‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climatsChapitre 23 sur 33 · jo cachexies · texte numérisé non relu

jo cachexies

Le scorbut est donc une maladie putride , bien plus frequente dans les pays froids que dans les régions chaudes , et qui attaque principalement les marins ,.et ceux qui sont bloqués dans les places assiégées , ce qui paraît dû à la privation d’eau et d’alimens frais et fortifians , circonstances secondées par l’existence du froid et de l’humidité , et par toutes les autres causes qui abattent les forces, telles que la réclusion, le défaut d’exercice , la négligence des soins de propreté, un travail forcé et la fatigue , la tristesse , le découragement, etc. Elle semble cependant dépendre plutôt d’un manque d’alimentation, que d’un état vicié des humeurs ; et la raison pour laquelle les alimens salés la produisent si souvent , est qu’ils sont dépouillés de leurs sucs nutritifs , extraits et détruits par la salaison. Comme la maladie est sujette à devenir assez générale parmi les gens de l’équipage d’un vaisseau , quand une fois elle s’est déclarée, on a pensé qu’elle était contagieuse ; 'mais cette conjecture ne paraît aucunement fondée : cela est dû plus probablement à ce que ces hommes sont également soumis aux causes qui la produisent. .

On a regardé comme la cause prochaine du scorbut un état salin particulier du sang ; quelques médecins ont soutenu que l’affection morbide première est une adynamie des solides, provenant principalement d’un défaut d’alimentation. • Différentes théories ont été ainsi émises à l’égard du scorbut. Par exemple, sir John Pringle l’a sup-

CACHEXIES. 4^1

pose provenir d’une putréfaction du sang. Les docteurs Lind, Blane et Millman, l’ont considéré comme une maladie de faiblesse , ayant son origine dans la débilité des organes de la digestion , ou dans la diminution graduelle de l’énergie des propriétés vitales par suite de causes éloignées, et comme dû plutôt au manque des alimens qu’à un vice dans leurs qualités. Le docteur Trotter, raisonnant d’après les expériences de Godwin concernant l’action de l’air déphlogistiqué sur le sang, conclut que la couleur noire de ce fluide dans le scorbut, est due à la soustraction de ce principe, et que les végétaux frais guérissent cette maladie en le redonnant au sang qui l’a perdu. Le docteur Beddoes pense que le scorbut est dû à une soustraction graduelle de l’oxygène , absolument de la même manière que la mort est produite dans la submersion , qui enlève ce principe au sang qui doit passer dans les cavités gauches du cœur. De ces deux causes du scorbut, ou le manque de végétaux frais, ou le défaut d’un air suffisamment chargé d’oxygène, le docteur Beddoes pense que la dernière est de beaucovq^ la plus forte. Les succès, sans exemple, du capitaine Cook, pour préserver ses équipages du scorbut pendant ses deux derniers voyages, paraissent dépendre en grande partie du soin extrême qu’il eut de faire tenir tous les endroits du vaisseau bien aérés. Les matelots, plus d’une fois, furent réduits à des provisions salées , et privés de la vue de la terre beaucoup plus long -temps que ceux de quantité d’autres vaisseaux qui ont été ravagés

par le scorbut d’une manière effroyable. Dans son dernier voyage, en effet, il ne parut parmi ses marins aucun symptôme de la maladie ; un seul homme, en eut une légère atteinte.

Le scorbut débute graduellement par de la pesanteur , de la nonchalance , un désir de repos , de l’abattement dans les facultés , une perte considérable des forces et une grande faiblesse. A mesure qu il fait des progrès , la face paraît pâle et bouffie , la respiration est précipitée par l’effet du moindre exercice ; les dents deviennent branlantes, les gencives spongieuses, riialeine très-puante ; des taches livides naissent sur les différentes parties du corps ; les anciennes plaies, qui, depuis long-temps, étaient cicatrisées , s’ouvrent de nouveau ; des douleurs erratiques violentes se font ressentir, particulièrement pendant la nuit ; la peau est sèche ; l’urine, en petite quantité , donne aux infusions végétales bleues une couleur verte ; le pouls est petit et fréquent , et , vers la fin , intermittent ; mais les facultés intellectuelles sont dans le plus ’ grand nombre des cas , claires et distinctes ; quelquefois, et meme dès le début, la nyctalopie a été observée.

Les symptômes s’aggravant , les malades , dans la dernière période , offrent une apparence déplorable : leurs articulations se gonflent et se roidissent ; les tendons de leurs jambes sont roides et contractés ; une émaciation générale s’empare d’eux ; ils éprouvent des hémorrhagies par différens endroits ; leurs excrétions idvines sont fé-

CACHEXIES. 453

tides, et une diarrhée, ou une dysenterie, met bientôt fin à leur existence.

Le scorbut , tel qu’on le rencontre ordinairement dans les ports , ou quand l’individu n’a pas été exposé à l’influence des causes éloignées dont nous avons parlé , n’est accompagné d’aucun symptôme violent ; de légères ecchymoses , des éruptions écailleuses sur les différentes parties du corps, et l’état spongieux des gencives, en sont les principaux signes;

Pour former le pronostic dans cette maladie , on doit se guider sur la violence des symptômes , sur la facilité.qu’a le malade pour se procurer une nourriture végétale , ou d’autres secours convenables , sur fétat antérieur de sa santé , et sur son tempérament , qui peut avoir été affaibli par d’autres maladies.

A l’ouverture des cadavres des scorbutiques , le sang paraît dans , un état de grande dissolution. La poitrine contient ordinairement une plus ou moins grande quantité d’un fluide aqueux, qui , dans plusieurs cas, est si âcre, qu’il excorie les mains de l’anatomiste ; la cavité abdominale renferme la même espèce de fluide ; les poumons sont noirs et putréfiés, et le cœur lui-même peut offrir un état analogue, et avoir ses cavités remplies d’un fluide corrompu. Dans plusieurs cas , on a trouvé les épiphyses des os séparées , les cartilages sternaux isolés des côtes , et plusieurs des os eux-mêmes rongés par la carie. Rarement le cerveau a montré quelque trace de la maladie.

454 CACHEXIES.

D’après des expériences faites sur le sang et l’urine des scorbutiques , trois onces de sang , en se refroidissant , ont paru formées de deux onces de coagulum et d’une de sérum. Le coagulum était composé de deux parties ; celle de dessus , d’environ un seizième de pouce d’épaisseur, était d’un rouge vermeil et d’une grande consistance; celle de dessous , d’un rouge foncé , tirant sur'le noir , se divisait facilement ; le sérum n’avait rien d’extraordinaire. Le vinaigre n’altéra point la couleur de la partie noire du coagulum. En y ajoutant du jus de citron , elle devint un peu moins foncée ; et en soumettant cette partie à l’action d’une solution de nitre dans le vinaigre , elle acquit une couleur verm^eille ; le même phénomène eut lieu avec le nitre et le jus de citron. Par l’ammoniaque et l’acide sulfurique étendu , le coagulum redevint noir, et reprit de nouveau sa couleur vermeille , lorsqu’on l’eut mis en contact avec la solution de nitre dans les acides citrique ou acétique.

