‹ Nouveau traité de médecine pratique, où se trouvent exposés la classification, les causes, les symtomes, le pronostic, et le traitement des maladies de tous les climatsChapitre 27 sur 33 · TUMEURS · texte numérisé non relu

TUMEURS

Cardcthre . Augmentation du volume d’une partie , avec peu ou point d’inflammation.

Du Squirrhe et du Cancer.

Le cancer est un ulcère de la plus mauvaise nature , ayant une surface inégale , et des bords déchirés et douloureux; il s’étend rapidement et laisse suinter un ichor âcre qui excorie les tégumens adjacens; il répand une odeur très- fétide ,

et il est ordinairement précédé par un gonflement dur ou squirrheux de la partie, surtout si cette dernière est glanduleuse.

Cette maladie a le pins ordinairement son siège dans les glandes , et particulièrement dans les testicules et les mamelles ; mais néanmoins on l’observe de temps en temps à la face, et sur d’autres parties peu charnues et très-exposées à l’action des irritans extérieurs. En raison du séjour de la suie dans les rugosités du scrotum , les ramoneurs parvenus à Fâge de puberté , sont très-sujets à une affection cancéreuse de cette partie, décrite pour la première fois par Potf^.

Le cancer survient le plus souvent par suite d’une lésion externe , comme un coup ; mais on l’observe de temps en temps aussi à la suite d’une inflammation antérieure produite par d’autres causes. Comme souvent plusieurs individus d’une même famille en sont atteints , on soupçonne qu’il est héréditaire.

Un auteur moderne^ a pensé que le cancer est déterminé par des hydatides. On ne peut contester que ces animaux ne puissent se développer sur une glande cancéreuse ; mais on ne les y rencontre pas toujours , et ils ne sont pas liés essentiellement à la nature de la maladie.

Le cancer débute ordinairement par un léger gonflement d’une glande, sans douleur et sans changement de couleur. La tum.eur augmente en consistance et en volume ^ et est le siège de dou-

* Chirurgical W orks, pag. 784.

** Doctor AdamsPs Observations on morbid Poisons,

leurs lancinantes; les veines des parties voisines deviennent variqueuses. Le cancer reste souvent ainsi occulte ou squirrheux pendant un temps considerable ; mais , dans d’autres cas , il marche vers la suppuration avec beaucoup de promptitude , et donne ainsi lieu à un ulcère. Ses progrès, cependant, dépendent beaucoup de la conslitulion du malade et de la naissance de la maladie par suite d’une prédisposition héréditaire ou d’une lésion extérieure.

Quand la tumeur s’ulcère , et que par là elle donne lieu à l’absorption du virus , tout doit nous porter à croire que la guérison ne pourra s’effectuer; car,' quoique nous puissions enlever la partie malade , le virus tôt ou tard se manifestera dans quelque autre endroit. L’extirpation , dans de telles circonstances , ne sera par conséquent suivie d’aucun succès durable.

Pendant l’état occulte du cancer, on aura recours à de fréquentes saignées locales au moyen des sangsues , aux applications de plomb, etc. , on tiendra le ventre libre à l’aide des doux laxatifs, et l’on fera suivre un régimedoux et végétal. Si ces moyens échouent , on pratiquera de légères frictions mercurielles sur la partie , et l’on donnera à boire une décoction des bois sudorifiques antimoniée

Dans la première période de la maladie, on a quelquefois retiré un heureux effet de l’emploi du mercure sous la forme d’onguent, ou de l’administration du caloméla et des antimoniaux à

* Tome I , page l’jo.

LOCALES. 54s

petites doses , ainsi que de celle des substances végétales diaphorétiques , telles que le gaïac , le sassafras, la squine, la salsepareille et le mé-

zéréon.

La ciguë est un médicament qui, depuis Stork, a été très-employé dans le cancer, et souvent avec quelque avantage. Popr en obtenir de bons effets avec plus de certitude , nous devons remployer avant la période d’ulcération, et toujours commencer par une légère dose, que Ton augmente graduellement, jusqu’à ce que le malade éprouve quelques accidens du côté de la tête ou de l’estomac ; c’est à cette époque que les avantages , si l’on doit en obtenir, commenceront a être sensibles. L’extrait est la préparation la plus active , et l’on peut l’employer en pilules de deux grains chaque , depuis une jusqu’à onze dans les vingt-quatre heures, en buvant environ une pinte de la décoction de salsepareille composée ou de la tisane de Lisbonne L

La belladone et la jusquiame sont des médicamens de la même classe que la ciguë , dont l’usage a quelquefois été avantageux dans les tumeurs et les indurations glanduleuses qui sont disposées à devenir cancéreuses.

