cas, un remède efficacé. Je crois que, pour augmenter les chances de guérison, il faut les administrer l’un et l’autre.

La terminaison de l’inflammation par le squirrhe, est, ayons-nous déjà dit, bornée à celle des glandes. Lorsqu’une glande devient squirrheuse, il faut tout mettre en usage pour en résoudre l’engorgement, ou au moins pour le maintenir dans un état stationnaire, et l’empêcher de s’ulcérer et de dégénérer en cancer.

Il est des squirrhes récens , où les fréquentes saignées locales se montrent fort utiles Le légères frictions mercurielles , pratiquées dans les environs , sont également avantageuses. Un cas de cette nature s’est offert à mon observation, il y a quelques années. A. P. de Shennington , dans Gloucestershire , âgée de quarante-trois ans, d’une constitution forte, mais irritable , fut , environ six semaines avant de se confier à mes soins, attaquée d’une tumeur au sein gauche, qui, pendant ce temps, avait augmente progressivement de volume , et était à la fin devenue noueuse et irrégulière. La malade ressentait des douleurs lancinantes qui s’étendaient jusqu’à l’aisselle , et tout annonçait l’existence d’un squirrhe , comme l’avait pensé le chirurgien consulté. C’est dans ces circonstances que je lui conseillai , et, je dois l’avouer, sans aucun espoir de succès, de se frotter soir et matin avec environ

* Henry Fearofi’s Treatise on Cancers^

PYREXIES,

gros comme une fève d’une pommade composée avec une once d’onguent mercuriel double , une once de cérat , et deux gros de camphre. Je lui fis prendre , en même temps , deux fois par jour, deux pilules contenant chacune deux grains d’extrait de quinquina et un grain d’extrait de ciguë , et une chopine de décoction sudorifique avec addition de trente gouttes de vin antimonial. J’ajoutai à ces conseils celui de tenir le ventre constamment libre, de manger peu, de se contenter surtout de végétaux et de lait , de s’abstenir de toute liqueur spiritueuse et fermentée. Au bout de trois semaines , et à la suite d’une légère affection des glandes salivaires , la tumeur et tous les autres symptômes disparurent entièrement.

Au reste , qu’il soit administré à l’intérieur, ou appliqué à l’extérieur, le mercure, dans les tumeurs squirrheuses, ne convient que durant les premières périodes, tant qu’il n’y a qu’iin simple engorgement, sans altération organique. Alors on l’unit aux antimoniaux ; on le donne à petites doses et pendant long - temps , en faisant suivre un régime sévère. Mais, dans les cas de cancer déclaré, il pourrait devenir fort nuisible par la tendance naturelle qu’il a à accélérer l’ulcération.

Si, après l’emploi de ces moyens, la tumeur, au lieu de disparaître, semblait vouloir s’ulcérer, et tendre à devenir cancéreuse, il faudrait la faire ' extirper le plus promptement possible; il est probable qu’en effet alors l’infection n’est point encore constitutionnelle, ce qui, je crois, n’arrive qu’à la suite de l’ ulcération.

ou MALADIES FÉSBILES; 17!

En parlant du cancer, nous exposerons ce qui a rapport au squifrhe ulcéré.

De H Érjsipèle

L’érysipèle est une inflammation de la peau ou des membranes niuqueuses, suivant qu’il a son siège à l’extérieur ou à l’intérieur. 11 attaque plus souvent les femmes, les enfans, et les sujets d’une constitution irritable , que les hommes et les personnes robustes et pléthoriques.

Un phénomène remarquable , c’est que cette maladie revient quelquefois périodiquement une ou deux fois par an , ou mêfne une fois tous les mois ; mais alors ses attaques, répétées si souvent, épuisent peu à peu les forces , surto.ut si le sujet est vieux et d’une mauvaise constitution.

J’ai déjà dit que cette inflammation se partage en deux variétés , l’ érythème et l’érysipèle proprement dit. Je crois convenable de les réunir dans un même article , quoique Cullen , dans son cadre nosologique , ait placé l’érysipèle parmi les exanthèmes.

11 arrive parfois que l’inflammation s’étend au tissu cellulaire sous-cutané, et que l’érysipèle se complique d’un véritable phlegmon ; mais cela a surtout lieu quand il existait antécédemment une écorchure de la peau.

Toutes les régions du corps sont également sujettes à l’érysipèle , mais il se développe plus fréquemment à la face , aux jambes , aux pieds, que’

* Etymologie. Les anciens médecins grecs appelaient cette maladie

PYREXIES ;

partout ailleurs , et on l’observe plus fréquemment que le phlegmon dans les pays chauds.

L’ërysipèle est produit par les mêmes causes qui déterminent l’inflammation en général, les lésions de tout genre, l’application des irritans , le froid , la suppression de la transpiration , et quelquefois aussi peut-être par la formation d’une certaine matière qui, de l’intérieur, se porte à l’extérieur. Certaines constitutions atmosphériques semblent le rendre épidémique , ce que nous voyons arriver pour l’aUgine scarlatine, qui n’est qu’une sorte d’érysipèle interne.