Afin de pouvoir combattre les causes éloignées de cette maladie , c’est-à-dire les effets des provisions salées, et delà disette des substancesvégétales nouvelles, tout vaisseau, partant pour un voyage de long cours , doit faire provision d’une forte quantité de farine de froment , d’orge mondée , de gj'iiau, de pois, d’avoine, de riz, de sagou, de vermicelle , de tablettes de bouillon , de pommes de terre, de chou-croûte, de raisins, de groseilles, de raisins de Lorynthe , et d’autres fruits sers , d’épices , de plusieurs espèces d’herbes aro-

CACHEXIES. . 455

lîiatiques, telles que la menthe, le pouliot, la sauge , etc. , de sucre , de thériaque , de miel , d’essence de sapin , et de moût de bière nouveau.

De grands éloges ont été prodigués à cette dernière substance par tous les navigateurs qui en ont fait essai , et il ne paraît pas que ce soit à tort ; mais comme ses qualités salutaires diminuent de beaucoup lorsqu’elle devient humide et moisie , on doit faire tout son possible pour que cela n’arrive pas.

Outre les articles énumérés , le bâtiment doit aussi être approvisionné de liqueurs spiritueuses et fermentées , de rhum, d’eau-de-vie, de bière, de vin , de cidre , de vinaigre et d’autres acides , mais plus particulièrement d’acide citrique concret , de citrons et d’oranges.

S’il est possible , on négligera de servir les provisions salées , mais on distribuera les substances animales fraîches , avec une quantité suffisante de farineux , ou de végétaux frais et de fruits.

La santé des marins dépend en grande partie de la bonté et de la pureté de Feau qu’ils boivent ; mais il arrive trop fréquemment que , par défaut de prévoyance , on laisse en magazin cet article nécessaire , et qu’elle se gâte très-promptement. Rien de plus efficace pour conserver l’eau douce en mer, pendant lesyvoyages de long cours, que de brûler l’intérieur des tonneaux avant de les emplir ; et notre amirauté devrait donner des ordres pour faire adopter généralement ce procédé dans toute la marine. On

456 CACHEXIES,

doit en même temps prendre garde que les tonneaux n’aient jamais été remplis d’eau salée , comme on le pratique quelquefois afin de ne pas changer le lest ; car cette circonstance tend à hâter la corruption de l’eau fraîche que l'on met ensuite dans ces mêmes tonneaux. Quand l’eau est devenue impure, et qu’elle a acquis des qualités putrides en mer, on pourra parvenir à l’améliorer, en introduisant dans chaque tonneau , avant de le mettre en perce , une certaine quantité de charbon de bois nouveau.

Pour maintenir les marins en santé, et pour empêcher que le scorbut ne règne parmi eux , il est en outre nécessaire de tenir le vaisseau trèspropre et d’en purifier chaque jour les différens endroits en établissant des courans d’air, quand Fétat de l’atmosphère le permet , et en faisant de fréquentes fumigations d’après le procédé du docteur Carmichael Smith , tel qu’il est rapporté au sujet du typhus. Le froid et l’humidité de l’atmosphère doivent être corrigés par l’emploi du feu. Au reste , l’usage de laver fréquemment les entre-ponts , comme on le pratique ordinairement , est assurément nuisible , et favorise grandement le développement du scorbut et d’autres maladies, par l’humidité constante que l’on entretient ainsi.

On recommandera aux gens de l’équipage d’exposer à l’air leurs hamacs et leurs lits toutes les fois que le temps est beau ; ils doivent se baigner souvent,. et changer fréquemment de linge et de vêtemens. Dans les temps pluvieux, quand

CACHEXIES. 4^7

ils n’ont plus rien à faire ou quand Ils sont remplacés pour le quart, ils doivent ôter leurs habits mouillés , au lieu de les garder sur eux et de se coucher avec, comme ils sont trop disposés à le faire. Dans les beaux temps , on doit leur permettre des amusemens, et peut-être alors aucun exercice ne leur convient-il mieux que la danse; aussi un violon , un fifre et un tambaurin , sont une acquisition à faire à bord de chaque vaisseau qui doit exécuter un voyage de long cours.

Aucun marin attaqué de quelque maladie, surtout si elle est contagieuse , ne doit rester parmi ceux qui sont en santé. Il faut promptement l’envoyer à l’infirmerie , endroit qui doit exister dans tout vaisseau à bord duquel il y a une certaine quantité d’hommes ; et cette infirmerie doit être située dans une partie sèche et aérée du bâtiment.

En parlant des moyens de conserver la santé des matelots, il peut être utile de faire observer, quoique cela n’ait pas un rapport direct avec la maladie dont je traite à présent, que, dans les pays chauds , les équipages des vaisseaux se portent mieux en mer, quand l’air est sec et serein, et que la chaleur est modérée, que lorsqu’il règne un temps pluvieux ou humide; et qu’ils jouissent ordinairement d’une meilleure santé quand le bâtiment est mouillé à une grande distance du rivage , et à l’opposé du vent des terres marécageuses ou des eaux stagnantes , que lorsqu’il est à l’ancre sous ce vent , et qu’il est près de terre. Les commandans de vaisseaux,

4^8 CACHEXIES,

qui sont stationnés , ou qui trafiquent entre les tropiques, agiront donc prudemment , quand ils toucheront au port auquel ils se destinent , en mouillant à une distance considérable du rivage, et aussi loin à contre-vent de tous terrains marécageux , des étangs et des lacs , qu’il leur sera possible de le faire ; car les vapeurs nuisibles , qui sont portées vers l’équipage , quand le vaisseau est dans une telle station , ne manquent pas de produire des maladies.

Quand on est inévitablement obligé de se soumettre à un tel inconvénient , il faut prendre quelques précautions pour empêcher qu’il n’en résulte des suites fâcheuses. Pour cet effet, on tendra une large, voile au mât de misaine ou à la partie la plus au vent du vaisseau , de manière à empêcher les vapeurs nuisibles d’arriver. La cabane , la chambre et les ponts , seront purifiés de temps en temps avec des fumigations , et on fera fumer abondamment du tabac aux ma-telots.

A moins d’une absolue nécessité, il ne faut permettre à aucun des hommes de l’équipage de passer la nuit à terre lorsque le bâtiment est mouillé devant un port malsain ; mais si l’on y est forcé pour faire du bois ou de l’eau , on construira une tente ou cabane , si l’on ne peut se procurer aine maison convenable, et on la placera dans l’endroit le plus sec et le plus élevé que l’on trouvera, de manière à ce que son entrée regarde du côté de la mer. Un nombre suffisant

CACHEXIES. 459

de hamacs doivent être suspendus au toit de cette cabane ; car il ne faut jamais souffrir que les hommes couchent sur la terre.