Quand les moyens que nous venons de conseil- - 1er n’amènent aucune amélioration , mais qu’au contraire la tumeur marche avec rapidité vers la suppuration, le seul remède efficace qu’il y ait alors, est l’entière extirpation, pourvu encore que la tumeur soit mobile et non adhérente aux

* F oyez page de ce volume^

OS , et que son siège ne rende pas Toperation impraticable.

Comme les mamelles de la femme sont cependant sujettes à des tuméfactions et à des indurations , par suite de l’impression du froid pendant leurs couches , et par d’autres causes externes, et qu’en n’y faisant point attention on pourrait les prendre pour des squirrhes , il est très-important, dans tous les cas douteux, de rechercher avec soin ce qui a pu donner naissance à la tumeur, et d’en étudier les symptômes et les progrès avant de se décider à l’opération.

Quand cetté dernière a été négligée , et que la suppuration et fuicération sont établies, nous devons faire nos efforts pour corriger la fétidité et l’âcreté de l’évacuation ichoreuse, pour garantir les parties voisines de ses effets , et pour apaiser la douleur; on remplira la première de ces indications en lavant l’ulcère avec l’acide muriatique oxygéné étendu de trois fois son poids ou plus d’eau, selon l’irritabilité de l’ulcère et la cuisson qu’il produit, comme il est recommandé par le docteur Crawford, et en appliquant ensuite un cataplasme de carottes ou de farine d’avoine dans une infusion de drêche avec de la levure de bière. Un cataplasme composé d’environ une demi-livre de mie de pain et de deux onces de charbon de bois en poudre très-fine , est également très-avantageux pour corriger la fétidité et l’acrimonie de l’ulcère : peut-être estil préférable au cataplasme effervescent ; car ce dernier, au bout de quelques^ heures , contracte

ïïïie (xleur plus désagréable que celle qu’on avait intention de combattre. Pour faire le dernier cataplasme , le charbon doit être nouvellement tiré du feu, et pulvérisé aussitôt qu’il est éteint, puis renfermé dans une bouteille bien bouchée , afin d’être préservé du contact de l’air.

L’application du gaz acide carbonique a été très-préconisée dans les ulcères cancéreux , et souvent elle a eu un effet avantageux, comme nous l’apprend le docteur Ewart, de Bath^, qui employe ce gaz en pratiquant au col d’une vessie une ouverture circulaire de la grandeur de Fulcère , et une ouverture circulaire de la même étendue dans un morceau de peau de gant , couvert d’emplâtre agglutina tif, et assez grand pour entourer l’ulcère ; le côté ouvert de la vessie est introduit dans le trou du morceau de peau , et les bords en sont, retournés et attachés à l’emplâtre du côté opposé , d’une manière intime, avec des bandelettes agglutinatives circulaires étroites , appliquées autour du point de jonction , tant en dedans qu’en dehors. Le large emplâtre est alors fixé sur la mamelle ; son ouverture , avec la vessie qui y est fixée , est placée exactement sur l’ulcère, dont aucun point n’est touché par l’emplâtre. On fait au fond de la vessie un pertuis suffisant pour recevoir un tube d’environ trois lignes de diamètre , lequel communique avec le sommet d’une cloche renversée sur l’eau, et

'* Hf story of two Cases of ulcerated Cancer of the mamma ,

** one of which has been cured ^ etc., by a new Method of applyingcarbonic acid ^az.

remplie de gaz acide carbonique. La A^essip alors est pressée avec soin pour en chasser Fair atmosphérique, et ie tube, inséré dans Forihee pratiqué pour le recevoir, est fixé par une ligature ; puis on enfonce la cloche dans Feao, de manière que Facide carbonique soit forcé de passer à travers le tube et de distendre la vessie ; le tube étant retiré , Forifice du fond de la vessie est lié , et le gaz est par là tenu en contact avec Fulcère. Toutes les fois que laA^essie s’affaisse , ce qui indique que beaucoup de gaz s’est échappé , on la remplit de la même manière qu’auparavant : cette opération peut être répétée deux et quelquefois trois fois par jour, selon qu’on le juge nécessaire. Une preuve que ce simple appareil seconde entièrement notre intention, c’est que la vessie remplie le soir, contient encore une quantité considérable du gaz le lendemain matin.

