‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climatsChapitre 13 sur 33 · IVI . Capiat cochlear, j infantis bis terve in die · texte numérisé non relu

IVI . Capiat cochlear, j infantis bis terve in die

VEL

Infus. Cinchpnæ . | ij 15.

Tinct Coluinb . ^ , 5 iij.

Rali præpar . . 3 j.

M. Cochl. \ bis die sumendum.

196 cachexies;

combinées avec le quinquina et les ferrugi-»

neux (i).

On pourra aider leur effet par des frictions faites tous les jours sur le rachis, l’abdomen et les membres , de même que par les bains froids, mais seulement après la disparition de la tuméfaction.

Quand l’atrophie se déclare à la suite de l’allaitement, les indications à remplir consistent à réparer les forces diminuées , à donner du ton aux poumons , à apaiser la fièvre qui peut exister. La première chose à faire , dans tous les cas , est de sevrer l’enfant immédiatement , et de nourrir la mère avec du lait , des bouillons , des gelées , du sagou , des blancs-mangers , du salep , des préparations de cassave ou 'de tapioca, des œufs et des viandes légères. L’usage modéré du vin est également avantageux. On secondera le succès d’un régime aussi restaurant avec le quinquina et les amers , unis à l’acide sulfurique , à la myrrhe et aux ferrugineux.

Si l’affection des poumons paraît de nature inflammatoire , que le pouls soit dur et la respiration gênée, qu’il y ait une douleur fixe dans quelque point du thorax, une évacuation de sang, à

^i) Rubig. Ferri . , / . gr. \]ad\.

Pulv. Colamb . gr. viij.

M. F. Pulvis inanè et vesperc capiendus,

VEL

X Pulv. Cincbonæ .... ..... gr. xad 9 j.

Ferri vitriol. . gr. j. ad iij.

F. Pulvis pro dos. bis in die repetendus.

cachexies;

la dose de trois ou quatre onces , au moyen des sangsues appliquées le plus près possible du lieu douloureux ^ devient nécessaire ; mais dans le cas où ces divers symptômes n’existeraient point , il faudrait se contenter d’appliquer successivement des vésicatoires autour de la poitrine. Au reste, toutes les fois qu’il y a quelque signe d’inflammation , il faut s’en tenir à la diète lactée et végétale , et supprimer le quinquina et les autres médicamens , à l’exception des laxatifs, du nitre, et du tartrate de potasse et d’antimoine donné à doses assez fortes pour procurer des nausées.

Quand la fièvre revient par accès, on doit chercher à prévenir le retour de ceux-ci par les moyens que nous avons indiqués en traitant des fièvres intermittentes et rémittentes *.

De la Consomption ou Phthisie pulmonaire.

( Phthisis pulmonaris. )

Cette maladie est caractérisée par l’expectoration d’une matière purulente venant des poumons , par l’émaciation générale , la faiblesse , la fièvre hectique , et une toux qui est surtout insupportable vers le matin.

Les causes prédisposantes de la phthisie pulmonaire sont très-nombreuses : elle dépend cependant le plus généralement d’une disposition

* Nous traiterons de l’atrophie des enfans en sevrage , dans le chapitre consacré aux maladies du premier âge.

** Etymologie, , consuma.

îgS CACHEXIES,

héréditaire, dhme mauvaise conformation, re» connaissable à la longueur du cou , à la saillie des omoplates , à Tëtroitesse de la poitrine ; d’une diathèse scrofuleuse , indiquée par la finesse et la blancheur de la peau , par la teinte claire des cheveux, par la fraîcheur jiu teint , par l’épaisseur de la lèvre supérieure^ par une voix faible et par une grande sensibilité. Elle succède aussi à certaines maladies , comme le catarrhe des bronches, Finflammation des poumons, l’hémoptysie , la variole , la rougeole , la syphilis , etc. L’exercice de certaines professions où les ouvriers sont exposés à la poussière , en détermine '' souvent la formation; les aiguiseurs d’aiguilles'^, les tailleurs de pierres, les meuniers, etc. , y sont très-sujets , de meme que les artisans qui respirent un air chargé de vapeurs métalliques ou irritantes. Les passions violentes , les affections de l’esprit, le chagrin, finquiétude , les revers, une trop longue application à l’étude , le défaut d’exercice , le jeu des instrumens à vent , les débauches répétées , les veilles prolongées, l’abus des liqueurs fortes, les évacuations excessives et long-temps continuées, comme la diarrhée, le diabètes , la leucorrhée et les ménorrhagies, le coït immodéré , fallaitement chez une femme faible ,

* Dans le premier volume des Mémoires de la Société médicale 5 le docteur Johnson rapporte que les personnes dont l’occupation est de faire la pointe des aiguilles sur une meule sèche, sont très-exposées aux maladies des poumons , et parviennent rarement à l’âge de quarante ans.

CACHEXIES. igg

peuvent également produire la phthisie pulmonaire. Souvent elle dépend de Faction du froid , comme cela arrive quand on quitte trop tôt ses habits d’hiver , quand on garde sur soi des vêtemens mouillés , quand on couche dans des lieux humides , quand on s’expose subitement à des courans d’air frais pendant que le corps est échauffé, en un mot , toutes les fois qu’on met quelque obstacle à ce que la transpiration cutanée se fasse convenablement.

Le docteur Wilson * regarde l’humidité de l’air comme une cause fréquente de la phthisie , en raison du relâchement et de l’atonie qu’elle produit dans l’économie ; et même on attribue à son influence la multiplicité des phthisiques qu’on observe en Hollande , circonstance qui , à mon avis , n’est point encore suffisamment prouvée , puisque M. Cogan , cité par Beddoes , après avoir , pendant plusieurs années , pratiqué la médecine dans ce pays, trouve que la toux et les rhumes y sont bien moins communs qu’en Angleterre : on prétend aussi que la consomption pulmonaire est bien plus rare dans les endroits marécageux du Lincolnshire que dans les terrains élevés de la même province.

Quant aux causes immédiates ou occasionnelles les plus ordinaires de la maladie , ce sont l’hémoptysie , la pneumonie qui se termine par suppuration, les catarrhes bronchiques , la rougeole, l’asthme , et surtout les tubercules.

On a cherché à connaître la raison qui rend

* Treatise on febrile Diseases , vol, lY.

aoo CACHEXIES,

aujourd’hui plus commune qu’autrefois cette fâcheuse maladie et plusieurs autres. Quelques personnes pensent qu’en Angleterre cela dépend de l’usage habituel du charbon de terre au lieu de bois, avec lequel on se chauffait anciennement. Mais les grandes et brusques variations de température auxquelles ce pays est exposé , me paraissent en être la véritable cause , surtout si on fait attention au soin avec lequel les appartemens vsont clos et chauffés, et à la légèreté des vêtemens étroits que portent les femmes à la mode. Les inventions ingénieuses du comte de Rumford , et de quelques autres philanthropes , sont sans doute très-belles sous le point de vue économique , mais il ne convient pas toujours d’être si bien chauffé pour sa santé : la différence de température est trop grande en hiver entre l’air intérieur et l’air extérieur ; quand nous sommes dehors, la trachée-artère et les bronches sont, pour ainsi dire , engourdies par le courant d’air froid qui les traverse sans cesse , et , lorsque nous entrons dans les maisons , le sang se porte avec violence dans les vaisseaux de ces parties ; c’est à peu près le même effet que celui qui a lieu quand nous approchons du feu nos mains saisies par le froid ; aussi éprouvons-nous une sensation d’ardeur dans les environs de la gorge , et bientôt tous les symptômes d’un catarrhe pulmonaire commençant.

Je crois qu’on peut regarder, comme une cause de la prédominance actuelle de la phthisie pulmonaire , la multiplicité des affections scrophu-

' cachexies: 201

îeuses ; aussi rencontrons - nous beaucoup plus de phthisies tuberculeuses que d’autres. En effet, la disposition aux scrophules étant héréditaire , elle se développe tôt ou tard , et le plus souvent dirige ses attaques ou sur les ganglions lymphatiques extérieurs, ou sur ceux des poumons, où se développent alors des tubercules dont la suppuration et r ulcération entraînent la phthisie.

On ne peut nier au reste que , dans le courant du dernier siècle, le nombre des personnes mortes de phthisie , dans la Grande-Bretagne, ne soit beaucoup plus considérable qu’au par avant ; et , d’après les calculs de YEilL"Woolcoml>e dans ce royaume , le nombre des victimes de la maladie est de cinquante-cinq mille par année , sur une population de onze millions d’individus.

Dans le Levant, la phthisie pulmonaire est regardée comme une maladie contagieuse , nonseulement par le peuple, mais encore parles médecins ; et dans l’Etat de Yenise , une loi ordonne de brûler les habits et les meubles de ceux qui en sont morts. Il ne paraît cependant pas que cette opinion soit fondée ; au moins elle n’existe point parmi nous ; mais nous ne pouvons nous empêcher d’admettre que la phthisie règne souvent dans telle ou telle famille, soit parce que les individus y sont exposés aux mêmes causes occasionnelles , soit par l’effet d’une analogie de constitution ou d’une prédisposition héréditaire. Je ne conçois qu’un seul cas dans

* Remarks on the progressive Increase ôf Consumption , efjc^

202 CACHEXIES,

lequel Faffection puisse se communiquer immédiatement d’une personne à une autre ; c’est lorsqu’on partage le lit d’un phthisique parvenu au dernier degré , qui s’épuise par une expectoration fétide ou par des sueurs d’une odeur cadavéreuse , et dont on aspire ainsi les émanations délétères. J’ai eu occasion d’observer deux ou trois fois cette circonstance. Le docteur Heberden remarque à ce sujet qu’il n’a point rencontré assez de cas propres à prouver que l’haleine des phthisiques soit contagieuse, pour adopter cette opinion , mais que cependant il a vu plusieurs individus mourir de cette maladie après avoir long temps vécu avec des personnes qui en étaient atteintes. On doit d’après cela conseiller d’éviter les liaisons intimes avec les phthisiques arrivés à un degré avancé.

On présume que la cause prochaine de la maladie est un ulcère dans les poumons.

Les premiers sympl:ômes de la phthisie pulmonairent varient suivant la nature de la cause qui l’a produite. Lorsqu’elle provient de la formation de tubercules , elle commence par une toux sèche et courte, qui, avec le temps, devient habituelle , mais qui n’est d’abord suivie que de l’expuition d’un mucus épais, lequel semble partir de la gorge. La respiration est en meme temps légèrement génée , et, au moindre mouvement, elle devient très-précipitée ; il y a constriction de la poitrine , avec sentiment d’oppression; le ma-

* Commentaries on the History and Cure oy Diseases,

CACHEXIES. 2o3

lade maigrit de jour en jour ; il devient faible et languissant , au moral comme au physique ; Tappëtit est nul.

Cet état dure quelquefois un temps considérable , sans autre inconvénient que de donner une sensibilité extrême pour le froid, même léger, qui occasionne une toux plus forte et plus vive , surtout pendant la nuit, laquelle procure une expectoration marquée , plus facile et plus abondante vers le malin. Mais la matière des crachats devient par degrés plus visqueuse et plus opaque, elle prend une teinte verdâtre et une apparence purulente, et souvent elle est mélangée de fdets de sang. Dans quelques cas il se déclare une hémoptysie véritable , et le malade rend par la bouche une quantité considérable de sang écumeux et vermeil.