Si , malheureusement , la tente est située dans le voisinage d’un marais, ou élevée sur un terrain plat et humide, il sera convenable d’y faire constamment du feu pendant le jour ainsi que dans la nuit , de faire fumer en abondance du tabac aux hommes , et de leur faire prendre un verre de teinture de quinquina composée tous les matins à jeun, et la même quantité dans la soirée.

Rien, parmi les marins, n’est plus propre à produire le scorbut dans les pays chauds, que l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses et fermentées ; car ils sont sujets , lorsqu’ils sont ivres , à se coucher sur la terre , où ils restent quelque^ fois exposés pendant plusieurs heures à l’influence du soleil en plein midi, aux rosées abondantes de la soirée, ou à l’air froid et humide de la nuit.

Les différens voyages du célèbre capitaine Cook , et ceux de l’infortuné Lapeyrouse , prouvent incontestablement que par des soins et un régime bien ordonné , on peut garantir les marins du scorbut et des autres maladies qui , autrefois, étaient inséparables des longs voyages par mer, et qu’ils peuvent supporter les fatigues des plus longues navigations dans tous les climats , dans toutes les latitudes , et au milieu des brouillards, et sous un soleil brûlant.

Dans les voyages de long cours , il est do notre intérêt de faire tous nos efforts pour gué-

460 CACHEXIES,

rir la maladie quand elle se declare , mais encore pour la prévenir ; car la diathèse scorbutique ne manque jamais de donner un caractère de mali-» ‘ gnité aux autres maladies qui attaquent les marins, telles que les ulcères, la dysenterie , etc. ; dans cette vue , notre traitement prophylactique doit commencer du premier jour où la provision des végétaux frais et la bière sont épuisées. D’après plusieurs expériences, il paraît que de cette manière nos efforts seront plutôt suivis de succès qu’en réservant ces substances pour l’époque où les symptômes d’une diathèse scorbutique commencent à se manifester. Mais lorsque , par défaut de précautions, le scorbut se déclare chez un certain nombre d’hommes à bord d’un vaisseau ou dans une garnison, nous devons combattre d’abord ses effets en remédiant à l’état d’adynamie de l’économie , et secondement , en rétablissant les forces dans leur état premier.

La première de ces indications sera remplie à l’aide d’une nourriture animale et végétale fraî¬

che, mais plus particulièrement de la dernière ; le cresson de jardin et de fontaine, la moutarde , le raifort , les radis communs, le cochlearia, le céleri, la chicorée et la laitue, végétaux qui tous peuvent être mangés crus , et les épinards, la poirée, les carottes, les navets, les choux, les choux-fleurs., les brocolis, les asperges, et les jeunes tiges de houblon, etc. , que l’on fait cuire , seront extrêmement utiles. On permettra un libre usage des fruits mûrs , spécialement de ceux qui sont acidulés j tels que les oranges, etc. Pour

CACHEXIES, 46 ï

boisson ordinaire, le malade peut user de lait, de petit-lait , de lait de beurre, ou bien d’une infusion de drêche ou de bourgeons de sapin.

Comme on ne peut se procurer de telles ressources qu’à terre, il faut , quand on est en pleine mer, avoir recours à d’autres moyens.

Un des plus efficaces de cette espèce est le jus de citron , dont le plus grand nombre des vaisseaux de l’état, destinés à faire de grandes traversées , sont maintenant approvisionnés ; et quand on ne peut se procurer des végétaux frais , on doit avoir recours à cette substance. Pour rendre ses effets Jplus certains , et empêcher qu’il n’irrite les intestins, nous devons le mêler à une certaine quantité d’eau et de sucre , ce qui constitue une boisson agréable, généralement connue sous le nom de limonade. Si l’on y ajoute une dose convenable de vin , on la rendra encore plus antiseptique. La quantité de jus employé les trois ou quatre premiers jours , ne doit pas passer deux onces dans la journée ; mais par la suite on peut l’augmenter jusqu’à trois ou quatre.

Dans la médecine nautique du docteur Trotter, on lit un lettre de M. A. Baird, chirurgien du vaisseau de guerre Y Hector ^ qui raconte les avantages surprenans retirés de l’usage du jus de citron dans un vpyage aux Indes occidentales , pendant lequel , malgré le scorbut , il ne mourut pas un seul homme. « Quand je pense, dit-il, aux progrès alarmans que le scorbut faisait parmi les gens de l’équipage du vaisseau avant l’administration du jus de limons , à la manière subite avec la-

462 CACHEXIES.

(quelle cette substance arrêta la maladie, et à l’effet puissant de cet acide dans des cas très-graves, je crois qu’on ne m’accusera pas de présomption si je le nomme un remède infaillible ^ tant pour guérir que pour prévenir le scorbut. »

Quand on ne peut pas se procurer le jus frais, on peut y substituer, avec le plus grand avantage , l’acide citrique cristallisé , tel qu’il fut d’abord préparé par M. Coxwell. Le docteur Trotter ^ assure que ses vertus contre le scorbut égalent celles du jus frais dans son état le plus parfait. D’autres praticiens en ont également fait l’éloge. Il faut dé seize à dix-huit parties d’eau pour amener l’acide concret au degré du jus de citron. On l’obtient , d’après le procédé de Scheele en combinant l’acide végétai nouveau à la chaux, et en précipitant ensuite celle-ci au moyen de l’acide sulfurique.

' Le docteur Trotter observe que le gouvernement est souvent trompé dans les marchés qu’il fait pour se procurer du jus de citron pour la marine , en raison de ce que celui qu’on lui fournit est fréquemment falsifié avee de l’acide acétique , et qu’il contient quelquefois la pulpe du fruit, ce qui le rend très-sujet à fermenter. On devrait , dit-il , se procurer le jus de citron et la chaux dans le Portugal et les Indes occidentales , et les combiner sur les lieux même. On peut transporter dans des barils le citrate de chaux , et l’envoyer en mer dans cet état ; car la sépara-

Medical and Physical Journal , vol. ly^pag. i54'

CrelVs Journal Jor 1784.

CACHEXIES. 463

tion de l’acide liquide est un procédé si facile qu’il n’exige aucune peine ; et d’ailleurs ainsi l’acide demeure sans altération un temps considérable. f

Il est ordinaire d’employer les acides minéraux dans cette maladie ; mais il y a quelque raison de douter de leur utilité ; et même il est certain que ce ne sont point des remèdes efficaces. En outre , ils ne peuvent guère être administrés à l’intérieur à une dose suffisante pour en faire des antiseptiques habituels.

Dans un Traité sur le scorbut, par le docteur Patterson , chirurgien de marine , nous trouvons que, pour certains motifs, il fut porté à essayer, dans plusieurs cas de cette maladie, une solution de nitre dans le vinaigre ordinaire ; moyen qu’il vit constamment réussir avec un plaisir inexprimable ; et d’après ses fréquens essais , il est convaincu qu’on peut guérir le scorbut en mer sans le secours des substances végétales fraîches. Si ce remède produit* les effets qu’il lui attribue , nul doute que ce ne soit une découverte d’un trèsgrand avantage pour le bien général.