La seconde indication , celle de préserver les parties voisines , doit être remplie en les couvrant avec du cérat de pierre calarninaire ou d’acétate de plomb ; et la troisième indication, qui est d’apaiser la douleur, le sei’a avec des fomentations faites avec une décoction de têtes de pavots , et en appliquant ensuite un cataplasme de ciguë, ainsi qu’en donnant à l’intérieur des p^réparations d’opium.

Si cela est possible , on doit soutenir la tumeur nuit et jour avec un suspensoire , et la préserver également du chaud et du froid.

" La jusquiame , lamorelle et les autres plantes

narcotiques, sont aussi employees à Textérieur, aussi bien que la ciguë. Pour cela, on peut en faire bouillir les feuilles dans du lait , de manière à en former une décoction suffisamment chargée , dont 011 se sert pour fomenter fréquemment la partie malade. Le suc gastrique des animaux herbivores , appliqué sur les ulcères putrides et cancéreux, a été quelquefois utile.

Outre les applications narcotiques, plusieurs substances caustiques sont employées dans la période d’ulcération du cancer, et sous* une foule de formes différentes ; mais l’arsenic ou le muriate suroxydé de mercure en font toujours la base. Les plus connues sont la poudre Arundel , la poudre de Guy et celle de Plunket (i), la dernière desquelles est une composition de pattes d’écrevisses, de fiente dexhien récente , et d’arsenic, réduits en une espèce de pâte, qu’on met en boules et qu’on fait sécher au soleil. Au moment de s’en servir , on pulvérise ces boules et 011 les mêle à un jaune d’œuf pour les appliquer, sur un morceau de ?vessie de cochon, à la surface de l’ulcère. Dans cet état , le caustique doit rester en place jusqu’à ce que Fescarre se sépare spontanément. Quand ce remède est employé dans les cancers du nez ou des lèvres, il faut bien prendre garde qu’il n’en tombe dans la bouche.

(i) 2L Ranunculi, acris fol .

Flamraul. vul^. fol .

Arsenic, albi-lævigat .

Florum suif u ris .

ââ I j.

55o maladies

Une poudre caustique, composée d’une once d’antimoine et d’une demi-once d’arsenic , fondus ensemble dans un creuset , était employée par M. Justamond dans le traitement des cancers , et souvent avec succès. Par l’addition d’opium en poudre, on peut mitiger ce remède à volonté. Parties égaies d’arsenic blanc et de soufre forment aussi un caustique très-puissant.

Un bon procédé est de mêler deux ou trois grains d’arsenic avec un gros de pierre calaminaii e, et de jeter chaque jour un peu de cette poudre sur l’ulcère , jusqu’à ce qubl tombe en escarre.

L’arsenic, dans le traitement du cancer, paraît avoir des vertus particulières et distinctes de celles des autres caustiques. S’il est appliqué à la peau, il ne l’attaque pas; mais si elle est entamée, il'produit une escarre superficielle. Lorsque son action est continuée pendant un certain temps^ l’escarre n’en est pas augmentée , quoique les parties situées au-dessous soient détruites à une profondeur assez considérable*. Pour atteindre ce but dans l’application de l’arsenic, il n’est pas même nécessaire qu’il soit mis en contact avec toute l’étendue de la surface à détruire.

L’arsenic, dans les cancers, a également été administré à l’intérieur, et quelquefois avec un bon effet. On peut donc donner la solution du docteur Fovrler, d’York. Un cataplasme de mie de pain , mouillé avec un peu cfe cette solution , contenant un grain d’arsenic par pinte , serait

LOCALES. 55 î

probablement une très-bonne application externe. De plus, Farsenic et la ciguë ayant plus d’efficacitë dans cette maladie qu’aucun autre remède employé jusqu’à présent , on a demandé si l’on n’obtiendrait pas quelque succès en les administrant à la fois.