L^érysipèle bénin , qui attaque les membres , se déclare par la sécheresse , la chaleur et la rougeur de la peau, qui devient douloureuse, qui pâlit sous la pression du doigt, et reprend bientôt après sa teinte rouge. Il y a en même temps une disposition fébrile , de la chaleur générale et de l’altération. Si l’attaque est légère, ces symptômes ne durent que peu de jours , la surface de la partie malade jaunit , l’épiderme tombe en écailles ; mais , dans les cas plus graves , lorsque les symptômes phlegmasiques sont intenses , il se manifeste des douleurs à la tête et au dos*, une grande chaleur , ^ de la soif et de l’insomnie ; la partie affectée se tuméfie légèrement ; le pouls devient petit et fréquent ; vers le quatrième jour on voit s’élever une foule de petites vésicules , remplies d’un fluide limpide ou jaunâtre , et quelquefois visqueux au point de ne point sortir lorsque la vésicule est rompue, et de sécher sur la peau.

ou MALADIES FEBRILES. 17^

Dans les érysipèles malins , ces vésicules dégénèrent quelquefois en ulcères rebelles , ou même gangréneux. Ce cas est heureusement assez rare, et quoique souvent la surface de la peau et les phlyctènes semblent livides et même noirâtres, les symptômes n’en disparaissent pas moins tous à la fois.

L’époque à laquelle naissent ces vésicules et la durée de leur existence, sont fort incertaines. Dans les érysipèles légers, souvent elles disparaissent graduellement ou sont enlevées par une sueur spontanée. Mais quelquefois elles restent stationnaires pendant douze ou quatorze jours , ou même plus long-temps.

- Le tronc est moins communément atteint d’érysipèle que les membres. Il n’est pourtant point rare de voir l’érysipèle du tronc se manifester chez les enfans, quelques jours après la naissance, et autour des parties génitales. La peau enflammée est dure et paraît très-douloureuse au toucher. Parfois le ventre devient uniformément tendu , et on observe des taches gangréneuses. D’après les recherches anatomiques du docteur Underwood, l’inflammation se communique fréquemment alors aux^viscères de l’abdomen. ( f^ojez V article de VErjslpele des etifans^

Une autre espèce d’érysipèle- attaque souvent le tronc, c’est le zona; on le nomme vulgairement en anglais shingles , par corrup tion du mot français ceinture. Ce n’est plus une surface uniformément enflammée; c’est une multitude de petites pustules , qui s’étendent autour du corps

Î74 pyrexies,

un peu au-dessus de Fombilic, et sur lesquelles," en très-peu de temps, s’élèvent des vésicules. Cette variété de la maladie est sans danger, comme l’expérience m’en a convaincu nombre de fois.

L’érysipèle de la face est précédé de frissons , de chaleur, d’insomnie , de soif et d’autres symptômes fébriles ; il y a assoupissement et tendance au coma ou au délire ; le pouls est plein et trèsfréquent. Au bout de deux ou trois jours une teinle d’un rouge de feu paraît sur un point du visage, et s’étend bientôt au cuir chevelu, puis par degrés jusqu’à la nuque , causant partout de la tuméfaction. Toute la face devient enflée , les paupières ne peuvent plus s’écarter pour laisser entrer la lumière dans l’œil; quand la rougeur et le gonflement ont duré quelque temps , des phlyctènes d’un volume variable s’élèvent dans les diverses régions de la face , et renferment un liquidé âcre , très-fluide et incolore* Dans les endroits où poussent ces vésicules , la peau devient livide ; mais partout ailleurs , vers la fin de la maladie , l’épiderme tombe par desquamation.

‘ Au moment où l’inflammation s’annonce à la face , il n’arrive aucune rémission dans la fièvre, au contraire celle-ci augmente dans le même rapport: toutes les deux durent ensemble huit ou dix jours, et dans ce laps de temps, surtout entre le septième et le onzième jours, le malade peut périr daiis le coma ou le délire , dont l’inflammation ne fait qu’accroître l’intensité. Si l’érysipèle est

ou MALADIES FELL ÎLE S. lyS

peu violent et n’a point uiie issue funeste , il cesse par degrés en même temps que la fièvre s’éteint, sans aucune crise évidente.

Si la maladie arrive chez un individu d’une mauvaise constitution , qu’elle occupe une partie douée d’une grande sensibilité , qu’elle soit accompagnée de beaucoup de fièvre et de délire , et que ces symptômes se remarquent dès les premières périodes , le danger est imminent. Il faut porter le même pronostic s’il survient une métastase sur le cerveau , les poumons , ou les viscères de l’abdomen. Jamais, au reste, la suppuration n’a lieu, à moins qu’il n’y ait complication de phlegmon , mais la gangrène peut terminer l’érysipèle dans les sujets d’une mauvaise constitution : ce cas ‘est également des plus fâcheux. Nous pouvons concevoir un espoir bien fondé quand la fièvre estJégère , qu’il n’y a ni cornu ni délire , et que l’inflammation ne devient pas très-intense. ’ i

A l’ouverture des cadavres de ceux qui sont morts d’un érysipèle de la face, on trouve des traces d’inflammation du cerveau et des ménin-

ges. . ' ' . . V .

Les 'médecins ont dés opinions très-diversifiées

sur le mode de traitement qui convient à l’érysipèle. Quelques-uns adoptent la méthode antiphlogistique , que nous avons conseillée pour le phlegmon. D’autres désapprouvent toute évacuation , et le traitent comme une maladie de la classe des adynamies ou des ataxies.