M. Patterson suppose que les bons effets * du nitre, dans ce cas, dépendent de l’oxygène qu’il contient , et qu’on peut le rendre plus actif en le combinant à un acide. Il regarde le vinaigre ordinaire comme étant de peu d’utilité, quand il est administré seul; mais il pense que, chargé d’oxygène, il peut être très- avantageux ; et c’est ce qu’il croit faire en y ajoutant du nitre. Le procédé qu’il a suivi , a été de faire dissoudre deux onces

464 CACHEXIES,

de nitre dans une pinte de vinaigre, et d’administrer une demi-once de cette solution à quelques malades deux fois, à d’autres trois fois dans la journée : il fit en outre laver avec elle autant de fois leurs membres tachés ou ulcères. Les bons effets qui en résultèrent, l’absence des nausées , des coliques et de la diarrhée, l’engagèrent à en porter la dose aune once, et à la répéter autant de fois qu’auparavant.

P\emarquant encore que le plus grand nombre des scorbutiques confiés à ses soins supportaient cette dose augmentée sans le moindre malaise , au lieu de deux onces de nitre , il en fit dissoudre quatre dans une pinte de vinaigre , et administra cette forte solution depuis une demi-once jusqu’à deux onces , deux , trois ou meme quatre fois dans la journée , selon que les malades avaient des pétéchies, les membres roides ou des ulcères , et il continua à l’employer de la meme manière.

<c Quelques malades, ajoute-t-il, ne peuvent pas supporter le vinaigre nitré sans addition d’eau , ce qui n’arrive pas à d’autres. Les évacuations alvines , ou l’existence des tranchées et des nausées, me servent de guides pour en augmenter ou en diminuer la dose ; mais il faut que ces symptômes soient portés à un certain degré pour, rendre nécessaire une diminution. Huit onces de çette forte solution , contenant une once de nitre , ont été administrées avec succès à un grand nombre de malades scorbutiques dans le cours de la journée , et pendant autant de temps qu’une telle quantité fut jugée nécessaire.

CACHEXIES. 465

Une circonstance aussi, non moins intéressante que satisfaisante , est que de fortes et fréquentes doses de ce médicament ont été administrées dans d*es cas de dysenterie scorbutique , et qu’au lieu de l’augmenter , elles la faisaient disparaître. Quelquefois, malgré l’usage abondant du vinaigre nitré , j’ai vu survenir une constipation contre laquelle des doses modérées de crème de tartre m’ont paru très-avantageuses. Cet état de constipation intense arrive généralement quand la maladie est très-avancée ; mais, dans quelques cas particuliers , dans les tempéramens délicats , et quand la maladie n’est pas très - avancée , meme de légères doses de vinaigre nitré dérangent l’estomac et les intestins ; pour prévenir ou faire disparaître cet inconvénient , on ajoutera , à chaque dose , deux , trois ou quatre grains de camphre.

» Pendant l’usage du vinaigre nitré , le ventre en général est légèrement relâché , l’évacuation des urines est augmentée , et leur principe alcalin se dissipe ; la transpiration s’établit , et la peau devient plus douce au toucher ; le sentiment de froid fait place à une chaleur agréable , et le pouls acquiert de la résistance et de la force; le sommeil paraît de plus en plus naturel ; la face , de plombée et de bouffie qu’elle était, devient graduellement fraîche et colorée ; l’inflammation de la bouche et du nez disparaît ; les gencives prennent de la fermeté ; le^» extrémités inférieures perdent, plus vite qu’on n’aurait pu le penser , leur teinte livide ; elles sont 2. 3o

46G CACHEXIES.

moins douloureuses et plus flexibles , et les ulcères , d’un meilleur aspect ^ se cicatrisent ; le sentiment d’oppression vers la poitrine et l’estomac disparaît , et la toux et la respiration deviennent moins laborieuses ; l’appëtit et le goût se rétablissent ; l’abattement des facultés intellectuelles , la lassitude , n’existent plus ; les forces augmentent, et, enfin, la santé reparaît. »

M. Patterson, en comparant l’effet des acides végétaux avec celui du vinaigre nitré, rapporte ce qui suit : e Au mois de juillet 1794 ? ?

on se procura une petite quantité de limons par ordre de l’amiral Murray , pour l’usage des scorbutiques qu’il y avait à bord ; mais au lieu de m’en servir sur tous , je les administrai seulement à un certain nombre d’entre eux, dans l’intention de comparer leur effet avec celui du vinaigre nitré , en faveur duquel l’expérience fut décisive.

Telle est la manière de voir de M. Patterson. Mais ne serait-il pas permis de proposer de faire dissoudre le nitre dans du suc de citron ou de limon , et d’en attendre plus de succès que de sa solution dans le vinaigre , ou que de l’administration isolée de l’acide citrique?

Par les moyens que nous avons fait connaître joints à quelques autres, tels que la bière sapinette , les infusions nouvelles de diêche ou le moût de bière, le sucre, et le suc de cochléaria, dans le plus grand nombre des cas, même souvent dans ceux qui paraissent désespérés, nous pouvons obvier à la tendance vers la putridité , et effectuer la guérison, L’introduction de foxy-

cachexies: 467

gène dans Tèconomie, par tous les moyens possibles, est egalement un bon auxiliaire.

Il paraît que l’inspiration des gaz fut employée par le célèbre Lapeyrouse , pendant son voyage autour du monde ; mais il observe judicieusement que les marins ne peuvent en retirer que la millième partie du bien qu’ils obtiennent en mangeant de bonnes tranches de bœuf rôti , des tortues de mer, du poisson, des fruits, des légumes, etc.

Dans le cours de la maladie , il peut survenir des symptômes particuliers , qui exigent un traitement spécial. Ainsi, on doit calmer les douleurs de ventre par les émolliens et les opiacés ; la dyspnée par les vésicatoires , car la saignée ne doit jamais être employée ; les contractions des muscles des jarrets et. des mollets , par des fomentations d’eau chaude et de vinaigre, et par l’application de cataplasmes émolliens ; la mollesse des gencives et l’ébi^anlement des dents doivent être combattus en faisant rincer fréquemment la bouche avec des gargarismes astringens et antiseptiques (i) ; et les ulcères sordides, nettoyés et cicatrisés , en les arrosant fréquemment avec du jus de citron , ou avec un mélange , à parties égales, des teintures de myrrhe et de quinquina, et en les pansant avec un onguent diges-

(i) Decoc. Cinchon . 5 vj.

Tinct. Myrrliæ §jC*

Acid. KiuriaU • gutt. xv-xx*’

çacîîextEvS;

tif, ou un cataplasme d’oseille. Quelques chirurgiens de marine ont’ observe que les ulcères scorbutiques les plus rebelles guérissaient par l’application d’une pâte faite avec la farine d’avoine, arrosée avec de l’extrait de Saturne. Dans des cas d’ulcération très -grave, l’application du cataplasme effervescent, ou de celui de charbon, dont il est fait mention au sujet de la gangrène , . pourrait être suivie d’un très-bon effet.