Ensuite la respiration devient plus difficile , Fémaciation et la faiblesse font des progrès rapides ; une douleur se déclare dans un point du thorax , le plus ordinairement sous le sternum d’abord , et surtout pendant les accès de toux.

Dans une période encore plus avancée, la douleur se porte sur Fun des côtés , et est parfois assez intense pour empêcher le malade de se coucher sur ce côté ; mais le plus souvent elle ne se fait ressentir que pendant la toux ou dans les profondes inspirations. Quelquefois aussi, même sans qu’il existe aucune douleur , les phthisiques ne peuvent point se coucher sur tel ou tel côté, sans éprouver un accès de toux ou de dyspnée considérable.

2o4 CACHEXÎËS?

Dans les premiers momens, souvent le pouls ne présenté aucune alteration , ou bien il est seulement un peu plus petit et plus frequent que de coutume. Mais lorsque les symptômes que nous venons d’énumërer ont subsiste pendant quelque temps , il devient plein , dur et précipité. En même temps la face se colore, surtout après les repas ; une chaleur brûlante établit son siège dans la paume des mains et à la plante des pieds ; la respiration devient difficile et laborieuse ; il y a chaque soir des exacerbations sensibles , et la fièvre hectique se déclare véritablement.

Cette fièvre est évidemment de l’espèce des rémittentes, et a deux paroxysmes par jour; le premier arrive à midi , avec légère rémission vers cinq heures du soir; le second, toujours plus intense , se déclare peu après cet instant , augmente graduellement jusqu’après minuit, diminue vers deux heures du matin, et cesse avec le lever du jour. Pendant la durée des paroxysmes , on est très-sensible à la fraîcheur de l’air , et fréquemment , quoique la peau soit brûlante , on se plaint d’une sensation de froid.

Dès le moment où la fièvre hectique paraît , l’urine est fort colorée et dépose un sédiment briqueté abondant, L’appétit cependant n’est point très-diminué , la langue paraît nette , la bouche est assez ordinairement humide, et la soif n’est point très-forte. Mais à mesure que le mal fait des progrès, la gorge semble s’enflammer, et se couvre d’aphthes , et les vaisseaux rouges de la membrane conjonctive deviennent d’un blanc

CACHEXIES. 2o5

de perle. Pendant les redoublemens, chaque joue offre une tache rouge circonscrite ; quelquefois neanmoins la face est pâle et la physionomie un peu ahaltue.

Au de'hut de la fièvre hectique aussi il y a constipation, mais la diarrhée ne tarde point à survenir, et règne à des intervalles très-rapprochés dans le reste de la maladie. Elle alterne avec des sueurs colliquatives , qui ne contribuent pas moins qu elle à faire tomber le malade dans la prostration la plus grande.

Dans la dernière période, les phthisiques sont si maigres, qu’ils ressemblent à des squelettes ambulans ; la physionomie est altérée , les pommettes deviennent saillantes, les yeux s’enfoncent et perdent leur vivacité, les cheveux tombent , les ongles prennent une teinte livide et se courbent en crochets , un gonflement œdémateux s’empare des pieds ; mais les facultés intellectuelles semblent rester intactes , et le malade conserve de la confiance et de l’espoir jusqu’à la fin , circonstance heureuse , qui lui permet de de former, sur le bord même du tombeau, des projets de félicité pour l’avenir.

Un peu avant la mort , les membres se refroidissent, ou un léger délire se déclare, et ne cesse qu’avec la vie.

Gomme on peut prendre facilement pour une matière purulente le mucus qui est rejeté par l’expectoration , ce qui conduirait à déclarer phthisiques des individus qui ne le sont point réellement, il paraît utile de posséder la corn

SoG CACHEXIES,

naissance d’un caractère qui puisse faire distinguer le pus du mucus. Les médecins sont rede~ vables de la découverte de cecaractère àM. Charles Darwin, voici le moyen qu’il emploie :

Il faut faire dissoudre la matière expectorée dans de l’acide sulfurique et dans une solution d’alcali caustique , en ayant soin d’ajouter ensuite de l’eau pure aux deux produits. Un léger précipité dans chacun d’eux annonce d’une manière certaine la présence du pus ; si le précipité manque dans l’un ou dans l’autre, la substance essayée est du mucus.

Le meme médecin a reconnu aussi que le muriate de mercure coagulait le mucus et non pas le pus.

M. Everard Home , dans une dissertation sur les caractères du pus , nous donne également un moyen de distinguer cette matière du mucus animal. Suivant lui le pus a la consistance de la crème , sa couleur est blanchâtre, sa saveur fade. Froid, il est inodore ; chaud , il a une odeur spéciale. Examiné au microscope, il paraît composé de globules à moitié opaques et d’un fluide transparent, incolore , susceptible d’etre coagulé par le muriate d’ammoniaque. Sa pesanteur spécifique est plus grande que celle de l’eau. On peut le dessécher entièrement sans qu’il se coagule. Il se putréfie difficilement , se dissout avec peine dans l’eau froide , et se mêle assez bien à l’eau chaude , dont il ne se sépare point par le refroidissement. Le mucus et toutes les combinaisons chimiques des matières animales paraissent au mi-

CACHEXIES.

croscope formes de flocons, remarque faite pour îa première fois par M. John Hunter.

La consomplion pulmonaire doit être considérée dans tous les cas comme une maladie trèsdangereuse , et plus particulièrement quand elle provient de la formation de tubercules dans les poumons, que lorsqu’elle se déclare à la suite d’une hémoptysie ou d’une vomique. Dans ce dernier cas le péril est plus grand quand l’accès s’ouvre à l’intérieur , et donne naissance à une empyème , que lorsque le pus est évacué par la bouche , car alors la mort peut arriver subitement. Au reste le danger est imminent généralement quand il existe des symptômes marqués de fièvre hectique ; quand il y a fétidité de l’expectoration, grande émaciation et extrême faiblesse , des sueurs colliquatives , et de la diarrhée. Cette maladie a, dans plusieurs cas , paru considérablement retardée dans sa marche , par la gestation ; et quelquefois , mais plus rarement, par une attaque de manie.

I.es altérations organiques que l’on rencontre^ le plus .fréquemment dans les cadavres de ceux qui sont morts de phlhisie , sont des tubercules dans la substance cellulaire des poumons. Ces petites tumeurs ont l’apparence de ganglions lymphatiques engorgés ; elles sont de différentes grosseurs, et souvent racérniformes. La dureté , de ces tubercules est ordinairement en proportion de leur volume , et quand on les ouvre , ils offrent une couleur blanche et une consistance cartilagineuse. Quoique indolens d’abord , ils

2o8 cachexies.

s’enflamment à la longue , et. enfin se changent en de petits abcès ou vomiques qui , venant à s’ouvrir dans les bronches , donnent lieu à des crachats purulens , et amènent ainsi évidemment la phthisie.

Ces tubercules sont le plus souvent situés à la partie supérieure et postérieure des poumons ; mais dans quelques cas ils en occupent le côté extérieur, et alors il s’établit des adhérences de la plèvre.

Dans les circonstances peu graves, il n’y a seulement qu’ environ le quart de la partie supérieure et postérieure des poumons qui paraisse affecté; mais quelquefois la vingtième partie de ces organes paraît à peine capable d’accomplir la fonction qui leur est confiée , et cependant la vie a été long-temps avant de s’éteindre. Une observation singulière , confirmée par les recherches des anatomistes , c’est que le lobe gauche est plus souvent affecté que le droit.

L’expérience ayant appris aussi que c’est seulement dans les premiers momens , que les remèdes peuvent être employés avec succès contre la phthisie , nous devons porter la plus grande attention dans l’examen des symptômes, au moment où ils se déclarent.

Quand une hémoptysie survient chez une personne disposée à la phthisie, ou chez un individu issu de parens phthisiques , nous devons tacher autant que possible d’empêcher l’ulcération, soit en modérant l’hémorrhagie, soit en prévenant son retour, et continuer l’emploi de ces moyens

CACHEXIES. 209

et de ces précautions au-delà même de l’époque à laquelle la phthisie se montre ordinairement funeste ^ c’est-à-dire, entre la vingtième et la trentième année.

La phthisie, qui paraît devoir arriver à la suite d’une inflammation des poumons qui tend à se terminer par suppuration , doit seulement être prévenue en continuant les moyens qui procurent la résolution d’une telle inflammation , comme nous l’avons dit au sujet de la péripneumonie.

Quand une personne prédisposée à la phthisie, ou née de parens qui avaient la même disposition, étant parvenue à l’âge de vingt ans environ, est attaquée, dans le printemps ou dans l’été, des symptômes quj^énotent le début de la maladie, quand même il^^raient très-légers , nous avons de justes motifs d’appréhender que des tubercules ne se forment ou ne soient sur le point de se former dans les poumons. Nous devons donc faire tous nos efforts pour prévenir leur formation, ou procurer leur résolution.

Pour remplir ces indications , il* faut insister avec persévérance sur les moyens antiphlogistiques , comme la saignée , les doux laxatifs , et l’usage d’un régime maigre.

L’efficacité du premier de ces remèdes , la saignée, a cependant , depuis longues années, donné lieu à bien des discussions , et est singulièrement contestée. Quant à moi, j’admets facilement que la saignée et les autres moyens antiphlogistiques aient pu autrefois avoir été portés beaucoup trop loin dans plusieurs cas ; mais

il est certain qne , depuis quelque temps , le système opposé a conduit à un excès également préjudiciable.

Dans la première période , ou la période inflammatoire de la phthisie , quand le malade se plaint de difficulté de respirer, avec douleur dans la poitrine ou le côté , qu’il est tourmenté pendant la nuit de vives chaleurs et d’insomnie, qu’il a le pouls dur et serré , qu’il tousse beaucoup , sans aucun doute la saignée peut être d’une grande utilité , pourvu que la quantité de sang évacué soit proportionnée à la force et au tempérament de l’individu et à l’intensité des symptômes ; mais si l’on y a recours pendant la période d’ulcération, quand les cmchats sont devenus puFulens , et quand il e^le une grande faiblesse et des sueurs nocturnes , surtout si l’on répète fréquemment l’opération , même en tirant le sang en petite quantité chaque fois, comme on le pratiquait autrefois, il doit évidemment en résulter les conséquences les plus funestes. Aune époque peu avancée , on peut avoir en vue de procurer la résolution des tubercules enflammés; mais lorsque la phthisie est confirmée, cet espoir est absolument détruit.

Pendant la période inflammatoire , on pourra conseiller , avec les antiphlogistiques , les doux laxatifs, s’il y avait tendance à la constipation. C’est dans le même but qu’il sera nécessaire de faire une attention convenable au régime, qui devra consister en aîimens , nourrissans à la vérité , mais de facile digestion , comme les prépa-

CACHEXIES. 2ÎÏ

rations des différens farineux avec le lait , les lëgumes et les fruits de diverses espèces , les œufs poches , les légers puddings , les gelées et les bouillons de viande; les crustacés et les coquillages, mais plus particulièrement les huîtres, les homars, les crabes , les langoustes et les écrevisses peuvent aussi convenir. Quand les symptômesne sont que légers, et que le malade ne peut point se passer d’une nourriture animale , il est possible qu’on la lui permette jusqu’à un certain point. Toutes les liqueurs fermentées ou spiritueuses doivent être évitées.