On peut accorder ces deux manières de voir en

176 pyrexies;

considérant la maladie comme combinée parfois avec le phlegmon , ainsi que cela arrive quand elle se développe chez un individu d’une constitution pléthorique. En pareil cas, si la peau est chaude et sèche , le pouls plein , fort, dur et fréquent, la tête affectée de stupeur ou de délire , il faut, sans aucun doute , recourir à la saignée , aux purgatifs rafraîchissans , aux diaphorétiques, au régime antiphlogistique indiqué pour le phlegmon. Il faut proscrire cependant l’application locale des sangsues, moyen si avantageux dans d’autres inflammations ; parce qu’ici on est fort exposé à voir les piqûres dégénérer en ces ulcères fâcheux, qui suivent quelquefois l’érysipèle, comme nous l’avons dit. Il vaut donc mieux, pour tirer du sang , ouvrir une veine , et la jugulaire de préférence, si la tête est spécialement affectée.’^ La dose du sang doit d’ailleurs êtrej^^alculéè sur la violence des symptômes inflammatoires , l’aspect qu’il a au sortir du vaisseau, et la force des malades.

La saignée sera , au contraire, funeste si l’éry-^ sipèle est parfaitement simple et local, s’il. n’affecte point la tête, s’il n’y a point de signes généraux d’angioténie , si le sujet est faible et irritable , ou s’il y a complication avec une fièvre ty-

Nous ferons la même remarque à l’égard des forts purgatifs , et quoique , dans le cas dont je viens de parler, je désapprouve grandement ce genre de médicamens , cependant je crois convenable de tenir le yentre libre ayec quelque sel laxa-

OÜ MALADIES FÉEBILES.' lyy

tlf , de ïî3ianière à solliciter nue ou deux selles chaque jour.

Les purgatifs actifs doivent être hardiment recommandés si Finfianimation est de nature phlegmoneuse , et si la tête est fortement prise.

Dans les cas où la fièvre est intense , les dia-* phorétiques doivent être mis eii usage ; on peut les unir au nitrate de potasse , comme nous l’avons prescrit en parlant du phlegmon et de la fièvre inflammatoire. Yu même que la maladie se termine fréquemment par la sueur, les boissons très-délay antes et les diaphoré tiques deviennent une partie essentielle du traitement; on ne doit jamais les négliger.

Dans les érysipèles de la tête , accompagnés de coma , on doit avoir recours aux demi-bains et aux sinapismes appliqués aux pieds.

Lorsque la maladie a fait quelques progrès , et que des phlictènes se sont développées , ce qu’il y a de mieux à appliquer topiquement , est une poudre absorbante , comme celle d’amidon ou' de craie , la farine de froment ou d’avoine. Cette dernière est peut-être la substance qu’on doit préférer, parce qu’elle n’est pas susceptible, comme les autres , de se durcir et de former une croûte avec la sérosité qui suinte des parties malades. Probablement aussi que les applications externes propres à diminuer la chaleur de la peau , telle que celle de compresses trempées dans de l’eau froide , offriraient quelques avantages. Mais dans les premiers temps de la maladie , tout médicament excitant , employé ainsi à l’extérieur , est

1^8 PY'REXÎES;

évidemment nuisible ; les solutions des sels de plomb ou de cuivre , beau aluminée , etc. ^viennènt se ranger dans cette categorie.

S’il arrive qu’une collection de sérosité assez considérable se soit formée , on évacuera la matière par une petite ouverture pratiquée dans la partie la plus déclive. C’est encore dans cette circonstance que , pour déterminer une suppuration convenable , on a coutume d’employer les fomentations émollientes et les cataplasmes de meme nature ; mais les collections qui se font quelquefois dans l’érysipèle n’étant pas de nature à être transformées en pus , comme cela arrive dans le phlegmon ordinaire , ces sortes d’applications deviennent totalement inutiles. Il vaut mieux se servir du cérat de saturne ou d’un onguent qui renferme de l’acétate de plomb.

Tels sont les médicamens avantageux en général dans les cas d’érysipèle phlegmoneux. Si l’individu malade est d’une constitution faible et délicate , et qunn remarque des symptômes nerveux , ou bien la dépression des forces , la petitesse et la vivacité du pouls , etc. , il faut se mettre en garde contre la gangrène qui peut se manifester, et administreiTe quinquina, les acides minéraux, la serpentaire de Yirginie, le camphre, un électuaire excitant , comme la confection aromatique de la pharmacopée de Londres, et le vin. Lorsque l’érysipèle est borné au tronc ou aux membres , si la douleur et l’irritation sont considérables , l’emploi de l’opium paraît indiqué, et j’en ai usé en pareil cas avec beaucoup de suc-

ou MALADIES EEBBILES.' ï^a

€es ; mais ce médicament devient bien plus douteux quand Férysipèle existe à la face , meme sans coma ou sans délire : ces deux symptômes tendent toujours en effet à se déclarer tôt ou tard, lorsque la maladie a son siège dans cette partie.

La mortification semble-t-elle se déclarer , il faut recourir aux remèdes que nous venons d’indiquer , au vin et aux antiseptiques. ( Vojez ce que nous en a^ons dit a V article du phlegmon qui se termine par gangrène, ) On donnera à fintérieur, avec quelque chance de succès^ Fammoniaque unie à la confection aromatique. Si Férysipèle est accompagné d’hémorrhagies passives ou de mauvaise nature , le sulfate acide d’alumine et de potasse , et Facide sulfurique sont spécialement indiqués.

Quand la maladie est légère , qu’il n’y a point de symptômes fébriles , il suffit que le malade garde la chambre , sans se mettre au lit.