Une solution saturée de nitrate de baryte, à la dose de trois, quatre ou douze gouttes, deux fois par jour, dans un véhicule convenable, a été recommandée par le docteur Gravrfort dans les affections cancéreuses et scropbuleuses , et paraît avoir de l’avantage dans la première période du cancer, mais jamais dans les derniers momens.

Dans les ulcères cancéreux de la face , le jus du Carduus tomentosus , de Linnœus, a été employé avec beaucoup d’avantage par les médecins du continent , et particulièrement par le docteur Handel. Il ordonnait à ses malades de laver les parties affectées , avec ce jus nouvellement exprimé, sept ou huit fois par jour, et, dans le cours d’une quinzaine de jours , il arrêtait le cancer de la face le plus malin , mais il ne produisait aucun soulagement dans celui des mamelles. '

Dans le cancer du scrotum , auquel les ramoneurs sont particulièrement sujets , l’extirpation peut effectuer une guérison complète, si elle est pratiquée avant que le testicule soit attaqué , et que l’économie soit infectée. J’eus, il y a quelque temps , occasion de traiter un de ces înaiades , chez lequel la partie atteinte fut enlevée par des ligatures , le sujet ayant été , quel-

* Doctor J^emple^ s Practice of Phy'sic , page 3 12.

ques mois avant de m’étre confié , renvoyé de rhôpital de Y^inchester pour avoir refusé de se souniellre à fopération par finstrument tranchant. ]ja cure fut aussi complète qu’aucune de celles que j’aie jamais observées , quoique le cas fût assez grave, le sujet étant âgé, et très abattu par la maladie et la misère. ^

Dans tout cancer ulcéré , on doit éviter le contact de fair autant que possible ; on peut par consé€|uent appliquer par-dessus fappareil un iTiorceau de taffetas ciré.

Du Bronchocèle

Ce tte maladie est caractérisée par une tumeur â la partie antérieure du cou , entre la trachéeartère et la peau, occupant, en général, le corps thyroïde.

On rapporte que c’est une affection très-commune dans le Derbyshire, mais qu’on ne l’observe pas fréquemment dans les autres parties de l’Angleterre, ni en Irlande. Elle est très -répandue parmi les habitans des Alpes et des pays montagneux voisins , ou elle est désignée sous le nom de goitre. La cause qui la produit est peu connue, mais on l’attribue généralement â l’usage de l’eau de neige. D’un autre côté , comme les habitans des endroits qui abondent en sources salines et minérales sont plus fréquemment atteints de cette affection que les personnes qui habitent des lieux différens , on a pensé que les

Etymologie. ^ aspera arteria , , tumor.

«aux qui se prëeipitent des montagnes , peuvent très-bien être chargées de substances salines et minérales susceptibles de produire cette affection singulière.

Le docteur Saunders observe "^ que l’on a, pendant long-temps, attribué à l’eau de neige les tumeurs scrophuleuses du cou-, qui défigurent les habitans de plusieurs des vallées des Alpes ; mais que cette oyiinion n’est soutenue par aucun fait bien authentique , et qu’elle semble entièrement renversée par la fréquence de cette maladie à Sumatra, où l’on ne voit jamais ni glace ni neige, tandis qu’elle est inconnue au Chili et au Thibet, quoique les rivières de ces pays soient principalement alimentées par la fonte des neiges dont leurs montagnes sont toujours couvertes. Des expériences sûres ont en outre prouvé que Feau de neige fondue est , peut-être , la plus pure que l’on puisse obtenir.

La prédisposition au bronchocèle est, je pense, souvent transmise par les parens à leurs enfans , aussi bien que les scrophules ; et mon opinion est fortement appuyée , car je connais une famille composée de sept individus , qui tous en furent attaqués avant d’arriver à l’âge de puberté ; le père en ayant été affecté pendant longtemps dans son bas âge. Cette famille réside à Crondall, dans le Hampshire, et en est seule atteinte dans l’endroit. Quand nous observons cette maladie dans des lieux particuliers , ne pouvons-nous donc pas attribuer la cause de sa

^ Treatise on Minerai W aters.

frequence plutôt à Fhe'rëdité qu’à la nature des

alimens ?