Le lait est un remède très-puissant dans la phthisie. On préfère ordinairement celui d’ânesse, mais on ne peut pas toujours s’en procurer ; en outre , on en prend généralement trop peu à la fois, et cependant, pour en obtenir quelque effet, il faudrait qu’il entrât pour beaucoup dans le régime du malade, qui, au lieu d’en boire seulement la moitié d’une pinte anglaise soir et matin , comme cela est communément pratiqué , devrait en prendre au moins quatre fois par jour avec un peu de pain , de manière à en composer une espèce de repas,

S’il arrivait que le lait eût un effet purgatif, on y ajouterait un peu de poudre préparée de pinces d’écrevisses , ou une petite quantité de conserve de roses rouges.

11 est généralement reconnu que l’usage longtemps continué du lait de femme est meilleur que celui de tout autre lait pouiTes personnes phthisiques; rnais^ comme on ne peut jamais en obtenir une

212 CACHEXIES.

quantité suffisante, on est presque toujours obligé

de le remplacer par du laitd’ânesse ou de vache.

Ce dernier , quoique moins facile à digérer qne celui d’ânesse ou de jument, peut être rendu plus léger par le repos et par la soustraction de la crème.

Dans les cas de phthisie commençante , le lait de beurre a fréquemment procuré de grands avantages. Pour que Fèstomac puisse le supporter aisément , il faut d’abord en donner de petites quantités à la fois, et en augmenter graduellement la dose.

Pour faire en sorte de prévenir l’inflammation des tubercules dans les poumons , il est nécessaire que le malade évite toutes les causes d’irritation dirigées contre la partie affectée, comme un exercice violent de la respiration, le jeu des instrumens à vent, les longues et fortes déclamations , le séjour dans des lieux habités par plusieurs personnes , dont l’air, par cela même, devient à la longue très-impropre à la respiration , particulièrement pour ceux dont les poumons sont déjà dans un état évident de faiblesse et d’irritation ; il doit, soit en lisant ou en écrivant, éoit en se livrant à ses occupations habituelles , ne jamais prendre une position qui puisse comprimer la poitrine et en rétrécir la capacité. Il doit aussi se refuser à toute espèce d’exercice du corps qui demande beaucoup de mouvement, et surtout bien prendre garde au froid, qui ne manque jamais de faire affluer une grande quantité de sang aux poumons e t aux viscères intérieurs.

CACHEXIES. 2r3

Dans la vue d’empêcher toute suppression de la transpiration cutanée, par cette dernière cause, ij devra porter un gilet et des caleçons de flanelle immédiatement sur la peau , et des bas de coton ou de laine, ce qui peut paraître un peu incommode d’abord; mais on s’y accoutume bientôt, et, à la fin , on a même de la peine à s’en passer.

Si le malade ne peut pas endurer la flanelle sur la peau, il essaiera le calicot, plus propre que le linge à entretenir le corps dans une température uniforme , et à garantir de Faction du froid extérieur.

Si la position du malade lui permet , à l’approche de l’hiver , de se rapprocher de quelque pays tempéré , et d’aller soit à Lisbonne , soit à File de Madère , ou en Italie , ou dans le midi de la France , il doit le faire ; mais , vers l’été , il choisira un séjour dans une contrée plus septentrionale , ou retournera dans sa patrie.

Une femme , célèbre par ses écrits ^ , assure qu’elle est convaincue par expérience que plusieurs phthisiques pourraient sauver leur vie , en allant par mer à Livourne et en passant l’hiver à Pise , évitant ainsi les grands voyages par terre , et surtout le passage des Apennins et des Alpes , ce que l’on fait pourtant très-fréquemment, dans la vue de passer les mois d’été en Suisse , un des climats les plus variables de l’Europe. Elle pense que , dans les maladies de poitrine , Pise doit mériter la préférence sur Nice , Massa , Florence, Rome ou Naples, et même surtout

* Starke s Letters , voL ii, 261.

^l4 CÂCHEXlKS:

autre endroit de l’Europe , depuis le commencement d’octobre jusqu’à la fin d’avril. On lui avait conseillé de se rendre par terre en Italie , et , conséquemment, elle traversa la France. Nice lui avait été recommandé comme le meilleur séjour d’hiver, et elle passa plusieurs mois dans cette ville : mais l’expérience l’eut bientôt convaincue qu’elle aurait pu choisir une meilleure habitation ; de longs voyages par terre sur le continent, sont, pour les phthisiques, des épreuves dangereuses , car il est à peine possible à un malade de dormir dans une auberge hors d’une grande ville , sans souffrir beaucoup. Elle engage donc les phthisiques et les malades en général à aller en Italie par mer sur un vaisseau destiné pour Livourne , et à passer l’hiver à Pise.

Si les occupations du malade ne lui permettent pas de se rendre dans un climat plus chdüd , il doit tâcher dé passer l’hiver dans quelque endroit bien sec et à l’abri des vents froids , où l’air soit pur et le sol arénacé.-Les vallées tempérées et abritées du Devonshire, et d’une partie de la Cornouaille , offrent ce que l’on peut désirer en ce genre. Si l’on a fixé sa résidence dans une grande ville , ou dans tout autre endroit où l’air est renfermé , il faudra ne rien négliger pour la quitter.

On doit, en outre , prendre tous les jours un exercice modéré en voiture , ou , ce qui vaut encore mieux , à cheval. De cette manière , on pourra faire , pendant le be'au temps , de petites courses à la campagne , ce qui procurera de la

CACÎÏEXIES. 2i5

galêté et contribuera à dissiper toute idée somlore , surtout si , eu même temps , on se livre à quelque occupation.

C’est dans cette intention que, tous les ans, on envoie des phthisiques aux eaux chaudes de Bristol , qui sont vantées depuis long-temps pour leurs bons effets dans les affections chroniques de la poitrine ; mais, à mon avis, elles ne méritentaucunement le crédit qu’on leur accorde, car pendant le long séjour que j’ai fait en ce lieu ou dans ses environs, je ne puis me rappeler qu’un seul individu attaqué d’une phthisie confirmée , ait éprouvé un soulagement marqué.

Je suis tout disposé à croire que plusieurs personnes atteintes de cette maladie ont retiré du soulagement d’un séjour aux eaux de Bristol; mais cet effet ne devrait pas leur être entièrement attribué : l’exercice du cheval , auquel on se livre chaque jour, sur une colline bien aérée, où les vues les plus belles et les paysages les plus riches s’offrent à l’œil de tous côtés, la salubrité de l’air et celle du pays même , les divertissemens multipliés qu’on y rencontre , sont indubitablement des secours bien plus puissans. Les lieux publics occupent l’esprit des convalescens , et servent à le tenir dans un état d’activité analogue a celui où l’exercice met le corps , en sorte qu’ils préviennent toute tendance aux réflexions tristes.

L’ôpinion que j’ai -émise sur l’efficacité des eaux de Bristol, ne paraît cependant s’accorder aucunement avec celle d’un médecin qui a publié, il y a 'quelque temps, une dissertation sur leurs

i2ï6 CACHEXIES,

propriétés chimiques et médicinales*. En parlant de- la phthisie pulmonaire, il prétend que Futilité dhm voyage à Bristol , entrepris tandis que la guérison est encore praticable , est prouvée chaque année par des centaines d’exemples, la maladie étant prévenue , dans plusieurs cas, ou suspendue et adoucie dans d’autres.

Au reste , suivant lui , l’eau de Bristol paraît formée des principes suivans, dont les proportions sont indiquées pour une mesure de quatre pintes ou de23i pouces.

Muriate de magnésie . . 7 1/4 grains.

- de soude .... 4

Sulfate de soude . . . . n i/4

- de chaux .... .11 3/4

Carbonate de chaux . . . i3 1/2

Faisant ensemble de matière solide . 7 . . . . 4? ^/4 grains.

Gaz acide carbonique . . 3o pouces cubiques. Air respirable . 3

Faisant ensemble de fluides gazeux . 33 pouces cubiques.

Quant aux prétendues qualités antiphthisiques de ces eaux , il existe une grande diversité d’opinions, et plusieurs médecins ont nié qu’elles possédassent plus de vertus que l’eau simple.

D»’ Carrîck^s Dissertât, on the chemical and medical Prop&r^ ties of the Bi'islol Hot-well TH ate r.

CACHEXIES. 217

• Le docteur Saunders pense que, quoiqu’elles soient loin de guérir la phthisie , cependant elles en allègent les symptômes les plus pénibles. Il observe qu’elles sont particulièrement efficaces, en cela qu’elles modèrent la soif, la chaleur sèche et brûlante des mains et des pieds , les sueurs partielles qui arrivent pendant la nuit, et les symptômes de la fièvre hectique ; qu’ainsi donc , dans les premières périodes de la phthisie , elles peuvent contribuer û rétablir la santé, et de plus, dans les derniers momens, procurer un grand soulagement, alors même qu’on a déjà perdu tout espoir

Les courts voyages sur mer ont été fortement recommandés aux phthisiques , dans l’idée que la navigation était , de tous les modes d’exercice et de transport , le plus doux et le plus régulier. Les bons effets produits par ces voyages paraissent dépendre cependant principalement de la pureté de l’air sur la mer , et , assez probablement , des vomissemens que les personnes peu accoutmuées à être à bord d’un vaisseau , éprouvent ordinairement.

L’escarpolette est une autre espèce d’exercice très- vantée contre la phthisie. L’emploi de ce qu’on appelle les cloches muettes peut être aussi de quelque utilité

* Treatise on minerai JV aters ^ 125.

En Angleterre , on nomme cloches muettes ( dumh tells ) une sorte d’exercice hygiénique assez connu généralement , et qui con-

ÜtS CACHEXIES.

Pour prévenir l’inflammation des poumons 7 et empêcher que les tubercules ne viennent à suppuration , l’application d’un vésicatoire est de la plus haute importance , surtout si on fait usage de ce moyen d’une manière permanente , et qu’on le transporte de la région sternale au côté, et du côté à la région sternale , toutes les fois que l’évacuation cesse d’être abondante. On place fréquemment encore des cautères ou un séton sur le côté , ou entre les épaules ; et , dans les cas de phthisie commençante , ils produisent quelquefois un bon effet. Les saignées locales, au moyen des sangsues et des ventouses , pourraient également être employées avec avantage dans cette période de la maladie. I.es vésicatoires et les saignées procurent surtout du soulagement dans le cas où il y a une douleur fixe au sternum ou dans un des côtés , et lorsque la toux vient à l’augmenter d’une manière marquée.