L’inflammation est-elle , au contraire , assez intense , donnez des alimens de facile digestion , des préparations d’orge , de sagou, de tapioca , de cassave du riz , des panades , etc. ; faites boire de la limonade , de l’eau de tamarin , de F eau d’orge aiguisée avec quelque acide végétal. Y a-t-il tendance à l’adynamie , il faut un régime plus fortifiant ; on peut même permettre les substances animales et le vin.

Pour ce qui est de Férysipèle des enfans, voyez ce que nous en disons à la fin de l’ouvrage , au sujet des maladies de leur âge.

PYREXIES ,

De V Inflammation du cerceau et de ses membranes ^ ou de la Phrénésie. (Phrenitis. ) *

La phrénësie est rinflammation des organes contenus dans la cavité du crâne ; elle peut avoir son siege dans le cerveau lui-même , ou se borner à ses enveloppes. On la nomme primithe ouddiopathique si elle existe seule et indépendamment de toute autre maladie ; elle est dite , au contraire , symptomatique si elle est la conséquence d’une autre affection , comme d’une fièvre ou ^ d’une phlegmasie quelconque. C’est cette dernière variété qu’on observe le plus souvent : la première est fort rare.

Une douleur atroce dans la tête , la rougeur de la face et des yeux , l’impossibilité de supporter l’impression de la lumière ou celle des corps sonores , l’insomnie et un violent délire , tels sont les signes de cette affection.

On peut ranger parmi les causes dé la phrénésie idiopathique toute irritation portée directement sur les méninges ou sur l’encéphale , tout mouvement propre à déterminer l’afflux du sang dans les vaisseaux de ce viscère ; aussi les passions violentes, les excès dans l’étude , l’abus des plaisirs de Yénus ou des liqueurs spiritueuses , les exercices fatigans , les- plaies de tête , une insolation prolongée , peuvent-ils être regardés comme autant de caused qui prédisposent à la maladie. Plusieurs affections aigues , une insomnie

* BTYMOiiOGiE. mania j phreiiïtis ,

QU MALADIES FÉBRILES.' • î8l

habituelle , produisent la phrënësie symptomatique ordinairement.

La première est communément prëcëdëe d'agrypnie, de rêves effrayans, de douleurs atroces, d’abord à la nuque et à l’occiput, ensuite dans toute la tête ; la respiration est profonde , la mémoire des faits rëcens altërëe , la sécrëtion de l’urine supprimée , et le pouls irrégulier. A measure que la maladie fait des progrès , les yeux deviennent ëtincelans , et sont violemment agités; la physionomie s’égare ; une agitation générale , la surdité , le trouble de l’intellect, des songes pénibles , une douleur lors de l’impression de la lumière , des pulsations évidentes des artères carotides et temporales , et enfin un délire furieux se manifestent successivement. La langue est sèche , rugueuse , j^aune ou noire ; la face d’un rouge foncé ; le pouls petit, vif et dur.

La phrénésie symptomatique ^est constamment précédée d’une fièvre aigue ou de quelque phlegmasie , et est ordinairement accompagnée d’insomnie opiniâtre , de délire , de carphologie , de la rougeur et de l’égarement des yeux et du visvige, de gêne dans la respiration.

On distingue la phrénésie de la manie, en ce que dans la première il y a accélération dans les batlemens du pouls avec céphalalgie ; et du délire qui accompagne les fièvres de mauvais caractère sans inflammation, parce que, dans celui-ci, la face est pâle , en même temps que les traits du visage sont grippés , et les yeux d’un blanc perlé. Dans la vraie phrénésie , en effet , la physionomie

1 82 pyrexies;

est plutôt épanouie que contractée, les yeux sont saillans et étincelans , il y a rougeur manifeste de la face. On ne la confondra point non plus avec la fièvre inflammatoire où le pouls est fort et plein, où le délire n’est point, comme dans la phrénésie , une affection première , mais se présente comme la conséquence de la fièvre générale.

Toute phrénésie , idiopathique ou symptomatique , doit toujours être considérée comme une maladie grave et périlleuse. Souvent elle finit par la mort entre le troisième et le septième jour , et , si elle se prolonge , la manie ou une faiblesse extrême en sont la suite fréquente. Souvent aussi elle se termine par une paralysie plus ou moins complète.

Les grincemens de dents, la couleur blanche ou cendrée des excrémens, la suppression de l’urine , les soubresauts des tendons , les convulsions , les sueurs froides , les mouvemens tumultueux du pouls et le coma succédant au délire, annoncent une fin prochaine. On peut concevoir des espérances , au contraire , quand il survient une copieuse hémorrhagie par le nez , la bouche , les poumons, les voies urinaires ou l’anus; une diarrhée ; un sommeil qui calme le délire et après lequel le malade se ressouvient de ses rêves ; une transpiration libre et abondante ; une diminution de la surdité ; quand le pquls perd de sa dureté et de sa fréquence , et paraît plus plein ; quand enfin les symptômes fébriles se modèrent.

Lors de l’ouverture des cadavres, on rencontre des altérations analogues à celles que Ton ob-

ou MALADIES FEBBILES. l83

serve dans les cas de fièvre inflammatoire , une turgescence sanguine des vaisseaux de la tête , avec épanchement ou collection de matière, purulente dans les ventricules, ou adhérence par places de la dure-mère aux os du crâne. Dans certains cas , la pie-mère ressemble absolument à cette dernière membrane , pour la consistance et pour l’épaisseur.