Dans les lieux voisins des montagnes où la maladie est endémique , on en a attribue la cause à quelque particularité dans Fair , et Fon a observé, en effet, qu’elle régnait plus généralement dans la basse classe , dont les individus sont plus exposés aux différens changemens qui s’opèrent dans Fatmospbère

Le bronchocèle est d’abord indolent et sans fluctuation sensible , et la peau qui le recouvre reste dans son état naturel ; mais à mesure que la tumeur augmente de volume , elle devient dure et irrégulière, la peau prend une teinte jaune , et les veines du cou deviennent variqueuses , la face s’injecte, et le malade se plaint de fréquents maux de tête et de douleurs lancinantes dans l’intérieur de la tumeur.

Quand la maladie est ancienne, et que la tuméfaction est considérable, il est, en général, très-difficile d’en opérer la guérison ; il est dangereux de la tenter par l’instrument tranchant, en raison de la dilatation des artères, et du voisinage des carotides ; mais à une époque peu avancée nous pourrons souvent parvenir à la guérir.

Plusieurs praticiens ont supposé que le bronchocèle était une hydropisie du corps thyroïde ; et il est vrai qu’on y a trouvé une ou deux fois un grand nombre de cellules remplies d’eau ; mais en général on ne rencontre rien de semblable. Dans deux cas observés par Benjamin

* V oyez pag, 3 19 et suivantes de ce volume.

Beil , ce corps avait évidemment beaucoup diminué de volume par la compression de la tumeur, principalement formée de tissu cellulaire condensé , avec différentes collections d’une matière brune visqueuse. Quanta moi, cette tumeur me paraît de nature stéatomateuse.

Bien qu’on ait quelquefois obtenu du soulagement et retardé les progrès de la maladie par les applications externes, telles que les vésicatoires , les embrocations résolutives, et les emplâtres de savon et de meçcure , cependant on a rarement opéré une guérison radicale sans l’emploi de médicamens à l’intérieur , et parmi eux , celui qui s’est toujours montré le plus efficace, est l’éponge brûlée en tablettes. Plusieurs individus affectés de bronchocèle ont été guéris par ce remède ; quelques-uns d’entre eux commençaient à souffrir beaucoup , et à être très-alarmés de la difficulté qu’ils avaient à avaler et à respirer; mais il n’est point encore décidé si l’éponge brûlée guérit plus vite lorsqu’on l’administre sous la forme dcsftiblettes , qui se dissolvent lentement, que lorsqu’elle est avalée d’une seule fois subitement.

Le docteur Cheston , de Gloucester , a observé que l’éponge brûlée réussissait dans différens cas, quand on l’employait selon la formule que nous rapportons ici (i), et selon les règles

(l) ^ Spongiæ ust,æ . . . s f3.

Mucilag. Gumm. arab . q, s.

F. Trochiscus,

suivantes, ce qui paraît être un perfectionnement de la méthode recommandée avec l’approbation du docteur Bates^.

Quand la tumeur se déclare vers l’époque de la puberté, et».avant que rorganisation ait subi de grandes alterations par suite de maladie , une pilule d’un grain ou deux de calomélas, sera administrée pendant trois nuits de suite , et le quatrième matin on fera prendre une dose d’un sel neutre. Chaque nuit ensuite, pendant trois semaines, on doit, lorsque le malade est au lit, lui placer un des trochisqiies sous la langue , et lui recommander de le laisser fondre doucement. Le dégoût que produit d’abord ce remède cesse bientôt. Les pilules et le purgatif doivent être répétés àlafmdes trois semaines, et l’on aura recours aux trochisques comme auparavant ; ce traitement sera continué jusqu’à ce que la tumeur ait entièrement disparu.

Il me semble qu’il y aurait plus de chances à effectuer une guérison et plus prompte et plus certaine en administrant, le remède plus fréquemment que ne le recommande le docteur Cheston, et à des doses plus considérables que celles indiquées dans la recette de Bates car il s’est offert des cas , dans lesquels le malade prenait deux fois et pendant long-temps une tablette sans aucun avantage ; et où, quand le nom-

* Pharmacopoeia chiinirgica , pag. i3g.

La quantité d’épooge calcinée dans chaque bol n’est que d« dix: grains.

bre en fut porte à trois , il en résultait souvent un très-bon effet.