Sur la recommandation du docteur Beddoes , les divers gaz ont, depuis quelques années, été employés dans les premières périodes de la phthisie , et il ne faut point douter qu’ils ne soient des remèdes fort utiles ; mais leurs vertus ayant été beaucoup exagérées , leur réputation s’est bientôt altérée, et ils ont été promptement remplacés. L’oxygène, mitigé par l’hydrogène, et quelques autres fluides aériformes , combinés

siste à faire exécuter aux malades dilFérens mouvemens des bras , pendant que les mains supportent chacune une masse de plomb assez lourde.

cachexies: 219

avec le gaz acide carbonique , sont ceux qui ont ëtë principalement employës. L’air d’une chambre peut facilement être imprègne de ces gaz ; au moyen de l’appareil inventé par M. ^V'att , de Birmingham.

Quand il y a quelque difficulté à se procurer l’appareil et les matériaux convenables , pour obtenir le plus rapidement et le plus avantageusement possible les fluides aériformes, on consultera avec fruit l’Essai de Tiberius Cavallo, sur les propriétés médicales des airs factices , dans lequel on trouvera des moyens de remplacement.

« Dans l’oxygène,» observe très-judicieusement cet auteur, « nous avons un stimulant particulier dont l’activité peut être rendue moins grande par un mélange avec différentes proportions, d’air atmosphérique. A l’état de pureté ou à peu près , il excite puissamment la vitalité suspendue, et quand il est étendu d’une quantité considérable d’air atmosphérique , il devient un doux stimulant qui , en donnant de la force aux différentes parties du corps, du ton aux solides, et de l’énergie aux fluides , efface fréquemment les causes de la maladie.

» L’usage du gaz azote et des différentes espèces de gaz hydrogène , produit une diminution de l’irritabilité de la fibre animale , et devient ainsi utile dans les maladies qui dépendent d’un ‘accroissement de cette irritabilité , comme les inflammations, les diverses toux, les spasmes , etc. Dans le gaz acide carbonique, nous pos-

f220 CACHEXIES,

scdons un puissant antiseptique , et , dans certains cas, un résolutif d’une efficacité remarquable.

» L’usage de l’oxygène pur doit être borné à l’excitation des puissances vitales endormies , et par conséquent on doit y recourir dans les cas où les enfans semblent morts en naissant , dans ceux d’asphyxie par submersion , par les vapeurs du charbon , par un air impur, etc. , toutes les fois qu’on suppose une possibilité de rétablissement.

» Excepté dans ces cas, la respiration de l’oxygène pur, ou à peu près pur, est presque toujours suivie de symptômes défavorables, comme une chaleur plus que naturelle, particulièrement vers la région des poumons, une accélération dans les mouvemens du pouls , de l’inflammation, etc. , symptômes qui se manifestent après un usage plus ou moins long du gaz, suivant son degré de pureté , et selon la constitution particulière de celui qui en fait l’essai.

» Mais quand l’oxygène est mitigé avec de l’air commun , dans la proportion d’un huitième, et même d’un vingtième , il devient alors un remède utile , qui donne du ton , de l’élasticité et de la consistance aux fluides aussi bien qu’aux solides , et qui , par suite , accélère la circulation languissante , rétablit l’énergie des organes de la digestion , favorise les sécrétions , donne de la vigueur aux constitutions affaiblies, et aide la nature dans l’expulsion des mauvaises humeurs, et des autres causes occultes de maladies.

. Après avoir fixé avec soin le but général que

CACHEXIES. 221

l’on se propose , en ayant recours à l’emploi médical des gaz, nous pouvons facilement régler l’étendue de nos espérances d’après les lois delà raison et de l’expérience. L’idée de trouver en eux un remède capable de guérir la phthisie dans ses diverses périodes , doit être abandonnée , et l’espoir de consolider les ulcères intérieurs s’évanouira naturellement. Le séjour dans une atmosphère peu oxygénée diminue en effet indubitablement l’irritabilité de la fibre, ce qui favorise la cicatrisation de certains ulcères, mais aucunement celle des ulcères intérieurs ; bien plus , dans quelques cas, il produit même un effet contraire. L’usage de l’oxygène est très-avantageux dans plusieurs des maladies que l’on appelle nerveuses, et, sans aucun doute , il a donné de la force et de la vigueur à des personnes affaiblies ou émaciées ; mais il serait absurde d’attendre qu’il se montrât utile dans les cas d’émaciation et de faiblesse, lorsque ces phénomènes sont produits par des causes qu’il peut plutôt cacher que suspendre dans leur action. »

J’ai une seule remarque à ajouter à ces observations judicieuses ; la vérité en est démontrée aujourd’hui par des expériences répétées ; c’est que la confiance accordée par certains praticiens aux atmosphères artificielles , paraît entièrement abandonnée.

La vapeur de l’éther sulfurique versé dans de l’eau chaude , a été respirée dans quelques cas de phthisie pulmonaire, avec un avantage marqué.

Les bains de terre , et le séjour dans les étables

2^2 CACHEXIES,

à vaches , ont ëtë *recommandës par le docteur Beddoes, dans les cas de phthisie commençante ; mais n’ayant aucune idëe arrêtëe sur l’efficacité de ces remèdes , Je demande la liberté de n’en point parler. Quant aux bains de terre , Yan Swieten, dans ses Commentaires sur Boerrhaave, dit qu’ils sont généralement mis en usage dans le royaume de Grenade , dans l’Andalousie , et dans quelques autres parties'de l’Espagne, pour la guérison de la phthisie pulmonaire , et qu’ils furent d’abord employés dans ce pays parle docteur Graham , si connu pour son empirisme.

Un des derniers remèdes introduits dans la pratique pour le traitement de la phthisie, c’est la digitale pourprée , dont l’usage est cependant plutôt renouvelé que véritablement nouveau. Au reste , quant aux vertus et au mode de préparation de ce médicament, il existe une grande variété d’opinions ; quelques-uns lui attribuent le pouvoir de diminuer les sécrétions et d’exciter Faction des absorbans ; d’autres font consister son utilité , seulement dans la propriété qu’il possède de diininuer l’action du cœur et celle des artères. La digitale a été regardée comme un sédatif véritablement direct du système circulatoire. Un auteur moderne ^ prétend néanmoins que c’est un puissant stimulant, qui augmente la force et la fréquence du pouls, et qui, continué pendant un temps suffisamment long, produit la rougeur de la face , le mal de tête , une vive chaleur , l’insomnie , et d’autres symptômes de fiè-

D‘ James Sanders on Pulmonai'jr Consumption.

CACHEXIES. 223

yre: Yoilà des effets diamétralement opposés à ceux que les autres accordent à la digitale.

Les principaux défenseurs de cette plante sont, à n’en pas douter , des hommes d’un talent transcendant^. Ils semblent cependant être trop convaincus de la découverte d’un spécifique pour cette maladie effrayante ; et Jusqu’à ce qu’il soit prouvé que la digitale , seule et indépendamment de tout autre médicament , a guéri la phthisie pulmonaire , et produit dans l’économie des effets différens de ceux de tous les médicamerisde la même classe , nops ne sommes aucunement autorisés à l’accueillir avec autant de faveur.

Le docteur Beddoes , dans son Essai sur les Consomptions , après avoir dit que sa propre expérience a entièrement vérifié les observations des docteurs Eowler et Drake , ajoute : « Je vois tous les jours plusieurs malades attaqués de phthisie pulmonaire avancer vers le rétablissement d’un pas si assuré, que j’espère que la phthisie sera guérie désormais avec autant d’efficacité par la digitale que la fièvre par le quinquina. Si nous avions le bonheur de trouver, pour la digitale, un . seul auxiliaire tel que nous en avons pour le quinquina , j’espérerais qu’il n’arriverait pas une fois sur cinq une terminaison semblable à celles qui ont eu lieu quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent jusqu’à présent. Mais je crois que la plupart des phthisies céderont à la simple digitale.

* Le docteur Fowler , d’York, le docteur Drake, le docteur Beddoes, le docteur Mossmau.

224 CACHEXIES.

Il est evident qu’on ne devra plus laisser avancer cette maladie au-delà de la première période sans l’application du médicament. »

Le docteur Drake parle ainsi sur le même sujet : « Depuis plusieurs années la digitale a été donnée dans l’hémorrhagie pulmonaire avec un succès qui continuera assurément dans les mains d’un médecin intelligent , quel que puisse être le résultat de son essai dans la phthisie. Je suis heureux cependant de pouvoir dire que le succès qui , jusqu’à présent, a suivi l’administration de la digitale dans la phthisie, a été très-grand , puisque plusieurs malades atteints de cette maladie déjà confirmée , ont été guéris par ce remède ; que d^autres en ont été soulagés ; que l’existence de quelques-uns a été prolongée , et que , quand la mort est survenue pendant son administration, elle a été exempte de douleurs et d’efforts. Mon espoir a été rempli, et le docteur Fowler, je pense, d’après plusieurs essais , est de plus en plus confirmé dans sa première opinion. »

Le docteur Mossman dit * : « J’ai prescrit la digitale très - abondamment pendant un an et plus , et durant les six derniers mois , j’ai eu des preuves évidentes de sa puissance. Je suis maintenant entièrement convaincu que , par l’administration judicieuse de cette plante , combinée de différentes manières, je puis m’opposer à une inflammation pulmonaire avec autant de certi-

* Medical and Physic alJoumal, voL ii, 4^^*

Ibid. vol. IV 7 pag. Sog.

CACHEXIES. 225

tucle que je puis arrêter les progrès d’une fièvre intermittente au moyen de l’êcorce de quinquina. Je prétends en outre que , si la marche de la consomption pulmonaire* est divisée en quatre périodes , la digitale la guérit certainement durant les trois premières, et allège les symptômes effrayans de la dernière. »

Dans les premières périodes de la maladie, le docteur Mossman pense que la digitale est un remède presque spécifique. Il croit qu’elle possède en elle -même une vertu directement sédative propre à calmer l’irritabilité de la fibre musculaire , ce qui explique son action salutaire dans la cure de la phthisie pulmonaire. ^

D’après les observations de tous ces médecins , aussi bien que d’après celles de quelques autres on doit certainement admettre que la digitale est un remède puissant dans la phthisie ; et quoiqu’on ne puisse la regarder en aucune manière comme un Spécifique , cependant on est forcé de convenir que , dans plusieurs cas, elle a produit les effets les plus avantageux.

Dans la première période de la maladie , quand les forces de l’économie ne sont pas encore abattues , elle modère le pouls et diminue la violence de la fièvre hectique , le plus affligeant de tous les symptômes , et celui qui parait hâter spécialement la fin du malade. Mais , après l’établissement de la suppuration , elle ne m’a paru pro-

* Essay on glandular Consumption.

** Kinglaké’ s Remarks on the EJfects of Digitalis , vol. ni pag. 120 , of the Mçdtcal and Physical Journal.

226 CACHEXIES,

duire aecun-bon effet durable ; cependant quelques médecins ont pensé que même alors elle allégeait les souffrances. ^

Dans la phthisie , pour éviter tout accident , on la donnera , à doses modérées , environ deux fois par jour, et on les augmentera d’une manière graduelle jusqu’à ce que l’on aperçoive un effet sensible.

Certains symptômes gênans suivent l’usage abondant et long-temps continué de ce médicament ; tels sont le vertige , des nausées et du malaise. Dans un cas où l’estomac et la tête avaient été promptement affectés , malgré l’exiguité de la dose , le docteur Drake assure qu’un peu de jus de citron produisit promptement un bon effet , en dissipant et le malaise et le vertige , et en aidant à supporter sans inconvénient une plus grande quantité du remède. Quelques gouttes de teinture d’opium , jointes à chaque dose de digitale , ajoute-t-il , empêchent quelquefois l’estomac de rejeter cette dernière , mais ne sauraient dissiper le sentiment de langueur ou l’affection de la tête.