D ès le début de la pbrénésie idiopathique , il faut saigner le malade , en proportionnant la quantité de sang à l’âge et à la constitution du sujet, ainsi qu’à l’intensité des symptômes. Peutêtre vaudrait-il mieux ouvrir la veine jugulaire ou l’artère temporale, que de faire la piqûre au bras. Il vaut mieux aussi pratiquer sur-le-champ une évacuation copieuse , que d’obtenir une égale quantité de sang , par plusieurs saignées successives , mais plus faibles. Si le malade , quoique très-affaibli après la première ou la seconde évacuation , n’est pourtant point soulagé, l’application de plusieurs sangsues à chaque tempe sera plus convenable qu’une troisième saignée. Si on ne pouvait se procurer des sangsues , on les remplacerait par des ventouses scarifiées.

Il faudra aussi faire raser la tête et la couvrir d’un large vésicatoire. Il sera également avantageux de tenir constamment sur les tempes des morceaux de linge trempés dans de l’eau à la glace ou dans un mélange d’eau et de vinaigre.

Pour s’opposer à la diathèse pblogistique , et empêcher l’afflux vers la tête , on prescrira un

ï84 PYREXIES 7

purgatif énergique (i), et, tous les deux ou trois jours , tant que durera la maladie , on en répétera l’administration. L’expérience démontre en effet que dans toutes les affections inflammatoires de la tête , les évacuations de sang sont souvent moins utiles que celles que sollicitent les purgatifs. C’est encore dans l’intention de favoriser le moins que l’on pourra l’arrivée du sang à l’encépliale , que l’on placera le malade dans la position la plus rapprochée possible de la verticale.

Les pédiluves chauds , l’application des rubéflans sur les membres abdominaux, sont employés généralement dans la phrénésie idiopathique comme opérant une révulsion. Quelques médecins , Cullen en particulier, ont néanmoins considéré ces moyens comme d’un effet très-douteux , et, sans doute , ils doivent être nuisibles^ si on les emploie avànt que l’irritation soit suffisamment calmée.

Dans la'pbrénésie symptomatique , l’attention doit surtout se porter sur la maladie dont elle est la conséquence , et le traitement en doit être varié suivant la nature et l’intensité de celle-ci, ou suivant le degré auquel elle est parvenue. Si cette

(i) Calomelanos . — -x.

Extract. Colocynth . gr. vj.

M. F. PiluL iij. pro dos.

VEL

'if Pulv. Jalapp .

Calomclanos M.F.P«A75.

. . gr. XV.

. . gr. yjo

ou MALADIES FEBBILES.’ ï85

maladie est encore dans la période de l’inflammation, on fera une saignée générale abondante ; si elle dure déjà depuis quelque temps , on appliquera préférablement aux tempes des sangsues ou des ventouses scarifiées.

Ici les purgatifs actifs doivent être rejetés ; il faut simplement tenir le ventre libre au moyen des doux minoratifs, ou des lavemens laxatifs administrés de temps en temps. Le plus souvent il est utile de poser un vésicatoire à la nuque ou entre les épaules.

Au reste, dans tous les cas de phrénésie, le malade pourra prendre toutes les trois heures un bol diapborétique (i) , en avalant en même temps deux ou trois cuillerées de quelque potion antiphlogistique (2).

N’ aurait- on pas aussi quelque raison de donner à petites doses la digitale pourprée , surtout dans la phrénésie idiopathique? L’action sédative de cette plante pour les mouvemens du cœur est bien constatée aujourd’hui.

(1) Camphor. . . Pulv. Afttimon.

Gonscry. B.osæ M. F. Bolus.

gr. iv.

gr. ij 15.

(2) "if Suce. Limon. . . 5 j ^5.

Ammoniæ . • . 5 Q,vel q. s.

Aq. Ment, sativ . . , 5 j.

- fontis . 5 iv*

Nitri puriss . 5 j.

Syrup. Rosæ . . , . . . ^ ij*

M.F. Mistura.

1 86 PYREXIES,

La phrcnésie succède-t-elle à la suppression d’une évacuation habituelle , à la rétropulsion d’une éruption cutanée , il faut chercher à les rétablir l’une ou l’autre , par les procédés usités en pareille occurrence.

Pendant tout le cours de la maladie , il est nécessaire que l’individu qui en est attaqué soit tenu dans un lieu frais et tranquille , aussi loin du bruit que possible. On le soustraira également à l’action de la lumière ; on ne lui donnera que des alimens légers, du sagou, du gruau , des préparations d’orge , et des boissons froides et acidulées.

De V Inflammation de V œil ou Ophthalmie,

( Ophthalmia )

On distingue deux espèces d’ophthalmie : l’idiopathicjue et la symptomatique. Cette dernière provient soit d’une affection de l’œil lui-méme ou de ses annexes , soit d’une maladie plus étendue.

Dans l’ophthalmie , le siège de l’inflammation existe ou dans les membranes de l’œil , ou dans la profondeur meme de l’organe ,* ou encore dans ses muscles , dans la glande lacrymale , dans les follicules de Meibomius. Quelquefois toutes ces parties sont affectées simultanément en vertu d'une espèce de lien sympathique qui les unit ; rarement l’une d’elles est atteinte isobiment à un certain degré. Le mal gagne prompte-

* ETïMOLOGIIi. J OCulus.

ou MALADIES FEBRILES. 187

ment de Fune à Fautre , et s'étend de la face interne des paupières au globe de Fœil , ou réciproquement , et des parties superficielles aux profondes.