Le docteur Harness, médecin dans la flotte anglaise de la Méditerranée après avoir vu échouer les autres remèdes dans des ulcères où il y avait tendance à la gangrène, a remarqué que l’appiication du suc gastrique des animaux granivores , avait produit les effets les plus avantageux.

Si , dans le cours de la maladie , il y avait constipation, nous pourrions conseiller une décoction de tamarins avec une certaine quantité de crème de tartre. Quand la peau est sèche et rugueuse , une douce transpiration peut être provoquée par une décoction des bois sudorifiques combinée à l’antimoine , telle qu’elle est conseillée dans la syphilis , ou par le camphre , joint à la poudre dipécacuanha composée.

Pour remplir la seconde indication qui est de rétablir les forces, le malade doit êtrç mis à l’usage du quinquina , des ferrugineux et des autres toniques, comme dans les cas de dyspepsie. Il doit en même temps respirer un air pur, tempéré et sec ; prendre chaque jour un exercice

Duncan's Annals oj" Medicine for l 'J

proportionné à l’état de ses forces , suivre un régime naurrissant et restaurant, et mettre dans sa conduite beaucoup de régularité et de tempérance.

On a généralement pensé que les scorbutiques avaient besoin d^e l’air de la terre et d’amusemen^ , pour guérir plus promptement et plus radicalement. Le docteur Trotter cherche à combattre cette opinion en ces termes : « Il n’est pas maintenant un officier dans la floUe , qui veuille préférer le traitement hors des vaisseaux. Il y a meme souvent la plus urgente nécessité de garder les malades à bord , jusqu’à ce qu’ils aient acquis un certain degré de forces. Lorsqu’ils sont très-faibles ^ les scorbutiques ne peuvent pas supporter l’air extérieur, chose que l’on a observée depuis long-temps , et qui vient d’etre confirmée par la mort de cinq hommes qui succombèrent dans le bateau appartenant au vaiS' seau de guerre le prince de Galles , en passant du vaisseau à l’hôpital de terre. »

Dans son voyage à Canton, M. Charpentier Cossigny rapporte qu’un soldat allemand, âgé de vifîgt-huit ans, mourut subitement lorsque le bâtiment fut en vue de File de Roderigo , quoiqu’il n’eut que quelques légers symptômes de scorbut , et qu’il ne fût pas assez mal pour être couché sur la liste des malades. M. Cossigny observe qu’il a vu d’autres scorbutiques perdre toutes leurs forces en respirant l’air de terre, et mourir pendant qu’on les transportait à Fhôpital. Il pense , en conséquence , que la densité de l’air

'l^nù €kcmxms.

de terre a suffoque ce soldat allemand, ses poumons ayant perdu leur élasticité , etc. , et l’opinion du docteur Trotter se trouve ainsi entièrement soutenue.

Dans les affections pénibles de la peau , désignées sous le nom d’éruptions scorbutiques , qui surviennent souvent sans aucune cause sensible, mais qui dépendent principalement de l’état de l’économie , et qui se manifestent à des époques marquées, ainsi que dans les ulcérations de la peau avec évacuation de lymphe et desquamation abondante, les eaux de Cheltenham, prises pendant long-temps , produisent souvent de trèsgrands avantages. Quand la maladie est invétérée, il peut être nécessaire d’avoir recours aux altérans, tels qu’une combinaison de mercure et d’antimoine , la décoction d’orme , l’acide nitrique , la bière sapinette, etc. Le régime doit consister principalement en végétaux et en lait. Les bains de mer seront également convenables.

De la Jaunisse. ( Icterus. ) ^

La couleur jaune plus ou moins foncée de la peau et de la sclérotique , la teinte blanchâtre et analogue à- celle de l’argile des matières fécales , le rouge foncé des urines , qui teignent en jaune les corps que l’on y plonge , doivent être regardés comme les symptômes caractéristiques de la maladie connue sous le nom de jaunisse ou d’ictère.

La cause qui la produit le plus ordinairement

Etymologie, , icterus.

CACHEXIES. 4yî

ïîst la suppression de T excretion de la bile , en raison d’une obstruction du canal cholédoque , ce qui détermine la rentrée de ce fluide dans le système sanguin. Dans quelques cas, cependant, elle peut être la suite d’une sécrétion de bile trop abondante.

Les causes qui produisent la suppression d'excrétion , sont la présence des calculs biliaires dans la vésicule du fiel ou dans ses canaux excréteurs ; la constriction spasmodique de ceux-ci ; la pression exercée sur eux par des tumeurs qui ont leur siège dans le voisinage : aussi la jaunisse est-elle souvent un symptôme dans le squirrhe du foie , du pancréas , etc. , etc. , et dans la grossesse. La cause prochaine de l’ictère est alors l’absorption delà bile, et son passage dans le système vasculaire.

Les affections bilieuses chroniques sont souvent la suite de l’abus des liqueurs spiritueuses ; aussi les observe -t-on fréquemment chez l’homme débauché et ivrogne. Ceux également qui mènent une vie sédentaire , et qui se nourrissent d’idées mélancoliques , en sont fréquemment attaqués.

XJne légère jaunisse est souvent le résultat d’une sécrétion abondante de bile , et du tempérament bilieux propre à quelques personnes , mais plus particulièrement à celles qui demeurent long-temps sous un ciel brûlant.

Nous pouvons deviner, d’après la durée de la maladie , et en palpant la région du foie , si la jaunisse est la suite de quelque tumeur dans

472 CACHEXIES.

cet organe , dans le pancréas , le mésentère ou répiploon.

Quand les passions occasionnent Tictère sans qu’il y ait dureté ou augmentation de volume du foie ou des parties voisines , et sans que l’on voie des calculs dans les matières fécales, il semble naturel de conclure que la maladie est due à une affection spasmodique des canaux biliaires.

Quand des calculs biliaires ont leur siège dans ces canaux , le malade éprouve le long de leur trajet des douleurs aiguës et lancinantes , qui cessent et reparaissent par intervalles : il y a une grande irritation de l’estomac , de fréquens vomissemens , et augmentation de la douleur après le repas. Une douleur au moignon de l’épaule ou au bras droit , est un autre signe diagnostique des concrétions formées dans la vésicule du fiel ou ses canaux excréteurs.

Quand les calculs passent à travers le canal cholédoque dans le duodénum , les symptômes ne sont pas aussi obscurs et aussi incertains que lorsqu’ils ont leur siège dans la vésicule biliaire. Quelquefois l’attaque est précédée ou accompagnée d’un sentiment de froid dans le dos et les extrémités inférieures. Le malade est pris subitement d’une douleur violente , justement à l’endroit où le canal cholédoque s’ouvre dans l’intestin ; elle est souvent tellement circonscrite , que l’on peut en marquer l’étendue avec le doigt ; quelquefois elle s’étend dans tout le dos , et se fait ressentir jusque entre les épaules. Les individus ainsi affectés ne peuvent pas rester

CACHEXIES. 4y3

couchés, et sont obligés de se tenir assis et de se plier le tronc en avant, ce qui leur procure un lé^er soulagement. Dans la plupart des cas , l’estomac est si irritable , que tout ce qu’il reçoit est rejeté sur-le-champ. Quelquefois , mais pas toujours, il y a vomissement de bile. La constipation est habituelle ; car tout le canal digestif paraît participer à l’état de spasme du duodénum.