La préparation de digitale employée par le docteur Fowler, d’York, est une décoction (i) :

* Medical and Physic alJournal, vol. ii,pag. 419*

(i) :if Fol. Digitalis purpur. recent . 5 ij.

Coque ex

Aq. puræ . . 1^]. ad I vüj

et adde

Tiuct. Cardamom

CACHEXIES. 227

ii conseillait à ses malades d’en prendre une demi-once deux, trois, et, dans quelques cas, quatre fois dans les vingt-quatre heures. Celle que le docteur Drake employait, était la teinture saturee dans la proportion de cinq onces d’esprit rectifié, sur une once de feuilles grossièrement pulvérisées. Il en donnait d’abord de quinze à vingt gouttes par jour, et dans quelques cas, il augmentait graduellement la dose jusqu’à quatrevingt-dix ou cent gouttes sans danger, même chez des individus grandement affaiblis , avant que le malaise ou l’irrégularité de la circulation se manifestassent.

Le docteur M’ Lean , de Sudbury en Suffolk , a aussi publié ses idées à l’égard de la digitale : quoiqu’il n’en parle pas en des termes aussi énergiques que ceux des passages que j’ai cités tout à l’heure , et qu’il dise que ses vertus sont bornées , même dès le premier début, il est disposé cependant à reconnaître qu’il a trouvé en elle un remède efficace contre la phthisie *. « Elle guérit quelquefois , dit-il , quand meme les remèdes les plus approuvés échouent: Quand par ellemême elle est insuffisante pour faire disparaître la maladie , elle aide puissamment Jes autres

* The same Journal^ qjol. 117.

^ Fol. Digit, purp. siccator. . .

Infunde in

Aquæ puræ bulli'ent. . • . , et cola,

F. Infusum. Dosis % ^ ad 'b vj.

228 CACHEXIES/

moyens. Dans ma pratique , elle a toujours tranquiilisé et adouci plus ou moins les souffratîces du malade ; et quand finalement elle échouait , elle prolongeait au moins la durée de la vie , et adoucissait les approches de la mort. » Tout ce que j’appréhende , c’est qu’on ne la suppose capable d’accomplir de trop bons effets ; et quoiqu’elle ait une action des plus efficace, ceux qui en attendent des merveilles, comme la guérison radicale de la phthisie , se trompent évidemment.

La préparation de digitale employée par le docteur M’ Lean , est une teinture alcoholique qu’il fait de deux manières (i) ; mais il accorde la préférence à celle qui est préparée avec les feuilles vertes. Il commence par en donner de dix à quinze gouttes trois fois par jour,. augmentant la dose de deux gouttes chaque deux jours , jusqu’à ce qu’il en résulte un effet prononcé :

> alors il s’arrête , et diminue graduellement la dose dans la même proportion , ou l’augmente selon l’effet produit. De cette manière on peut , avec la plus grande sécurité , en continuer l’administration pendant des semaines et même des mois.’ M. M’ Lean avoue au reste que jamais il ne

(i) y Folior. Digit, piirp. recent, exsicc. , . 5 j.

Spirit. Vini ten. . . . 5 viij.

M. Digéré leni calore per dies septem. Dein cola^

VEL

Fol. Digit, purp. recent. % iv.

Spirit. Vini rectif. % y.

M.F. ut supra.

cachexies; 22g

put excéder la dose de trente gouttes, répétée trois fois dans un jour.

A l’égard du mode d’action de la digitale , au lieu de convenir , avec les docteurs Darwin Fowler et Drake, que ses bons effets dépendent toujours de la vertu qu’elle a de diminuer la sécrétion et d’augmenter l’absorption pulmonaire ,' le docteur M’ Lean observe qu’elle est tout autant et même plus efficace dans les cas où il n’y a aucune diminution marquée dans la quantité du mucus ou du pus. Il fait dériver l’efficacité de ce remède de la faculté qu’il a de corriger l’état maladif de tout le système, et les phénomènes morbides qui en résultent. « Yoilàà quoi, dit-il, je suis disposé d’attribuer, en grande partie , les effets salutaires de la digitale dans cette déplorable maladie. Tel est l’empire qu’elle exerce sur le cœur,' qu’elle réduit le nombre des contractions de cet organe de cent vingt et même de cent quarante à cinquante par minute ; en sorte que , soulageant d’une manière tout-à-fait extraordinaire la toux et l’irritation des poumons, et même celle de toutes les parties du corps , les avantages qui résultent de son administration doivent être incalculables. Les vaisseaux des poumons malades sont mis en état de sécréter des fluides louables et sains ; et ainsi l’espèce d’harmonie qui eonsdtue la santé, est établie dans tout le corps. »

En contradiction avec les théories des docteurs Drake , Fowler et M’ Lean , sous le rapport du mode d’action de la digitale , quelques praticiens ne lui reconnaissent que des propriétés^

cachexies;

sedatives uniquement. Cette opinion ne semble en aucune manière bien fondée ; en sorte que, jusqu’à présent, cette matière est encore fort obscure.’

Quoi qu’il en soit, toujours est-il certain que les succès de cette plante sont proportionnés au temps qui s’écoule entre son administration et le début de la maladie , et par conséquent on doit y avoir recours immédiatement toutes les fois qu’on voit dans la constitution une disposition à la phthisie , ou même les signes déjà déclarés de cette affection , et donner la préférence à la teinture alcoholique saturée du docteur M’ Lean, laquelle paraît être la meilleure préparation de digitale.

En administrant cette plante , il est nécessaire d’examiner l’état du pouls dans les differentes positions du corps ; car il paraît, suivant les remarques de quelques médecins , qu’il varie beaucoup en vitesse dans la station et dans le décubitus horizontal. Dans le troisième volume du Journal de médecine d’Edinburgh , page 271 , on rapporte rhistoire d’une personne chez laquelle , par suite de l’administration de ce médicament , le pouls n’était pas moins fréquent qu’à l’ordinaire pendant la station , et donnait plus de cent pulsations par minute : durant la session , il tombait considérablement ( à 75 ) , et pendant le décubitus sur le dos , il diminuait encore de beaucoup (à 4o). L’expérience fut répétée plusieurs fois, et toujours avec le même effet. La même singularité est citée par le docteur Hamilton dans son Traité de la Digitale.

cachexies; 23 î

Dans. la première période de la phtîiisie , la prescription d’un émétique de deux en deux ou de trois en trois jours , est ordinairement suivie d’un très-heureux effet , et semble vraiment un des plus puissans remèdes que nous connaïssions; Ce moyen ne devrait jamais être négligé , si ce n’est chez les femmes grosses. Comme on a re~ connu que le sulfate de cuivre excite le vomis-* sement promptement et facilement , sans affaiblir l’estomac , irriter les intestins ou fatiguer beaucoup le malade , on l’a plus généralement employé dans les cas de phthisie qu’aucun autre médicament de la même classe. La dose en est de trois à dix ou quinze grains ^ suivant l’âge du malade , et en dissolution dans deux ou trois onces d’eau. Le vomissement est provoqué aussitôt après l’arrivée du sel dans l’estomac , et le malade peut boire une pinte d’eau ensuite.

Le docteur Marry att * paraît avoir été un des premiers qui ont recommandé l’usage du sulfate de cuivre comme émétique dans les cas de phthisie. Il conseille de le combiner avec le tartrate d’antimoine à la dose de sept grains de chacun d’eux ^ qu’on divisera en trois paquets ^ l’un desquels on prendra deux ou trois fois par semaine. Quand il existe de la diarrhée , il donne un grain de sulfate de cuivre avec cinq grains d’ipécacuanha. Pendant Faction de ce médicament.^ il conseille de ne rien boire , et, pour cette raison, il l’appelle vomitif sec.

Le docteur Senter, dans ses Remarques sur

"* Therapsutics-..

la phthisie pulmonaire ^ , assure qu’il a rAabli un plus grand nombre d’individus attaques de la fièvre hectique provenant d’une suppuration tuberculeuse , en les faisant vomir tous les deux ou trois jours avec le sulfate de cuivre , et en donnant , dans les intervalles , une dose de la mixture de myrrhe du docteur Griffiths*^, aussi forte que l’estomac pouvait la supporter, que par toute autre méthode. Il regarde le vitriol bleu et l’ipécacuanha comme un des émétiques les plus sûrs et les plus efficaces que la matière médicale fournisse , et il conseille d’en prendre sept à dix grains de chacun en pilules , le matin à jeun , et sans rien boire après.

Je puis certifier les bons effets du mode de traitement suivi par le docteur Senter, Payant moi-même adopté dans plusieurs cas de phthisie commençante , avec un avantage infini.

Quand la chaleur , la fièvre , la toux et la douleur dans la poitrine sont considérables , la mixture saline avec un peu de nitre et de petites doses de tartrate d’antimoine ou de poudre antimoniale , doivent être données trois ou quatre fois dans le courant de la journée.

Comme la toux est souvent fatigante dans la première période de la maladie, il peut être nécessaire de faire usage de quelque adoucissant (i).

* Transactions of College of the Physicians of Philadelphia „ ■vol., I , part. I.

Nous en ferons mention ci-après.

(i) Déco Cl. Hordei .

Bans de telles circonstances , le malade , outre Fusage de ces mëdicamens que la nécessite peut rendre indispensables , devrait prendre pour boisson ordinaire celle qui est recommandée ici bas (i) ; à cette époque de la phthisie , les opiacés sont préjudiciables , et nous ne pouvons y avoir recours que dans les cas où le sommeil de la nuit est très-troublé. Au reste , l’extrait de pavot blanc , à la dose de cinq grains ou plus , doit être préféré à l’opium. La digitale, diminuant l’irritation des poumons , parce qu’elle ralentit la circulation dans leurs vaisseaux , est très-utile pour apaiser la toux.

Lact. Ammoniac . . ,

Acet. Scillæ .

Syrup, totutan . . , ,

F. Mistura cujus sumat cochlear, j. vel ij.

VEL

^ 01 ei Amygd. dulc . ^

'Mucilag. Gumm. arab . ^

Aquæ fontis . . . . •

Syrup. Althææ. . .

Virii Antimonii . . • . .

VEL

'if Sévi Celi .

Vitell. ovi .

Aq. Pulegii .

Nitri purif. . .

Syrup, tolutau . .

(î) if Decoct. Hordei . .

Gumm. arab . «...

Syrup. Limon. . . .

M. F. Potiis.

I ij- 5 ij.

'S iij.

, tusse iirgentio

ââ § ij,

% llj.

gutt. XXX.

5 ij.

q. s. adsolutu î V.

3 fi.

tbij.

5 iij.

3] fi.

Le sirop vegetal , remède empirique , très-' vante en Angleterre pour ses effets dans la phthisie pulmonaire , n’est probablement qu’une décoction ou une infusion de digitale et de scille ^ réduite à l’état de sirop avec du sucre.