Quelques individus ont une grande disposition à être pris de cette affection ; quelquefois on Fa vue renouveler ses attaques, ou avoir des exacerbations régulières à des heures marquées dans la journée.

Les causes de Fophthalmie sont les lésions extérieures des yeux , les coups portés sur ces organes , les plaies qui en attaquent le tissu , Fintroduction des corps étrangers sous les paupières, Fexposition à un vent froid , Fabus des liqueurs fortes , la suppression des évacuations habituelles , une longue exposition à une vive lumière, des travaux exécutés sur de très-petits objets, Fexistence d’un virus dans l’économie. Souvent aussi l’inflammation de l’œil accompagne d’autres maladies, comme la rougeole, la variole, le scorbut, les scrofules et la syphilis.

Sonnini nous apprend que Fophthalmie est une maladie endémique en Egypte, et que les habitans de ce pays ont rarement les yeux en bon état et sans gonflement. Il attribue ce phénomène à l’intensité de la chaleur du climat , et aux molécules d’une poussière âcre et brûlante , que les vents promènent sans cesse dans Fair. Il regarde aussi comme une des causes de la cécité si fréquente au Caire , l’usage de laver habituellement les maisons et les rues : Feau versée, ditil, sur un texTain bxailant et rempli de sels, doit

ï88 pyrexies;

s^’elever en vapeurs âcres , propres à agir sur les yeux.

M. Ptobert Wilson suppose que l’ophthalmie d’Egypte tire son origine des particules de nitre qui se détachent du sol par la force de la chaleur, et dont l’activité , se portant sur l’œil , irrite de plus en plus une partie déjà affectée , et qui ne souffre que trop de l’ardeur du soleil que répercute un terrain aride^.

D’après les meilleurs renseignemens qui nous sont parvenus, cette ophthalmie se manifeste fort peu de temps après le débordement du Nil, ouplutôtau momentmême où ce fleuve rentre dans son lit , pendant qu’il laisse sur les terrains que ses eaux ont couverts , une abondance de limon d’où la chaleur du soleil fait dégager des effluves, qui ont la faculté d’agir sur l’organe de la vue. Probablement aussi que la coutume où l’on est en Egypte de dormir en plein air , accroît l’énergie de cette cause.

Jamais en Angleterre on n’a reconnu l’ophthaîmie pour contagieuse , quoiqu’à plusieurs époques on l’ait vue régner épidémiquement. Il est présumable que l’ ophthalmie ordinaire ne se communique guère d’individu à individu , meme par l’application sur un œil sain de la matière sécrétée par un œil malade. Mais un fait qui n’est point douteux , c’est la contagion de l’espèce qui règne en Egypte , où , pendant la campagne que nous y finies, nos troupes en furent al teintes d’une manière effrayante, en sorte que

* Ih'sio?'}' of the Expedition to Egypt.

ou MALADIES FEBEILES. 189

beaucoup de nos soldats en perdirent la vue. Quelques-uns en étaient encore affectés lors de leur retour en Europe ; ils répandirent la maladie à Malte et à Gibraltar , où ils débarquèrent d’abord, et c’est de là qu’elle parvint jusqu’en Angleterre.

s Je crois donc qu’il est incontestablement établi que l’ophthalmie d’Egypte est contagieuse ; que c’est par la contagion qu’elle s’est introduite chez nous ; que c’est par la même voie qu’elle s’est répandue d’abord et propagée dans le pays où elle a pris naissance. On ne peut néanmoins méconnaître l’influence du climat et des autres circonstances locales sur le caractère général et sur I4 marche de la maladie. Dans presque tous les cas où on a eu occasion de l’examiner en Angleterre , ses symptômes ont paru moins intenses qu’en Egypte, si ce n’est pourtant lorsque les malades habitaient un pays marécageux. Un auteur moderne ^ admet que l’ophthalmie d’Egypte se communique par l’application immédiate, sur un œil sain, de la matière sécrétée par un œil malade, et non point par une véritable contagion, suivant le sens dans lequel on emploie communément ce mot, qui indique une exhalation d’effluves capables d’agir à une distance plus ou moins éloignée du lieu de leur formation. Le docteur Edmonston est absolument du même avis ; il a remarqué que la sphère d’action du principe contagieux de cette phlegm asie était fort

* J. V etch , Account of the Ophthalmia wîch has appeared in. England since the Return of the British Armj'.

ï^o PYREXIES,

bornée, et dans le plus grand nombre des cas qu’il a observés , elle a été le résultat d’une application directe et immédiate^

M. YV^are ne croit point que la maladie qui a régné épidémiquement parmi nos troupes depuis* la campagne d’Egypte doive être appelée ophthalmie d'Egypte il lui donne l’épithete caractéristiqué de purulente que son signe pathogno¬

monique , son principal symptôme , est la formation très-abondante d’un fluide purulent coloré analogue au pus des surfaces ulcérées. Il lui trouve aussi beaucoup d’analogie avec Vophthalmie purulente des nouveau - nés , dont il s’est occupé avec beaucoup de soin Mais , malgré tous les ménagemens que je dois à cet habile oculiste, je ne puis m’empêcher de considérer' les deux maladies comme parfaitement distinctes.