Si le passage de la bile à l’intestin est entièrement obstrué , les matières fécales ont une couleur d’argile, et la peau et les yeux deviennent jaunes. Quoique la douleur soit plus vive que dans l’hépatite , et qu’elle soit quelquefois accompagnée d’un grand trouble général , de chaleur à la peau, de vitesse dans le pouls , de soif, de blancheur de la langue , de coloration de l’urine avec un sédiment foncé , cependant l’inflamination arrive rarement. Quelquefois , au bout de plusieurs heures , il survient une rémission , soit parce que le calcul est entré dans le duodénum, soit parce qu’il remonte dans la vésicule. Au bout de quelques jours, ou peut-être de quelques semaines, le paroxysme vient de nouveau , ce qui indique que la cause de l’obstruction n’a pas été détruite. ' #

Les calculs biliaires varient pour leur volume depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’une noix. Dans quelques cas , ils sont très-nombreux ; leur teinte , comme celle de la bile , est jaune , brune ou verte. Ils varient également, quant à la forme

CACHEXIÊS.

et à la dureté. Quelques-uns sont très-anguleux ; d’autres sont ovalaires» ou ronds, et leur surface est unie. Généralement on trouve ces concrétions dans la vésicule biliaire et dans les canaux excréteurs , cependant on en rencontre quelquefois dans les pores biliaires et dans le parenchyme du foie.

D’après les expériences faites par le docteur Saunders sur la composition chimique des calculs biliaires , ils sont principalement formés par une matière résineuse , un peu de terre , et de l’alcali minéral et volatil.

La jaunisse débute par de la langueur, de la nonchalance , du dégoût pour les alimens , des flatuosités, des acidités dans l’estomac et les intestins , et de la constipation. A mesure qu’elle fait des progrès, la peau et les yeux* prennent une couleur jaune foncée ; il y a une saveur amère dans la bouche, des nausées et des vomissemens fréquens. L’unne est très-chargée en couleur ; les matières fécales sont grises ou de couleur d’argile, et le malade^^éprouve une douleur obtuse continuelle dans l’hypochondre droit , douleur qu’augmente beaucoup la pression de la main. Quand elle est très-aigue , le pouls devient dur et plein, et la maladie peut* se compliquer d’autres symptômes fébriles.

Qand la jaunisse dure long-temps, et qu’elle provient d’une affection chronique du foie ou des viscères voisins , elle est souvent accompagnée d’anasarque , et quelquefois d’ascite.

CACHEXIES. . 475

Quand l’ictère est récent, et qu’il est pro» duit par des concrétions qui obstruent les canaux biliaires , nous pourrons parvenir à effectuer la guérison ; mais quand il est la conséquence de tumeurs dans les organes voisins , ou qu’il est accompagné de symptômes qui indiquent Fobs* truction des viscères , nos efforts , très-vraisemblablement , ne seront pas couronnés de succès. Lorsqu’il se déclare pendant l’état de grossesse , il est de peu de conséquence , et disparaît après Faccouchement. La diminution graduelle du sentiment de pesanteur et d’oppression dans la région précordiale ; le retour de l’appétit, la régularité et la bonne nature des selles , l’augmentation de la sécrétion des urines , qui cessent de teindre en jaune le linge qu’on y trempe, doivent être regardés comme des symptômes favorables. Une douleur violente dans l’hypochondre ou l’épigastre , l’accélération du pouls , la perte des forces , l’amaigrissement , le gonflement œdémateux des membres, les frissons, l’insomnie, la mélancolie ou le hoquet, dénotent un grand danger.

L’examen des cadavres des ictériques nous apprend que la teinte Jaune occupe les organes même les plus profondément situés , toute l’étendue du tissu cellulaire, les cartilages, les os et jusqu’à la substance cérébrale. Il est ordinaire de rencontrer une affection organique du foie , de la vésicule biliaire ou des viscères adjacens , et quelquefois des calculs dans les canaux biliaires.

Comme l’ictère survient dans presque toutes

les maladies du foie , et qu’il ne depend pas d’une d’elles en particulier, quelques médecins ont été portés à ne le considérer que comme une affection symptomatique. Quand la jaunisse se déclare, nous devons donc tâcher de déterminer , autant qu’il sera en notre pouvoir , l’état réel du foie , puisque le mode de traitement doit être varié selon la natui^e de la cause qui produit la maladie.

On doit entreprendre la guérison de la maladie , tout incertaine qu’elle. paraît quelquefois, en rétablissant d’abord le passage de la bile à travers le conduit obstrué ; secondement, en dé-terminant son évacuation par les intestins , et troisièmement , en remédiant aux symptômes particuliers. Soit , au reste , que le passage de la bile soit empêché par des concrétions biliaires ou par le resserrement spasmodique des canaux , on doit à peu près adopter le même mode de traitement.

Lorsque les concrétions sont d’un volume considérable , elles produisent fréquemment , par la grande distension quelles occasionnent , non-seulement une douleur aigue , mais très - souvent aussi une vive inflammation. Dans cette circonstance, il peut survenir beaucoup de fièvre. Pour prévenir de tels accidens, il faut conseiller aux sujets pléthoriques , quand les symptômes prennent de Fintensité , une saignée proportionnée à l’état du pouls, à Fintensité de la douleur et à l’âge du malade. On doit ensuite faire mettre celui-ci dans un bain chaud jusqu’à défaillance ,

CACHEXIES.

puis alors le placer dans son lit, et lui faire prendre une préparation d’opium, que l’on peut répéter toutes les quatre ou six heures, jusqu’à ce qu’il y ait du soulagement. Comme l’estomac est généralement si irritable que tout ce qui y est introduit en est rejeté sur-le-champ , spécialement les liquides , il faudra peut-être administrer ce médicament sous forme solide, en pilules, par exemple. On conseillera en* outre l’application d’une vessie remplie d’eau chaude sur la partie la plus douloureuse. Les lavemens émolliens sont ici de véritables fomentations intérieures. Les antimoniaux, à petites doses, ou la poudre d’ipécacuanha compo'sée , et les boissons délayantes, pourront procurer quelque soulagement.

Dans la vue de faciliter la sortie des concrétions biliaires, le vomissement a été très-recommandé dans la jaunisse*. Dans les cas récens, lorsque nous n’avons point lieu de soupçonner que le calcul soit très-volumineux, et lorsque la douleur n’est pas aiguë , ^e remède peut être suivi d’un bon effet, si l’on comprime, pen-^ dant qu’il agit, la vésicule du fiel et les canaux biliaires distendus ; mais dans les cas où il existe une douleur aiguë et de la fièvre , le vomissement est préjudiciable.