Le lichen d’Islande, est le remède favori des médecins du continent, et est journellement employé par eux dans le traitement de la phthisie pulmonaire. La forme la plus ordinaire sous laquelle ils l’administrent est en décoction dans du lait , ou dans de l’eau , quand l’estomac ne peut supporter la première. On ne l’emploie pas , ^cependant , indifféremment dans toutes les espèces de phthisies , ou dans toutes les périodes de cette maladie. 11 est principalement recommandé lorsqu’il y a toux et expectoration purulente, lorsqu’une hémoptysie précède ou accompagne l’affection organique des poumons; lorsque , dans les commencemens de la maladie, en raison du relâchement des parties , l’évacuation du mucus fourai par les bronches est considérablement augmentée ; lorsqu’ enfin , à la suite de la rougeole, le pouls devient petit et vif, et que des douleurs se manifestent dans la poitrine, avec émaciation , toux violente et expectoration purulente. Depuis plusieurs années , le lichen d’Islande ^est égaleftient devenu un remède à la mode parmi nos médecins , et je l’ai presGrit.moi-même dans plusieurs cas de phthisie , mais sans aucun succès apparent. Il paraît plutôt devoir faire partie du régime que mériter d’etre employé comme médicament.

cachexies:

Tels sont les moyens auxquels il faut avoir recours pendant la première pe'riode de la phthisie. Dans les seconde et troisième périodes, nous devons combattre , s’il est possible , les effets de la résorption , adoucir les symptômes les plus fâcheux , tels que la toux , la diarrhée et les sueurs colliquatives ; et enfin chercher à miaintenir autant que possible une espèce de santé à l’aide de l’air, de l’exercice modéré, et d’un régime adoucissant et nourrissant.

Aucun antidote n’ayant été découvert contre le poison qui agit spécialement ici , et un trop grand degré d’inflammation semblant propre à empêcher la consolidation de l’ulcère , et à hâter ses suites funestes , on a proposé des moyens pour modérer l’inflammation dans cette période de la maladie , aussi bien que dans la première. Ainsi quelques médecins ont conseillé de petites saignées fréquemment répétées : mais c’est, à mon avis , affaiblir très-inutilement le principe vital , et ajouter à la débilité, qui n’est déjà que trop grande ; raisonnement que je ferai également contre l’emploi des purgatifs.

Quand nous avons besoin de diminuer l’action du cœur et des artères , que le pouls est trèsfréquent , et que le malade est tourmenté par des chaleurs avec rougeur , suites de la fièvre hec-* tique , nous devons employer la digitale , au lieu d’avoir recours à des moyens aussi affaiblissans.

Le docteur Bourne , d’Oxford, a publie quelques histoires de phthisiques , chez lesquels il essaya Fuva ursi , à ia dose de huit à quinze grains

^36 cachexies;

au plus , en poudre , trois fois par jour. Il pensé' que cette substance peut sensiblement diminuer les symptômes de la fièvre hectique , et abattre la fréquence du pouls qui en résulte. Il paraît avoir été engagé à en faire usage dans la phthisie , par suite de ses bons effets dans une maladie des voies urinaires , avec émission d’une matière mueoso-purulente , et tousles caractères ordinaires de la fièvre hectique.

L’uva ursi est une plante très-astringente , sans contredit , et d’une saveur légèrement amère ; mais ni ses propriétés sensibles , ni ses effets immédiats sur l’économie , ne peuvent la faire passer pour jouir d’une grande activité.

Dans la seconde période de la maladie , on doit continuer avec exactitude l’emploi des émétiques, tous les deux ou trois jours , le matin.

On a beaucoup vanté , comme détersifs , différens balsamiques dans la période d’ulcération de la phthisie pulmonaire. Le baume de Copahu a été essayé à la dose de vingt à trente gouttes , deux ou trois fois par jour. La myrrhe est cependant le médicament employé avec le plus de succès dans les cas de fièvre hectique , où la chaleur , la soif et les signes d’inflammation ne sont pas très- prononcés. La préparation usitée par le docteur Moses Griffiths paraît être préférable à toutes les autres (i). Si elle parais-

(î) % Myrrhæ

terendo in mortario cum Aquîfc alcxit. simpL . , .

O J. solv^e

cAciïEXïEs; s37

sait trop échauffante , on en retirerait l’eau spiritueuse , car la solution peut se faire sans elle ; mais il est douteux qu’ alors l’estomac puisse aussi bien la supporter.

La dose de la myrrhe peut être graduellement portée à soixante-dix ou quatre-vingtsgrains, le carbonate a dix, et le sulfate de fer à quatre. Mais il vaut toujours mieux commencer par de petites doses ; et lorsque les symptômes s’abattent , donner deux potions par jour , contenant chacune dix-huit ou vingt grains de myrrhe , douze grains de carbonate de potasse , et cinq ou six de sulfate de fer. Ce remède , quoiqu’un peu nauséeux d’abord , est néanmoins rarement rejeté , et ne produit aucune espèce de dérangement dans l’économie.

Quand les chaleurs et les rougeurs qui caractérisent la fièvre hectique sont portées à un haut degré , et que le pouls est très-fréquent , il est fort prudent de renoncer absolument à l’emploi de la myrrhe.

Le docteur Beddoes paraît croire qui si nous pouvions trouver un seul auxiliaire à la digitale, il arriverait que les quatre cinquièmes des phthisiques échapperaient. Je proposerais en consé-

Spirit. Piment . .

Kali præparat . .

Ferri vitriol .

. gr.xij.

S3'^rup. simpl . .

M-.Y.Mistura in haustus quatuor distribuenda^ quorum unum capiat manè , bord quintâ post meridiem j et horâ decubitus.

quence la mixture de myrrhe du docteur Griffiths, et le sulfate de cuivre comme vomitif, deux fois par semaine. D’ailleurs, une certaine dose de teinture de digitale peut être ajoutée à chaque prise de la mixture de myrrhe , de manière à ce que les deux médicamens soient donnés ensemble. J’ai , dans plusieurs cas , adopté cette méthode de traitement , et avec un avantage très-sensible.

Si la mixture ne pouvait point être supportée facilement par l’estomac , ou venait à être rejetée en raison de sa saveur nauséeuse , alors on administrerait la myrrhe et les autres substances en pilules (i) , et on donnerait la teinture de digitale dans environ une once d’infusion de quassia.

Le quinquina a été employé dans la période d’ulcération de la phthisie ; mais si jamais il se montre avantageux , ce ne peut seulement être que lorsque les rémissions de la fièvre qui ont lieu le matin sont considérables , et les exacerbations de l’après-midi bien marquées. Dans tous les autres cas il est préjudiciable.

La raison pour laquelle les ulcères des poumons ne peuvent se consolider , est qu’ils sont constamment exposés à l’air. 11 est assez remarquable que la matière produite par la suppura-

(i) Myrrhæ pulv . 3 ij.

Ferri vitriol . 3 j.

Kali præparat . 3 j.

Extract. Gentian . 3 j (5.

Syrup, sim pi . q. s.

M. F. Massa in pilulas lxx distrihuenda^ quarum sumat iij . iv. ter in die.

CACHEXIES. 1^3f|

lion puisse demeurer cachée dans le corps pendant plusieurs semaines , et même plusieurs mois, sans produire la fièvre hectique ; mais qu’ aussitôt que le foyer est ouvert , de manière à permettre le contact de l’air, il survienne très-promptement une fièvre hectique.

L’allaitement trop long-temps prolongé par une mère délicate , est quelquefois une cause de phthisie pulmonaire , mais plus particulièrement parmi les femmes de la plus basse classe , qui sont d’une constitution nerveuse et débile. En pareille circonstance , le quinquina donné de bonne heure à doses modérées , et purement comme tonique, produit souvent le meilleur effet.

Quand la disposition à la phthisie naît de quelqu’évacuation affaiblissante, telles que celle d’un abcès considérable , les fleurs blanches , etc. , sans qu’aucune inflammation des poumons soit encore survenue , le quinquina pourra également se montrer avantageux (i) ; mais après que l’inflammation est survenue , ou que l’ulcération a commencé , il ne manquerait pas de devenir nuisible, d’augmenter la toux , le serrement de poitrine

(i) Kali præparat . . . 9 j.

Succi Limonio. . . f j.

Decoct. Cinchon. flav . % y.

M. F. Mistura^ cujus capiat cochlear, ij his terve in die,

VEL

Decoct. Cinclion. flav. | v,

Aquæ Ammon, acet. ^ j.

F. Mistura,

24o ' CACHEXIES,

et la gêne de la respiration. On a beaucoup vante', ppur combattre les effets de la résorption , les végétaux acides , tels que les oranges et autres fruits contenant un suc acide sans âcreté ; on peut en effet y avoir recours, quand ils n’affectent point les intestins. On administre en même temps la poudre de salsepareille. De plus, les fruits acidulés, quoique regardés ordinairement comme laxatifs , sont souvent utiles dans la diarrhée qui tourmente les individus atteints de fièvre hectique , parce qu’ils possèdent une vertu antiseptique.

Pour modérer la toux , qui est très*- fatigante , .et pour faciliter l’expectoration , on doit avoir recours aux adoucissans déjà indiqués. Si le sommeil du malade est troublé pendant la nuit , nous pouvons employer les opiacés ; et quoiqu’on les croie propres à augmenter la diathèse inflammatoire , et à arrêter l’expectoration jusqu’à un certain point, ils compensent cependant amplement ces désavantages par l’espèce de bien-être et le sommeil qu’ils procurent.

Dans la fièvre lente hectique , accompagnée de rougeur fréquente à la face , de sueurs nocturnes abondantes, de toux fréquente et de crachats purulens et fétides , l’eau de* Seltzer arCête souvent d’une manière remarquable les sueurs , diminue l’expectoration, et corrige la puanteur des crachats ; pendant l’action de ce médicament, le malade a l’avantage , pour quelque temps , de passer des nuits plus tranquilles , et d’avoir un meilleur appélit. L’eau de Seltzer peut bien d'ail-

leurs être mêlêe avec le lait, sans le coaguler ; ce mélange a été fortement recommandé dans les cas de fièvre hectique avec expectoration. Chez les individus d’une constitution très-irritable , il est nécessaire de couper l’eau de cette manière , sans quoi elle pourrait se montrer trop active.

Quand les sueurs sont excessives , l’infusion de roses , avec suffisante quantité d’acide sulfurique étendu , est un remède utile , et qui peut remplacer l’eau de Seltzer. Quand la diarrhée survient , on doit l’arrêter au moyen des astringens combinés avec l’opium, comme nous Favons recommandé dans l’article consacré à cette affection. Pour boisson habituelle , le malade peut prendre la décoction de corne de cerf , ou celle ài arrow-root (fécule du Maranta indica.')

En raison de la sympathie qui existe entre les intestins et la peau , en donnant, au moment du coucher, vingt grains de bol d’Arménie aux individus qui ont la fièvre hectique , on arrête trèssouvent la tendance à la sueur ainsi qu’à la diarrhée , et cela avec encore plus de certitude si on leur associe un grain d’opium.