L’ophthalmie ordinaire s’annonce par une sensation analogue à celle que produirait l’introduction de quelques grains de sahle entre les paupières et le globe de l’œil : il survient promptement de la chaleur, de la rougeur, des douleurs aiguës et lancinantes. Bientôt les parties s’engorgent, les vaisseaux de la conjonctive se dilatent ; il semble même s’en développer de nouveaux. Le moindre mouvement du globe de l’œil cause de vives douleurs; l’impression deda lumière est insupportable ; la sécrétion des larmes est augmentée , et

* Account of an Ophthalmia wich appeared în the 2^^ Hegi-' ment of Argyle shire Fencibles in 1802 , etc.

** Remarks on purulent Ophthalmy .

Observations relative to the Eye vol. i. pag. 129 and 3og.

ou MALADIES FEBBILES; igt

leur écoulement au-dehors cause des excoriations sur les joues et le bord des paupières, tant est grande l’âcreté que ce fluide a contractée. Si l’inflammation est très - intense , un mouvement de fièvre l’accompagne. Au bout de quelques jours ces symptômes commencent à perdre graduellement de leur force, et enfin cessent entièrement. Dans quelques cas aussi il s’opère une sécrétion d’un fluide muqueux et glutineux , qui se rassemble en grande quantité vers les angles des yeux , spécialement durant le sommeil. Souvent encore , surtout chez les sujets scrofuleux, l’ophthalmie , qui n’avait d’abord affecté qu’un œil, se porte ensuite sur l’autre.

Sous certains rapports , les symptômes de l’ophthalmie d’Egypte sont évidemment différens de ceux-là. D’abord la membrane muqueuse des paupières paraît être le siège principal de la maladie ; elle se recouvre , dans toute son étendue , d’une exsudation purulente ; ensuite la conjonctive oculaire elle-même fournit une quantité notable de pus, sans pourtant qu’on observe aucun dérangement dans les fonctions de l’organe. La quantité des larmes est également très-considérable ; mais l’impression de la lumière n’est point fort douloureuse. Cet état dure pendant quelque temps sans que le malade se plaigne beaucoup, et sans que l’exsudation purulente soit trèsapparente , à moins qu’il n’y ait dépression de la paupière inférieure. Malheureusement cette espèce de bénignité des premiers symptômes fait qu’on ne pense à combattre la maladie que lors-

igs PYREXIES,

qu’elle est parvenue à un haut degré d’intensité;

Alors les accidens deviennent sur-le-champ très-graves ; le gonflement des paupières est excessif; la quantité du pus est augmentée ; les douleurs sont très-aiguës , et l’œil prend l’apparence qu’il présente dans le chemosis. Le plus ordinairement les douleurs reviennent par paroxysmes périodiques de trois ou quatre heures de durée. Il n’y a pourtant point de trouble général dans les fonctions ; le pouls est un peu plus vif seulement que dans l’état de santé ; à peine quelques indices de fièvre inflammatoire se montrent-ils ; la maladie semble purement locale. Lorsque la formation du pus vient à cesser, il s’élève une foule de granulations de la face interne des paupières , ce qui donne à l’œil un aspect vraiment effrayant. A^rès leur affaissement, la cornée paraît opaque , ou ulcérée, ou couverte de végétations. La terminaison la plus fâcheuse, au reste, est la rupture de cette membrane , qu’on voit arriver quelquefois , et qui est suivie d’une cécité absolument incurable.

Ainsi donc la faculté de supporter l’impression de la lumière , la régularité des paroxysmes de la douleur, le bon état des fonctions de la vie , l’absence d’une fièvre générale , la formation d’une grande quantité de pus peuvent caractériser r ophthalmic^ d’Egypte.

Chez quelques individus la maladie parcourt ses périodes en neuf ou dix jours ; chez d’autres elle dure des mois entiers; mais malheureusement on ne peut point assurer, même après la plus par-

ou MALADIES FEBRILES. igS

faite guérison , qu’une nouvelle attaque ne manifestera point.

Sirophthalmie est légère , et qu’elle ne soit pas le symptôme d'une autre affection , on aura assez de facilité à la combattre. Mais si elle est trèsviolente , si elle dure depuis long-temps , elle entraîne fréquemment à sa suite la formation de népliélions ou de petites taies, un obscurcissement de la vue , ou l’opacité du crystallin. Parfois l’inflammation se termine par une suppuration dans l’intérieur de l’œil ou dans l’épaisseur de la cornée. Si le sujet est scrofuleux ou vénérien, la guérison est souvent très-difficile à obtenir, et se fait attendre long-temps.

Lorsqu’il s’agit de traiter l’ophtlialmie, les distinctions que nous avons admises de cette maladie en idiopathique et en symptomatique , en aiguë et en chronique, deviennent d’une haute 1 importance, et doivent diriger le praticien. Je j vais donc tâcher de déterminer les cas particuliers ! qui rentrent dans l’une ou dans l’autre de ces S espèces.

1 Les médecins qui voient beaucoup de malades j observent de temps en temps des opbthalmies idiopathiques aiguës où l’inflammation de l’œil i est excessive , et qui sont accompagnées d’un

« trouble général dans l’économie, de soif, de chaleur, de fréquence et de plénitude dans le pouls, d’une violente céphalalgie et de la pulsation des jj artères temporales. Ces cas néanmoins sont I rares; quand dis se présentent, on doit recourir j à la phlébotomie, en proportionnant la dose du I. i3

î94 pyrexies;

sang aux indications existantes. Dans les cas les

plus graves , si l’on craint la phrénësie , il faut

ouvrir de préférence la veine jugulaire ou l’artère

temporale.