Un cas curieux d’inflammation de la vésicule du fiel , produite par des calculs biliaires , et terminée par suppuration ,' avec saillie à l’extérieur, s’est offert il y a quelque temps à mon observation. C’était chez une femme d’environ quarante ans , qui, pendant un temps considérable ,

47^ CACHEXIES*

avait éprouvé des douleurs cruelles à l’estomac , de la chaleur fébrile , des défaillances et du dévoiement. Au bout d’un mois ou environ , il survint un gonflement près du nombril , qui fut ouvert et donna issue, pendant plusieurs jours, à une grande quantité de matière jaune. La douleur devenant très aigue dans la tumeur , le chirurgien introduisit sa sonde par l’orifice de la plaie , et , à son grand étonnement , sentit à son extrémité une masse dure , graveleuse , qui , ayant été évacuée quelques jours après, fut reconnue pour un calcul biliaire du volume d’une noix ordinaire , lequel fut promptement suivi d’un autre , et au bout d’un certain temps la malade fut parfaitement rétablie.

. En général , il n’y a pas beaucoup de douleur tant qu’un calcul, d’un volume moyen, a son siège dans la vésicule ou dans* les canaux biliaires ; mais lorsqu’il parvient à l’endroit où le canal cholédoque pénètre dans l’intestin , la douleur se manifeste. Cette opinion paraît confirmée par des observations très-respectables , qui prouvent qu’à l’ouverture des cadavres on a trouvé des calculs dans la vésicule d’individus qui n’avaient jamais présenté aucuns des symptômes qui indiquent l’existence d’une semblable maladie.

Les purgatifs sont très-employés contre la jaunisse, non-seulement dans la vue de remédiera la constipation, mais encore dans crlle d’ exciter Faction des canaux biliaires par l’irritation des intestins. Quelques médecins ont cependant jugé qu’ils ne sont utiles que lorsque le ventre est

CACHEXIES. 4^9

paresseux et tuméfié; tandis que d’autres assurent que les drastiques , dont Faction est à la fois énergique et de longue durée, sont toujours très-avantageux.

Des selles régulières , et le relâchement des intestins, sont assurément nécessaires chez un individu atteint d’ictère ; et , dans bien plus d’un cas, j’ai remarqué qu’une diarrhée spontanée avait guéri cette maladie.

Après donc avoir employé les moyens recommandés ci-dessus , nous pouvons avoir recours aux purgatifs (i) avec beaucoup de succès, si la maladie est due à des calculs ou à un spasme ; mais quand l’ictère reconnaît pour cause quelque affection chronique du foie ou des viscères adjacens , il est vraisemblable que les purgatifs actifs seraient nuisibles en amenant beaucoup de faiblesse. En pareil cas, on y substituera les sels neutres laxatifs. .

Dans l’intention de déplacer les calculs biliaires , on recommande un exercice modéré , parti-

{i) ^ Pulv. Rhabarb . gr. xx.

Sapon. alb. . . S 15.

Calomel . gr. xij.

Syrup . q. s.

M.F. PiluL xxiv. Capiat ly vel iij. horâ decubitus.

VEL

"if Calomel. . . gr. iij.

Pulv. Jalap . . . . . 5 6.

^tell. optim* .•.©**•••#• q. Ss M.F. Bolus,

48o CACHEXIES,

culièrement Fequitation, et les frictions, excepté durant les paroxysmes. Les commotions électriques dirigées à travers le foie et dans la direction du canal cholédoque , peuvent également ])rovoquer le passage du calcul. Les bains chauds et les anodins sont aussi très-avantageux dans la jaunisse qui provient de calculs ou de resserremens spasmodiques.

Quand un calcul biliaire reste stationnaire,* en dépit de tous nos efforts, nous pouvons essayer de le dissoudre.

Le docteur Darwin * a fait des expériences , sur les fragmens d’un calcul biliaire , avec de Facide muriatique faible , une solution d’alcali carbonaté , une solution d’alcali caustique et l’huile de térébenthine , sans être parvenu à les dissoudre. Après quelque temps , ces fragmens furent tous mis dans de l’eau bouillante , et alors Fhuile de térébenthine les a dissous; mais ceux qui avaient été mis dans les autres fluides n’éprouvèrent aucune altération , excepté un léger changement dans leur couleur. En mettant quelques autres fragmens du même calcul biliaire dans Féther sulfurique , ils furent promptement dissous à froid. Le docteur Darwin demande , d’après cela, si l’éther mêlé à un jaune d’œuf ou à du miel, ne pourrait pas être administré avec avantage dans les cas de calculs biliaires?

Nous savons qu’un mélange d’éther et d’es-‘ sence de térébenthine est un remède employé par

* Zoonomia , vol. ii , pag- f. *

Soemmering de Concretione Bills.

CACHEXIES. 481

plusieurs praticiens du continent , comme un dissolvant des calculs biliaires, avec le succès le plus marqué : Durande, en particulier, affirme que, pendant long temps, il a guéri avec lui tous ceux cju’il a rencontrés atteints de calculs biliaires. Après l’usage des émolliens et des apéritifs, il donnait à ses malades un mélange de trois parties d’éther sulfurique et de deux parties d’essence de térébenthine , à la dose de deux scrupules ou d’un gros tous les matins, et il leur conseillait de boire par-dessus une tisane émolliente , du petit-lait, du bouillon de veau, etc. , etc. On a dit à ce sujet que Durande , au moyen de sa méthode , a vu des calculs biliaires, parfaitement dissous, être évacués par les selles sous la forme d’une matière jaune ressemblant à des pois. Cependant , comme ce remède est quelquefois sujet à occasionner des nausées et d’autres symptômes alarmans, il doit être administré avec précaution, dans la crainte qu’il n’augmente la douleur; et, avant d’y avoir recours, on doit employer avec assiduité les moyens propres à prévenir l’inflammation.

Si nous croyons que la jaunisse soit la suite d’une affection inflammatoire du foie , nous de< vons, au début de la maladie, avoir recours aux moyens ordinaires pour la faire disparaître par résolution , à la phlébotomie, aux saignées capillaires, à l’administration , de temps à autre , de purgatifs salins rafraîchissans , et à l’application locale des vésicatoires volans. Mais quand ces moyens ont échoué , ou qu’ils n’ont point été 2« 3i

CACHEXIES.

mis en usage , que l’affection a passé à l’état chronique , avec augmentation de volume et squirrhosité, en sorte que les canaux biliaires sont comprimés , il faut alors insister sur l’usage du mercure, comme dans les cas d’hépatite chronique. Dans les pays chauds, l’application de l’onguent mercuriel dans le voisinage de la partie affectée, ou sur elle immédiatement , a paru efficace pour résoudre les tumeurs du foie , et si elle était adoptée plus généralement dans les pays froids , il est très-probable qu’elle serait suivie du même effet salutaire.

En pareil cas , et lorsque la jaunisse est survenue* par suite de calculs biliaires , on a coutume d’employer les sels neutres (i), les alcalis (2), le savon , etc. On a regardé le savon comme une espèce de spécifique dans la jaunisse. La ciguë a

(i) ^ Decoct. Cinchon . . % ] ù,

Tinct. ejusdem . » . ® . 3 ij.