Les forces doivent être soutenues par des alimens légers , et en même temps extrêmement nourrissans ; on conseillera aussi les différens exercices , et les voyages sur mer ou sur terre , en voiture ou à cheval , mais plus particuiière- ' ment ces derniers. Quand la diathèse inflammatoire est abattue , les martiaux , combinés avec la myrrhe et le carbonate de potasse, peuvent être donnés avec beaucoup d’avantage , et beau 2, 16

2 4 2 cachexies/

de chaux est alors un excellent menstrue pour

dissoudre la myrrhe.

Si nous sommes assezheureux pourdompterla maladie à l’aide des moyens que nous avons fait connaître , il est indispensable de persévérer dans l’emploi du régime recommandé , pendant un laps de temps considérable , après même que tout symptôme a disparu; et de ne permettre de revenir à la manière habituelle de vivre , qu’avec la plus grande prudence.

Quelques praticiens, considérant la phthisie pulmonaire comme étant d’une nature entièrement scrophuleuse , désapprouvent fortement la méthode antiphlogistique, la saignée et la diète, même dans la première période de la maladie , et recommandent un régime analeptique ; et , comme alimens , les coquillages, les substances animales ; comme médicamens, la ciguë, la salsepareille en poudre , et les A'ésicatoires ; et l’équitation comme exercice. Ils veulent en outre qu’on porte des vêtemens chauds , qu’on ait de la flanelle appliquée immédiatement sur la peau , qu’on habite un appartement dont la température soit élevée au même degré que celle des Indes occidentales, quand on ne peut point partir pour quelque pays chaud.

Le docteur Lerriar a observé que la digitale , avec le sulfate de fer, la myrrhe, le quinquina, et les autres toniques, est très-convenable dans les cas de phthisie scrophuleuse, tandis que la digitale avec l’opium, les médicamens mucilagineux,

CACHEXIES. 243

et les diurétiques , doit être employ-ée pour combattre la phthisie inflammatoire.

Dans cette variété de la maladie qui paraît occasionnée par l’induration et Fengorgement des viscères abdominaux , ou des ganglions lymphatiques du mésentère , le docteur W^ilson * trouve que le mercure est un remède avantageux ; il prétend lui avoir vu sauver le malade parvenu presque à la dernière période , après l’établissement de l’expectoration purulente et de la fièvre hectique..

Le mercure a en effet, depuis longtemps, été beaucoup recommandé, et quelquefois même employ é dans les premières périodes de la phthi^ sie pulmonaire , par plusieurs médecins américains, mais plus particulièrement par le docteur Rush , non-seulement à l’intérieur , mais encore en frictions, de manière à produire le ptyalisme. Je pense qu’il ne peut être utile que dans les cas seulement que le docteur "Wilson indique.

De la Cachexie des ( Cachexia africana).

Cette maladie , connue sous le nom de mal d’estomac chez les Français , et sous celui de. dirl-eating dans nos colonies anglaises de^ Indes occidentales, se rencontre fréquemment parmi les INègres, mais plus particulièrement chez ceux qui viennent d’Afrique. Sonnini rapporte, dans ses voyages en Egypte, que la tendance à manger de la terre est une affection qui existe aussi assez

* Treatise on Fthrile Diseases, voL iy.

^44 CACHEXIES,

communément parmi les Egyptiens. Il y a sous plusieurs rapports une grande ressemblance entre cette cachexie et la chlorose ; mais cette dernière affecte seulement les femmes, principalement vers l’époque à laquelle la menstruation doit commencer ; tandis que la première affecte les hommes aussi bien que les femmes, et se rencontre souvent chez des enfans de six ou sept ans , comme je l’ai vu arriver dans plusieurs cas.

Elle est évidemment produite par un défaut de ton et de vigueur , lequel est le résultat de différentes causes débililantes, comme le chagrin qu’occasionnent, chez les mallîeureux Nègres ;Téioignement de la patrie ,. l’esclavage , la mauvaise nourriture , un travail pénible, et les traitemens durs qu’ils essuient. Chez quelques-uns cependant la maladie est constitutionnelle, et provient d’un relâchement général , d’une altération mor- ‘ bide de l’estomac, et des mauvaises digestions. Les Nègres d’une constitution indolente et inactive , qui ont été amenés de la côte d’Afrique, et les enfans qui ont la fibre lâche , qui ont été mal allaités et négligés ensuite , sont très-sujets à en être attaqués.

La nostalgie , qui est caractérisée par un désir démesuré de retourner dans son pays , est une maladie assez analogue à la cachexie des Nègres. On dit que les Suisses y sont particulièrement exposés , et que , quand ils prennent du service â l’étranger, il» désertent fréquemment sans autre raison. Les effets de cette affection sur les Africains sont plus violens , et les portent souvent au

CACME'XÎES.

2 Al

sûicider Qiielqiiefois elie' les plonge dans nne mélancolie ^profôîîdé èS iliCurable qui termine leur misérable existence d’une manière plus longue ^ mais aussi "cériaine que quand ils mangent de bi= terre. * j ^ n n r'

La'cachexie âfricâine est caractérisée par un aniour excessif -pour la solitude, un abandon total: am chagrin et air désespoir , aVec ' perte d’appétit ÿ dQulëur d’estomac continuelle, difficulté dé respirer a la suite des irioind res exercices, pâleur de la face et de la paume des mains, blaiiclieur derladangue ,-qiu d’ailleurs est parsemée de taches noires les lèvres sont décolo¬

rées ; il y a de l’assoupissement, de la nonchalance, de la répugnance et 'de L’inaptitude â exéc»dfrE dés 'mouvemens, et une débilité generale. La conjonctive est d’une biancbeur éclatante , la peau , d’une teinte olivâiÿe , est froide au toucher; les paupières, la flte et le;? membres sont iiifdtrés , et le malheureux malade ne peut respirer que dans une position verticale, parce qu’il y a également de l’eau épanchée dans la poitrine et dans la cavité abdominale. Les selles

sont d’une couleur blanche , analogue à celle de i’argile, Furine est. rare , et le pouls, toujours petit, devient généralement plus accéléré aux approches de la nuit.

En raison de la viciation du suc gastrique et du mauvais état de la digestion , l’estomac est agacé par un principe acide qui donne naissance à un sym[)tome d’où , selon quelques personnes, la maladie a tiré son nom eating- dirt ^ c’est-

2 46 CACHEXIES-.

â-dire , disposition à manger de la terré 4 de

la craie , et tout ce qui peut neutraliser les

acides.

L’altération morbide s’étend dans tout le canal alimentaire ; les vaisseaux chylifères sont corrodés par des fluides âcres, et ne peuvent plus absorber un chyle sain aussi les ganglions lymphatiques sont-ils attaqués d’inflammation et d’induration ; le foie augmente de volume et devient squirrheux; le sang, pauvre, décomposé et sans couleur, ne stimule plus le cœur et les artères dans l’exercice de leurs fonctions', ce qui amène l’asphyxie et la mort subite.

Cette maladie a donc des suites fâcheuses ordinairement. A l’ouverture des cadavres, on trouve souvent les parois de l’estomac considérablement épaissies et’ distendues, le foie augmenté de volume, squirrheux, et qi^lquefoîs d’une blancheur non na toelle ; on rencmtre aussi des concrétions biliaires dans l’intérieur de la vésicule du fiel ; la bile n’a jamais une apparence saine , mais communément elle est d’une consistance aqueuse, et d’un jaune vif et clair ; les glandes mésentériques sont engorgées et squirrheuses , et des concrétions polvpiformes remplissent les cavités du cœur.

Les indications à remplir , pour la guérison , semblent être de rendre des forces à toute l’économie, et de corriger l’acidité morbide qui existe dans l’estomac.

Pour répondre â la première de ces. indications , on.doit fournir au malade des alimens for-

• CACHEXIES. 247

tifians et nutritifs , principalement des substances animales et du vin^ ou des liqueurs fermentées. Le jus de canne bouilli jusqu’à la consistance d’mi léger sirop ( comme dans Fa première cuite du sucre ) est aussi très - restaurant , et doit être donné abondamment pendant le temps du dégoût. On devrait faire prendre en outre chaque jour, au malade ,,un exercice modéré ; rinactioîi augmente la débilité et l’état maladif. Des vêtemens chauds et des frictions faites de temps en temps avec des morceaux de flanelle , seront également des moyens à mettre en usage.

Pour en seconder les effets , on aura recours aux amers et aux aromatiques , aux différentes préparations de quinquina, avec la myrrhe et les martiaux, telles qu’elles sont recommandées au sujet de la dyspepsie.

La mixture antihectique du docteur Griffiths * est pareillement très-efficace ici.

On doit remplir la seconde indication par l’administration des alcalis et des absorbans, tels qu’on les emploie contre la dyspepsie. Celle du sulfate ,d^ cuivre comme émétique , une fois ou deux par semaine , ainsi qu’il est conseillé au sujet de la phthisie , paraît également convenable.

Quand la constipation existe, il faut la combattre par des laxatifs chauds et stomachiques ^ tels que les teintures de rhubarbe ou d’aloès composées.

Si la maladie a duré assez de temps pour qu’il y ait leucophlegmatie , outre l’iisagc des moyens

* f' oj-cz pag. 256,

^48 CACHEXIES.'

déjà recommandés , nous devons avoir recours

aux diurétiques , comme dans Fhydropisie.

Quand elle est accompagnée d’une suppression des règles, il faut faire ses efforts pour les provoquer à l’aide des emménagogues.

Dans la vue de s’opposer à la dépravation de l’app tit , et pour empêcher que le malade ne le satisfasse , il faut le loger dans une chambre parquetée , et dans laquelle il lui soit impossible de se procurer aucune ordure ; et , lorsqu’il sort pour prendre de l’exercice , il doit être accompagné par un surveillant qui ne lui permette pas d’en manger. •

Le docteur Chisholme dans son intéressant Essai sur celle maladie , rapporte , comme un fait remarquable , que les Nègres , qui y sont sujets , retirent beaucoup d’avantage du séjour dans un lieu bas et marécageux , circonstance si promptement funeste aux43lancs. Il ajoute que, peutêtre ici , le gaz hydro-carbonique agit comme cordial , ou que peut-être encore c’est l’éther nerveux lui-même. Plusieurs écrivains ont déjà observé en effet que le début de la fièvre rémittente des marais est fréquemment précédé d’une exaltation extraordinaire des facultés de fintellect.

D’après mes observations, pendant un long séjour aux Indes occidentales, je suis porté à croire , avec le docteur Chisholme , que l’habitation des montagnes ne convient pas aux Nègres cachectiques aussi bien que celle des vallées ; mais

* New-Yoj'k Medical Repository.

CACHEXIES. 249

je ne ]1ins pas en attribuer avec lui Teffet à Finfluence des effluves des marais. Les vapeurs nuisibles qui émanent des eaux stagnantes et des terrains marécageux, sur lesquels frappe un soleil brûlant , sont , dans les pays chauds , une source infaillible de maladies. Le Nègre , atteint de cachexie , ne saurait endurer le froid et Fhumidité qui régnent dans les montagnes ; mais , dans un lieu bas, qui vaudra d’autant mieux qu’il sera plus éloigné des terrains marécageux et des eaux stagnantes, il sent de la chaleur et éprouve du soulagement en respirant un air pur , sec, et dont la température est adoucie par les vents frais et agréables de la mer.