La formule insérée ici bas (i) est la préparation que je suis dans Fusage d’employer, et généralement avec succès. On doit prendre garde d’employer plus de sirop qu’il n’est absolument nécessaire pour unir les ingrédiens ; on l’ajoutera petit à petit, et la masse sera bien battue. Les tablettes doivent être séchées devant le feu sur une assiette légèrement huilée, et l’on doit les conserver dans un vase bouché et recouvert d’un morceau de vessie. On en place une sous la langue matin et soir, et si quelque temps après, il n’en résulte aucun avantage sensible , on en donnera trois , ou même quatre par jour.

Le sulfure de potasse dissout dans l’eau , à la dose de trente grains par pinte, chaque jour, est un remède qui a été employé par le docteur Richter, avec succès, dans quelques cas où l’éponge calcinée avait échouée.

Le révérend Joseph Townsend, dans son Guide de Santé , dit que cette maladie est trèsfréquente dans la vallée de Pewsey, et que pendant trente ans il en a guéri tous les individus qui se confiaient à ses soins. Il donnait d’abord

(i) "if Spongiæ ustæ 5 vj.

Pulv. Gummi arab . 3 j.

- Zingiberis . 3 15.

Syrup, simpl . « , . q. s.

In trochis. n” xij, distribuencL

des tablettes comp ose'es de liege brûle., d’epbnge brûlëe , et de pierre ponce , à parties égales , de la même manière que dans le remède du docteur Bates , ce qui lui a toujours paru suffisant , sans aucun autre médicament ou application ; mais depuis, considérant que c’est Talcali de ces tablettes qui se combine avec la graisse amassée sur le corps thyroïde , et qui forme un savon , il ' s’est borné entièrement à l’éponge brûlée , qui contient beaucoup de soude.

On n’a pas jusqu’à présent décidé si les tablettes d’éponge brûlée agissent localement ou non, et si, dans le' premier cas, cette substance est portée au corps thyroïde au moyen de vaisseaux absorbans qu’on n’a pas encore découverts, ou si ce corps est une glande muqueuse , dont la sécrétion est provoquée par l’action de ce médicament sur les parties -voisines. Mais comme ce remède est fréquemment employé dans les scrophules, avec avantage, je suis porté à croire que ses effets ne sont aucunement locaux. Nous avons déjà dit, à ce sujet, que le carbonate de soude , étant la base de l’éponge brûlée , est aujourd’hui très-communément employé au lieu d’elle , et que c’est en effet un médicament plus actif.

Dans cette maladie, le galvanisme et l’électricité peuvent être des moyens auxiliaires avantageux.

Une observation, rapportée dans le volume du Journal des Sciences médicales et naturelles, page i3 , est celle d’un malade dont l’affection

avait résisté à l’usage long-temps continué de réponge brûlée , et qui fut ensuite guéri par le calomélas. Lorsque les moyens que nous avons recommandés sont inefficaces, on peut par conséquent essayer les préparations mercurielles , et faire frotter la surface de la tumeur tousles soirs, avec une petite quantité d’onguent mercuriel double.

Du Ver de Guinée ( Dracunculus. )

On nomme ainsi un ver rond , mince , ressemblant beaucoup à une corde de violon, d’une couleur blanche uniforme , à l’exception de la tête qui est noire ; on le trouve dans différentes parties du corps, entre les muscles' et le tissu cellulaire. Les bras , les jambes et les cuisses sont cependant les endroits où il se développe le plus souvent ; il atteint la longueur d’un à deux pieds.

On l’observe principalement chez les nègres que l’on amène de la côte d’Afrique, ou chez les marins nouvellement revenus de ce pays ; on croit généralement qu’il attaque ceux qui se baignent dans des étangs, ou qui boivent de leur eau : opinion qui, cependant , paraît mal fondée.

M. M’Gregor, dans ses Recherches de Médecine , dit que cette maladie régna pendant le voyage de l’Inde en Egypte , parmi les troupes et les marins ; et rjue ce ne fut qu’en séparant les malades de ceux qui se portaient bien , et par des soins rigoureux de propreté et des fumigations , qu’il parvint à arrêter ses progrès. Gepen-

56o MALADIES

dant il n’attribue pas sa production à l’eau dont on faisait usage , et qui avait été prise dans différens lieux , à Bombay , à Ceylan , à Madras ; d’ailleurs les officiers du 88^ régiment, et ceux d’artillerie, burent la même eau, et cependant ils échappèrent à l’affection. .