Sal. polychrest. • . . gr. xv.

Pulv. Rhabarb . . . gï** x.

M.F. Haustus manèj horâ meridianâ ^ et vesperh sumen-

dus.

(2) ^ Natri præpar . 3 ij.

Pulv. Cincbonæ - Rbabarb. ,

Mucilag. Gumm. arab . q. s.

JVI. F. Electuarium cujus sumat quantitatem nucis moschatcs

ter in die.

VEL

7^ Nalri præparat .

Sapon. Venet .

F. Pilules. XX. Capiat ij. vel iij, bis in die.

été aussi usitée , mais sans aucun avantage. En la combinant , soit avec le quinquina, soit avec le mercure, on pourrait la rendre plus efficace (i).

Les symptômes qui se montrent ordinairement les plus alarmans dans cette maladie , sont la douleur à Fépigastre etàFestomac , et la constipation.

Les deux premiers , en général , seront apaisés par la saignée, les bains chauds, les fomentations locales , les lavemens émolliens et les opiacés. Quand ces moyens échouent, Fapplication d’un large vésicatoire peut être suivie d’un meilîeiir effet. Si les nausées et les vomissemens corn tinuent , nous devons alors administrer le citrate de potasse, en potion, au moment de l’effervescence, ou quelque cordial antispasmodique (2).

(1) ^ Puiv. Cinchonæ . ) __ •

Extract. Cicutæ ^ âà 5 ij.

Syrup. Zingib. q.

F. Pilul(Z LX. Sumat iij. ad xij in die,

VEL

% Pilul. ex Hyd rarg. . . Ü

Extract. Cicutæ . S ij.

F. Pilulœ LX. quarum iij sumat manè et node,

(2) Confect, aromaticæ • ....... 5 j.

Aquæ fontis . ^ V (5.

Spirit. Piment . § i3.

- - Ammon, comp . . , ù,

Tinct. Opii , . . . . . gutt. xl.

M..F .Mistura cujus capiat cochlear, ij. 'vel iij. urgente nau-^ seâ.

CACHEXIES.

Quant à la constipation, on y remédiera au moyen de doux laxatifs (i).

Quand la maladie est chronique, et accompagnée d’œdème , il faut employer les diurétiques, soutenir les fpi ces par les amers , les astringens^

les ferrugineux, les eaux minérales, un régime nourrissant et succulent , l’équitation , et un exercice journalier modéré. Il sera également avantageux de faire usage des eaux alcalines et de celles de Seltz.

(i) ^ Olei Ricini .

. . . gij.

Mucilag. Gurara. arab. . • . ,

Tere simul et adde

Aquæ Aiielhi ........

Tinct. Jalap .

M. Capiat dimidium pro re natâ

VEL

Of Pulv. Jalap .

Cremor. Tartar!

M.F.Pit/m pro dos.

VEL

Of Fruct. Tamarind .

. . , 5 vj.

JDecoque ex

Aquæ fontis .

Colal. adde

Mannæ optim .

Kali tartaris . . •

M.F. Haustus.

VEL

Of Aloë soccotor . * .

Sapon. Veiiet.

Kali præparat.

Syrup, de Rhamno .

Pilul. xxxvj. Capiat ï\\, vel iy. hard deçubitûs.

GACÎÎEXIES. 485

Dam îe ccnirs de la maladie, il survierïf quelqüefois une diarrhée spontanée qui empêche une plus longue absorption de la bile. Tant qu’elle est modérée et qn elle n’affaiblit pas le malade , on peut la laisser aller; mais lorsqu’elle est violente , on qu’elle attaque un individu très -affaibli , on doit l’arrêter par les moyens usités en pareil cas.

Quand il se manifeste une disposition à l’adynamie , nous devons la combattre par les antiseptiques. Dans Fictère produit par un sqûirrhe du foie , nous devons mettre en usage les moyens recommandés contre l’hépatite chronique.

On a vanté une fouie d’autres remèdes commê avantageux dans la jaunisse ; mais l’expériencé a démontré que la plupart d’entre eux étaient entièrement sans effet : tels sont, en particulier, les* œufs crus, ^ qu’on a proposés’ commue un dissolvant.

Le docteur Darwin rapporte l’observation d’un hoinfine âgé de quarante à cinquante ans , cpii avait été attaqué de la jaunisse pendant environ six semaines sans douleur, sans malaise , ^aiis fièvre , et qui avait pris des émétiques , des calhartiques , des mercuriauX, des amers, des ferrugineux,' de Féther, etc. , sans aucun avantage sensible. Supposant que l’obstruction de la biie pouvait être due à une paralysie , il dirigea une douzaine de fortes commotions électriques , àO’alde d’une bouteille de Leyde, à travers le foie et dans la direction du canal , aussi' près de lui que possible : dans le jour même, les selles

486 CACHEXIES,

devinrent jaunes. Les commotions électriques ayant encore été employées durant quelques jours, la peau reprit graduellement sa couleur naturelle. Dans les cas donc où nous soupçonnons que la maladie est due à un défaut d’action des parois du canal biliaire , et où les autres moyens ont échoué, nous devons essayer l’électricité.

La jaunisse qui provient de la simple obstruction des canaux biliaires , disparaît souvent par l’usage tant interne qu’externe des eaux de Bath.

Les maladies compliquées produites par un long séjour dans les climats chauds, qui affectent principalement le système hépatique, les fonctions de l’estomac et des intestins, et qui pro-' cl uisent ordinairement une altération organique d u foie , sont également très-amendées par ces eaux, pourvu cependant que la suppuration n’existe pas encore. Toutes les fois, au reste , que la chaleur de la peau est augmentée , et qu’il y a accélération du pouls , pendant les paroxysmes produits par des calculs biliaires, elles ne doivent pas être prises avant la cessation des symptômes aigus.

Les eaux de Cheltenham sont un autre remède avantageux dans les cas d’ obstruction du foie et des organes de la digestion. Les individus qui ont les organes biliaires altérés par un long séjour dans les climats chauds, et qui sont atteints des symptômes qui caractérisent ou un excès, ou un manque de bile, ou une irrégularité dans la sécrétion de cette humeur, retirent un avantage remarquable de l’usage de ces eaux, quand elles

CACHEXIES. 4^7

sont administrées à propos. Dans ce cas, on peut les continuer , malgré une grande faiblesse ; et elles serviront à arrêter les symptômes menaçans d’hydropisie et d’anasarque générale, qui reconnaissent si souvent pour cause une obstruction du foie. Dans les individus replets et sanguins , Feau de la source saline doit seule être bue. L’eau de Cheltenham, outre qu’elle contient des sels d’une nature purgative , est encore ferrugineuse , et le fer y est tenu en suspension par le gaz acide carbonique qui fait environ le huitième du volume de cette eau.

vmMnMMi^SMS/SMtsM/wsiw\Mvvwv)is^rm\/vw

Page 1