Des Aphthes chroniques. ( Aphthæ chronicæ

Les aphthes chroniques sont une maladie que l’on rencontre souvent parmi les habitans de nos colonies des Indes occidentales, comme j’ai eu occasion de le remarquer plusieurs fois lorsque j’y exerçais la médecine , mais qui peut également régner dans les pays septentrionaux froids et humides , ou dans les endroits très “marécageux. Cette maladie peut être, dans quelques cas , idiopathique , mais elle est plus souvent symptomatique.

Elle débute par une sensation de malaise ou de chaleur brûlante dans l’estomac , qui

* Les aphthes ordinaires , attaquant communément les enfans, seront décrits avec les maladies propres au premier âge de la -vie } mais Cullen , dans son cadre nosologique , les place parmi les exanthèmes.

V ** Etymologie. A-dsicc , inflammo.

2^0 ' cachexies;

arrive d’une manière lente et graduelle , et augmente par degrés. Après quelque temps, de petites pustules , de la grosseur d’environ une tête d’épingle , paraissent sur la pointe et les bords de la langue et s’étendent ensuite sur toute la membrane muqueuse de la bouche , occasionnant une douleur assez vive pour que le- malade ne puisse prendre aucun aliment solide, ni introduire dans la bouche aucune liqueur spiritueuse, sans souffrir beaucoup. Il existe peu de chaleur fébrile , mais la peau est toujours très-sèche , et la figure est pâle , le pouls est plus petit et plus languissant que dans l’état de santé , un sentiment de froid occupe tout le corps en général , mais plus particulièrement les membres.

Ces symptômes continuent ordinairement pendant quelques semaines avec une intensité variable , et alors il survient des rapports acides , un vomissement de pituite âcre , un flux de ventre très-prononcé, qui abat manifestement les forces et ,produit une émaciation générale. Après quelque temps , tous les accidens cessent , et la santé paraît devenir meilleure; mais, tôt ou tard, la bouche se trouve encore une fois attaquée avec plus de violence qu’auparavant , et l’affection se porte fréquemment à l’estomac et aux intestins , puis revient de nouveau de ceux-ci à la bouche , jusqu’à ce qu’ enfin le malade soit réduit au marasme .le plus ^complet.

Un état de relâchement général , l’action d’un froid humide V la suppression de la transpiration , et une acrimonie particulière dans les humeurs ,

cachexies: 25 1

sont les causes des aphthes chroniques. Les vieillards et les individus d’une constitution détériorée sont très-exposés à en être attaqués.

A une période même peu avancée de la maladie, il est souvent difficile d’obtenir une cure solide; mais quand elle a été négligée, qu’elle a duré long-temps , ou qu’elle s’est déclarée chez un individu avancé en âge, il est très-probable qu’au bout d’un certain temps elle se terminera d’une manière funeste.

Les altérations principales 'que l’on observe à l’ouverture des cadavres , sont des ulcères dans toute l’étendue du canal alimentaire : tous les muscles du corps sont d’ailleurs relâchés et flasques, et le tissu cellulaire qui les unit est dépourv u dégraissé.

Dans tous les cas, il faut commencer le traitement par un émétique , afin d’évacuer le phlegme âcre dont l’estomac est ordinairement chargé ; et si, dans la suite , un acide manifeste sa présence par des én^ictations„ aigres avec clialeur et douleur , on administrera un peu de magnésie , ou uiie petite quantité d’une mixtiii e absorbante (i). ..... — *

Toutes les fois que nous soupçonnons que la maladie a été produite ou qu’elle est^ pntrêtenue

(i):^ Magnes, albqp . . . . . S j.|

Aquæ puræ ,. .. . . . • . ^ <5.

Spirit. Cinnani . « -, / '^iij,

Aq. Ammon, pur.. 5 j.

M. Capiat cochlear, ij. pro re natâ, ^

252 cachexies:

par les matières ingérées, antre rémétiqne , il devient convenable d’évacuer les premières voies à l’aide d’un cathartique ; car si l’on permet "à la matière irritante de s’accumuler dans le canal alimentaire, elle accroît l’affection 'morbide des intestins. Une combinaison de rhubarbe et de

magnésie est ici un médicament convenable , de meme que la manne et la casse. Ces remèdes cependant ne doivent être administrés que dans la première période de la maladie, 'en raison de ce que , plus tard, le risque de produire un flux de ventre excessif fait plus que contre balancer l’avantage qu’on peut en retirer. Dans une période avancée , s’il y a nécessité d’évacuer les intestins , les lavemens émolliens seulement peuvent être mis en usage.

Quand le flux de ventre tend à devenir excessif, on doit ,* * dans la. vue de l’arrêter , avoir recours aux astringens joints aux opiacés (i) , ef

faire boire chaque jour environ une pinte de

(i) Confect. Catechu . . 5 ij.' -

' r: Aq. Cinnam . . | ij.

• - puræ . . 5 iq*

Tinct. Kino . . . 5 ij.

— - Opii . . gutt. XL.

F. Mistura cujus sumat cochlear, ij. vel iij. ter in die.

^ Mist, cretac.. . . .... ... . . ^ iv.

Spirit. Cinnam. 5 j.

Tinct. Catechu . » . . 3 ij.

- Opii . . . . . . g^‘tt. XL.

J^oyez aussi page 1 38 de ce 'Dolume.

CACHEXIES. ^53

decoction de corne de cerf ou. d’eau ferrugineuse avec moitié lait.

Lorsque la diarrhée n’est pas excessive , les opiacés peuvent ne pas être employés , à moins qu’ils ne soient néces aires pour procurer du sommeil. Dans le cas où il se manifeste des symptômes qui dénotent une tendance a une inflammation abdominale, ils sont même nuisibles.

Quand on a rintention de déterminer l’afflux des humeurs à la surface du cori s , il est convenable de donner de fréquentes et petites doses de quelque préparation diaphorétique , telle que la poudre d’ipécacuanha composée ; et, pour seconder leur action, on placera de la flanelle en contact immédiat avec la peau. Si ces moyens viennent à manquer leur effet , et si le malade continue à maigrir, un bain tiède peut être administré avec avantage , surtout si on peut le prendre à une source thermale.

Pour remédier au mauvais état de la bouche et de la langue , il faut se gargariser fréquemment avec quelque liqueur astringente et détersive(i).

(i) "if Inf. Rosæ. . .

Alum, purif. .

Mel. optimi .

M.F. Gargarisma,

VEL

% Zinci vitriol. ......

Aquæ Ptosæ .......

VEL

"iL Decoct. Hordei .

jVicll. RoS3£

:?34 CACHEXIES.

Quand le rectum est affecte , on poussera dans son intérieur des injections adoucissantes , dont l’effet est le même que celui des gargarismes dans la bouche : elles doivent être faites avec des décoctions mucilagineuses et légèrement stimulantes , telles que le bouillon de veau avec du riz et des navets écrasés ou des raves , ce qui d’ailleurs est également excellent pour le régime.

Dans les cas les plus simp 'es , on se sert souvent d’une décoction de quinquina avec beaucoup 4’avantage. Quand il se manifeste des symptômes graves , cette préparation doit être employée en gargarisme, et l’écorce même'donnée en poudre à des doses aussi fortes que l’estomac peut les supporter. Si un effet purgatif est produit, on ajoutera quelques gouttes de teinture d’opium à chaque dose.

Les alimens ,* dans cette maladie , doivent être légers et analeptiques , comme le lait , les soupes mucilagineuses , les gelées , les préparations d’orge , de sagou, de riz , d^iridian arrow-root ^ les bananes , etc. Le vin de Porto étendu avec de l’eau, peut former la boisson ordinaire.

Pour redonner au ^système la force et le ton qu’il a perdus, les amers astringens, les ferru-

Alum. purif. . 5 }.

Tinct. Myrrhæ . . 1

VEL

'2L Boracis pulv . 5 j f5.

Aquæ ferventis . ' . 5 v.

Mellis Rosæ . % j.

CACHEXIES 253

gmeux, la myrrhe et les autres toniques, peuvent ctre employés , comme il est conseillé au sujet de la phthisie , en même temps qu’on fera prendre au malade autant d’exercice que ses forces le permettront. Si les circonstances sont telles qu’on puisse partir pour un climat froid et sec , on doit le faire avant que la maladie s’enracine.

ORDRE SECOND

Intumescences. ( Intvmescentiæ. )

Ôn nomme ainsi les maladies où il y a gonflement de la totalité ou de la plus grande partie du corps.

î. Gonflemens graisseux. ( Intumescentiæ

adiposæ, )

De VOhêsitéy ou Polf sarde: (Polysareia. ) * •

L’embonpoint , arrivé à uncertain degré , devient réellement une maladie. L’accumulation de la graisse dans l'épiploon et autour des reins et du mésentère , gonfle l’abdomen en particulier , et gêne les contractions du diaphragme ; ce qui explique la difficulté de respirer, si ordinaire chez les individus de grosse corpulence ; chez eux aussi le cœuf et les gros vaisseaux sont en quelque manière tellement surchargés, que les mouvemens de diastole et de systole ne peuvent

’"' Etymologie. nuiïtus , j caro. • '

256 CACHEXIES,

s^exécuter librement ; ce qu’indiquent la faiblesse et la lenteur du pouls : mais quand toute Féconomie est pour ainsi dire imprégnée de graisse , le développement des interstices cellulaires interrompt nécessairement la circulation du sang et celle du fluide nerveux , empêché Faction des fibres musculaires , et produit par suite Finsensibilité , la somnolence, une disposition à Fapoplexie , et la mort.

Cette maladie s’établit généralement par des degrés peu sensibles , et arrive à un haut point avant qu’il vienne à Fidée d’employer quelque moyen pour y obvier.

Pour faire disparaître sans inconvénient la surabondance de graisse , il faut diminuer d’une manière graduelle la quantité habituelle des alimens , boire aussi peu que possible , prendre tous les jours un exercice régulier, s’abstenir de souper , peu dormir, et se lever de bonne heure. Pour seconder ces moyens, et comprimer les intestins , on mettra sur le ventre un bandage fait de manière à pouvoir être serré ou relâché avec facilité. Une camisole avec deux ou trois rangées de boutons , est très-commode en pareil cas.

Les diaphorétiques et les purgatifs sont des médicamens qu’on peut employer de temps en temps. Le savon a été recommandé aussi pour fondre la graisse et en faciliter l’absorption chez les individus de grosse corpulence ; mais la potasse serait certainement plus puissante. Les diu- • rétiques peuvent aussi être mis un usage avec

CACHEXIES. 257

avantage. L’eau alcaline , rendant la graisse plus fluide , et en même temps agissant comme diurétique , servirait de boisson ordinaire.

Le vinaigre et le jus de citron sont très-fréquemment employés par lés jeunes femmes pour diminuer l’embonpoint ; mais fusage excessif des acides est sujet à détruire les forces digestives ,*et par suite à amener une foule de maladies.

Avant de terminer , il me semble nécessaire d’observer que toute méthode pour prévenir ou éloigner l’embonpoint doit être employée avec précaution et prudence ; car beaucoup d’individus , en voulant obvier à cette affection , ont été victimes d’un régime trop sévère et de médicamens tout-à-fait mal combinés.

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