L’ophthalmie n’est pourtant en général qu’une affection purement locale, accompagnée de peu ou de point de fièvre , en sorte que rarement il est besoin de recourir à la saignée. Il vaut mieux appliquer quelques sangsues autour de l’œil , et en poser de nouveau tant que dure l’inflammation, Si l’on .ne peut point se procurer de sangsues , on mettra aux tempes des ventouses scarifiées. Si l’inflammation persiste et menace de cécité par la formation d’une taie , on pratiquera chaque jour des scarifications avec le tranchant d’une lancette sur les vaisseaux dilatés de la conjonctive , moyen qui produit des avantages marqués, lorsqu’il est employé par une main habile;

11 est presque inutile de faire observer que ; si l’ophthaimie est due à l’introduction d’un corps étranger entre les paupières, comme un grain de sable , de la poussière , des particules de fer ou de quelque autre métal, -les cils euxmêmes, etc. , il faut sur-le-champ chercher à annuler la cause irritante , et préserver l’œil du contact de l’air. On placera le malade dans une chambre obscure , et on lui fera porter un large garde-vue de taffetas vert.

En même temps qu’on pratique la saignée locale on peut administrer quelque purgatif, qu’on répétera tous les trois ou quatre jours , autant

ou MALADIES FÉBRILES, 19'!

qu’on le jugera convenable. Quelques grains de calomélas avec une dose suffisante de jalap , dans une dissolution d’un sel neutre, rempliront trèsbien les vues du médecin à cet égard.

Si l’impression du froid ou la suppression de la transpiration ont causé une ophthalmie , on donnera avec avantage quelque préparation d’antimoine à petites doses ( voyez le chapitre de la Fie^re continue ). Les pédiluves seront également utiles.

On a coutume, dans la vue de s’opposer à la marche de l’inflammation , de se servir de collyres rafraîchissans et astringens, qu’on applique à l’aide d’une œillère ou de morceaux de linge (i), et auxquels on ajoute quarante ou cinquante gouttes de teinture vineuse d’opium ^

(i) Zinci vitriol. « • , . .

Cerussæ acetat . . • • .

Aquæ distillatæ . . . *

M. F. Colly rium,

VEL

X k.a\xdè ammoniac. Acetat . f

VEL

:if Collyrîi ammon. Acet .

Misturæ campliorat . .

VEL

X Alamin. purif. . 55.'

Aqi.i3e Fosse • . • . » • »,♦« §

VEL

Aquæ Rosæ % üj-

" — -r« Lithargyr. acet. ...... §utt.

ââ gr, viij.'

îqS pyrexies,’

quand la douleur est très-vive. Dans ce dernier cas aussi , on peut encore laver fre'quemment les yeux avec la decoction de tètes de pavots. On doit également conseiller Fusage de Fopium à l’intérieur, à la dose d’un quart de grain toutes les quatre ou six heures.

Quelques praticiens, pour mieux combattre la chaleur de l’inflammation, préfèrent employer les collyres à une température tiède ; M. Ware , je crois, est de ce nombre.

L’ ophthalmic aigue est fréquemment accompagnée d’une douleur atroce dans les tempes ; pour soulager alors les malades, un auteur moderne * préconise la teinture de tabac , en fomentation sur le lieu douloureux (i). Il conseille même d’en faire couler quelques gouttes dans l’œil , si les vaisseaux de cet organe sont très-didatés.

Nous avons déjà dit que , surtout pendant le sommeil , les paupières sont exposées à se coller par l’effet de la matière muqueuse qui est exhalée. Pour prévenir cet inconvénient , on insérera le soir, entre elles et l’œil, une petite quantité d’une pommade onctueuse (2). Dans le flux pal-

Edward M . Noble’s Treatise on Ophthalmia, part. ir.

tail ■■ ■ IP ■ ■ II . I , I I . . I ■ ^1- I I — —

(ï) 2f Fol. Nicot. incis. . . . . . tb C.

Camphoræ . . . ,

Spirit. Vin. rectif Aq. distillât. . . ,

{%) 2f Tutiæ præparat. . 5 j.

Unguent. Sperm. Geii , . . $j.

où MALÂBIES FEBBILES'; ïg7

pebral en particulier, Fonguent de nitrate de mercure est un des meilleurs remèdes qu’on puisse employer. Rarement est-il necessaire d’employer les cataplasmes contre l’oplithalmie , à moins qu’elle ne soit purulente ; dans ce cas , on agiterait, dans les blancs de deux œufs, un morceau d’alun, jusqu’à ce qu’il y ait coagulation de Falbumine ; on appliquerait ensuite le coagulum sur l’œil , entre deux pièces de linge fin ou de mousseline. La pulpe froide de pommes de terre ou de navets rapes est aussi fort utile.

Dans Fophthaîmie purulente des enfans , MJ TV are conseille Fusage d’un collyre camphre et astringent (i). Il trouve beaucoup d’analogie entre cette ophthalmic et celle qu’on a nommée gonorrhoïque , et observe qu’elle attaque particulièrement les enfans des femmes qui, au moment de leurs couches, avaient un écoulement âcre par la vagin Lorsqu’elle existe chez les adultes , ajoute cet auteur , elle est très-souvent concomitante d’une blennorrhagie de l’urètre , et , dans les écoles publiques , elle se propage par Fusage

* Remarks on the purulent Ophthalmia^

TEjL

Unguent, Adip. suillæ « 3 j.

Ziüci vitriol. 5 (3.

Page 1