Il est possible que les vers intestinaux proviennent de l’usage de certaines eaux ou des végétaux mucilagineux ; mais on ne peut admettre que ceux dont il est question , puissent reconnaître une semblable origine. Selon moi, ils sont produits , comme la Chlgre^ dans les climats brûlans , par un petit insecte d’une nature particulière , qui s’insinue dans différentes parties du corps, y forme un nid, et change de figure. La malpropreté peut d’abord l’engendrer, et un certain nombre d’individus étant exposés à ses effets peuvent devenir malades 4 la fois , de manière à faire croire qu’il y a contagion.

Comme j’avais obseri é que .cette maladie s’était propagée dans une bande de nègres, où l’on avait négligé de séparer les malades, je pensais autrefois quelle pouvait être contagieuse , mais après y avoir réfléchi plus mûrement, j’ai changé d’opinion.

Le malade éprouve ordinairement d’abord une démangeaison dans la partie affectée, et en y regardant avec attention , il y découvre souvent une petite vessie. Le ver de Guinée ne produit une douleur aiguë, que lorsqu’il est près de l’état de maturité, époque à laquelle la partie se tuméfie , s’enflamme , devient très-douloureuse au

locales. i6ï

toucher, et prend Faspect d’un furoncle qui n’est pas disposé à suppurer. La tumeur, après être 1 estée indolente pendant long temps, s’ouvre à la fin , et alors on peut apercevoir la tête du ver qui fait saillie ; puis celui-ci continuant à sortir chaque jour de plus en plus, peut être tiré avec facilité.

Cette maladie n’a aucunes suites fâcheuses quand elle est traitée convenablement , bien que , lorsque l’inflammation est très-grande , il y ait souvent beaucoup de fièvre ; mais en rompant le ver, lorsque l’ao se presse trop de l’extraire, il en résulte quelquefois des abcès volumineux et des ulcères de mauvais caractère. Dans quelques cas , la gangrène se manifeste dans une étendue considérable ; il survient aussi des hémorrhagies alarmantes. Fréquemment après l’extraction d’un ver, il en paraît un second, un troisième , et même un quatrième ; et après en avoir tiré un de la jambe , on peut en trouver un autre clans une des mains , ou dans les deux mains à la fois , ou dans l’autre jambe.

Lorsque la tumeur reste dure et indolente , il faut qu’elle soit couverte constamment d’un ca- , taplasme émollient, qui en favorise la suppuration promptement. Quand elle s’ouvre, et que la tête du ver sort assez pour pouvoir être saisie avec facilité , on doit attacher celle-ci à un morceau d’étoffe de coton roulé en un cylindre , autour duquel, â mesure que le corps sort, on doit chaque jour le rouler lui-même, jusqu’à ce que le tout soit extrait ; mais il faut prendre les plus grandes 2, , 36

bo 2

précautions pour ne pas le briser. La plaie doit ensuite être recouverte avec de la charpie sèche, sur laquelle on mettra un plumasseau d’étoupe , enduit d’onguent de poix jaune.

Suivant M. M’ Gregor , les praticiens du pays réussissent bien mieux à tirer ce ver que les Européens. Après avoir long - temps palpé pour en trouver le corps , ils pratiquent une incision aussi préside sa partie moyenne qu’ils peuvent le faire ; et , le tirant en le repliant sur lui-même , ils en extraient les deux extrémités à la fois.

Quelques chirurgiens, dans le traitement du ver de Guinée, ont employé l’onguent mercuriel en frictions sur les parties affectées , et ont fait passer des chocs électriques à travers les tumeurs, mais sans aucun avantage. Ce n’est que lorsque les symptômes inflammatoires deviennent très-intenses qu’il est nécessaire de recourir à la méthode antiphlogistique.

Puisque la maladie se propage rapidement par la négligence et la malpropreté , on doit donner . la plus grande attention au renouvellement de l’air , et faire des lavages et de fréquentes fumigations , dans tous les lieux où elle se déclare. Les individus qui y sont exposés doivent se baigner souvent dans la mer ou dans quelque rivière.

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